Archives de la catégorie ‘Polar français’

Rade amère, paru en avril aux éditions du Rouergue, est le premier roman de Ronan Gouézec.

9782812615023Résumé

Caroff vit dans une caravane avec sa femme et sa fille. Depuis le drame, la petite famille est restée unie mais doit vivre de peu et subir le regard mauvais des gens. Même ceux qui les connaissaient bien les fuient désormais comme la peste. L’erreur de Caroff : avoir conduit l’un de ses jeunes matelots à la mort, autant par malchance que par négligence. Depuis, l’ex patron-pêcheur erre à terre, désœuvré et s’en voulant énormément. Lorsqu’on lui propose une bien curieuse façon – pas vraiment honnête il faut dire – de reprendre le large, il accepte. Pour faire vivre les siens plus décemment.
Jos Brieuc a vu sa femme partir. Il a eu du mal à ne pas sombrer mais ça y est, il reprend le dessus et consacre toute son énergie à un nouveau projet. Il lance son entreprise de taxi maritime : amener des particuliers de port en port.

Mon avis

Rade amère est le premier roman de Ronan Gouézec dont l’éditeur nous dit sobrement qu’il est finistérien et pratique le vagabondage côtier et littéraire, ce qui n’aurait pas été trop difficile à deviner tant il excelle à donner à voir sa région et le monde maritime. S’il n’est pas marin, l’auteur s’est a minima bien documenté, notamment au niveau des termes usités, sans que les passages se déroulant sur l’eau soit trop obscurs pour le béotien pour autant. Certains passages sont magnifiquement écrits, notamment la virée de Jos et de René, un ancien dont les jours sont comptés en raison d’un cancer, sur l’île de Sein.

On suit alternativement Caroff et Jos, avec autant d’intérêt bien que l’aspect « criminel » concerne uniquement le premier, et il n’est pas très sorcier d’imaginer que leurs destinées vont être amenées à s’entrechoquer à un moment donné.
La relation entre Caroff et les deux jeunes lascars que le commanditaire lui met dans les pattes, autant pour l’aider que pour le surveiller est intéressante, surtout dans son évolution. Ronan Gouézec utilise tout d’abord certains clichés, seulement pour mieux les mettre à mal ensuite. Le lien vite affectueux puis quasi filial entre Jos et René est émouvant et joliment donné à voir. La combine illégale et maritime à laquelle participe Caroff – et dont nous ne dirons rien de plus ici – est aussi simple que retorse, à tel point qu’on se demande si elle a déjà été véritablement mise en pratique ou si l’auteur l’a inventée pour les besoins du roman… au risque de donner des idées ?

Le suspense n’est pas le maître-mot de ce joli roman noir mais la tension est néanmoins présente et Ronan Gouézec nous offre quelques rebondissements amenant rapidement le lecteur vers un final inévitable et détonant. Un premier roman réussi et loin d’être bateau qui donne envie d’en lire d’autres.

Rade amère, de Ronan Gouézec, Rouergue/Noir (2018), 208 pages.

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Comme de longs échos est un roman d’Elena Piacentini paru en Fleuve Noir en août 2017.

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Aujourd’hui est un jour important pour Vincent Dussart. Il vient voir sa femme avec l’idée de la faire revenir à lui, elle qui a décidé qu’il lui fallait faire un break. Il a préparé ses arguments et s’apprête à lui proposer un voyage. Oui mais voilà, il la retrouve assassinée. Et aucune trace de leur bébé, si ce n’est quelques gouttes de sang qui pourraient être les siennes.
La police arrive sur place et trouve Vincent en état de choc. Lazaret et ses hommes le savent bien, dans ce genre de drame, le coupable est souvent un proche. De là à soupçonner le mari, il n’y a qu’un pas. Surtout lorsque celui-ci semble avoir des choses à cacher…

Mon avis

On connaît Elena Piacentini depuis quelques années grâce à des romans réussis comme Le Cimetière des chimères ou Des forêts et des âmes parus chez Au-delà du raisonnable. Certains la connaissent même depuis les premières enquêtes de Pierre-Arsène Leoni, parues chez Ravet-Anceau il y a déjà une dizaine d’années. C’est au Fleuve qu’officie la Lilloise d’origine corse cette fois-ci, et elle abandonne pour l’occasion son personnage fétiche.

