Archives de la catégorie ‘Polar est-européen’

La Ferme aux poupées (Farma Lalek) est un roman de Wojciech Chmielarz paru chez Agullo au printemps dernier.
Il est traduit du polonais par Erik Veaux.

417fjcm8o4lRésumé

Jakub Mortka a été missionné dans la petite ville de Krotowice. S’il a officiellement été envoyé là-bas temporairement dans le cadre d’un programme de partage de compétences entre services de police, il faut dire que les supérieurs du Kub voulaient surtout le voir s’éloigner de la capitale. Et lui faire payer la gestion toute personnelle de sa dernière affaire. Oui mais voilà, le Kub ne cherche pas les affaires sensationnelles, ce sont elles qui le trouvent. Bientôt, une fillette de onze ans disparaît. Un pédophile est très vite appréhendé mais quelque chose cloche. Ses aveux sonnent faux et le flair de l’inspecteur le pousse à poursuivre l’enquête là où d’autres auraient immédiatement clos le dossier.

Mon avis

On le sait depuis Pyromane (dont ce roman est en quelque sorte la suite ; aussi, il est vivement conseillé de lire cette série dans l’ordre), Wojciech Chmielarz est un spécialiste des retournements de situation bien sentis, qu’il distille l’air de rien là où certains auteurs de thrillers en font des caisses. Concernant les rebondissements, le lecteur va en avoir pour ses frais, et ce du début à la fin. Si certains pourront paraître un peu téléphonés, d’autres viennent de nulle part et prennent complètement au dépourvu, comme ce point final qui n’en était pas tout à fait un. Mais chut, n’en disons pas plus.

L’auteur a fait le choix, dans cette seconde enquête de son personnage, de le faire évoluer dans une petite ville de province, contraint et forcé. Étonnamment, c’était aussi le choix de son compatriote Zygmunt Miloszewski dans Un fond de vérité, (là aussi) la seconde aventure de Teodore Szacki. Le procureur de l’un et l’inspecteur de l’autre partagent d’ailleurs des points communs : des difficultés avec leur hiérarchie ou à gérer leur vie familiale compliquée, et un sens tout particulier du devoir quand leurs enquêtes prennent des tournures inattendues. Les deux auteurs venus de l’est ont aussi ceci en commun d’être journalistes de métier et d’exceller dans la manière de donner à voir les travers de la société polonaise contemporaine sans avoir l’air d’y toucher – ce qui est très possiblement lié. Si l’accent était mis sur la question juive et les dérives antisémites dans Un fond de vérité, bien difficile d’en dire plus sur la thématique principale abordée dans cette Ferme aux poupées sans déflorer l’intrigue. Tout au plus que concernant ce sujet abominable, la réalité n’est malheureusement guère éloignée de la fiction.

Visiblement à l’aise dans l’écriture et toujours redoutable lorsqu’il s’agit de prendre son lecteur à contre-pied, Wojciech Chmielarz confirme tout le bien qu’on avait pensé de lui en lisant son précédent opus. Deux autres enquêtes du Kub sont d’ores et déjà disponibles en polonais. Si elles sont du même niveau que les deux premières, il y a fort à parier – on le souhaite en tout cas – qu’elles soient prochainement traduites en français.

La Ferme aux poupées (Farma Lalek, 2013), de Wojciech Chmielarz, Agullo/Noir (2018). Traduit du polonais par Erik Veaux, 399 pages.

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Un fond de vérité est un roman de Zygmunt Miłoszewski paru chez Mirobole en 2015.

fondveriteerecouvRésumé

Tout juste divorcé, Theodore Szacki compte refaire sa vie loin de Varsovie. Mais à Sandomierz, paisible ville de 20 000 habitants située au sud de la Pologne, il ne se passe pas grand chose, surtout lorsqu’on est procureur.
Theodore Szacki commence à se désespérer lorsqu’on retrouve devant l’ancienne synagogue le corps d’une femme, égorgée à la manière d’une bête qu’on voudrait manger casher, dans la plus pure tradition juïve. La victime, épouse d’un conseiller municipal et engagée elle-même auprès des enfants, est connue de toute la ville et l’on peine à voir qui aurait pu avoir un quelconque intérêt à l’occire.
Enfin quelque chose d’intéressant à se mettre sous la dent pour le procureur !

