Archives de la catégorie ‘Polar français’

Petite Louve est un roman de Marie Van Moere paru à La Manufacture de livres en 2015.

petite_louveRésumé

Il y a la mère. Il y a la petite.
La petite est une ado presque comme les autres. Mutique, Dr. Martens aux pieds, elle aime lire et écouter la musique de son Ipod. Si elle n’est pas tout à fait comme les autres et souffre encore de réactions étranges au contact des gens, c’est que la petite a été violée.
La mère est seule depuis cette histoire qui a fait voler son couple en éclats. Le père n’a pas supporté le quotidien avec deux femmes brisées. La faute à un vice de procédure, le violeur n’a pris que quelques années de prison. Alors la mère a décidé de l’attendre à sa sortie et de rendre la justice à sa façon.
Puis ce sont les frères de ce dernier qui veulent la peau de la mère. Et de la petite tant qu’à faire, vu que c’est à cause d’elle que tout ça a commencé.

Mon avis

Pour son premier roman – qui est d’ailleurs le seul à ce jour – Marie Van Moere n’y va pas avec le dos de la cuiller. L’action et la tension sont présentes dès le départ du roman qui voit la mère fuir Marseille avec la petite. Direction la Corse, au débotté, pour mieux tromper l’ennemi. Les chapitres sont courts, incisifs et l’auteur leur a donné des titres qui sont sont autant de verbes courants à l’infinitif : enterrer, traverser, échouer…

« Ses nerfs se tendaient. Elle ne partirait pas sans un livre en vacances avec sa mère. Mais comment savoir ? Avec ceux qu’elle n’avait pas lus, elle pourrait être déçue. Un cachalot plongea et la petite l’imagina dans les abysses. Elle retourna vers son placard et se rassit en tailleur, Moby Dick, elle serra le livre contre elle un moment. C’était celui-là qui voyagerait avec elle. »

Bien qu’elle aille droit au but et sans prendre de pincettes, l’auteur ne laisse pas ses personnages sans sentiments, bien au contraire. On ressent fortement les émotions des deux femmes sans que l’auteur ait besoin de s’étendre outre mesure. La petite, mal dans sa peau, qui essaie d’oublier, voire de s’oublier, en se créant un cocon de livres et de musique. La mère, qui se sent coupable pour sa fille et dont la rage, inextinguible, ne s’éteindra, éventuellement, qu’une fois cette page tournée.

« Elle évacua les pelletées et supporta l’écorchure tel Saint-Barthélémy, vertu de la souffrance physique dans l’oubli du gluant. Elle lui a tiré une balle dans la tête alors qu’il était allongé à terre, persuadé de se faire sucer. En quittant la boîte de nuit, ils avaient roulé deux bons kilomètres sur les rares pistes des calanques pour s’entreprendre quelque part. C’est ce qu’elle lui avait fait miroiter dans le fond des yeux. Regard de louve que savent lancer les femmes, auquel les hommes ne résistent pas toujours. En guise d’étoiles, il avait un trou noir à la place de ce qui ne convenait assurément plus de nommer visage, portrait au vrai par une élève de Bacon. Elle y était presque et parviendrait à l’enterrer, sa fosse atteignait le mètre de profondeur. Il lui semblait y être depuis une éternité. Au loin, l’Ouest et l’Est se préparaient en vue du combat lumineux de l’aurore. »

Forcément, les frères du violeur, bien que pas très futés, vont retrouver la trace des deux femmes. Forcément, ce genre d’histoire ne peut pas bien se terminer pour tout le monde.
Mais là où une histoire de vengeance et de fuite somme toute assez classique dans sa trame aurait pu faire pschitt, Petite louve se lit d’une traite et secoue durablement le lecteur. Grâce à la force de l’écriture surtout, mais aussi à quelques rebondissements pas piqués des hannetons et au cadre assez atypique – l’auteur vit en Corse et donne à voir l’île de Beauté avec réussite.

Si le texte n’est pas à conseiller à tout le monde en raison de sa thématique et de la violence – sous plusieurs formes – qui en découle, ce premier roman fait fort. Le portrait sans fard de deux femmes que la vie n’a pas épargnées mais qui s’aiment à leur façon et essaient de s’en sortir. Coûte que coûte ! A la dure !

Petite Louve, de Marie Van Moere, La Manufacture de livres (2015), 267 pages.

