Los Angeles Noir

Publié: 8 octobre 2010 dans Nouvelles noires

Los Angeles Noir est un recueil de dix-sept nouvelles noires ayant pour cadre la Cité des anges présenté par Denise Hamilton et publié en France par Asphalte (l’éditeur original étant Akashic Books).
Les dix-sept auteurs sont, dans l’ordre d’apparition, Michael Connelly, Naomi Hirahara, Emory Holmes II, Denise Hamilton, Janet Fitch, Patt Morrison, Christopher Rice, Héctor Tobar, Susan Straight, Jim Pascoe, Neal Pollack, Lienna Silver, Gary Phillips, Scott Phillips, Brian Ascalon Roley, Robert Ferrigno, et Diana Wagman.

losangelesnoirRésumé

Le riche conducteur d’une Porsche Carrera se tue sur Mulholland Drive après avoir fait un plongeon avec son bolide. Le PDG d’origine chinoise d’une entreprise produisant des puces de silicone est pris en otage à San Marino. Des villas de Beverly Hills se font cambrioler à la chaîne. Une jeune et jolie serveuse rêve de devenir actrice. Des ados trouvent un pistolet alors qu’ils jouent sur un chantier d’East Hollywood. Deux immigrés russes vont pêcher à Santa Monica. A Mar Vista, un ancien délinquant devenu pasteur ne peut supporter que les autres enfants prennent le fils de sa cousine pour un souffre-douleur en raison de son handicap. Voici le point de départ de quelques nouvelles de ce Los Angeles noir, qui en compte dix-sept.

Mon avis

La jeune maison d’édition Asphalte a lancé une nouvelle collection ayant pour but de faire découvrir les grandes métropoles du monde à travers une anthologie de nouvelles noires. Après nous avoir fait visiter le Paris Noir sous la direction d’Aurélien Masson (le boss de la Série Noire), la série poursuit son voyage et nous propose maintenant de voir le côté obscur de la Cité des Anges, avec pour guide principale Denise Hamilton, bien aidée par ses seize collègues auteurs, qui nous propose tous leur vision de Los Angeles.

« Pour tout le monde à Rio Seco, L.A. n’était qu’une seule cité immense. Ils ignoraient que L.A. était en fait un millier de petites villes, des mondes entiers recrées parmi les arroyos, les champs de fraises et les flancs de collines. Et que Downtown avait ses canyons de verre noir et argent, le Grand Central Market, Broadway et sa propre favela.
C’est là-bas que je me rendais à présent. J’étais près du croisement de 3rd Street et Main Street. Si vous n’êtes jamais allé au Brésil, si vous n’avez jamais vu de favela, eh bien, il vous suffit de faire un tour à Skid Row. Des abris en carton, d’autres creusés sous les ponts des autoroutes, des hommes vautrés sur le trottoir en plein jour, leurs joues collés contre les grillages. »
Le Golden Gopher, de Susan Straight

Chacune des nouvelles correspond à un quartier de la ville – un plan en début de recueil permet d’ailleurs au lecteur de se situer dans la cité – et met en scène différents types de personnages. Au fil des textes, nous croisons des starlettes, des drogués, des policiers du LAPD, des familles richissimes, des has been fauchés, des travailleurs clandestins… Un simple aperçu de la diversité de cette ville, qui est avec ses alentours la deuxième agglomération la plus peuplée des Etats-Unis.

« Quand il rentra chez lui d’un pas nonchalant et qu’il alluma la minuscule télévision dans sa chambre, ce fut pour tomber sur le couple de l’affiche, dans la bande-annonce du film. « Dans les allées sombres d’une ville où règne la violence, récita une voix off, il n’y a pas de temps à perdre. » Il constata qu’on faisait l’apologie des armes à feu sur près de la moitié des chaînes cablées. On pouvait y voir des soldats portant des fusils, des méchants qui brandissaient des mitraillettes, des femmes au foyer tapies dans des placards, un calibre 22 argenté à la main, prêtes à repousser intrus et violeurs. Certaines de ces scènes avaient été filmées dans des quartiers résidentiels bordés de palmiers qui ressemblaient à s’y méprendre au sien. Les gens tiraient, accroupis derrière des murs en ciment ; ils tiraient dans des cuisines ; ils tiraient en tombant d’un avion ; ils tiraient avant de sauter dans des lacs et des fleuves ; ils tiraient dans des entrepôts, et leurs balles renvoyaient un bruit métallique lorsqu’une poutre en fer faisait dévier leur trajectoire. »
Lazare à Hollywood, d’Héctor Tobar

Les auteurs peuvent être mondialement connus, à l’instar d’un Michael Connely, mais pas nécessairement. Ils ont cependant quelques points communs : ils connaissent bien L.A. pour y avoir vécu (on le sent à la lecture) et savent ce qu’écrire une nouvelle veut dire. L’action ne manque pas, l’atmosphère est généralement sombre à souhait, on visualise bien les scènes et les chutes sont souvent de qualité. Pour achever de nous mettre dans l’ambiance, les auteurs ont concoté une playlist, que l’on retrouve en fin d’ouvrage.