Mon avis

On avait quitté Theodore Szacki résolvant un curieux meurtre survenu dans un monastère où se tenait une thérapie de groupe à la fin de Les Impliqués. Exit la capitale, sa femme et sa fille. Le voici donc se morfondant à Sandomierz, plus seul que jamais. Un brin arrogant, le procureur pourra horripiler certaines personnes. Mais son regard désabusé sur le monde qui l’entoure et son ton mordant, qui le rapproche d’un Bernie Gunther par exemple, raviront sans doute les amateurs de cynisme.
L’intrigue est passionnante et parfaitement maîtrisée et permet à Zygmunt Miloszewski de nous plonger dans certains pans de l’Histoire polonaise qui posent encore problème aujourd’hui. L’assassin est-il un Juif extrémiste, souhaitant se venger de certains catholiques, ou bien au contraire un antisémite voulant ressusciter la haine du Juif, qui a depuis longtemps un bon terreau en Pologne. Des premiers pogroms à ces jeunes polonais fêtant dans un cimetière juif l’anniversaire du Führer, l’auteur nous montre que l’antisémitisme est encore loin d’être un détail de l’Histoire dans son pays.

Une demi-vérité, c’est un mensonge entier. (proverbe juif)

Pour autant, si cette thématique est abordée, et qu’on devine à travers les pensées du procureur Szacki celles de l’auteur, ce texte n’est ni lourd ni donneur de leçons à ce niveau-là, pas plus que les descriptions de ces tensions sociales ne ralentissent l’intrigue. Elles en sont parties prenantes, comme les personnages et les rebondissements, nombreux dans le dernier tiers du livre où tout s’accélère après un début il est vrai un peu lent, le temps de planter le décor. C’est un petit régal de voir le procureur se dépêtrer tant bien que mal dans cette petite ville où tout le monde semble vouloir, sinon lui cacher des choses, ne pas lui faciliter la vie.

Un fond de vérité confirme tout le bien qu’on avait pensé de Zygmunt Miloszewski à la lecture son roman Les Impliqués. C’est sans doute avec le même plaisir qu’on lira La Rage, la troisième enquête du procureur Theodore Szacki.

Un fond de vérité (Ziarno prawdy, 2011), de Zygmunt Miłoszewski, Mirobole (2015). Traduit du polonais par Kamil Barbarski, 472 pages.

Pyromane (Podpalacz) est un roman de Wojciech Chmielarz paru chez Agullo l’an dernier.
Il est traduit du polonais par Erik Veaux.

41i3irkjaklRésumé

Varsovie, 3 heures du matin, -20°C.
Un homme vêtu de sombre escalade une maison en prenant bien soin de rester dans l’ombre. Par la cheminée, il lâche une bouteille d’une préparation spéciale. Le temps pour lui de prendre la poudre d’escampette, la maison est déjà en proie aux flammes. Le propriétaire des lieux est retrouvé mort, carbonisé, mais sa femme a réussi à s’enfuir et échappe de peu à la mort mais pas à de terribles brûlures.
Jakub Mortka arrive sur les lieux. Sale affaire. Non seulement l’incendie est criminel – les pompiers sont catégoriques là-dessus, mais la femme rescapée n’est autre que Klaudia Klau, ancienne Miss et chanteuse de pop. En plus de sa hiérarchie, le « Kub » va devoir se coltiner les journalistes people.

