Archives de la catégorie ‘Polar américain’

L’Enfer de Church Street est un roman de Jake Hinkson paru chez Gallmeister en 2015 dans la collection Néonoir.
Il est traduit de l’anglais (États-Unis) par Sophie Aslanides.

41iig9yfp2blRésumé

Geoffrey Webb, un gros Américain d’apparence inoffensive se fait braquer sur un parking de station-service alors qu’il remonte dans sa voiture. Le truand fait démarrer le conducteur et le menace d’une arme. Plus coriace que prévu, l’obèse refuse de coopérer, arguant qu’il n’a rien à perdre et qu’il peut très bien les envoyer tous deux dans le décor si ça lui chante. Il propose rapidement un « deal gagnant-gagnant » à son agresseur. Trois mille dollars contre quelques heures de route à l’écouter raconter sa vie sans poser de questions. C’est tout.

Mon avis

L’Enfer de Church Street démarre sur les chapeaux de roues et conte donc l’itinéraire pour le moins mouvementé de Geoffrey Webb, un petit gars mal parti dès le départ et d’abord peu armé à faire face à cette chienne de vie. Après une enfance atroce passée avec un père violent et ivrogne qui abusait de ses propres filles, il trouve grâce à un oncle son salut dans le groupe de jeunes de l’Église baptiste locale. Mal dans sa peau, il est l’objet de railleries mais se découvre un talent pour le prêche et décide de muscler sérieusement le seul point fort que lui ait donné la vie afin de devenir pasteur.

Pas croyant pour un sou mais totalement cynique, frère Webb, qui manie la langue de bois et la flatterie comme personne, gravit vite les échelons pour se retrouver en charge de l’éducation religieuse d’une groupe de jeunes. Entouré d’adolescents, les hormones du pasteur le rattrapent, et le voilà qu’il tombe amoureux de la plus laide de toutes. Non seulement Angela est mineure, mais elle est surtout la fille de frère Card, son supérieur hiérarchique. Qu’à cela ne tienne, Geoffrey n’est pas homme à se laisser abattre lorsqu’il a une idée en tête. Et il est bien décidé à initier Angela au péché de chair.

Forcément, dans ce type de roman, rien ne se passe comme prévu et tout va rapidement aller de mal en pis pour Geoffrey Webb, et pas qu’un peu ! Notamment quand le shérif local, corrompu comme pas deux, commence à le trouver suspect.
Lui-même fils de prêcheur baptiste ayant vécu dans une famille stricte et religieuse, Jake Hinkson prend un malin plaisir à dézinguer ce milieu refermé sur lui-même où la crédulité des uns le dispute à l’hypocrisie des autres. Grâce au personnage de Geoffrey Webb, il peut laisser éclater son cynisme pour la plus grande jubilation du lecteur.

Avec ce premier roman d’une sauvagerie redoutable, Jake Hinkson allume immédiatement une mèche que rien ne viendra éteindre jusqu’à la dernière page et à la détonation finale. Un petite bombe bien noire qui se lit d’une traite.

L’Enfer de Church Street (Hell on Church Street, 2011), de Jake Hinkson, Gallmeister/Néonoir (2015).
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sophie Aslanides, 236 pages.

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Six jours est un roman de Ryan Gattis paru chez Fayard en 2015.
Il a été traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard.

413tqcaxcllRésumé

Los Angeles, 1992.
Dans un contexte de tensions raciales permanentes se tient le procès très médiatisé de quatre officiers de police, accusés d’avoir passé à tabac un automobiliste noir. Malgré une vidéo amateur accablante où l’on voit les agents rouer de coups de bâton et de coups de pied Rodney King, au sol et sans défense, les quatre hommes sont acquittés par un jury composé à 85% de Blancs. À l’énoncé du verdict impensable, au soir du 29 avril, la ville laisse soudainement éclater sa colère. Inextinguible. Incontrôlable.