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Là où vivent les loups est un roman de Laurent Guillaume paru dans la collection Sueurs Froides de chez Denoël le mois dernier.

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Priam Monet est inspecteur à l’IGPN, la police des polices. On l’envoie à Thyanne dans les Alpes pour un simple contrôle de routine. Tout se passe d’abord à peu près comme prévu, avant que le corps d’un migrant soit retrouvé mort au pied d’une falaise. Pour beaucoup, l’enquête aurait été close avant de commencer. Oui, mais voilà, Monet est de la trempe des bons flics, et son petit doigt lui dit de creuser. Et s’il ne s’agissait pas d’un accident ? Et si la victime n’était finalement pas un migrant ?

Mon avis

Obèse, antipathique au possible et même content de ne pas plaire à tout le monde, ou plutôt à personne, Priam Monet ressemble en certains points à l’excellent Vertigo Kulbertus récemment mis en scène par Franz Bartelt dans Hôtel du Grand Cerf – la truculence des réparties et les curieuses habitudes alimentaires en moins. Il s’avère que Monet, flic coriace comme on n’en fait plus beaucoup, en plus d’être efficace, est un peu moins invivable qu’il n’y paraît, pour peu qu’on parvienne à faire craqueler cette carapace tannée par les ans et les déconvenues en tous genres.

Avec ce huitième opus, Laurent Guillaume, auteur du remarqué Doux comme la mort entre autres, ne révolutionne assurément pas le genre. Cependant, l’intrigue passionne dès le départ et connaît de nombreux développements, parfois assez inattendus pour prendre le lecteur de court. La thématique des migrations vers l’Europe – transalpines ici – est rarement mise à l’honneur. Surtout, l’auteur, ancien policier de son état, montre ses « collègues » à l’œuvre de manière on ne peut plus réaliste, bien loin des Experts, qu’ils soient de Manhattan, de Miami ou d’ailleurs. Monet aura fort à faire pour faire parler les habitants de cette petite ville où des secrets anciens semblent bien gardés et où personne n’a intérêt à froisser les potentats locaux. Pour progresser, l’inspecteur devra se faire épauler, et le personnage de la journaliste Marie Cadoux est à ce titre intéressant. Monet fuit les gratte-papiers. Mais s’ils peuvent être utiles et que l’enquête stagne, le pragmatisme peut parfois avoir le dessus sur les habitudes, non ? Surtout si ça permet de quitter ce bled pourri plus vite !

Si elles ne resteront vraisemblablement pas dans les annales, les quelque trois cents pages de Là où vivent les loups font déjà passer un agréable moment de lecture de littérature policière. Les lecteurs n’en demandaient pas forcément plus, et Laurent Guillaume non plus peut-être ?

Là où vivent les loups, de Laurent Guillaume, Denoël / Sueurs Froides (2018), 303 pages.

Quatorze est un roman d’Aymeric Vinot paru en février dans la nouvelle collection Mont-Blanc Noir des éditions du Mont-Blanc.

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Ils sont treize. Ils ont peu de points communs, si ce n’est celui de vouloir défier la montagne. Encore et toujours pour certains. Pour la toute première fois pour d’autres. Ils viennent de France, du Chili, du Canada ou encore de Pologne. Certains se sont préparés comme des professionnels. D’autres bien plus légèrement. En tout cas, aucun d’entre eux ne s’attendait à ça.

Mon avis

Né en 1989, Aymeric Vinot est un novice dans le monde de la littérature mais pas dans celui de l’alpinisme. Il a plusieurs sommets à son actif dont le Cho Oyu, le sixième plus haut du monde, qui culmine à plus de 8200 m.

Son premier roman a l’originalité de s’ouvrir après le drame, une fois que tout est fini pour ainsi dire. Un alpiniste retrouve miraculeusement une GoPro qui, à l’instar d’une boîte noire lors d’un crash aérien, va nous permettre de comprendre peu à peu ce qui s’est joué alors.

Les descriptions des hauts plateaux du Tibet dépayseront assurément les lecteurs tant ces paysages sont rarement mis à l’honneur, dans les littératures policières comme ailleurs. L’auteur, en alpiniste aguerri, parvient aisément à nous faire partager son amour de la montagne sans nous assommer de détails techniques pour autant, ce qui aurait assurément pu être un écueil.