Mon avis

Belle découverte que ce premier roman polonais proposé par les éditions Agullo, qui dénichent décidément d’excellents auteurs, en Europe de l’Est notamment – dans un autre style, on pense au Lituanien Jaroslav Melnik et à son exceptionnel Espace lointain par exemple. Il y a des personnages qu’on aime ; d’autres qu’on aime détester. Le Kub, c’est encore autre chose. Brut de décoffrage, on aime le voir détester tout le monde, à commencer par ses collègues, qu’il ne se gêne pas pour critiquer ouvertement quand l’envie lui en prend, ou cette « chamane » (comprenez une profileuse), que sa hiérarchie lui met dans les pattes. Ses frasques verbales sont plutôt tolérées car malgré son caractère bien trempé, Mortka est un excellent flic. Grand travailleur, tenace, ce n’est pas par hasard qu’il a gravi les échelons dans la section criminelle et antiterroriste. Au détriment de sa vie familiale, il est vrai – sa femme demande le divorce et il ne voit plus que sporadiquement ses deux fils encore petits.
On se demande un instant comment Wojciech Chmielarz va tenir le lecteur en haleine sur plus de quatre cent pages avec une histoire de pyromane en série. Après quelques chapitres et un rebondissement particulièrement bien senti, on comprend vite que l’auteur a plus d’un tour dans son sac. Les fausses pistes sont au rendez-vous, de même que le suspense, et c’est un plaisir que de voir l’auteur égratigner la Pologne actuelle à travers ses personnages et en particulier le Kub, qu’on a déjà hâte de retrouver.

Efficace et grinçant, Wojciech Chmielarz nous a concocté un coktail explosif qui donnera envie à nombre de lecteurs de prolonger l’aventure polonaise. Ça tombe bien, le Kub est déjà de retour dans La Ferme aux poupées, fraîchement paru chez Agullo.

Pyromane (Podpalacz, 2012), de Wojciech Chmielarz, Agullo/Noir (2017). Traduit du polonais par Erik Veaux, 416 pages.

Les impliqués est le second roman de Zygmunt Miłoszewski, et le premier a avoir été traduit en français, par Kamil Barbarski et les éditions Mirobole.

Résumé

Varsovie, 2005.
Quatre patients du docteur Rudzki se laissent convaincre par le psychothérapeute de participer à une thérapie de groupe atypique. Cette méthode dite de la « constellation familiale » implique que pendant les séances, les uns et les autres se mettent à jouer, comme lors d’une session d’improvisation théâtrale, qui le mari d’une patiente, qui son fils, etc. Loin de calmer les tensions, les quelques jours passés ensemble dans un ancien monastère pour se couper du monde extérieur vont provoquer un drame. Un matin, l’un des participants est retrouvé tout ce qu’il y a de plus mort, une broche à rôtir enfoncée dans l’œil.
Le coupable est-il l’un des quatre survivants de la « constellation familiale » ou bien quelqu’un de l’extérieur ? C’est ce que va tenter de découvrir Teodore Szacki, procureur au barreau de Varsovie.

Mon avis

Les impliqués a connu un grand succès en Pologne, raflant les prix et faisant l’objet d’une adaptation cinématographique. Il faut dire que le second roman de Zygmunt Miłoszewski – il a publié un roman d’horreur en 2005 –, journaliste et scénariste polonais, a des arguments qui plaident en sa faveur.

Le scénario, avec ce meurtre en comité restreint dans un ancien monastère, rappelle les grandes heures du whodunit envase clos, type Dix petits nègres ou Le crime de l’Orient-Express pour ne citer que les plus connus. Tout le monde soupçonne tout le monde, cache des choses à l’enquêteur, et personne ne semble tout blanc. Forcément, l’auteur prend un malin plaisir à nous aiguiller sur autant des fausses pistes pour mieux nous surprendre par la suite.

Si le roman vaut à lui seul pour son intrigue, déjà au-dessus de la moyenne, il emporte également l’adhésion grâce à ses personnages, et surtout grâce à son enquêteur. Teodore Szacki est un héros de polar quelque peu original. En effet, il n’est ni policier, ni détective privé ni journaliste mais procureur. Très documenté, Zygmunt Miłoszewski nous décrit au plus près le quotidien méconnu de ces hommes et femmes de loi. Bien des lecteurs se prendront d’affection pour Szacki, un peu perdu dans sa vie à l’approche de la quarantaine. Il vit essentiellement pour son boulot pourtant frustrant et pas assez bien payé, peine à trouver du temps pour sa fille, n’éprouve plus trop d’attirance pour sa femme, et se dit que c’est un peu triste de passer toute une vie avec la même femme sans pour autant oser la quitter ni même en chercher activement une autre.

