Archives de la catégorie ‘Polar français’

Elle le gibier est un roman d’Élisa Vix qui paraît ce jour aux éditions du Rouergue.

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Medecines est le leader mondial de l’information médicale. Ils embauchent principalement des jeunes aux cursus exemplaires. Trois d’entre eux, détenteurs de Masters en biologie et autres thèses en biochimie, Cendrine, Chrystal et Erwan, intègrent l’entreprise en même temps. Face à la pression exercée par les managers et aux exigences extrêmes de l’entreprise, leurs réactions sont diverses.
Mais dès le départ, on sait que tout ça va déboucher sur un drame.

Mon avis

Ceux qui connaissent Élisa Vix savent qu’elle n’est pas du genre à écrire des romans de 900 pages mettant 300 pages à démarrer. Toujours au Rouergue/Noir, Elle le gibier n’échappe pas à la règle. Il fait 140 pages – pas une de trop – et l’on entre immédiatement dans le vif du sujet. Quelque chose de grave s’est déroulé chez Medecines et quelqu’un, hors-champ, incite les différents protagonistes à se confier. Un enquêteur, peut-être ? Le roman est choral et voit une nouvelle voix prendre la parole à chaque chapitre.
Élisa Vix est coutumière de ce procédé mais elle aurait tort de s’en priver tant elle excelle dans ce registre où chaque personnage apporte un éclairage nouveau sur les faits et s’exprime avec ses mots et sa sensibilité propres.

Après le harcèlement scolaire dans Assassins d’avant, la mort d’un bébé dans L’Hexamètre de Quintilien et autres petites pépites comme La Nuit de l’accident, celle qui a rédigé une thèse vétérinaire dans une autre vie s’attaque à un autre phénomène de société : la souffrance au travail. Les critiques sont à peine voilées, à commencer par celles allant à l’encontre de certaines pratiques managériales (le « micromanagement », pour faire vite) et ne sont pas sans rappeler d’autres romans marquants comme Les Visages écrasés ou L’Homme à la bombe.
Dans ses remerciements, l’auteur dédie d’ailleurs malicieusement ce livre à ses employeurs « sans qui ce livre n’aurait pas été possible. »

Concentré mais on ne peut plus efficace, Elle le gibier est une nouvelle petite bombe signée Élisa Vix et effectivement, sans aucun doute l’un de ses romans les plus personnels. Une auteur trop peu connue qu’on ne peut que vous engager à découvrir.

Elle le gibier, d’Élisa Vix, Rouergue/Noir (2019), 140 pages.

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Théâtre au sang est un roman d’Éliane Arav qui paraît ce jour aux éditions Le Chant des Voyelles.

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Paris, Théâtre Charles Victor.
La salle est comble pour cette représentation de Oh les beaux jours. Le public n’en sait encore rien, mais on s’active en coulisse. Et pour cause, la Winnie de la pièce de Samuel Becket, à savoir l’immense comédienne Tessa Saguine, manque à l’appel, elle qui n’a jamais fait faux bond et arrive toujours dans sa loge bien avant les trois coups de bâton. Contrainte d’annuler la représentation, la gérante du théâtre s’avance sur scène pour annoncer la fâcheuse nouvelle. C’est à cet instant que le corps de l’actrice s’écrase sur elle, tombée depuis les cintres.
Suicide ? Assassinat ? D’astreinte au théâtre ce soir-là, le commandant Didaille est le premier à mener l’enquête.

Mon avis

Nouvelle maison d’édition, Le Chant des voyelles, publie depuis quelques mois ses tout premiers romans. Éliane Arav, en revanche, n’est pas une parfaite inconnue. On lui doit quelques romans dont Le Penseur de Vallorbe, paru à la Série Noire en 1994, ainsi que Du viagra dans la vinaigrette chez Baleine. Dramaturge, elle a récemment écrit un essai paru chez Payot : Leur trac au théâtre. Cela ne tient donc en aucun cas du hasard si l’auteur installe son intrigue dans le petit monde du théâtre. Un microcosme avec ses métiers particuliers, ses codes quelque peu sibyllins, ses superstitions d’un autre temps, etc.