Mon avis

Ainsi débute Six jours. Qui s’attarde d’ailleurs encore moins que nous ici sur le procès lui-même. Ce n’est pas l’objet du roman. Ryan Gattis s’intéresse – à l’instar du récent film Kings, avec Halle Berry et Daniel Craig – au quotidien des habitants de la Cité des Anges durant ces six jours où les autorités, totalement dépassées par la tournure des événements, laissèrent la ville à feu et à sang. Six jours, 55 morts, 2300 blessés, 3600 départs de feu, 1100 bâtiments brûlés, 800 millions de dollars de dégâts, 11000 arrestations. Les chiffres donnent le vertige. L’auteur a fait le choix, intelligent, de suivre des personnages très différents les uns des autres mais toujours à la première personne. On est immergé tour à tour dans la peau de dealers et autres membres de gangs, d’une victime qui n’avait rien demandé à personne, d’une infirmière, d’un pompier… À chaque fois, nous observons la désolation dans les rues de Los Angeles avec leur point de vue, et leur langage propre. Le travail sur les différents registres de langue est d’ailleurs assez remarquable, l’infirmière Gloria ne s’exprimant bien sûr pas comme une petite frappe issue de la pègre sud-américaine. À signaler, on revit parfois la même scène plusieurs fois, mais d’un autre point de vue, qui change la donne. Ce procédé assez original (on pense au film Elephant de Gus Van Sant) peut être risqué mais apporte ici un vrai plus.
Dans la peau de ses personnages, Ryan Gattis donne à voir, sans jamais émettre de jugement, ce qui confère à l’ensemble un aspect quasi documentaire qui ne déboussolera pas les aficionados de série type The Wire.

À l’instar du 911 de Shannon Burke, ce Six jours, qui a dû demander un travail considérable mais qui se lit sans effort aucun, est un sommet de noir réaliste. Avec ce roman aussi puissant qu’intelligent, Ryan Gattis marque assurément un nouveau jalon du genre.

Six jours (All Involved, 2015), de Ryan Gattis, Fayard (2015). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard, 432 pages.

Dodgers est un roman de Bill Beverly paru au Seuil/Policiers en 2016.
Il a été traduit de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd.

51ue-qtkr6lRésumé

East a quinze ans mais déjà une bonne expérience dans son domaine. Sa spécialité : guetteur. Son boulot : faire en sorte qu’aucune personne suspecte n’entre dans « sa » taule pour que les affaires roulent. Un jour, sans qu’il comprenne ni comment ni pourquoi, les flics sont là. La taule est fermée. East a failli.
Redevable, East accepte, plus contraint que par gaieté de cœur, la mission que lui confient ses employeurs. Se rendre dans le Wisconsin éliminer un juge récalcitrant.

Mon avis

Oui mais voilà, East ne doit pas y aller en avion mais à bord d’un van. Il ne doit pas faire le trajet seul, mais avec trois autres types dont – horreur ! – Ty, son propre petit-frère, une tête brûlée de douze ans qu’il se garde bien de fréquenter tant il semble attirer les embrouilles comme par enchantement. Les deux autres acolytes semblent à peine plus compétents et voilà la joyeuse équipée qui prend la route, sans armes, avec seulement quelques dollars en poche et des faux papiers. Départ pour des milliers de bornes…
…Et pour les emmerdes. Car forcément, comme on est en droit de s’y attendre dans ce type de récit, rien ne va se passer comme prévu. Pour le plus grand bonheur du lecteur, qui prend vite un malin plaisir à essayer d’imaginer quelle va être la prochaine tuile à tomber sur le coin de la gueule de cette équipe de bras cassés, pour la plupart jamais sortis de leur ghetto de Los Angeles.
Outre East et son instable de frère, qui ne lèvera pas les yeux de sa console du trajet, il y a Michael Wilson, soi-disant étudiant qui aime bien s’écouter parler, et Walter, obèse de dix-sept ans dont on ne sait trop ce qu’il vient faire dans cette histoire. Si on leur demande, les quatre jeunes Noirs sont cousins et vont à une réunion de famille. Comme dans toute famille, les relations ne sont pas toujours au beau fixe et dans le minibus, entre désaccords mineurs et caractères pourris, la tension devient palpable, l’ambiance explosive.
Dans ce road trip funèbre où tout ne peut aller que de mal en pis, Bill Beverly, qui signe là son premier roman, fait la part belle à ces enfants des rues grandis trop vite, entre violence et trafic de drogue. Tandis que ses collègues sont souvent assez bas du front, East semble échapper à cette règle, et tente difficilement, comme un héros de tragédie grecque, d’échapper à un destin qui aurait déjà été écrit pour lui. Un beau personnage, tourmenté, bien travaillé.

