L’honorable société / DOA & Dominique Manotti

Publié: 13 avril 2011 dans Polar français

L’honorable société est un roman noir de DOA et Dominique Manotti paru à la Série Noire (Gallimard) en mars dernier.

 

 

honorable sociétéRésumé

 

Julien, Erwan et Saffron sont trois jeunes écologistes radicaux qui préparent secrètement une opération de grande envergure. Julien, hacker hors-pair, parvient à infiltrer l’ordinateur portable de Benoît Soubise, employé du Commissariat à l’énergie atomique.
Un soir, ce dernier se fait cambrioler. Pour les voleurs, Soubise devait être absent. Ce n’est finalement pas le cas, et tout dégénère. Une lutte s’engage. Le propriétaire des lieux est mortellement blessé. Les deux hommes prennent la fuite.
Grâce au PC piraté, les jeunes ont vu par webcam interposée ce qu’ils ne devaient pas voir : ils ont assisté en direct, sans rien pouvoir faire, à la mort de Soubise. S’ils tiennent à leur vie, personne ne doit le savoir…

 

 

Mon avis

 

Voilà déjà de nombreux mois que la nouvelle circulait. L’auteur de  Citoyens clandestins et celle de Lorraine Connection et  Bien connu des services de police devaient associer leurs talents respectifs pour nous proposer un roman à la Série Noire. Alors que pour certains lecteurs le doute semblait permis, on se rend bien compte à la lecture de L’honorable société que DOA et Dominique Manotti ont réussi à marier leur plume de fort belle manière. On a beau chercher, impossible de savoir qui a écrit quoi. Et pour cause : ils ont retravaillé ensemble chaque chapitre jusqu’à tomber d’accord sur tout.

Utilisation du présent, phrases courtes, qui claquent, descriptions réduites à la portion congrue… L’écriture est une vraie réussite et sert parfaitement le récit. En situant l’action entre les deux tours de l’élection présidentielle, la dimension politique du roman n’en est que renforcée. Les nombreux personnages ont des intérêts bien divergents et ne reculent devant rien. Tous les coups sont permis pour arriver à ses fins, et ce jusqu’aux plus hautes strates du pouvoir (cet aspect du roman rappelle d’ailleurs un peu Nos fantastiques années fric, de Dominique Manotti). Embarqués bien malgré eux dans un terrible jeu dont ils ne maîtrisent pas les règles, les trois jeunes tentent de sauver leur peau et leur opération, pour le moins compromise par la tournure que prennent les évènements.

 

« Sonia est très calme. « Non seulement tu ne réponds pas au téléphone, mais tu n’as pas non plus consulté ta messagerie ? Faute professionnelle, mon chéri. Schneider a déclaré au journal de 13 heure de TF1 que le gouvernement auquel tu appartiens venait d’adopter en catimini un décret sur l’EPR de Flamanville qui enfonce la France dans une impasse technologique et lui fait perdre sa place dans ce domaine parmi la concurrence internationale. Il exige un débat public sur les choix nucléaire.

– Quelle raclure ! Il était le premier à pousser pour l’adoption du décret avec tous ces traîtres qui se prétendent mes amis et n’attendent qu’une chose, me poignarder dans le dos ! » Depuis des mois, ses meilleurs ennemis, dans son propre camp, militent pour le lancement du chantier de Flamanville. Ils savent qu’une réussite dans ce domaine ferait grimper les prix et contrecarrerait ses plans avec PRG et le groupe Mermet. Il n’a accepté de céder que pour une raison, le temps joue pour lui. Les centrales à réacteur EPR ne seront pas au point avant longtemps. Ils ont au moins deux ou trois ans devant eux. Largement assez. « Ces connards de la presse n’ont pas de mémoire, ils l’ont oublié, ça !

– Peut-être, mais les premiers échos qui remontent des journalistes sont plutôt positifs, et il n’est pas sûr que ton brillant numéro populiste suffise à détourner leur attention.

– Ça se paiera, tu m’entends ? Quand j’aurai les pleins pouvoirs, je me chargerai moi-même d’en pendre quelques uns à des crocs de boucher ! »

Le roman, polyphonique, laisse voir tour à tour les nombreux protagonistes, très bien dépeints. Aux trois écologistes il faut ajouter le commandant Pâris, qui enquête pour la Crim’ sur la mort de Soubise, et Neil Jones-Saber, le père de Saffron, ancien journaliste britannique reconverti dans la critique culinaire, qui cherche à retrouver sa fille. Tout cela sans oublier les enjeux politiques, autour de la question du nucléaire notamment. Les clans des deux principaux candidats vont tout faire pour ne pas perdre de précieuses voix à la veille du second tour.

Avec L’honorable société, DOA et Dominique Manotti nous proposent un roman noir de premier ordre, particulièrement grinçant. Plus vrai que nature, cette politique-fiction sans concession et d’actualité déstabilisera plus d’un lecteur par son réalisme exacerbé. Une fois n’est pas coutume, toute ressemblance avec des personnes ou des faits réels n’est pas une coïncidence. Et c’est bien ça qui fait le plus froid dans le dos…

 


L’honorable société de DOA et Dominique Manotti, Gallimard/Série Noire (2011), 329 pages.

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commentaires
  1. alain dit :

    Très envie de le lire.

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  2. Hannibal dit :

    N’hésite pas. Et surtout, bonne lecture !

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  3. […] Nos fantastiques années fric, adapté sur grand écran sous le titre Une affaire d’État, ou L’honorable société, écrit à quatre mains avec DOA et lauréat du Grand Prix de littérature policière en 2011. […]

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