Archives de la catégorie ‘Littérature française’

Le Discours est un roman de Fabrice Caro paru il y a quelques semaines dans une nouvelle collection de Gallimard : Sygne

G02289Résumé

Adrien a la quarantaine et une vie plutôt quelconque. Il vient de se faire larguer mais il y a bien pire : le copain de sa sœur lui demande de préparer un discours pour leur mariage à venir. Que raconter ? Sera-t-il seulement capable de prendre la parole en public ? Cette demande, anodine pour d’autres, donne des sueurs froides à Adrien rien que d’y penser…

Mon avis

Vous connaissez Fabcaro, l’auteur de BD souvent très drôles  ? Non ? Et bien il vous faut absolument lire Zaï zaï zaï zaï, chef-d’œuvre d’humour absurde paru en 2015 aux éditions Six pieds sous terre et ayant reçu quelque prix dont le Prix SNCF du polar dans la catégorie BD. C’est pas vraiment polar en vérité mais le personnage principal, qui n’avait pas sa carte de fidélité à la caisse du supermarché, s’enfuit en brandissant un poireau et devient de fait l’ennemi public numéro un. Le début d’une cavale désopilante. Je me rends compte que c’est ma BD préférée de 2015 et que je n’ai même pas pris le temps d’en parler ici (il va me falloir réparer cet oubli, chouette, ça fera une excuse pour la relire).
Mais pourquoi nous parle-t-il de ce Fabcaro me direz-vous ? Parce que, vous l’aurez deviné même si vous n’êtes pas détective… Fabcaro et Fabrice Caro sont en fait une seule et unique personne (#scoop), le pseudo étant réservé à la partie dessinée de son œuvre. S’il ne s’agit pas là de son premier roman – Figurec avait été publié chez Gallimard en 2006 – c’est en tout cas le premier que je lis (j’ai lu une bonne partie de ses BD).

En ouvrant Le Discours, je dois confesser que j’avais peur d’être déçu. Peur que ça n’ait rien à voir avec tout ce que j’aime beaucoup chez Fabcaro, à commencer par son humour fait de situations de la vie de tous les jours revues d’un point de vue décalé, avec un espèce de redoutable « nonsense », genre qui est en général plutôt l’apanage des Brittaniques mais qu’il manie à la perfection. Grâce à ce procédé, Fabrice Caro, sans avoir l’air d’y toucher, nous fait prendre du recul et conscience de l’absurdité de nombre de nos agissements, en particulier dans notre vie sociale.

Non seulement je n’ai absolument pas été déçu mais j’ai fait durer le plaisir – le roman fait tout juste deux cents pages – en lisant quelques courts chapitres tous les soirs. Rien de tel pour décompresser. Si certains thèmes ont déjà été abordés par ailleurs, en particulier dans les bandes dessinées où il se met lui-même en scène, on ne se lasse pas de (re)vivre ce pensum qu’est le repas de famille revu par l’auteur. Des sujets aussi rebattus que la vie de couple prennent ici une dimension aussi comique qu’émouvante que j’affectionne beaucoup. Peut-être parce que je me retrouve assez dans ces personnages – assurément proches de l’auteur également – de losers sympas en grande partie inadaptés à la sauvagerie du monde d’aujourd’hui et à la difficultés des codes – parfois absurdes si l’on y réfléchit – régissant notre quotidien et en particulier nos interactions sociales.

Le Discours, s’il est difficile à résumer tant l’auteur (à travers les réflexions intimes d’Adrien) part dans tous les sens, est un régal de lecture qu’il n’est pas difficile de conseiller.
Commencez par ce roman ou par ses bandes dessinées, peu importe, mais si j’ai un tant soi peu éveillé votre curiosité, sautez le pas, lisez cet auteur !

Le Discours, de Fabrice Caro, Gallimard/Sygne (2018), 197 pages.

Publicités

Mercy, Mary, Patty est un roman de Lola Lafon paru en 2017.

