Le Camp des morts / Craig Johnson

Publié: 19 avril 2010 dans Polar américain

Le Camp des morts (Death Without Company) de Craig Johnson est la seconde enquête du shérif Walt Longmire. Je vous avais déjà parlé de ce sympathique personnage à l’occasion de la sortie du premier roman, Little Bird – un vrai coup de coeur pour moi, souvenez-vous – paru chez Gallmeister tout comme celui-ci.
Et puisqu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, la sortie du second roman coïncide avec la victoire du premier pour le Prix du roman noir Nouvel Obs Bibliobs (voir par ailleurs).

camp des mortsRésumé

Mari Baroja est retrouvée sans vie par le personnel de la maison de retraite où elle passe ses vieux jours. A priori la mort de la vieille femme est naturelle, bien que tout le monde ne soit pas de cet avis. A priori seulement, puisque le shérif Walt Longmire doit rapidement se rendre à l’évidence : quelqu’un semble bien décidé à faire taire les personnes concernées par l’enquête. Walt doit donc plonger cinquante ans en arrière pour essayer de comprendre les tenants et aboutissants de cette affaire, et tout ça dans l’urgence. En effet, il n’y a pas de temps à perdre, le meurtrier jouant avec les nerfs de la police.

Mon avis

« Je m’excusai et partis aux toilettes, y fis ce que j’avais à y faire, me lavai les mains et m’appuyai sur le lavabo. Je regardai mon visage dans la glace. Il n’était pas mal, si on exceptait le fait qu’il avait besoin de huit heures de sommeil d’affilée, d’une coupe de cheveux, de dix kilos et dix ans de moins. Mon menton était trop fort, mes oreilles trop grandes, et mes yeux étaient trop enfoncés dans leurs orbites. Je reculai autant que me le permettai la longueur de mes bras et je me trouvai un peu mieux. Je n’étais toujours pas certain que la barbe était un bon choix, mais elle permettait de cacher bien des défauts. »

Après Little Bird, revoilà donc Walt Longmire, le shérif au grand coeur, de retour dans sa seconde enquête. Le lecteur retrouvera donc, le sourire aux lèvres, ce très sympathique représentant de la loi à l’humour ravageur, ainsi que toute sa bande. L’Indien Henry Standing Bear, dit l’Ours, barman – intrépide – de son état ; et Vic, sa charmante collègue qui ne s’en laisse pas compter. Il faudra désormais y ajouter un petit nouveau, le jeune Santiago Saizarbitoria – Sancho pour les intimes – à l’essai au début de l’enquête mais qui va vite se montrer indispensable, ne serait-ce que par sa maîtrise de l’euskara, la langue des Basques et de la victime, et donc de la communauté avec laquelle devra composer Walt pour mener son enquête à bien.

« – Je crois qu’il avait à peu près le même âge que mon fils William, et que toi, quand j’y pense. (Le juge contempla les dalles du plafond acoustique pendant un moment. Je me demandai commentil pouvait jouer autant avec sa moustache sans qu’elle lui reste dans la main.) Mais je n’arrive pas à me rappeler le père.
– Il n’est pas resté longtemps dans le paysage.
– Ah, dit-il en souriant. Mais je me souviens bien d’elle. (Je fus un peu surpris par son sourire.) Elle venait en ville le jeudi après-midi, garait sa voiture toujours à la même place. Je la regardais depuis la fenêtre de mon bureau pendant qu’elle remontait Main Street.
L’image de son honneur pendu à la fenêtre du second étage du tribunal en train de suivre des yeux Mari Baroja évoluant d’un pas léger sur le trottoir était pour le moins surprenante.
– Bon sang, Vern, t’es un sacré pervers.
Il secoua la tête.
– C’était une très belle femme, difficile de ne pas la regarder. (Il retira son coude du poteau et le tapota pour le remercier de l’avoir soutenu. Dans le monde de Vern, même les objets inanimés étaient traités comme des électeurs en puissance.) »

L’écriture de Craig Johnson est toujours aussi savoureuse, avec d’excellents dialogues, de l’humour – beaucoup – et de magnifiques descriptions de l’hiver dans les Hautes Plaines du Wyoming.
Si la galerie de personnages – exceptionnelle – et la touche Johnson – inimitable – restent les points forts de la série, ce deuxième opus laisse une plus grande part à l’intrigue. Davantage de suspense, une tension quasi-permanente, et des rebondissements à la pelle achèveront sûrement de convaincre les plus réticents.

Little Bird était déjà une réussite. Avec Le Camp des morts, le doute n’est plus permis : Craig Johnson est un grand. Rarement un auteur aura su rendre des personnages de polar si sympathiques. Des hommes et des femmes que l’on voudrait voir sortir du roman pour pouvoir passer un moment privilégié à leurs côtés. Enfin, pas trop quand même, car il ne fait pas toujours bon vivre du côté du comté d’Absaroka.
Une lecture indispensable, en commençant toutefois par le premier roman. Vivement la suite !



Le Camp des morts
(Death Without Company, 2006) de Craig Johnson, Gallmeister (2010). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides, 313 pages.

