Grossir le ciel / Franck Bouysse

Publié: 17 septembre 2015 dans Polar français
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Grossir le ciel est un roman de Franck Bouysse paru en 2014 à la Manufacture de livres.
Il figure parmi les finalistes du Trophée 813 du meilleur roman francophone.

Résumé

Les Doges, petit village des Cévennes, entre Mende et Alès. C’est là que vit Gustave Targot depuis toujours. Pas de femme, pas d’enfants, pas vraiment d’amis non plus : la seule compagnie de Gus se résume à Mars, son chien, Abel, son voisin, et à ses quelques vaches, dont il prend grand soin. Une vie tranquille, sobre mais plutôt heureuse. Jusqu’à ce jour de janvier 2007 où meurt l’Abbé Pierre et où Gus découvre une grosse tache de sang dans la neige, non loin de la ferme d’Abel.

Mon avis

Franck Bouysse, qui n’en est pas à son premier roman, sait y faire pour hameçonner son lecteur dès les premières pages. Comme Gus, nous sommes curieux de savoir comment vont – mal – tourner les choses à partir de la découverte de la tache de sang. Car il ne fait rapidement guère de doute que les choses ne vont pas aller dans le bon sens.
Bien qu’il soit particulièrement bourru – c’est peu de le dire – et quelque peu misanthrope, Gus n’est pas un mauvais bougre, et l’auteur parvient à nous le rendre plutôt sympathique au fil des pages.

« Une fois sur place, il décapa la couche de neige, puis arracha deux piquets pourris. Il fit ensuite des trous à la barre à mine avant de présenter deux piquets neufs qu’il enfonça à grands coups de masse claquant comme des détonations d’arme à feu, ricochant de loin en loin dans le brouillard. Après quoi, il démêla le fil de fer sans le remplacer, puis le rajusta en rangs équidistants qu’il fixa à l’aide de cavaliers. Il avait toujours eu l’habitude de bien faire les choses, de prendre son temps pour que le résultat soit à la hauteur de son ambition, parce que la contrainte des efforts supplémentaires exigés étaient bien moindre que l’insatisfaction d’un travail bâclé. Il en avait fait l’expérience plus d’une fois quand il était bien plus jeune et qu’il ne mesurait alors pas les choses et leur impact avec la même toise qu’aujourd’hui. »

Contrairement à l’effervescence qui nous est souvent servie dans les polars urbains, ce roman épouse le rythme de vie de ses protagonistes. Franck Bouysse prend son temps pour brosser ses personnages, nous donner à voir les bucoliques paysages des campagnes cévenoles ou même nous décrire le quotidien de la vie paysanne. Tous les auteurs ne peuvent pas raconter un vêlage comme si on y était sans que cela ne soit rébarbatif pour un sou.

Le romancier ne laisse pas pour autant l’intrigue de côté, et l’angoisse qui monte peu à peu en Gus, lequel voit un peu partout des signes lui inspirant de mauvais pressentiments, est communicative. Il se met peu à peu à suspecter tout le monde, à commencer par Abel.
Le final concluant ce drame annoncé est à l’image du roman : rude, beau, poignant.

Campagne profonde, rigueurs hivernales, protagoniste solitaire amoureux des bêtes… : Grossir le ciel partage bien des points communs avec l’excellent Julius Winsome. Et Franck Bouysse n’a même pas à souffrir de la comparaison avec Gerard Donovan car là aussi, l’écriture est belle, parvenant sans mal à dépeindre la rudesse de la nature et de ses habitants. À tel point que le titre n’aurait pas dépareillé dans la collection française de Gallmeister, si tant est qu’elle existât.

Grossir le ciel, de Franck Bouysse, La Manufacture de livres (2014), 198 pages.

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