Avec son entame atypique, Aymeric Vinot parvient à accrocher immédiatement son lecteur. Les personnages sont plus ou moins attachants et brossés avec plus ou moins de tact, certains frisant tout de même la caricature. Peut-être y en avait-il un peu trop pour s’attarder sur la psychologie de chacun sans alourdir le récit ? Ayant visiblement fait le choix de ne pas trop s’étendre – le roman dépasse tout juste les deux cent pages –, l’auteur gagne en efficacité mais ne s’interdit pas pour autant de traiter de sujets jusqu’alors rarement abordés, à l’instar des tensions politiques entre la Chine et son voisin tibétain. Tout au plus pourra-t-on lui reprocher d’avoir intégré trop d’éléments à son récit, on pense à la panoplie complète des accidents de haute montagne, par exemple.

Sans atteindre un sommet du genre, cet honnête thriller montagnard vaut le détour, ne serait-ce que pour ses décors majestueux et l’adrénaline qui habite chacun de ces alpinistes en quête des plus hauts points du monde. Pour ceux qui se poseraient la question, le Quatorze du titre fait référence au nombre de sommets à plus de 8000 m.
À signaler qu’il s’agit du premier titre de la collection Mont-Blanc Noir, qui verra d’autres auteurs comme Yves Ballu ou Matt Dickinson allier polar et montagne.

Quatorze, d’Aymeric Vinot, Mont-Blanc/Noir (2018), 204 pages.

Il reste la poussière est un roman de Sandrine Collette paru dans la collection Sueurs Froides de Denoël en janvier 2016.
Il est depuis paru au Livre de poche.

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Dans la pampa patagonienne vit une famille. Il y a eu le père, avant. Il reste désormais la mère, et quatre fils : Steban, les jumeaux Mauro et Joaquin, et Rafael. Les premiers mènent la vie dure au (petit) dernier, dix ans, qu’ils haïssent pour le simple fait qu’il existe alors que leur père n’est plus là. Leur quotidien est qui plus est aussi rude que l’environnement immédiat. Pas de temps pour les loisirs et l’oisiveté, pas plus que pour les sentiments. Le travail ne manque pas à la ferme entre les bœufs, les moutons et les chevaux. Et si l’un deux fléchit, la mère, impitoyable, saura vite le remettre en selle. Face à la concurrence des énormes estancias avoisinantes, leur modeste exploitation familiale commence à souffrir la comparaison. Il faut donc travailler encore plus, sans se révolter. Mais jusqu’à quand ?

Mon avis

Celles et ceux qui ont déjà lu Sandrine Collette savent qu’elle n’est pas tendre avec ses personnages. Ici, le jeune Rafael, à l’âge où l’on devrait encore aller à l’école, partage ses journées entre l’entretien des chevaux, la tonte des moutons et les brimades de ses frères qui n’aiment rien de plus que le molester, gratuitement et à longueur de temps. Le petit ne dit rien. Il encaisse tout. Ne rechigne jamais. De quoi vous forger un caractère.
Paradoxalement, c’est au moment où la santé financière de l’entreprise familiale a commencé à décliner que la mère s’est mise à brûler la chandelle par les deux bouts. Lorsqu’elle se rend à la ville – de plus en plus souvent –, elle dilapide ses économies dans l’alcool et le poker. Jusqu’à ce qu’elle s’endette au point d’être amenée à prendre une décision sans retour.
C’est à peu près au même moment que le petit Rafael, en virée à cheval dans la pampa, fait par hasard une rencontre inattendue, laquelle sera finalement lourde de conséquences.
Sandrine Collette est toujours à son avantage lorsqu’il s’agit de décrire les relations, souvent houleuses, entre membres d’une même famille, qu’elle soit de sang (Juste après la vague) ou de circonstance (Six fourmis blanches, Les larmes noires sur la terre). Mais ses familles sont rarement des plus unies, et celle d’Il reste la poussière, bien que nucléaire, n’est pas loin de l’explosion. Déjà présente dès le départ du roman, on sent la pression entre les uns et les autres monter, comme à l’intérieur d’une cocotte-minute.
Le scénario n’est sans doute pas des plus exceptionnels – c’est peut-être le roman de l’auteur le plus faible à cet égard – mais le personnage de Rafael est assez passionnant pour ne pas s’ennuyer un instant au cours de ces quelque trois cent pages.

Rude, sec, violent : ce roman et les relations entre les différents personnages qui le peuplent sont à l’image du décor et du climat de la pampa patagonienne où ils évoluent. Un Sandrine Collette très efficace, à défaut d’être brillant.