« Lazaret frissonne, il reboutonne son manteau au moment où Mathilde se retourne. Ils échangent un léger signe des doigts, se sourient.
Leurs cœurs anorexiques se nourrissent de miettes. »

Dans cet opus, inspiré par un fait divers réel, nous suivons une petite équipe de policiers de la DIPJ de Lille, parmi lesquels le chef de groupe Lazaret et la jeune capitaine Mathilde Sénéchal. Les protagonistes ne sont pas extraordinaires, dans tous les sens du terme, mais là où certains en font trop, Elena Piacentini fait dans la sobriété et ce n’est pas forcément plus mal. Les personnages et les situations sont crédibles et parviennent finalement à toucher le lecteur tout en simplicité. À commencer par Sénéchal, jeune policière à la fois pugnace et sensible, qui présente à la fois des points communs et des différences avec Leoni.

« Il fallait donc une fin.
Il fallait bien une fin, n’est-ce pas ?
De cette échéance, j’ai tardé à voir les signes. La mollesse de ta main dans la mienne, cette fatigue dans ton regard… Tous ces indices, je les ai ratés parce que j’étais trop occupé à t’aimer. J’avais espéré que notre permission serait plus longue. La vie, cette putain qui abrase et corrompt, nous avait rattrapés. »

L’intrigue connaît d’intéressants revirements, d’autant qu’un ancien policier contacte les enquêteurs lillois pour signaler une affaire non résolue sur laquelle il a travaillé à l’époque et qui connaît des similitudes pour le moins troublantes avec celle qui les occupe aujourd’hui. Il faut faire vite, car le fils de la victime, âgé de quelques mois, est peut-être encore en vie.

Sans être sa plus grande réussite, Comme de longs échos est un très honnête suspense, écrit avec sobriété par Elena Piacentini, qui introduit là de nouveaux personnages qu’on sera sans doute amenés à revoir prochainement.

Comme de longs échos, d’Elena Piacentini Fleuve/Noir (2017), 288 pages.

Requiem pour Miranda, second roman de Sylvain Kermici, est paru en septembre dans la collection Equinox (Les Arènes).

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Une jeune mère de famille a été enlevée. Entravée, elle supplie ses ravisseurs et tente de comprendre le pourquoi du comment. Les deux hommes ne semblent avoir aucune autre motivation que celle de faire d’elle ce que bon leur semble. Bien que bon ne soit pas ici le mot le plus approprié.

Mon avis

Sylvain Kermici avait fait son entrée en littérature avec Hors la nuit, court roman paru à la Série Noire en 2014. Ayant suivi Aurélien Masson dans son nouveau projet Équinox, l’auteur est toujours aussi concis – 170 pages au format poche ici. Là où beaucoup font trop long ou peinent à stopper leur plume dans son élan, Sylvain Kermici sait faire ramassé et là, en l’occurrence, il n’y avait aucune nécessité à être plus disert.

Dans un première partie, on s’interroge et tremble d’effroi avec cette jeune femme qui se refuse encore à voir sa fin venir mais qui ne voit pas comment elle pourrait se sortir de cette situation désespérée. Dans un second temps, l’objectif se fixe sur les deux hommes, deux êtres dangereusement ternes qui se sont trouvés pour le pire. Ils essaient vainement d’assouvir leurs pulsion mais semblent inéluctablement enferrés dans une fuite en avant de l’horreur. C’est donc tous les protagonistes qui sont donc enfermés d’une manière ou d’une autre : la première littéralement, les seconds dans leurs comportements dépravés dont ils retirent finalement à peine le plaisir escompté.

C’est épuré, quasi clinique, surtout lorsque l’auteur s’intéresse aux deux « monstres » et il est bien difficile de recommander chaleureusement cette lecture, dérangeante s’il en est. Pourtant, Sylvain Kermici ne verse jamais dans la surenchère et les violences sont plus suggérées que gratuitement données à voir comme dans nombre de thrillers gores. Ici l’horreur est plus psychologique et peut-être, de ce fait, plus atroce encore.

Avec ce curieux huis clos fort bien écrit, Sylvain Kermici revisite à sa manière le récit de séquestration. Terrible. Glaçant.

Requiem pour Miranda, de Sylvain Kermici, Les Arènes/Équinox (2018), 173 pages.

Profil perdu est un roman d’Hugues Pagan paru chez Rivages en 2017.

