Les écailles d’or / Parker Bilal

Publié: 26 juin 2015 dans Polar africain
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Les écailles d’or, paru au Seuil en 2014, est le premier roman policier du Soudanais Parker Bilal, qui a précédemment écrit d’autres romans sous son vrai nom, Jamal Mahjoub.

Résumé

Le Caire, 1981.
Liz Markham, une jeune Anglaise, se trouve à flâner au cœur d’un souk. Elle a le malheur de lâcher un instant la main de sa fille Alice, 6 ans. Elle ne la reverra plus.

Le Caire, 1998.
Saad Hanafi, le célèbre milliardaire, demande à Makana d’enquêter sur la disparition d’Adil Romario, le jeune joueur vedette de la DreemTeem. Bien qu’il ne connaisse pas grand chose au football et que son éthique apprécie moyennement de travailler pour le Bill Gates égyptien, Makana ne peut qu’accepter. Il peine à trouver des affaires et doit pas mal d’argent.

Mon avis

Les écailles d’or commence sur les chapeaux de roue. Dès la première page, on assiste, aussi impuissant que Liz, à la course effrénée et paniquée de la jeune maman hurlant le nom d’Alice dans les ruelles du Caire. Sa recherche vaine ajoutée à ses soucis de drogue la laisseront dans un état d’apathie et de désespérance dont elle mettra de nombreuses années à se remettre.
On fait ensuite la connaissance de Makana, ancien policier soudanais devenu détective privé à son compte au Caire. Esprit – trop ? – libre, il a perdu femme et enfant en fuyant la dictature islamiste de Khartoum. Depuis, il vit seul sur un bateau dont il peine à payer loyer, si bien que sa logeuse Oum Ali, gentille au demeurant, lui coupe régulièrement le courant pour le contraindre à passer à la caisse. Avec son côté contestataire et original et ses réparties cyniques, Makana partage des points communs avec Bernie Gunther et apparaît bien vite aussi sympathique que le détective atypique de Philip Kerr.

« D’ici, il bénéficiait d’une vue panoramique de la ville dans toute sa splendeur. Les pyramides se dressaient quelque part au sud, enfouies sous un nuage de smog encore plus compact que des siècles de poussière tombale, nuage d’où le pâle soleil s’efforçait maintenant d’émerger. Si Makana s’avançait jusqu’à la rambarde en bois, il verrait un fatras de tours d’habitation évoquant une rangée de dents cassées et occultant un large pan de ciel. Tous les jours, des gens regardaient par leurs fenêtres en se demandant qui pouvait bien avoir envie de vivre sur ce tas de bois flotté, et lui les observait en se posant ses propres questions. »

Du côté de l’enquête, Makana découvre l’envers du décor d’une grande équipe de football – dissensions entre joueurs, dérives en tous genres provoquées par l’argent roi – et pense assez vite que la disparition de Romario n’est peut-être pas étrangère à l’empire d’Hanafi et au passé trouble du magnat – on ne devient pas milliardaire sans se faire quelques ennemis. Parallèlement à cette affaire, Makana rencontre par hasard Liz Markham, ce qui va le pousser à vouloir en savoir plus sur son passé et à enquêter sur la disparition d’Alice, jamais élucidée.

Au fil des pages, Parker Bilal prend plaisir à nous faire découvrir l’Égypte actuelle où, comme ailleurs, le fossé entre les plus riches et les plus pauvres n’a de cesse de s’étendre. Globe-trotteur de nationalité anglo-soudanaise, il parle aussi en connaisseur de la montée de l’islamisme radical dans son pays d’origine, avec cette police islamique chargée de faire respecter à la lettre une certaine vision de la charia.

Personnage charismatique, intrigue(s) solide(s), descriptions intéressantes de l’Égypte d’aujourd’hui – pays jusque alors peu visité par le polar –, Les écailles d’or a des arguments à revendre. Grâce à son talent, et à la personnalité attachante de Makana, Parker Bilal semble bien parti pour installer sa série dans le temps. À quand la prochaine enquête ?

Les écailles d’or (The Golden Scales, 2012) de Parker Bilal, Seuil/Policiers (2014). Traduit de l’anglais (Egypte), par Gérard de Chergé, 419 pages.

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