Il reste la poussière, de Sandrine Collette, Denoël/Sueurs froides (2016), 304 pages.
Existe aussi au Livre de poche (2017), 352 pages.

Hôtel du Grand Cerf est un roman de Franz Bartelt paru au Seuil dans la nouvelle collection Cadre noir en mai 2017.
Il a reçu il y a peu le Prix Mystère de la Critique.

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On propose à Nicolas Tèque, journaliste parisien pas débordé, de se rendre à Reugny, petite bourgade des Ardennes, pour préparer un documentaire sur Rosa Gulingen. L’étoile montante du cinéma qu’elle était alors avait subitement trouvé la mort dans la baignoire de sa chambre, à l’Hôtel du Grand Cerf où elle résidait le temps du tournage de son dernier film.
À peine arrivé, le journaliste découvre un village en ébullition. Le douanier local a été retrouvé décapité, et une jeune femme manque à l’appel. Précisément la fille de la tenancière de l’hôtel, demeuré quasi identique à celui des images en possession de Nicolas Tèque.
L’inspecteur Vertigo Kulbertus est dépêché sur place.

Mon avis

Une grande majorité de textes policiers commencent par un meurtre, une course-poursuite ou tout autre événement propre à bousculer les personnages et saisir immédiatement l’attention du lecteur. Franz Bartelt n’est pas du genre à faire à comme tout le monde, et bien lui en prend puisqu’il n’a visiblement pas besoin de ça pour embarquer le lecteur dans son univers. Il faut d’ailleurs une cinquantaine de pages pour que l’inspecteur arrive sur les lieux du crime. Mais quelle entrée en scène !

L’inspecteur Vertigo Kulbertus constituait à lui seul, du moins en volume, la moitié des effectifs de la police belge. Depuis vingt-cinq ans, il ne se pesait plus et les médecins comme ses supérieurs hiérarchiques avait renoncé à lui faire perdre du poids. Il s’était fait de l’obésité une spécialité, comme d’autres s’en font une du marathon ou de l’alpinisme. De toute façon, il était beaucoup plus réputé pour son poids que pour son aptitude à résoudre les affaires criminelles.

Il fallait au moins ça pour introduire Vertigo Kulbertus, un inspecteur comme on en voit peu.Obèse, rustre tendance misanthrope, il a des exigences bien particulières quant à ses repas (essentiellement constitué de frites, de cervelas et de fricadelles) et à sa consommation de bière, le tout dans des proportions gargantuesques bien sûr. Gare à la personne qui lui servirait une bière avec de la mousse. Surtout en ce moment. Car alors qu’il pensait passer tranquillement les derniers jours le séparant de la retraite dans son bureau, le voici envoyé dans un bled paumé où tout le monde semble, sinon suspect, du moins guère bavard. Mais sous des dehors incompétents, l’homme a sa manière bien à lui de délier les langues.
La mort du douanier n’est que le sommet de l’iceberg et bientôt d’autres événements dramatiques surviennent, laissant à penser à Kulbertus et Nicolas Tèque que le village a tu bien des secrets au fil des générations.

Certains romans policiers brillent par leur intrigue, d’autres par leur humour ou par la qualité de l’écriture. Franz Bartelt parvient, chose assez rare, à mixer ces ingrédients à merveille. Et le lecteur se retrouve, parfois hilare, à tourner frénétiquement les quelque 350 pages de cette petite merveille noire, aussi riche en rebondissements qu’en cocasseries.
Une belle découverte qui en amènera sans aucun doute d’autres si l’on en juge par l’impressionnante bibliographie de l’auteur.

Hôtel du Grand Cerf, de Franz Bartelt, Seuil/Cadre noir (2017), 352 pages.

 

Assassins d’avant est un roman d’Élisa Vix paru aux éditions du Rouergue en septembre dernier.

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Marie Moineau est une jeune institutrice aimée de ses élèves de CM2. Elle écrit un poème au tableau. Celui que Victor Hugo a écrit en hommage à Léopoldine. Une détonation dans la classe. Elle s’écroule. Un collègue arrive, trop tard, elle est déjà en train de mourir. L’enquête conclut rapidement à la culpabilité d’un élève, qui parvient à s’échapper et meurt à son tour, fauché dans sa cavale par une moto. Fin de l’histoire.
Sauf pour Adèle, qui avait alors cinq ans, et qui ce jour-là, a perdu sa maman. Vingt-cinq ans plus tard, elle n’y tient plus. Elle a besoin de comprendre.