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À « l’Usine », commissariat d’une ville de l’est de la France, Meunier, un jeune inspecteur intègre des stups interroge Bugsy, un dealer notoire. L’homme ne dira rien concernant la jeune femme sur la photo sauf à parler à Schneider. Le policier le relâche, en ayant oublié de le fouiller intégralement au préalable, erreur qui lui sera reprochée ensuite.
Schneider, c’est le chef de la Crim. Un ancien soldat qui a fait l’Algérie et qui a ses méthodes bien à lui. Il doit bientôt enquêter sur l’agression de Meunier, laissé entre la vie et la mort à une station-service. Cette fin d’année ne sera décidément pas comme les autres. Lui qui ne croyait plus ça possible, il rencontre aussi une femme qui va lui faire tourner la tête.

Mon avis

Certains lecteurs, notamment les plus jeunes, n’ont peut-être jamais lu Hugues Pagan. L’ancien policier a beaucoup écrit dans les années 1990. Son œuvre, publiée chez Rivages, contient notamment Dernière station avant l’autoroute pour lequel il a reçu le prix Mystère de la critique en 1998. Depuis 2003, plus un roman : l’auteur s’était mué en scénariste pour la télévision (Mafiosa pour Canal+ par exemple). Quinze ans après, c’est donc l’heure du retour littéraire pour Hugues Pagan, mais aussi pour Schneider, puisque les aficionados de l’auteur auront déjà pu faire sa connaissance dans deux opus : La mort dans une voiture solitaire (1992) et Boulevard des allongés (1995).

Dans la maison pendant un quart de siècle, l’auteur connaît la vie de commissariat comme peu de romanciers. C’est donc à du procédural classique et rigoureux (sans être trop chargé) auquel on a affaire ici, domaine plutôt réservé aux Anglo-Saxons ou autres Scandinaves habituellement.

« Personne n’avait jamais vu Müller fumer. Personne n’aurait même pu imaginer Müller en train de fumer. C’était tout aussi extravagant qu’imaginer Dumont en train de danser la lambada à poil sur le parking avec une plume de paon plantée dans le cul. »

L’écriture est assez sèche mais les personnages sont très bien dépeints. La vulgarité qui ressort de l’ensemble au départ – dialogues, comportements, notamment envers la gent féminine, etc. – choquera peut-être. Pour autant, l’idylle entre la jeune Cheroquee – c’est son nom – et le flic désabusé est joliment narrée. Bien des auteurs de polars tentant d’instiller un brin de romance dans leurs écrits seraient d’ailleurs avisés d’en prendre de la graine. Peut-être les attitudes crasses des uns et des autres contribuent aussi à renforcer le caractère sympathique et sincère de cette histoire aussi inattendue pour chacun de ses protagonistes ?

L’intrigue, sur fond de drogue, de corruption et de mondanités, n’est sans doute pas des plus originales mais elle remplit parfaitement son rôle. Le lecteur est tenu en haleine au moins autant par cette dernière que par l’attachement pour les personnages, souvent ambivalents, décrits à la fois avec une grande habileté et une économie de moyens.

« On part de façon simple et naturelle. Mourir n’est pas compliqué. Ce qui est compliqué, c’est de vivre. Peut-être qu’il faut avoir des dispositions pour ça, ou bien avoir commencé jeune.
– Comme le piano.
Il acquiesça en silence, la gorge nouée.
– Il n’est jamais trop tard pour apprendre, Schneider. »

Avec Profil perdu, Hugues Pagan nous démontre, si tant est qu’il en était besoin, qu’il n’a rien perdu de son talent de conteur d’histoires noires. Décor, personnages, intrigue… : tous les éléments sont réunis pour un très bon roman noir. En attendant le prochain, un recueil de nouvelles paraît dans quelques jours, toujours chez Rivages, Mauvaises nouvelles du front.

Profil perdu, d’Hugues Pagan, Rivages/Thriller (2017), 300 pages.

Demain c’est loin est un roman de Jacky Schwartzmann paru dans la collection Cadre noir du Seuil il y a un an.