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commentaires
  1. philippe dit :

    On voit là les effets de la mode – Gallmeister est une maison dans le vent, on se met donc à louer toute sa production, qui n’est ni plus ni moins que du polar régionaliste comme il y en a toujours eu (Tony Hillerman, William Kent Krueger, Donald Harstad, etc) et comme il y en aura toujours. Des livres corrects, certes, mais sans surprises.Du procédural tout bête comme même le Seuil n’ose plus en publier, sur fonds de grands espaces. Pas déjanté (Crumley), pas symphonique (Ellory) pas novateur (Cleave). Du politiquement comme il faut. De l’indémodable – transfigué par un effet de mode. Fallait-le faire. A quand un revival Bill Pronzini, Robert Parker et KC Constantine par une maison « dans le vent »?

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  2. Hannibal dit :

      Merci pour ce commentaire très intéressant. D’abord, il est très pertinent de se poser la question de l’effet de mode concernant les éditeurs. Il existe, je suis bien d’accord (Gallmeister, mais aussi Sonatine et on pourrait sûrement trouver d’autres exemples). Personnellement, et les gens qui me connaissent le savent bien (y a qu’à voir comment je m’habille !) je me moque complètement de la mode, et au moins autant du politiquement correct. Puisque vous insinuez beaucoup de choses (mais vous en avez parfaitement le droit), je préfère être bien clair, au risque de paraître lourd. Non, je ne loue pas toute la production de Gallmeister, loin de là. Et pour cause, j’aurai bien du mal à le faire puisque j’ai en tout et pour tout lu deux auteurs chez cet éditeur (Craig Johnson et Tim Robbins). Certes, il se trouve que j’ai beaucoup aimé ce que j’ai lu . Mais – et j’insiste là dessus – j’aurais également adoré les deux premiers romans de Craig Johnson chez n’importe quel autre éditeur. De plus, il se trouve que je n’ai pas attendu que Gallmeister soit « dans le vent » pour avoir un coup de cœur pour Little Bird. Et puis si un roman ne me convainc pas, voire me déplaît, je le dis, fût-il un Gallmeister. Par ailleurs, il se trouve que j’ai eu la chance de rencontrer Oliver Gallmeister et que je partage globalement son point de vue sur le monde de l’édition : on ne peut pas faire tout à la fois de la quantité et de la qualité (en nombre de titres annuels s’entend), l’objet livre lui-même doit être très travaillé et donner envie de lire,… Et puis que dire concernant la traduction. On voit tellement de traduction moyennes ou même de textes français truffés d’erreurs et de coquilles qu’il faut bien saluer le travail de cet éditeur au niveau du soin apporté au texte. Moi, quand je lis ce qui suit, je rêve que tous les éditeurs fassent la même chose. « Je lis, je relis tous mes livres, je surveille les traductions avec attention. Je ne veux pas faire des choses que je ne pourrais pas contrôler. Ansi, je veux publier « The Signal » de Ron Carlson, et je m’acharne à trouver le ton, avec la traductrice. Nous en sommes à la version 7, et nous ne sommes pas encore satisfaits. » Oliver Gallmeister dans une interview accordée à Bibliobs (propos recueillis par François Forestier). Si vous ne connaissez pas bien Gallmeister, je vous invite à la lire – elle est disponible en ligne – on comprend mieux ce que veut faire son créateur. Concernant les auteurs que vous citez en fin de commentaire, je note les références, merci. Bill Pronzini fait partie du Top 100 du polar paru dans le dernier numéro de 813 et plusieurs personnes m’en ont dit du bien. Je pense qu’il s’agit de lectures recommandables. Si vous avez des titres en particulier à me conseiller, je suis preneur (j’ai vu que beaucoup de romans de Parker sont encore assez facilement trouvables, moins les deux autres).

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  3. nina dit :

    c’est le premier et le dernier livre que je lis,de cet auteur.Peut-ètre que sa forme d’humour ne me convient pas.Je ne suis jamais entrée dans cette histoire.Sans doute,parceque je venais de terminer »La mort en face » (choc!!).

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  4. Hannibal dit :

    Moi j’adore, et l’humour est vraiment ce qui fait la force de Craig Johnson et de ses personnages, mais tu as bien sûr le droit de ne pas aimer, je ne t’en voudrai pas. Si tu parles bien de Cody McFadyen, j’avais beaucoup aimé Shadow Man mais je n’ai pas eu l’occasion de lire la suite des aventures de Smoky Barrett…

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  5. cynic63 dit :

    Bon on arrête de parler bouffe là, svp!!! Je viens de faire une orgie de truffade dans une petite auberge au pied du Puy-de-Dôme…Et donc, je me mets au régime illico…

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  6. Hannibal dit :

    Bon régime alors !

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  7. caroline dit :

    Fondue au chocolat, parbleu ! Hannibal, la prochaine fois qu’on invite un auteur, je t’envoie un mail illico. @Cynic : j’attends de pied ferme.

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  8. Hannibal dit :

    Merci beaucoup Caroline ! Malheureusement je ne serai pas encore cette année à Mauves en noir. Ca tombe un mauvais week-end niveau planning.

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  9. cynic63 dit :

    Si Madame Fondue le dit…D’ailleurs, pour compléter les affaires du gars Johnson, le « Cercle Polar », dernier en date, lui est entièrement consacré. @Caroline: Je vais t’envoyer un mail car j’ai une petite question à te poser (peut-être même deux)…

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  10. Hannibal dit :

    Madame Fondue est-elle Bourguignonne ? Savoyarde peut-être alors ? Trêve de plaisanterie, j’ai vu ça oui (j’aime beaucoup cette émission). J’ai téléchargé le « Cercle polar » en question et je l’écouterai sans tarder.

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