« Yancy était une cause perdue. Il croyait en Dieu… en son Dieu, pas au leur. Là était le problème. Dieu ne pardonne certainement pas tout ce qu’on fait, faut pas rêver. Sinon, il serait quand même sacrément con. On passe toute sa vie à jouer les salopards et puis, à la dernière minute, on dit qu’on regrette, et les portes du paradis s’ouvriraient toutes grandes devant vous ? Des clous, ouais. Si c’était le cas, le ciel serait rempli de crapules et d’escrocs. Non, Dieu était un arbitre. Il ne faisait que compter les points. Et, à la fin, on était soit dans le positif, soit dans le négatif. Dieu n’entendait pas les « j’suis désolé ». Il se moquait bien des pleurnicheries. Il faisait les comptes, c’est tout. On lui devait le respect, à ce fils de pute. »
When the ship comes in, de Robert Ferrigno

Chaque auteur ayant une écriture propre et des préoccupations différentes, bien difficile de dire quelle est la meilleure de ces nouvelles. Personnellement, je retiendrai surtout Mulholland dive de Michael Connelly, La méthode de Janet Fitch, 90210 Morocco Junction de Patt Morrison, Lazare à Hollywood d’Héctor Tobar et Roger Crumbler de Gary Phillips. Je trouve qu’elles sortent du lot au niveau de la chute – élément primordial d’une nouvelle selon moi – ou parfois au niveau du sujet abordé.

Gageons cependant que chacun trouvera son bonheur dans ce recueil homogène et de bon niveau.
Prochaine destination de ce tour du monde des nouvelles noires : Londres (fin octobre). Mais de nombreuses autres suivront, parmi lesquelles Rome, New Delhi, Brooklyn, ou encore Mexico.

Un grand merci à Babelio pour m’avoir permis de découvrir cette collection dont le concept me plaît beaucoup et que je suivrai dorénavant de près.

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Los Angeles Noir (Los Angeles Noir, 2007) présenté par Denise Hamilton, Asphalte (2010). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patricia Barbe-Girault et Adelina Zdebska, 335 pages.

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commentaires
  1. Gangoueus dit :

    J’ai retenu à peu près les mêmes nouvelles au niveau de la qualité, exception faite sur celle de Conolly. Je retiens sur la dimension géographique et le fait qu’on peut vraiment visiter la ville par ces côtés loufoques… La sélection de Denise Hamilton au niveau des auteurs, peut-on supposer la même chose pour les autres villes à venir? Wait and see. Bonne année 2011!

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  2. Hannibal dit :

    Bonne année également. On verra bien si les autres recueils sont du même niveau. J’ai des voyages pour Paris et Londres pour bientôt, en attendant des destinations plus exotiques pour les prochains mois. Quant on voit la richesse des villes proposées dans la collection originale, l’éditeur français a de quoi faire…

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  3. Mariana dit :

    Je viens de terminer ce recueil de nouvelles. La plupart m’ont vraiment emballée, d’autres moins.Cela dit, elles sont toutes à l’image de la ville -que je connais bien-. L’idée est de découvrir LA sous un autre angle. La « personnalité » de cette ville se comprend par sa variété insaisissable.A lire absolument si on veut tomber les clichés paillettes qui font sa renommée.

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  4. Hannibal dit :

    C’est un recueil de bon niveau, qui présente effectivement d’autres facettes de LA, loin du strass et des paillettes qu’on lui connaît… Vous avez vécu à LA ? Quelle nouvelle vous as vraiment plu ?

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  5. Béatrice Pellan dit :

    Je suis dans la situation inverse : j’ai lu Travail soigné (chronique sur http://blackspirit.blogs.letelegramme.com), mais pas Cadre noir… Mais je suis d’accord sur les conclusions : ces romans sont remarquablement construits, et les personnages d’une profondeur rare…

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  6. Hannibal dit :

    L’originalité et la qualité dans la construction de l’intrigue semble être la marque de fabrique de Pierre Lemaitre. Chez certains auteurs qui s’essaient à des constructions qui sortent un peu des sentiers battus, c’est confus, laborieux… Ici, tout coule de source, c’est efficace, ça fonctionne à merveille.

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