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François Feldman, oui, comme le chanteur, est un jeune homme originaire du quartier des Buers à Lyon qui essaie de faire son trou dans le centre de la cité rhodanienne où il vit désormais. Comme il le dit lui-même : j’avais un nom de juif et une tête d’Arabe mais en fait j’étais normal, ce qui n’est pas sans poser quelques difficultés, notamment pour trouver du boulot ou obtenir un prêt pour créer son entreprise. Mais ça, sa conseillère bancaire ne veut pas en entendre parler.
La banquière, c’est Juliane Bacardi, coincée comme pas deux, aucun sens de l’humour, dixit Feldman.
Dans la cité des Buers, François assiste par hasard à un accident impliquant le cousin d’un caïd local qu’il ne connaît que trop bien. Le jeune est fauché sous ses yeux. Et quelle n’est pas la surprise de François lorsqu’il découvre que la chauffarde à la grosse cylindrée n’est autre que Madame Bacardi !
Presque malgré lui, François se retrouve embarqué à bord d’un véhicule conduit par sa banquière, qui vient de laisser un gamin pour mort. Dès lors, dire que leur tête est mise à prix est un doux euphémisme.

Mon avis

Après Mauvais coûts, paru chez l’éditeur lyonnais La Fosse aux ours en 2016, Jacky Schwartzmann signe ici son second roman. Et le moins qu’on puisse dire c’est que l’auteur quasi-débutant n’a rien à envier à des vieux briscards du genre. Le point de départ est assez croustillant et si l’histoire part sur les chapeaux de roue – facile – , le reste est à l’avenant. L’intrigue n’est pas des plus mémorables bien sûr, puisqu’on est ici dans l’équivalent littéraire du road movie, pour ne pas dire de la course-poursuite.

L’exercice de style de la cavale peut être casse-gueule, même avec ceinture et airbags, mais l’auteur s’en sort ici admirablement, à l’instar de Sébastien Gendron dans son drolatique Road tripes qui partage quelques points communs avec Demain c’est loin, à commencer par l’humour, grinçant de préférence. Pas beaucoup de temps mort dans ce court roman (moins de deux cents pages) où le duo bien mal assorti doit se serrer les coudes et apprendre à se faire confiance malgré leur a priori et les réticences qui vont avec. L’auteur donne à voir l’histoire par l’intermédiaire de Feldman – dont les réflexions sont souvent pas piquées des hannetons. Les fugitifs ne sont pas au bout de leur peine, pour le plaisir – un brin pervers – du lecteur.

Demain c’est loin est un court texte rythmé, caustique et plus intelligent que n’importe quelle banale histoire de cavale – Jacky Schwartzmann joue habilement avec certains clichés qui ont la vie dure – qui donne envie de poursuivre avec la découverte de l’univers de l’auteur.
Ça tombe bien, l’auteur invite ses lecteurs à le suivre en Pension complète, et ça s’annonce pas triste, là encore.

Demain c’est loin, de Jacky Schwartzmann, Seuil / Cadre noir (2017), 192 pages.

Empire des chimères est un roman d’Antoine Chainas paru le mois dernier à la Série Noire.

511ej2bslnilRésumé

1983, Lensil, nord de la France.
La petite Édith, dix ans, disparaît mystérieusement, et c’est toute la bourgade qui est en émoi et qui se met à sa recherche. Julien, un adolescent mordu de jeux de rôle, découvre par hasard dans la chambre de son grand frère Jean, dans une petite boîte, ce qui ressemble curieusement à un doigt. S’agit-il d’un membre humain ? Cela peut-il avoir un rapport avec la disparition d’Édith ? Julien, qui apprécie son frère autant qu’il le craint, et ce malgré son comportement étrange et parfois carrément inquiétant, choisit de ne rien dire à personne.
Parallèlement, une multinationale américaine spécialisée dans les dessins animés et connue également pour son jeu de rôle à succès « Empire des Chimères », envisage d’installer un parc à thème en France. Henry Davodeau, chef de cabinet auprès du Ministre du commerce, tente de persuader les Américains de s’implanter dans les environs de Lensil, sa région d’origine, où travaille encore son frère, agent immobilier.

Mon avis

Cinq ans qu’on n’avait pas lu Antoine Chainas, ou seulement indirectement. Car depuis Pur (Grand Prix de Littérature Policière 2014), l’auteur niçois n’est pas resté inactif loin de là, même en terme d’écriture, mais il a officié comme traducteur, essentiellement d’auteurs américains pour Gallimard ou Lattès : Matthew Stokoe, Joe Hill, Noah Hawley

C’est avec un beau bébé – plus de 650 pages – qu’il revient. Moins trash et provocateur qu’à ses débuts, on n’en retrouve pas moins dans cet Empire des chimères certains des thèmes récurrents de l’auteur, à commencer par la déliquescence humaine (déjà abordée dans Anaisthêsia et surtout Une histoire d’amour radioactive), décrépitude tant physique que morale, ici en partie symbolisée par une invasion de moisissures qui ne recule devant aucun fongicide.