9782330081782Résumé

Le 4 février 1974, Patricia Hearst, petite-fille d’un magnat de la presse et âgée de 19 ans est enlevée alors qu’elle se trouvait dans son appartement du campus de l’université de Berkeley.
Le rapt est parfaitement planifié et revendiqué par l’Armée de libération symbionaise, groupuscule d’extrême gauche qui avait déjà fait parler de lui l’année précédente à Oakland en tuant un directeur d’école, accusé par eux de fascisme.
Des enregistrements de Patty parviennent à la famille et à la presse, notamment pour demander le versement d’une contrepartie contre sa remise en liberté. Au fur et à mesure de l’envoi de ces bandes, Patty semble se rapprocher des idées/idéaux de ses ravisseurs. Certains y verront un « lavage de cerveau » à l’œuvre, d’autres une prise de conscience politique.

Mon avis

Voilà pour les faits. Sauf que Lola Lafon n’aborde pas ce faits divers aussi frontalement, mais par l’intermédiaire d’autres personnages et d’autant d’anecdotes.
L’on suit Gena Neveva, une professeur au fort caractère, chargée par l’avocat de Patricia Hearst de rédiger un rapport pour faciliter le travail de la défense au procès Hearst, qui doit bientôt s’ouvrir à San Francisco. L’on s’intéresse aussi à Violaine, une étudiante française qui assiste Mme Neveva dans ses travaux, elle qui a été invitée à passer un an dans une petite commune des Landes.
On l’avait déjà observé avec plaisir dans La petite communiste qui ne souriait jamais (qui s’intéressait au parcours exceptionnel de la gymnaste soviétique Nadia Comăneci), Lola Lafon est véritablement douée pour donner à voir des évènements réels et des personnages existants par l’intermédiaire d’un récit qui emprunte beaucoup au romanesque sans jamais s’éloigner de la réalité pour autant. En déstructurant la chronologie et en abordant les évènements par des sentiers détournés, elle offre une lecture différente du faits divers, à mille lieues d’un article de presse ou d’un résumé d’encyclopédie.
Comme l’indique le titre, le roman s’intéressera aussi – plus brièvement – à d’autres jeunes femmes qui ont radicalement tourné le dos à leur milieu d’origine, à d’autres moments de l’Histoire et dans de tout autres contextes : Mercy Short et Mary Jamison.

Intelligent sans jamais être rasant, Mercy, Mary, Patty est un récit qui passionnera plus d’un lecteur. Pour autant, Lola Lafon ne juge pas et le récit apporte en vérité plus de questions que de réponses, mais on ne s’en plaint pas.

Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon, Actes Sud (2017), 233 pages.

Ma reine est un roman de Jean-Baptiste Andréa paru aux éditions L’Iconoclaste l’an dernier.

cvt_ma-reine_1770Résumé

Provence, 1965.
Déscolarisé et vivant seul avec ses parents, à les aider à la station-service, Shell s’ennuie. Pour ne pas aller dans cet institut spécialisé dans lequel souhaitent l’envoyer ses parents à la rentrée, il veut devenir un homme et décide donc de partir à la guerre. Dans sa fugue mal organisée, un peu plus loin sur un plateau de la vallée de l’Asse, il tombe nez-à-nez sur Viviane, une jeune fille de son âge. Shell est ébloui et Viviane trouve le garçon simplet mais rigolo. Assez vite, elle instaure un jeu entre eux. Elle est sa reine et il doit faire tout ce qu’elle veut sans poser de questions. C’est vrai qu’elle a tout d’une reine pour Shell, qui ne se voit même pas refuser.

Mon avis

Au dîner j’ai annoncé à mes parents :
– Je m’en vais.
Mon père n’a pas répondu parce que son feuilleton venait de commencer. Ma mère m’a dit de finir mes lentilles et de ne pas parler la bouche pleine. C’était tant mieux au fond, parce que s’ils m’avaient ordonné de rester je me serais dégonflé.