Sans réelles surprises ni innovations mais assez brillant dans son genre, on passe un très bon moment de lecture en compagnie de la team de losers de ce Dodgers. Qui donne sacrément envie de reprendre la route avec Bill Beverly.

Dodgers (Dodgers, 2016), de Bill Beverly, Seuil/Policiers (2016). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd, 352 pages.

Meurtres sur la Madison est un roman de Keith McCafferty qui paraît aujourd’hui chez Gallmeister dans une traduction de Janique Jouin-de Laurens.

pol_cover_30511Résumé

Suite à son divorce, Sean Stranahan est venu s’installer dans les Rocheuses, pour pêcher et y exercer son activité de peintre. Ayant été enquêteur privé, il n’a pu s’empêcher de l’indiquer sur la devanture de sa boutique. Ça n’échappe pas à la ténébreuse Velvet Lafayette, chanteuse de cabaret de son état, qui embauche Stranahan pour une mission originale : pêcher la truite un peu partout dans la région afin de réussir à retrouver, grâce à de maigres indices, le coin favori de son père, récemment décédé et dont elle aimerait répandre les cendres précisément où il aimait le plus à taquiner l’arc-en-ciel ou la fario.
Parallèlement, le client d’un guide de pêche ramène au bout de sa canne… un cadavre. Le corps d’un jeune pêcheur noyé, sans doute accidentellement. Quoique, pas si sûr, car il a une Royal Wulff – une mouche de belle facture – hameçonnée à la lèvre. Martha Ettinger, la sherif du comté, est sur l’affaire.

Mon avis

Première traduction française pour Keith McCafferty, signée Janique Jouin-de Laurens, et après quelques pages, on comprend parfaitement pourquoi c’est Gallmeister qui a choisi de lui donner sa chance dans l’Hexagone. L’auteur est un passionné de pêche – il est même rédacteur en chef d’un magazine spécialisé – et un amoureux des grands espaces. Assurément, les amateurs de nature writing et les aficionados de Craig Johnson ne seront pas dépaysés.

C’est ce sens du toucher que Stranahan apportait avec lui à la rivière. C’était une forme subtile de compétence que les auteurs d’ouvrages sur la pêche négligeaient. Ils réduisaient la pêche à la mouche à des considérations avant tout pratiques, amenant leurs lecteurs à croire que celui qui possède la canne en fibre de carbone du plus haut module, la soie avec la finition futuriste la plus lisse, la potence invisible en fluorocarbone et la mouche parfaitement montée, écrasera tellement la truite de sa supériorité technologique qu’elle ouvrira la bouche, vaincue. Stranahan savait que le succès résidait davantage dans le toucher que dans la technologie, et que la technique passait au second plan derrière la concentration et le désir. Pour pêcher, il fallait sentir la rivière et votre cœur filait avec la mouche. A l’instant où vous laissez votre esprit s’égarer, vous êtes perdu.