Sans perdre le lecteur, Antoine Chainas fait alterner les points de vue de ses personnages : habitants de Lensil, Américains de chez Lawney Inc. et même créatures du jeu « Empire des Chimères », auquel s’adonnent Julien et ses copains rôlistes Thomas et Rémi. Curieux mélange.

Le roman, assez glauque, ne passionnera peut-être pas tous les lecteurs mais il est très bien construit et a ceci de suffisamment intrigant qu’il amènera sans peine nombre d’entre eux vers un dénouement en grande partie inattendu. L’écriture de l’auteur a aussi évolué. Pas d’effets de style ni de fioritures ici, mais une belle plume où l’on sent que le choix du moindre mot n’est pas le fruit du hasard.

Cet Empire des chimères est une bien curieuse expérience de lecture. L’univers donné à voir est très particulier, décrépit, assez dérangeant, et même parfois littéralement putrescent. Difficile dès lors de parler de « plaisir de lecture ». On n’est même pas tout à fait certain d’avoir tout compris en refermant cet opus qui, s’il ne conviendra assurément pas à tous, est pour autant réussi et pour le moins atypique.

Empire des chimères, d’Antoine Chainas, Gallimard/Série Noire (2018), 657 pages.

La Guerre est une ruse est un roman de Frédéric Paulin paru chez Agullo en ce mois de septembre. C’est aussi le premier roman français de la collection Agullo/Noir.

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Algérie, 1992.
Les élections sont remportées par le Front islamique du salut. Des généraux – les « Janviéristes » – prennent aussitôt le pouvoir et annulent les résultats du scrutin. L’état d’urgence est déclaré et la chasse aux islamistes est ouverte. Dans ce contexte, Tedj Benlazar, un agent de la DGSE (le renseignement extérieur français) suit de près la situation, et notamment les agissements en coulisse de la DRS (le renseignement militaire algérien), qui pratiquerait la torture dans un supposé camp de concentration pour islamistes. De plus, des accointances pourraient exister entre le DRS et les terroristes islamistes du GIA, mais Benlazar peine à convaincre sa hiérarchie de s’intéresser à la chose.

Mon avis

Loin d’en être à ses débuts mais essentiellement publié par l’éditeur rennais Goater jusqu’à présent, Frédéric Paulin fait son entrée chez Agullo, qui publie là son premier auteur français. Le texte est annoncé comme le premier d’une trilogie consacrée à l’Algérie et à son histoire, ainsi qu’à la montée en puissance du terrorisme islamiste que l’on ne connait désormais que trop bien.

À l’instar d’une Dominique Manotti ou d’un DOA dans son diptyque Pukhtu, Frédéric Paulin, prend son sujet à bras-le-corps, de manière on ne peut plus sérieuse. L’auteur s’est assurément beaucoup documenté et, sans être spécialiste, on imagine bien qu’il n’y a pas de place pour les approximations, historiques ou autres dans son récit. L’auteur n’est jamais rébarbatif et ne noie pas le lecteur de détails inutiles. Pour autant, l’histoire passionnera plus ou moins, selon l’intérêt qu’on peut porter aux divers sujets traités – Algérie, islamisme radical, espionnage – loin des préoccupations et du vécu de certains. De plus, bien que l’auteur soit clair, il n’est pas toujours évident de s’y retrouver dans ces histoires d’espionnage, de contre-espionnages, d’agents doubles et d’intérêts géopolitiques et stratégiques divers et variés.

Les personnages sont dépeints avec justesse et sans manichéisme. La figure de Tedj Benlazar est intéressante, de même que les rapports qu’il entretient avec son mentor, le Commandant Bellevue, un officier d’expérience qui en a vu d’autres.

Passionnant pour qui s’intéresse à l’Histoire du monde et à celle de l’Algérie en particulier, La Guerre est une ruse donne d’ores et déjà envie de poursuivre avec le prochain opus. Pour autant, sa spécificité et la densité de son intrigue et de ses personnages en font une œuvre qui ne conviendra pas à tous les lecteurs de polars.

La Guerre est une ruse, de Frédéric Paulin, Agullo/Noir (2018), 384 pages.