Vous l’aurez peut-être deviné, Shell – surnom que lui a donné Viviane en raison de son blouson de la station-service, celui avec le gros coquillage jaune – est atteint de troubles de type autistique. Plus d’un auteur s’est cassé les dents à essayer de se mettre dans la peau d’un autiste. À l’instar de Mark Haddon dans son magnifique Le bizarre incident du chien pendant la nuit, Jean-Baptiste Andréa s’en sort plus que bien dans cet exercice délicat. Le lecteur est rapidement pris d’empathie pour le jeune homme, dont la naïveté n’a d’égal que l’envie de bien faire. Shell est un de ces personnages de fiction touchants, qu’on garde longtemps dans un coin de sa mémoire. Les autres protagonistes – il y en a peu – ne sont pas en reste, à commencer par Viviane, jeune parisienne intrépide qui vient passer ses vacances dans ce coin perdu de Provence. C’est d’abord pour tromper l’ennui de ces longues journées d’été qu’elle aborde Shell. La frontière entre le jeu un brin cruel et l’amitié s’estompe à mesure qu’elle côtoie le jeune homme qui, s’il est différent, n’a pas une once de méchanceté en lui. Mais lorsque les vacances s’achèvent, sa reine doit quitter son château local et Shell se retrouve seul et assez vite mal en point à force de ne pas manger et boire. Il est alors recueilli par Matti, un vieux berger muet qui l’aide à se retaper.

Ma reine est un fort joli premier roman, tout en émotions et poésie, qui aborde le thème de la différence avec tact, en faisant le choix de survoler certains sujets (le harcèlement scolaire dont est victime Shell par exemple) plutôt que de les prendre à bras-le-corps. Jean-Baptiste Andréa hameçonne le lecteur avec facilité pour ne plus le lâcher jusqu’à l’ultime page.

Ma reine, de Jean-Baptiste Andréa, L’Iconoclaste (2018), 240 pages.

Marx et la poupée est un roman de Maryam Madjidi paru au Nouvel Attila l’an dernier.

lna_madjidi_goncourt_ouest_300dpi_rvbRésumé

Encore dans le ventre de sa mère, Maryam a déjà un aperçu de la révolution iranienne qui va bouleverser sa vie, celle de ses proches et plus largement, celle de tout un pays.
Six ans plus tard, Maryam rejoint avec sa mère la France, et son père qui s’y était déjà réfugié.

Mon avis

Si l’on écrit rarement des romans juste pour écrire des romans, on ressent ici avec puissance le besoin qu’a du ressentir Maryam Madjidi de coucher ses mots/maux sur le papier. Cette autobiographie devait lui sembler nécessaire et a vraisemblablement dû la libérer comme jamais.
Sans trop respecter de chronologie ou de trame à proprement parler, l’auteur nous propose des petits bout d’enfance et de jeunesse qui l’ont marquée d’une manière ou d’une autre. Tantôt avec gravité tantôt avec humour, elle évoque son « iranité », qui est en France tantôt une source de questions intarissable, tantôt une arme de séduction. Elle évoque sa langue maternelle, le persan, qu’elle a d’abord refusé de parler en France au grand dam de ses parents avant d’éprouver le besoin profond de s’y remettre de manière intensive. Ses parents occupent une bonne place dans le récit et l’on ressent beaucoup d’affection pour eux, notamment pour ce père, humble travailleur, qui s’est toujours efforcé d’offrir les meilleurs conditions de vie à sa famille. On sourit à l’évocation de ce drame d’enfance qui a consisté à laisser ses maigres possessions, poupées et autres jouets, sur place, pour d’autres enfants, lors de son départ forcé (d’où le titre, jolie allusion au communisme concret mis en pratique par ses parents). Le retour au pays natal, des années après, est particulièrement émouvant.

Pour le lecteur francophone, difficile de ne pas penser à Marjane Satrapi en lisant Marx et la poupée. Le sujet, le pays d’origine, l’exil forcé, le ton, entre nostalgie, humour et colère… La liste des points communs entre ces deux belles œuvres est longue.
Pour autant il ne s’agit pas ici d’une resucée de Persépolis mais bien d’une œuvre originale. Celle d’une vie. Celle de Maryam Madjidi.

Marx et la poupée, de Maryam Madjidi, Le Nouvel Attila (2017), 208 pages.

Avant que les ombres s’effacent est un roman Louis-Philippe Dalembert paru l’an dernier chez Sabine Wespieser.

avant-que-les-ombres-s-effacentRésumé

Ruben Schwarzberg nait dans une famille juive en Pologne en 1913. Face à la montée de l’antisémitisme, la famille se décide à fuir Łódź pour Berlin. Mais la montée du nazisme en fait vite une ville hostile aux juifs également. La famille éclate, chacun allant chercher refuge où il peut, qui aux États-Unis, qui en Israël, qui à Paris, Cuba ou Haïti. Quant aux moins chanceux, ils seront amenés dans des camps. C’est l’histoire de cette famille et du parcours hors-du-commun du Dr Schwarzberg que conte ce roman.

