Intempérie / Jésus Carrasco

Publié: 4 décembre 2018 dans Polar espagnol
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Intempérie est le premier roman de l’Espagnol Jésus Carrasco. Il est paru dans la collection Pavillons de Robert Laffont en 2015 dans une traduction de Maria Vila Casas.

41qt3e3d5llRésumé

Sud de l’Espagne, période indéterminée.
Une sécheresse sans précédent bat son plein, de même que l’exode rural. Le village se vide à mesure que le travail vient à manquer.
Un enfant se cache. Il a décidé de fuir ce lieu où il n’a aucun avenir et surtout, les mains de plus en plus lourdes de son père. Les hommes du village sont déjà à sa recherche.
Lui ne sait pas où il va. Il a emporté à peine quelques vivres dans sa besace. Mais c’est décidé, il ne restera pas un jour de plus ici. Il part.

Mon avis

Premier roman de Jésus Carrasco, Intempérie est un magnifique livre, dont l’âpreté du texte n’a d’égal que celle des décors traversés par les personnages. L’enfant – dont on ne saura jamais le nom – tente bientôt de voler le manger d’un chevrier endormi. Le vieil homme le prend sur le fait. Mais il ne lui en tient pas rigueur et partage avec lui sa maigre pitance. L’homme, affaibli par les ans et la rudesse des conditions, fait participer l’enfant. Celui-ci apprend à mener paître les quelques chèvres, puis à les traire. Mais il leur faut s’éloigner, car l’alguazil, l’officier de justice du village, rôde et compte bien retrouver l’enfant pour le ramener à ses parents.

« En réalité, il n’avait pas préparé son départ. Simplement, un jour, une goutte d’eau avait fait déborder le vase. À partir de ce moment, l’idée de la fuite avait germé en lui comme un espoir nécessaire pour pouvoir supporter l’enfer de silence dans lequel il vivait. Une idée qui commença à se former dans son esprit lorsque son cerveau fut prêt à l’accueillir et qui dès lors ne le quitta plus. »

La description de la relation entre ces deux êtres si différents et quasi mutiques est d’une rare beauté. Sans se parler, ou si peu, chacun parvient à aider, voire à compléter l’autre. Mais le destin est cruel et les deux protagonistes ne sont pas au bout de leurs peines.
Le texte de Jésus Carrasco est rendu à merveille par la traduction de Maria Vila Casas. À l’image des protagonistes, l’auteur n’est jamais bavard, mais la sécheresse des paysages et la noirceur des conditions et des épreuves traversées par le chevrier et l’enfant sont compensée par une certaine poésie qui magnifie cette contrée désolée et pour ainsi dire désertique.

Difficile de croire qu’il s’agisse là d’un premier roman tant cet Intempérie est écrit avec une grande finesse et maîtrisé du début à la fin. La tension est toujours palpable et la destinée des protagonistes, cruelle mais passionnante, en fait un texte puissant.
Signalons, la récente et fidèle adaptation dessinée de Javi Rey, dont les dessins colorés font également des merveilles.

Intempérie (Intemperie, 2013), de Jésus Carrasco, Robert Laffont/Pavillons (2015). Traduit de l’espagnol (Espagne) par Maria Vila Casas, 221 pages.

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