Là où d’autres privilégient l’action à tout prix, Keith McCafferty prend le temps de planter le décor et les personnages, et bien lui en prend. On se délecte de découvrir sous sa plume les somptueux paysages du Montana, et particulièrement la faune et la flore des abords de la Madison River. L’humour est moins présent que dans la série consacrée au shérif Longmire, et les dialogues ne sont peut-être pas aussi savoureux mais les points communs sont évidents, même au-delà du cadre bucolique similaire (tiens, un adjoint indien !). Les amateurs de pêche en eau douce en auront pour leur argent, et même ceux qui ne s’y intéressent pas de prime abord pourront être emportés par les descriptions de l’auteur, qui parvient sans forcer son talent à transmettre son amour pour cet art solitaire. Du matériel de pêche à la confection des mouches en passant par les maladies des truites, on en apprend des choses, comme dans les romans de William Tapply tout en ne perdant pas de vue l’intrigue principale, qui connaît de nombreux rebondissements, plus ou moins inattendus. Tout au plus pourra-t-on regretter l’absence d’un lexique (ou de quelques notes de bas de page), pour celles et ceux qui n’ont jamais tenu une canne à pêche et ne savent pas ce que sont les waders et autres soies.

Premier opus d’une série consacrée à l’attachant Sean Stranahan – qui compte déjà sept titres outre-Atlantique –, Meurtres sur la Madison remplit parfaitement son rôle. Aussi passionnant sinon plus de par son contexte et l’écriture de Keith McCafferty que pour l’intrigue stricto sensu, le roman fait passer un excellent moment. Ferré dès le départ, on attend déjà la suite.

Meurtres sur la Madison (The Royal Wulff Murders, 2012), de Keith McCafferty, Gallmeister (2018). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Janique Jouin-de Laurens, 379 pages.

Ceci est mon corps (A Martyr for Suzy Kosasovich en VO) est un roman de Patrick Michael Finn paru dans la collection Equinox des Arènes le mois dernier.
Il est traduit de l’anglais (États-Unis) par Yoko Lacour.

pol_cover_30059Résumé

Joliet, Illinois.
Suzy Kosasovich a quatorze ans. Elle vit chez sa grand-mère et travaille bien à l’école. C’est une ado sage. Trop sage même peut-être. Être totalement insignifiante aux autres dans le car scolaire la dérange de plus en plus. Elle aimerait avoir son quart d’heure de gloire. Ou se faire rouler des galoches et peloter par le beau Joey Korosa. Mais elle n’ose même pas parler en public alors ça ne risque pas d’arriver.
Un soir, alors qu’elle sait que Fat Kuputzniak va faire couler l’alcool à flots dans son bar, ça y est, c’est décidé, Suzy va changer le cours de sa vie.

Mon avis

Étonnant petit roman – 189 pages en format poche – que celui-ci. Ceci est mon corps est pour ainsi dire un huis clos dans un bar, ce qui n’est pas courant. Mal-famé d’après Busha, la grand-mère de Suzy, ce rade est le lieu de rendez-vous des ouvriers de l’usine locale, Joliet Washer & Wire, ainsi que de la communauté slave. Mais effectivement, une fois par an, le Vendredi Saint, Fat Kuputzniak noyait son chagrin dans une biture monumentale et ouvrait le Zimne Piwo Club à quiconque disposait de trois sous. Car ce jour est celui où il a perdu sa sœur dans un accident de voiture. Alors chaque Vendredi Saint, lorsque les pères de Joliet vont faire des heures supplémentaires à l’usine, payées triples ce jour-là, et que les mères vont aussi faire des extra, les jeunes s’en donnent à cœur joie au Zimne Piwo Club, qui devient le temps d’un soir le lieu de tous les possibles.
Suzy, qui a dit à sa grand-mère qu’elle allait se promener un peu avant de se coucher, entre timidement dans le bar. Et demande une première bière, qui sera loin d’être la dernière. Bientôt, l’alcool coule à flots, l’atmosphère est enfumée et bruyante, le juke-box braille. Le lieu devient d’abord celui d’une joyeuse débauche, puis les éléments deviennent incontrôlables et prennent des allures d’apocalypse.
Ceci est mon corps est en quelque sorte un roman initiatique. Celui qui marque l’entrée de Suzy dans l’âge adulte, elle qui voulait tant sortir de cette enfance trop lisse. Mais à quel prix ?