Mon avis

Si le personnage de Ruben Schwarzberg est fictif, quasiment tout le reste est vrai. À travers le périple atypique de son personnage, qui traverse la guerre et les pays avec une chance hors-du-commun, même dans ses malheurs, Louis-Philippe Dalembert mêle très intelligemment les destinées personnelles et la grande Histoire.
Et notamment certains épisodes peu connus de la Seconde Guerre mondiale, comme la déclaration de guerre d’Haïti à l’Allemagne nazie, le 12 décembre 1941 qui, même sur l’île, prête plutôt à sourire. Mais auparavant, dès le 29 mai 1939, le président Sténio Joseph Vincent avait signé un décret octroyant «  la nationalité par contumace et la citoyenneté haïtienne in absentia » à tous les juifs persécutés par les nazis. Plus concrètement, il proposa que la petite république, premier État à avoir officiellement aboli l’esclavage, accueille 50 000 réfugiés juifs fuyant l’Europe.
Ayant débarqué sur l’île à l’automne 1939 après bien des péripéties, celui que tout Port-au-Prince connaîtra sous le nom de Dr Schwarzberg est taiseux quant à son parcours épique. Mais, arrivé au crépuscule de sa vie, survient une conjonction d’événements inattendus.
La terre tremble comme jamais ce 12 janvier 2010 et voilà que des professionnels des secours accourent du monde entier pour sauver qui peut encore l’être. Parmi cette foule d’humanitaires, Deborah, la petite-fille de sa tante Ruth, qu’il n’avait jamais vue auparavant. À elle, il accepte enfin de raconter sa vie, tranquillement installé dans sa véranda.

Le parcours de Ruben est tellement épique qu’Avant que les ombres s’effacent tient tout à la fois du roman d’aventure que du roman historique. Conteur hors-pair, Louis-Philippe Dalembert évoque avec brio bien des éléments peu connus des lecteurs, même férus d’Histoire, notamment concernant son petit pays, encore trop méconnu dans l’Hexagone.

Ce roman m’a donné envie d’en savoir plus sur Haïti et son histoire, ainsi que sur Louis-Philippe Dalembert dont l’approche de la nationalité – ou plutôt le refus d’être enfermé dans une nationalité – me plaît beaucoup (voir cet entretien dans l’émission D’ici et d’ailleurs de France Inter).

Avant que les ombres s’effacent, de Louis-Philippe Dalembert, Sabine Wespieser (2017), 296 pages.

Dans l’épaisseur de la chair est un roman de Jean-Marie Blas de Roblès paru chez Zulma en 2017.

61cmvhmvaplRésumé

Suite à une brouille lors d’un repas de famille – une pique de son père qu’il a très mal prise – Thomas Cortès décide de partir seul en mer avec le petit bateau de pêche du paternel. Le voilà qui chute à l’eau. S’il parvient à agripper l’embarcation, il n’arrive pas à y monter. Le voilà dérivant à la poupe du navire… et dans ses pensées.

Mon avis

J’avais beaucoup aimé ma première rencontre avec Jean-Marie Blas de Roblès, L’Île du Point Némo, un petit bijou de roman d’aventure rocambolesque et parfois désopilant.
Si l’aventure est ici bel et bien présente, le texte est différent, car à mi-chemin entre fiction et autobiographie. Bien difficile d’ailleurs de savoir ce qui a trait à l’histoire familiale de l’auteur ou ce qui est du domaine de l’invention pure et simple. Et à la rigueur, peu importe.
Le personnage de Thomas – qui partage sans doute bien des points communs avec Blas de Roblès lui-même – voue une grande admiration à son père, Manuel, droit et fier malgré bien des défauts et toujours alerte pour ses quatre-vingt-treize printemps. Le temps de son immersion forcée, des monceaux de souvenirs lui reviennent pêle-mêle, tantôt vécus, tantôt racontés (tels quels ou fabulés) par son père et concernant lui-même ou ses aïeux. L’on remonte jusqu’à Juan, grand-père paternel de Thomas, tenancier à Sidi-Bel-Abbès, ville algérienne dont est originaire l’auteur (tiens tiens!) ; et même jusqu’à Francisco, père de ce dernier, ayant fui la misère andalouse pour faire fortune comme camelot en Algérie.
Sans respecter de chronologie aucune, on participe tantôt à la guerre d’Italie où tombent les camarades aux côtés de Cortès père, le « petit toubib », sur les flancs du Monte Cassino, tantôt aux parties de pêche père-fils et à leurs règles tacites et immuables. Certains passages sont drolatiques voire même hilarants, comme ce suicide raté dans les toilettes, ce joueur d’échec qui élabore de grandes stratégies pour perdre sans avoir l’air de le faire exprès – ce qui est selon lui plus dur que de gagner – ou encore ce médecin talentueux, capable de soigner un eczéma persistant avec un simple morceau de bois. D’autres passages, comme la description de la vie politique de Sidi-Bel-Abbès, paraîtront peut-être moins intéressants à certains lecteurs.