Mon avis

Élisa Vix est une romancière que nous avons ici la chance de suivre à partir de son tout premier roman, La Baba-yaga, paru en 2005. Depuis, une dizaine de romans est à mettre à son actif, et pas un seul flop pour ce qu’on a pu en lire.
Dans ce nouvel opus des plus ramassés – 176 pages – on entre directement dans le vif du sujet. Adèle a donné rendez-vous à Manuel, dont elle a retrouvé la trace sur Copains d’avant. Manuel a assisté enfant à cette scène atroce, mais il est aussi policier. Il accepte de l’aider, pour s’exorciser de ce souvenir traumatique d’abord, puis pour revoir Adèle tant elle est parvenue, malgré elle, à le faire succomber.
Mais ce qu’Adèle ne sait pas, en commençant cette enquête cathartique, c’est qu’elle a ouvert une boîte de Pandore et qu’elle n’est pas au bout de ses peines. Des bizarreries dans l’enquête policière se font jour et des secrets de famille, bien gardés jusque-là, remontent à la surface.
Aussi dense que riche en rebondissements, Assassins d’avant est un de ces romans qu’il est bien difficile d’arrêter en cours de lecture. Élisa Vix fait basculer le récit tantôt du côté d’Adèle, tantôt de celui du policier, également meurtri par l’accident de la route qui a laissé son frère dans un état de locked-in syndrome.

La vie d’Adèle ne laisse pas indifférent et une fois de plus, Élisa Vix nous a concocté un suspense des plus efficaces qui ne devrait pas décevoir ses lecteurs. Pour autant, il ne s’agit vraisemblablement pas de son texte le plus abouti, aussi nous conseillons plutôt à ceux qui souhaiteraient découvrir son œuvre de commencer par L’Hexamètre de Quintilien ou La nuit de l’accident, encore meilleurs.

Assassins d’avant, d’Élisa Vix, Rouergue/Noir (2017), 176 pages.

Le vase rose est un roman d’Éric Oliva paru aux éditions Taurnada il y a quelques jours.

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Frédéric et Luan sont les heureux parents du petit Tao. Vif, le garçon souffre régulièrement de démangeaisons et doit prendre des médicaments lorsque les crises sont trop fortes. Un soir, à l’heure du coucher, tandis que son père lui raconte une histoire pour l’endormir, Tao se sent très mal. Frédéric panique, appelle du secours, mais Tao convulse et meurt dans ces bras. L’autopsie révélera que l’enfant a été empoisonné via le flacon de médicament. Comment est-ce possible ? C’est ce que n’aura de cesse d’essayer de savoir Frédéric dont cette question devient l’obsession.

Mon avis

Le Vase rose – référence aux aventures du Petit Nicolas que Frédéric aimait à lire à son fils – est un suspense psychologique qui happe rapidement le lecteur.
Le roman m’a fait penser à un film dont le bon scénario serait joué par des acteurs moyens. En effet, les personnages ne sont pas toujours des plus convaincants. Ce manque de justesse dans certaines situations est dommage mais pas rédhibitoire tant l’intrigue est efficace par elle-même, même s’il frôle parfois le grand guignol, comme dans cette scène où Frédéric, mort de trouille après avoir fait le mur pour entrer dans une propriété, se retrouve chargé par un molosse qui le renverse pour… lui faire des léchouilles. Nonobstant, comment ne pas avoir envie de savoir, lorsqu’on a un minimum d’empathie pour ce jeune couple dévasté, comment ce drame est advenu ? Comment le poison a-t-il pu arriver dans ce flacon ? Et pourquoi ?
La police n’est pas inactive, loin de là, mais Frédéric trouve l’enquête trop lente à son goût. Alors il se met lui aussi en quête de la vérité. Au risque de perdre Luan, elle qui n’arrive pas à survivre à ce chagrin immense – ce qu’on comprend aisément.
L’enquête connaît quelques fausses pistes et rebondissements avant que Frédéric, aidée par une jeune pharmacienne, ne découvre le pot aux roses, nous offrant un final explosif.

Le vase rose est un honnête suspense, à l’intrigue des plus efficaces. Un sympathique divertissement, sans doute aussi vite oublié que lu, qu’un plus grand travail sur les personnages aurait assurément rendu plus mémorable.

Le vase rose, d’Éric Oliva, Taurnada (2018), 232 pages.