Sans fioritures, Patrick Michael Finn nous propose avec ce premier roman un texte noir et puissant dont on ressort avec la gueule de bois, un méchant mal de crâne et des tâches de vomi sur ses vêtements. Un shooter de tord-boyaux littéraire, à avaler cul sec !

Ceci est mon corps (A Martyr for Suzy Kosasovich, 2008), de Patrick Michael Finn, Les Arènes/Equinox (2018). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Yoko Lacour.

Idaho est un roman d’Emily Ruskovich paru il y a quelques jours chez Gallmeister.
Il est traduit de l’anglais (États-Unis) par Simon Baril.

pol_cover_30509Résumé

1995
Wade et sa femme Jenny coupent du bois dans une clairière tandis que leurs deux filles jouent et chantent autour d’eux. Nous sommes en août. Il fait chaud, les insectes volent, les oiseaux piaillent. Et absolument rien ne peut annoncer le drame imminent qui va changer la vie de cette famille définitivement.
2004
Wade habite toujours près de Ponderosa, sur les flancs du Mont Iris (qui doit son nom aux fleurs éponymes, très à leur aise sur ses pentes). Mais il est désormais marié à Ann, et commence à perdre la mémoire. Son père étant décédé prématurément de cette maladie, Ann ne peut s’empêcher de penser à la fin à venir de Wade. Et tout cela fait remonter énormément de souvenirs, comme ceux du drame, neuf ans plus tôt.

Mon avis

En refermant ce superbe roman, on est bien en peine de croire qu’il s’agissait là du premier de la jeune Emily Ruskovich. Les habituels défauts du primoromancier sont aux abonnés absents. C’est plutôt la virtuosité de l’auteur qui frappe, tant dans l’écriture de ses personnages que dans la maîtrise d’une chronologie éclatée qui aurait pu s’avérer problématique. Les chapitres sont en effet proposés de manière presque désordonnée – l’action se situe de 1973 à 2025 – mais le lecteur s’y fait bien, et si tout cela peut presque paraître aléatoire au départ, il n’en est rien.
Comme souvent chez Gallmeister, la nature occupe une place prépondérante dans le récit. Emily Ruskovich a grandi dans les Hoodoo Mountains, vraisemblablement dans une rusticité heureuse, et son amour pour la flore et la faune de l’Idaho de son enfance transparaît pour ainsi dire à chaque page. Certains passages sont véritablement sublimes et donnent envie de se téléporter immédiatement dans les décors du roman.
De beaux paysages ne font pas un roman, mais l’auteur est aussi à l’aise pour peindre l’âme de ses personnages que leur environnement. Parfois, l’on en trouve un beau dans un roman, et n’éprouvons aucune empathie pour les autres. Parfois, ce sont même tous les protagonistes qui nous laissent indifférents. Ici, il n’y en a pas un seul qui ne fasse pas surgir quelque émotion. L’histoire entre Wade et Ann est belle, de même que le lien entre les deux sœurs ou encore d’autres, tissés entre des personnages dont on s’abstiendra de parler ici. Le passage de vie à trépas d’un des protagonistes est aussi l’une des plus belles scènes de mort lue depuis bien longtemps, mais ne déflorons pas plus l’intrigue…

Idaho aborde la vie, la mort, la famille, la solitude, le bonheur, la tristesse, la nature, les enfants, le deuil, les souvenirs, l’avenir… Il y a tout dans ce roman magnifiquement écrit qu’on voudrait ne jamais refermer. Comme avec Dans la forêt, Gallmeister atteint un nouveau sommet. On en redemande, de même qu’on sera on ne peut plus curieux de suivre le parcours d’Emily Ruskovich.

Idaho (Idaho, 2017), d’Emily Ruskovich, Gallmeister (2018). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Simon Baril, 359 pages.