Le côté patchwork de l’ensemble pourra rebuter les adeptes de linéarité dans le récit. Pour qui saura se laisser embarquer aux côtés de Thomas et d’Heidegger – son perroquet invisible ! – c’est la garantie de lire une grande fresque familiale aux personnages hauts en couleur avec, bien souvent, le sourire au coin des lèvres.

Dans l’épaisseur de la chair, de Jean-Marie Blas de Roblès, Zulma (2017), 390 pages.

La baleine thébaïde est un roman de Pierre Raufast paru chez Alma en 2017.

liv-11931-la-baleine-thebaideRésumé

Après avoir terminé, brillamment mais sans grande passion, des études supérieures de commerce, le jeune Richeville ne sait pas quel sens donner à sa vie. Il commence à rechercher un emploi lorsqu’il tombe sur une annonce atypique. Le Samaritano Institute cherche un volontaire pour une expédition scientifique en mer arctique. Il s’agit de localiser la « baleine 52 », unique au monde en raison de son chant à la fréquence anormale. La mission est bien payée et Richeville n’a rien d’autre de mieux à faire. Il décolle donc pour l’Alaska, d’où partira le bateau.

Mon avis

En préambule, disons que sans l’initiative de ma médiathèque, qui incite ses lecteurs à participer au Prix du Roman Cezam Inter-CE, dont la sélection est très bonne, je ne serais sans doute jamais tombé sur ce livre – contrairement à d’autres titres de la sélection, parfois même déjà lus avant de connaître l’existence de ce prix.

Avant ce troisième roman, Pierre Raufast avait écrit La Fractale des raviolis et La Variante chilienne. Les titres ne s’inventent pas et témoignent déjà de l’imaginaire débridé de l’auteur. Amateurs de littérature très classique, vous n’y trouverez peut-être pas votre compte. Vous voilà prévenus.
Après une brève scène d’ébats sexuels aquatiques dans la luxueuse piscine d’une villa américaine (scène dont on ne comprend ce qu’elle vient faire là), nous voilà rapidement avec le jeune Richeville sur le baleinier. Tout semble se passer comme prévu… et puis tout part en cacahuète.
On croise alors le chemin d’un hacker russe, d’un homme qui se rend aux enterrements d’illustres inconnus se faisant passer à chaque fois pour un proche du défunt, d’un savant fou rêvant de remonter le temps pour déguster un steak de stégosaure (oui oui!), ou encore de petites baleines connectées…
Vous l’aurez compris, Pierre Raufast n’est pas l’homme des récits linéaires. Se basant sur des faits réels teintés de science (la baleine 52, la R&D dans le domaine des objets connectés…), son imagination pour le moins débridée fait le reste et nous offre un roman d’aventure très original faisant travailler les zygomatiques.

Malgré de belles trouvailles et un humour prononcé – certaines scènes sont mémorables – d’aucuns trouveront peut-être le roman un brin trop décousu. Il permet néanmoins de passer un bon moment de lecture à la recherche de la baleine thébaïde.
En matière de roman d’aventure foutraque et désopilant, on ne saura trop que (re)conseiller La Traversée du Mozambique par temps calme de Patrice Pluyette texte auquel cet opus ressemble par bien des aspects.

La baleine thébaïde, de Pierre Raufast, Alma (2017), 222 pages.