Enfin, le roman vaut aussi pour ses descriptions de la Pologne actuelle, post-communiste et entrée de plain-pied dans la mondialisation à l’occidentale. Chaque nouveau jour – l’enquête s’étend sur un mois et demi – s’ouvre d’ailleurs sur un résumé des événements qui ont marqué la journée, des élections au football en passant par le Pape et les manifestation pro ou anti Gay Pride.

Seuls bémols, l’ouverture un peu poussive, et le dénouement de l’enquête, pas tout à fait à la hauteur du reste du roman.

Pour son premier polar, Zygmunt Miłoszewski place la barre assez haut en trouvant le bon dosage entre whodunit, polar procédural et thriller psychologique. Le personnage du procureur Teodore Szacki est si sympa qu’on se dit qu’on le retrouverait bien par la suite. Ça tombe bien, c’est prévu, et sa deuxième enquête Un fond de vérité est déjà parue chez Mirobole.

Les impliqués (Uwikłanie, 2007), de Zygmunt Miłoszewski, Mirobole (2013). Traduit du polonais par Kamil Barbarski, 441 pages.
Existe aussi en Pocket (2015), 472 pages.

Racailles est un roman noir russe signé Vladimir Kozlov, traduit par Thierry Marignac et édité par Moisson Rouge.

RacaillesRésumé

L’action se déroule dans une ville non identifiée d’URSS, dans les années 1980.
Gontsov est un adolescent de quatorze ans. Plutôt brillant en classe, il se laisser subitement aller, ne voyant plus guère d’intérêt à travailler davantage que les autres. Il s’intègre vite à une bande de camarades, moins sérieux, dont les préoccupations sont tout autres. L’école, ils s’en foutent. Ce qui compte, c’est boire (beaucoup si possible), peloter les filles – et plus si affinités – et se battre pour l’honneur du quartier.

Mon avis

«Après le quatrième cours, toutes les classes de troisième et de seconde sont expédiées à la salle de conférences.
On nous a dit :
– On reçoit un conferencier.
Byk, Viek, Klok et moi nous asseyons au troisième rang, tous les sièges du fond sont déjà occupés.
– Bonjour chers élèves ! Nous recevons aujourd’hui Nikolaï Sergueïevitch Krivozoub, le conferencier chargé de la ligne politique du comité de quartier. Il va nous faire une conférence sur la propagande bourgeoise.
Sur scène derrière elle surgit un petit père chauve en costume sombre froissé et chemise bleue qui a vu des jours meilleurs.
– Bonjour, jeunes gens, dit-il d’une voix sonore et désagréable. Vous savez naturellement quelle époque nous traversons. Des changements se produisent dans la société. Nous avons la perestroïka, la démocratie, la glastnost. Et pour cette raison nous devons être plus vigilants que jamais et résister aux manoeuvres de la propagande bourgeoise…
Je contemple la nuque d’Illina et je pense que le faire avec elle, ce serait vraiment classe. Ses cheveux enroulés sont autour de sa nuque et fixés par une barrette, mais quelques-uns s’échappent pour tomber sur le col en dentelle de sa robe. Je m’imagine en train de baisser la fermeture éclair au dos de la robe, avant de l’enlever. Je bande, et il faut que je mette ma main dans la poche pour que personne ne le remarque.
– Prenons ne serait-ce que la musique, dit en même temps le conférencier. Vous pensez que la musique, il ne s’agit que d’une distraction innocente, pâture d’une jeunesse dépourvue de conscience politique ? Absolument pas. J’ai des preuves que cette musique est porteuse de malheurs et pousse aux activités criminelles. Dans un des micro-quartiers de notre ville, des adolescents se sont installés, comment dire, une salle de détente…
Le conférencier sourit.
– … Dans un sous-sol. Ils ont apporté un magnétophone. Et que croyez-vous ? Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Garçons et filles sont allés là-bas, ont écouté cette musique et ensuite ils ont commis des crimes.
Le type a un sourire répugnant.
– De quoi il parle ? demande Bik.
– T’as pas compris ? Je rêve.
– Nan.
– Ils ont tiré les gonzesses.
– C’est un crime ?
– Quand c’est un viol, oui.
– Et qu’est-ce que vient foutre la musique là-dedans ?
– Va savoir. »