The Burning Room (Mariachi Plaza pour la VF) est un roman de Michael Connelly originalement publié en 2014.
S’il s’agit de la 19e enquête de son personnage fétiche Harry Bosch, c’était pour ma part ma première incursion dans l’univers de cet auteur, ainsi que ma première lecture d’un titre de la collection « Yes you can ! » proposée par Harrap’s (j’en toucherai un mot ultérieurement).
La traduction française, signée Robert Pépin (himself), est parue en 2016 chez Calmann-Lévy avant d’être reprise il y a quelques mois au Livre de poche.

51cj6c4p8alRésumé

Orlando Merced jouait du vihuela sur une place de Los Angeles avec son groupe de mariachi lorsqu’il a été grièvement atteint par une balle perdue. Dix ans après la tragédie qui l’a laissé paraplégique, il décède d’une complication. C’est l’occasion pour le LAPD de rouvrir ce cold case qui avait fait grand bruit à l’époque et de le qualifier d’homicide. La mort du musicien permet en effet d’accéder à un élément-clé : la balle, qui était restée, indélogeable, dans sa colonne vertébrale.
L’enquête est confiée à Harry Bosch et Lucia Soto, son nouveau binôme. Lorsqu’il découvre que la jeune femme s’intéresse de très près (et à l’insu de sa hiérarchie) à une vieille affaire d’incendie criminel irrésolu, il décide de lui donner un coup de main.

Mon avis

The Burning Room est donc, je le disais, la dix-neuvième enquête d’Harry Bosch, apparu pour la première fois il y a un quart de siècle dans Les égouts de Los Angeles. Contrairement aux personnages de BD qui ne vieillissent jamais au fil des décennies, Harry est désormais un vieux briscard que ses supérieurs commencent à pousser gentiment vers la sortie. S’il commence à être las de certains aspects de son métier, l’inspecteur reste redoutable et c’est pourquoi ses supérieurs lui confient des affaires pour le moins délicates. Après avoir assisté, impuissante, à la mort de son précédent binôme et tué son assaillant, Lucia Soto est intégrée au service des affaires irrésolues, que Bosch occupe aussi désormais. En plus de travailler à élucider ce crime vieux de dix ans sans preuves et presque sans témoins, Bosch est chargé de lui apporter son expérience.

Les amateurs d’Harry Bosch retrouveront assurément dans ce titre tout ce qui a contribué au succès de cette série et de son auteur. Quant à ceux qui découvrent là Michael Connelly, ils ne seront sans doute pas déçus. Mariachi Plaza est un polar « procédural », qui sait prendre le temps de donner à voir – minutieusement mais sans être rébarbatif – les dessous de l’enquête : autopsie, mandats, méthodes d’interrogatoire… Les rapports de Bosch, toujours assez rebelle dans l’âme malgré l’âge avançant, avec ses supérieurs – et notamment l’un d’entre eux, qui lui met une pression du résultat de tous les instants – sont assez croustillants. Le binôme qu’il forme avec Soto est aussi intéressant. Il en a connu des coéquipiers, et se méfie de quiconque lui est mis dans les pattes par ses chefs. Mais il s’avère vite que Lucia est plutôt du type à ramener ses dossiers chez elle qu’à lambiner au bureau, et le contact passe bien.
L’enquête – ou plutôt la double enquête car le binôme mène rapidement deux affaires de front – est littéralement passionnante et amène assez rapidement les protagonistes dans les eaux troubles d’un milieu qu’Harry abhorre par-dessus tout, celui des politiciens.

Mariachi Plaza est un très bon polar, tendance procédurale, qui fait néanmoins la part belle aux personnages et à leurs sentiments tout en maintenant un suspense de tous les instants sur certaines zones d’ombre de l’histoire. Typiquement le type d’opus qui donne envie de (re)découvrir l’oeuvre d’un auteur. Et ça tombe bien, celle de Michael Connely est riche.

The Burning Room, de Michael Connely, Harraps / Yes you can ! (2016), 428 pages.