Les béquilles / Patrice Pluyette

Publié: 2 juillet 2015 dans Littérature française
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Les béquilles, paru chez Maurice Nadeau en 2004, est le premier roman de Patrice Pluyette, auteur depuis, entre autres titres, de l’excellent La traversée du Mozambique par temps calme.


Résumé

Le narrateur – dont on ne connaît pas le nom – est cascadeur professionnel pour la télévision. Son job, c’est de tomber à la place des autres : d’un immeuble, d’un avion, d’un cheval, ou même dans l’escalier.
Paradoxalement, ce n’est pas en chutant – il ne s’est jamais blessé durant une cascade – qu’il s’abîme le pied, mais chez lui, en se dépêchant d’aller décrocher le téléphone. Résultat de l’accident con par excellence : petit orteil éclaté, cassé net. Le temps de quelques semaines, il va devoir se résigner à ne pas travailler, et à vivre avec des béquilles.

Mon avis

Dans ce premier roman, on trouve déjà la patte reconnaissable de Patrice Pluyette, qu’on retrouvera dans Un vigile ou dans l’hilarant La traversée du Mozambique par temps calme.
Pendant à peine plus de cent pages, le narrateur nous raconte, à la première personne et avec humour, son quotidien d’estropié, de la blessure à la rémission en passant par l’apprentissage de la marche avec béquilles.

« Je trouve que des béquilles confèrent à celui qui les porte un charme irrésistible, et c’est une occasion de devenir pour un temps séduisant. Elles sont un prétexte au contact humain. Elles demandent, dans certains cas, de l’assistance. Elles peuvent créer des liens grâce au sujet de conversation tout trouvé qu’elles imposent entre vous et la personne, rendant possible une franche camaraderie, laquelle, en d’autres cas, eût été gênante (c’est une peu comme avec les chiens). Pour dire les choses plus largement, je pense que les béquilles fascinent. Elles sont habitées d’un lourd paradoxe : à la fois rudimentaires, fondant leur principe sur celui, ancestral, de l’appui sur bâton, elles n’en nécessitent pas moins de leur utilisateur une démarche assez moderne, tout en force et en souplesse, où les membres porteurs doivent être gainés (épaules, avant-bras) et le reste suffisamment relâché pour maintenir l’équilibre. Le résultat, quand il est réussi (il faut un minimum de souplesse et d’agilité naturelles) est assez beau à voir. Chaque pas, sur béquille, est un saut à cloche-pied retenu, ralenti, pris dans les rouages d’un mouvement de bascule douce ; la danse n’est pas loin. Tout cela a de l’allure. »

Avec des béquilles, tout les repères du narrateur sont chamboulés. Tous ces petits gestes simples de la vie quotidienne sont à revoir à l’aune des béquilles, qui handicapent au moins autant qu’elles soutiennent.
Solitaire, le narrateur a pour unique compagnie une amie et voisine, Becky, qui vient d’abord l’aider plusieurs fois par jour. Avant que la jeune peintre décide qu’il lui est plus pratique d’emménager chez lui. Cette compagnie féminine inédite n’est pas pour déplaire au narrateur, mais Becky a déjà un petit ami, Rütt, un baroudeur allemand, toujours aux quatre coins du globe – il fait depuis deux ans un tour du monde à vélo.

Sans grande prétention littéraire – me semble-t-il – Les béquilles est un sympathique roman qui annonçait déjà le talent, confirmé par la suite, de l’auteur. Dans ce roman, comme dans Un vigile, Patrice Pluyette parvient à faire d’un rien (un orteil cassé, le quotidien d’un gardien de nuit) une œuvre littéraire, avec l’humour et la truculence qui le caractérisent.

Les béquilles, de Patrice Pluyette, Maurice Nadeau (2004), 106 pages.

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