La Vague / Ingrid Astier

Publié: 19 février 2019 dans Polar français
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La Vague est un roman d’Ingrid Astier qui vient de paraître dans la collection Equinox (Les Arènes).

51nfcc7o9olRésumé

La Vague, c’est Teahupo’o, «le mur de crâne», la plus belle et la plus dangereuse de Tahiti. Elle fait venir des surfeurs du monde entier. Plus ou moins aguerris. Plus ou moins inconscients. Elle participe à faire vivre l’économie locale. Mais amène aussi de drôles d’énergumènes à la mentalité bien loin des traditions ancestrales.
Hiro est l’un de ceux qui connaît le mieux la Vague, et la passe Hava’e est son terrain de jeu. Lorsqu’il voit débarquer Taj, un surfeur Hawaïen à l’arrogance exacerbée, il est pris d’un méchant pressentiment. Cet homme est mauvais.

Mon avis

Les lecteurs de polar ont pu découvrir Ingrid Astier en 2010 avec la parution à la Série Noire de Quai des enfers. Son personnage principal en était la Seine, ses protagonistes les policiers de la brigade fluviale. Après deux autres opus parus dans la mythique collection de Gallimard, changement d’éditeur et de décor pour ce titre. L’auteur retrouve Aurélien Masson, désormais à la tête de la collection Equinox. Et si l’élément liquide occupe toujours une place centrale, direction les antipodes.

« Il y avait longtemps que Hiro savait que même le chant le plus pur des oiseaux ne tue pas le venin du destin. Sa vallée avait beau être reculée, elle ne le serait jamais assez pour fuir la folie des hommes.
Alors il fallait l’affronter. Et comme la houle, la dompter. »

Tahiti. Ses paysages luxuriants, ses lagons, ses vagues cristallines, ses vahinés, ses traditions séculaires. À l’écart des cartes postales, on croise aussi la pauvreté, le chômage, l’obésité, l’alcool, le paka (le cannabis insulaire). Et comme si ça ne suffisait pas, voici qu’arrive l’ice, cette drogue de synthèse qui fait des ravages au sein de la jeunesse îlienne.
Il y a fort à parier qu’Ingrid Astier a passé un moment sur l’île tant tout semble véridique. Hormis l’intrigue elle-même, on se demande d’ailleurs quelle part de ce qu’elle décrit avec adresse est fictive. La narration est à la troisième personne mais grâce à l’alternance des personnages, elle donne à voir différents points de vue. L’arrivée de masses de touristes, surfeurs y compris, et les conséquences de la mondialisation sur la société tahitienne est semble-t-il assez effrayante. Les traditions se perdent et parmi les jeunes générations, certains se retrouvent déracinés sur leur propre sol.

« Sur les bas-côtés de la route, les motus de jeunes se formaient. Ils avaient tous des coiffures de footballeurs, une mode qui se moquait des distances et n’avait aucun mal à traverser les océans ou à triompher des airs. Si l’intelligence avait pu être aussi contagieuse, la face du monde en eût été changée… »

L’intrigue est passionnante bien que somme toute assez classique. Quelques rebondissements sont prévisibles, il est vrai, mais le grand soin apporté par l’auteur à l’écriture – y compris au choix des mots – et la profondeur de certains personnages font paraître ce bémol comme anecdotique. La belle Reva ; Birdy, devenu prisonnier de sa chaise roulante suite à un accident de surf ; Hiro, amoureux de son île, de la mer, de la nature et prêt à tout pour défendre ses proches, à commencer par Moea, sa sœur, et Tuhiti, son neveu. Autant de protagonistes qui ne laisseront sans doute pas indifférent.
Enfin, bien que cela ne soit pas rédhibitoire, certains lecteurs peu au fait du vocabulaire du surf pourront peut-être déplorer l’absence d’un glossaire ou de notes de bas de page, qui auraient aussi pu faciliter la compréhension de quelques termes tahitiens inconnus dans l’Hexagone.

« Le mur se dressa. Une vraie paroi. Le mariage du surf et de l’escalade. Une verticalité à près de quatre-vingt-dix degrés. Hiro aurait pu le voir dix mille fois, il aurait toujours été impressionné par cette terrifiante majesté. S’il mourrait un jour loin de cette vague, il pourrait, les yeux fermés, dessiner mentalement les lignes tendues à l’extrême, comme du sucre filé, aspirées par la vague qui se formait et s’ourlait en formant le tube sacré. Cette vague qui semblait sucer toute l’eau du reef devant elle sans jamais vouloir s’arrêter. Cette force démoniaque décoiffée par l’écume, ces couleurs irisées et nacrées qui piégeaient la lumière comme le surfeur, où toutes les teintes des perles de culture se retrouvaient. Oui, il aurait pu mourir avec ce mirage dans les yeux, n’importe où dans le monde. Il aurait pu mourir pour elle aussi, à l’instant même.
Et à chaque session, il le prouvait. »

D’une tonalité sombre mais rarement désespérant, La Vague est un très beau roman noir se déroulant dans un cadre paradisiaque peu fréquenté par les auteurs de polars. Ce voyage à Tahiti laissera assurément de bons souvenirs et donne envie de retrouver Ingrid Astier dans d’autres contrées.

La Vague, d’Ingrid Astier, Les Arènes/Equinox (2019), 398 pages.

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