Petite Louve / Marie Van Moere

Publié: 7 septembre 2018 dans Polar français
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Petite Louve est un roman de Marie Van Moere paru à La Manufacture de livres en 2015.

petite_louveRésumé

Il y a la mère. Il y a la petite.
La petite est une ado presque comme les autres. Mutique, Dr. Martens aux pieds, elle aime lire et écouter la musique de son Ipod. Si elle n’est pas tout à fait comme les autres et souffre encore de réactions étranges au contact des gens, c’est que la petite a été violée.
La mère est seule depuis cette histoire qui a fait voler son couple en éclats. Le père n’a pas supporté le quotidien avec deux femmes brisées. La faute à un vice de procédure, le violeur n’a pris que quelques années de prison. Alors la mère a décidé de l’attendre à sa sortie et de rendre la justice à sa façon.
Puis ce sont les frères de ce dernier qui veulent la peau de la mère. Et de la petite tant qu’à faire, vu que c’est à cause d’elle que tout ça a commencé.

Mon avis

Pour son premier roman – qui est d’ailleurs le seul à ce jour – Marie Van Moere n’y va pas avec le dos de la cuiller. L’action et la tension sont présentes dès le départ du roman qui voit la mère fuir Marseille avec la petite. Direction la Corse, au débotté, pour mieux tromper l’ennemi. Les chapitres sont courts, incisifs et l’auteur leur a donné des titres qui sont sont autant de verbes courants à l’infinitif : enterrer, traverser, échouer…

« Ses nerfs se tendaient. Elle ne partirait pas sans un livre en vacances avec sa mère. Mais comment savoir ? Avec ceux qu’elle n’avait pas lus, elle pourrait être déçue. Un cachalot plongea et la petite l’imagina dans les abysses. Elle retourna vers son placard et se rassit en tailleur, Moby Dick, elle serra le livre contre elle un moment. C’était celui-là qui voyagerait avec elle. »

Bien qu’elle aille droit au but et sans prendre de pincettes, l’auteur ne laisse pas ses personnages sans sentiments, bien au contraire. On ressent fortement les émotions des deux femmes sans que l’auteur ait besoin de s’étendre outre mesure. La petite, mal dans sa peau, qui essaie d’oublier, voire de s’oublier, en se créant un cocon de livres et de musique. La mère, qui se sent coupable pour sa fille et dont la rage, inextinguible, ne s’éteindra, éventuellement, qu’une fois cette page tournée.

« Elle évacua les pelletées et supporta l’écorchure tel Saint-Barthélémy, vertu de la souffrance physique dans l’oubli du gluant. Elle lui a tiré une balle dans la tête alors qu’il était allongé à terre, persuadé de se faire sucer. En quittant la boîte de nuit, ils avaient roulé deux bons kilomètres sur les rares pistes des calanques pour s’entreprendre quelque part. C’est ce qu’elle lui avait fait miroiter dans le fond des yeux. Regard de louve que savent lancer les femmes, auquel les hommes ne résistent pas toujours. En guise d’étoiles, il avait un trou noir à la place de ce qui ne convenait assurément plus de nommer visage, portrait au vrai par une élève de Bacon. Elle y était presque et parviendrait à l’enterrer, sa fosse atteignait le mètre de profondeur. Il lui semblait y être depuis une éternité. Au loin, l’Ouest et l’Est se préparaient en vue du combat lumineux de l’aurore. »

Forcément, les frères du violeur, bien que pas très futés, vont retrouver la trace des deux femmes. Forcément, ce genre d’histoire ne peut pas bien se terminer pour tout le monde.
Mais là où une histoire de vengeance et de fuite somme toute assez classique dans sa trame aurait pu faire pschitt, Petite louve se lit d’une traite et secoue durablement le lecteur. Grâce à la force de l’écriture surtout, mais aussi à quelques rebondissements pas piqués des hannetons et au cadre assez atypique – l’auteur vit en Corse et donne à voir l’île de Beauté avec réussite.

Si le texte n’est pas à conseiller à tout le monde en raison de sa thématique et de la violence – sous plusieurs formes – qui en découle, ce premier roman fait fort. Le portrait sans fard de deux femmes que la vie n’a pas épargnées mais qui s’aiment à leur façon et essaient de s’en sortir. Coûte que coûte ! A la dure !

Petite Louve, de Marie Van Moere, La Manufacture de livres (2015), 267 pages.

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