Amateurs de thrillers, de whodunit et autres romans policiers,vous l’avez peut-être compris en lisant cet extrait bien caractéristique : il y a des risques que ce roman ne vous donne pas satisfaction.
D’ailleurs, les seuls policiers présents dans ce roman sont là pour tenter de juguler la délinquance de ces jeunes soviétiques, en vain. Ces derniers n’en ont cure, et pour cause : dans leur cité, ce sont eux qui font la loi. Quant à l’intrigue, surtout, ne la cherchez pas : c’est simple, il n’y en a pas.

Racailles, c’est un adolescent qui raconte comme il peut son quotidien, avec son vocabulaire limité, argotique, vulgaire. En faisant ce choix narratif, Vladimir Kozlov nous donne à voir, plus vraie que nature, la morne vie d’une génération de jeunes complétement perdus dans cette société socialiste en déclin. Gontsov, pourtant d’origine plutôt aisée et promis à un bel avenir, est un jeune de plus qui sombre dans un pays qui va mal.

« A la maison, j’ai bu deux bières, mais ça ne m’a fait aucun bien, au contraire, je me sentais triste et nauséabond. J’avais l’impression d’être une particule de crotte, fruit du hasard, un mec absolument inutile dans une grande ville vicieuse, surpeuplée par les gogols et les dégénérés. Et si rien ne changeait, je deviendrais comme eux. »

Un pays, l’URSS des années 1980, où les beaux discours de Gorbatchev, avec ses perestroïka et autres glastnost, ne changent en rien – ou si peu – le misérable quotidien de ses compatriotes. Un pays dont l’alcool est devenu la religion principale et où tout le monde est pratiquant. Un pays où la violence est omniprésente, où personne n’ose plus sanctionner le tabassage d’un professeur, de peur d’être la prochaine victime. Un pays qui n’a plus rien à proposer à ses jeunes, lesquels passent leurs journées à zoner. Leur comportement est souvent dicté par leurs hormones, leurs pensées souvent sous la ceinture. Leurs distractions : l’alcool, la violence et le sexe. Parfois isolément, ou bien les trois à la fois.

« – J’ai cogné mon chef d’apprentissage aujourd’hui, dit Viek. C’est de sa faute, à ce connard, il avait qu’à pas se mêler de ce qui le regarde pas. On était dans les toilettes pour fumer, et ça démarre, il est interdit de fumer dans les toilettes. Je lui ai montré ce que je pensais de l’interdiction, j’ai tapé dans les reins et dans la gueule. Le plus important, c’est que c’était devant tous les mecs de mon groupe.
– Qu’est-ce qui va t’arriver ?
– Rien du tout. Tu croyais que j’étais le premier à lui en mettre une ? Il croyait, cet abruti, qu’il pouvait me bousculer parce que j’étais en première année. »

A la manière d’un Zola, Vladimir Kozlov nous livre un superbe texte, quasiment documentaire, que l’on peut aisément qualifier de naturaliste. En toute fin de roman, il va même jusqu’à prendre la place de son personnage, comme pour nous dire : « cette vie-là, je l’ai vécue, je sais de quoi je parle ».
Il convient aussi de signaler le remarquable travail de traduction de Thierry Marignac, qui a tout fait pour transmettre au mieux aux lecteurs francophones l’écriture si particulière de Kozlov.

Racailles est au final un grand roman noir, naturaliste et atypique à tous les niveaux. La plume inimitable de Vladimir Kozlov nous donne à voir – au ras du bitume – ces tranches de vies d’une bande d’adolescents soviétiques, période perestroïka. Certains lecteurs trouveront sûrement ce roman ennuyeux, voire insupportable, tandis que d’autres y verront la marque d’un grand écrivain. Dans tous les cas, une expérience littéraire qui mérite d’être tentée.


Racailles (гопники, ou Gopniki, 2002) de Vladimir Kozlov, Moisson Rouge (2010). Traduit du russe par Thierry Marignac, 272 pages.