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La procrastination : L’art de reporter au lendemain est un brillant petit essai, intéressant et drôle, du philosophe et professeur d’université américain John Perry. Comme son titre l’indique, le livre traite de la procrastination, cette terrible maladie qui touche certains d’entre nous.

Je dois vous l’avouer, la procrastination (remettre sans raison des choses au lendemain alors qu’on aurait pu/dû les faire de suite) est un de mes plus gros défauts. Sans que je ne me l’explique tout à fait, j’arrive à m’en défaire totalement au boulot (contrairement à John Perry, ça va alors, je ne suis pas le pire). Pour le reste, c’est souvent plus délicat.

Je n’ai jamais cherché de livre sur le sujet (je ne me suis même pas posé la question de savoir si ça existait). Toujours est-il que je suis tombé par hasard sur celui-ci à la médiathèque et que je me suis dis : tiens, c’est tout à fait pour moi ça.
Et plus encore une fois que je l’ai ouvert et que j’ai lu, avec un grand sourire, la citation de Mark Twain que l’auteur place en exergue de son livre « Ne jamais remettre au lendemain ce que l’on pourrait faire le surlendemain. »

Plutôt que de faire culpabiliser les procrastinateurs en insistant sur leurs défauts comme le font apparemment (d’après l’auteur) de nombreux auteurs de livres de développement personnel abordant cette question, John Perry nous propose tout autre chose. Assumer totalement sa procrastination, mais en être conscient et l’utiliser intelligemment. C’est ce qu’il appelle la « procrastination structurée ».

Sans aller loin dans le côté psychanalytique, l’auteur, grand procrastinateur lui-même, évoque quelques pistes qui auraient pu l’amener à le devenir. Le parallèle avec le perfectionnisme m’a semblé très juste (je m’y retrouve).

« Ne me définissant pas moi-même comme un perfectionniste, j’ai mis longtemps à saisir le lien entre procrastination et perfectionnisme. Souvent, les procrastinateurs ne savent pas qu’ils sont perfectionnistes pour la bonne raison qu’ils n’ont jamais rien accompli de parfait. Personne ne nous dit jamais que notre travail est parfait et, nous-mêmes, nous n’avons pas l’impression qu’il l’est. Nous nous imaginons que pour être perfectionniste, il faut forcément s’acquitter parfaitement d’une tâche. Ce raisonnement passe à côté de la logique même du perfectionnisme. Le perfectionnisme dont il est question ici est purement fantasmatique, sans aucun rapport avec la réalité. »

On trouve dans ce livre des réflexions philosophiques mais aussi des petites astuces, parfois très concrètes, pour structurer sa procrastination. Sans avoir approfondi la question, je suivais déjà l’une d’entre elles quotidiennement depuis des années : la to-do list (ou liste de choses à faire pour parler français). Là encore, je me retrouve totalement dans ce qu’en dit John Perry.

« Une to-do list donne au procrastinateur le plaisir de biffer les tâches à mesure qu’il les accomplit. Le simple fait de rayer un élément de la liste procure un délicieux sentiment de satisfaction. C’est excellent pour le moral. […]

[La to-do list] ne vous guérira pas de la procrastination mais elle participe d’une stratégie d’automanipulation qui vous rendra plus productif. »

Concernant le réveil-matin, là encore, John Perry est dans le vrai. Quand j’ai une obligation je parviens à me lever sans problème dès la première sonnerie. Quand je n’en ai pas, c’est souvent plus compliqué.

« Les procrastinateurs que nous sommes cèdent souvent à la tentation d’éteindre leur réveil, d’enfouir la tête sous l’oreiller et de se rendormir. Aujourd’hui, les réveils sont équipés d’un bouton « snooze » qui permet de répéter la sonnerie cinq ou dix minutes plus tard. Mais si vous êtes capables de tendre le bras une fois pour activer cette fonction vous pourrez le faire une deuxième fois, puis une troisième… »

John Perry n’invente rien (j’avais déjà entendu ça et c’est logique), mais il propose de mettre le réveil à distance. Suffisamment proche pour qu’il nous réveille mais suffisamment loin pour qu’on soit obligé de se lever pour aller l’éteindre. Moi qui pouvait facilement snoozer pendant une heure le dimanche matin, j’ai testé et je vous assure, ça marche très bien.

J’ai pas mal ri aussi en lisant les conseils de John Perry pour optimiser sa gestion du temps lorsqu’on travaille sur ordinateur, et notamment lorsqu’on a le malheur d’avoir une connexion Internet. Ah, les inconvénients des liens hypertextes et de la sérendipité… On peut chercher quelque chose, avoir perdu beaucoup de temps au final, mais sans avoir trouvé ce qu’on cherchait initialement. Ce qui n’empêche pas qu’on peut avoir appris ou découvert d’autres choses.

Comme il le dit lui-même, John Perry n’a pas la prétention de guérir notre procrastination, pas plus que de révolutionner notre vie. Néanmoins je pense que cette lecture ne pourra pas faire de mal à toutes celles et ceux qui ont tendance à procrastiner.
En plus ce petit bouquin se lit très bien. Il est clair, drôle et intéressant.
Du coup, n’hésitez pas à l’acheter ou l’emprunter. Peut-être pas tout de suite, mais demain…

La procrastination : L’art de reporter au lendemain (The Art of Procrastination : A Guide to Effective Dawdling, Lollygagging and Postponing, 2012) , de John Perry, Autrement (2012). Traduit de l’américain par Myriam Dennehy, 136 pages.

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