Cette plongée dans l’univers – finalement assez méconnu – du théâtre est assurément le point fort de ce roman. On apprend agréablement plein de choses – un glossaire est d’ailleurs proposé en fin d’ouvrage – sans que l’on ait l’impression, parfois désagréable dans certains textes, que l’auteur étale sa science. Pour autant, l’intrigue n’est pas délaissée. Dans la veine du whodunit à l’ancienne, celle-ci est assez classique mais de bonne facture, avec son lot de rebondissements bien sentis. Certains personnages sont bien un peu caricaturaux mais on imagine sans mal qu’il puisse en exister de similaires dans la vraie vie dans le milieu des acteurs et autres professionnels de l’art, au caractère parfois exubérant. A l’instar de Fred Vargas, l’auteur ajoute à cela une petite pointe de surnaturel – le fantôme de Charles Victor, le créateur du théâtre, rôderait dans les couloirs – qui s’insère parfaitement dans le récit.

La langue est très plaisante, truffée de bons mots et de néologismes. On sent qu’Éliane Arav a voulu se faire plaisir tout en séduisant le lecteur. Peut-être en abuse-t-elle même un peu par moments. Les mots de son cru sont nombreux et si certains sont autant de jolies trouvailles, quelques-uns demeurent malheureusement abscons (le problème étant qu’on ne risque pas, le cas échéant, de les trouver dans le dictionnaire).
Un petit bémol : le format de l’ouvrage, tout en longueur, qui n’est pas toujours facile à manipuler.

Joliment écrit et très intéressant, Théâtre au sang est un bon petit roman policier se déroulant pour l’essentiel dans (et autour) d’un grand théâtre parisien. Une agréable découverte.

Le Chant des Voyelles, d’Éliane Arav, Le Chant des Voyelles (2019), 336 pages.

Les Suppliciées du Rhône est un roman de Coline Gatel paru chez Préludes le mois dernier.

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Lyon, 1897.
Alexandre Lacassagne, professeur à la renommée grandissante, fait des progrès considérables dans le domaine de la médecine légale. Ses autopsies publiques attire une foule d’étudiants en médecine et de journalistes. Grâce à la température du corps et à la rigidité des tissus, il pense qu’il est possible de dater approximativement le décès d’une personne.
Une jeune fille est retrouvée morte, vraisemblablement victime d’un avortement raté. Puis une deuxième. Quelqu’un essaierait-il de tuer des jeunes femmes enceintes ou n’ayant pas souhaité poursuivre leur grossesse ?
Lacassagne, qui a réalisé avec ses étudiants l’autopsie de la première victime, confie à l’un de ses plus prometteurs disciples, Félicien Perrier, le soin de mener l’enquête. Le jeune homme s’entoure de son ami Bernard Lécuyer, étudiant en médecine comme lui, et d’Irina Bergovski, une jeune journaliste d’origine polonaise.

Mon avis

Les Suppliciées du Rhône est le premier roman de Coline Gatel, stéphanoise d’origine mais qui semble bien connaître la cité des gones. Le point fort de cet opus est assurément son contexte, très solidement documenté. L’auteur mêle avec talent des personnages et des événements historiques et des inventions de son cru. Lacassagne, un des fondateurs de l’anthropologie criminelle, joue un rôle important dans l’histoire. Mais on croise aussi d’autres figures de l’époque, et ce de chaque côté de la loi, des théories de Cesare Lombroso sur le « criminel né » aux ignominies de Joseph Vacher, l’Éventreur du Sud-Est.

Les conditions de vie, en particulier des canuts et autres petites gens de Lyon sont bien rendues, de même que la topographie (quelques notes de bas de pages nous renseignent sur les lieux qui ont depuis changé de nom). Un soin particulier est également porté par l’auteur au vocabulaire de l’époque. Ainsi, les infirmières ou les homosexuels, pour ne prendre que ces deux exemples, ne s’appelaient pas encore de cette façon.

Les mœurs et les femmes sont d’une certaine manière au cœur de ce roman et quelques vérités, qui paraissent aujourd’hui aberrantes, sont bonnes à rappeler, comme ce « certificat de travestissement » dont devait se doter une femme pour avoir légalement le droit de porter un pantalon. Si l’intrigue passionne sans mal, certains développements sont un peu tirés par les cheveux et le final, hollywoodien, ne convaincra sans doute pas tous les lecteurs.

Les Suppliciées du Rhône, joliment documenté est un polar historique passionnant sur les débuts de la police scientifique et ce que l’on a plus tard appelé « l’école lyonnaise ». Malgré des qualités certaines, l’intrigue peine à convaincre totalement, particulièrement dans le final.

Les Suppliciées du Rhône, de Coline Gatel, Préludes (2018), 439 pages.

Merci à Babelio pour l’envoi de ce roman.

Paradigma est un roman de Pia Petersen qui vient de paraître dans la collection Equinox (Les Arènes).

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Los Angeles, de nos jours.
Une part d’elle s’appelle Laline et travaille en open space à éplucher des statistiques.
Une autre part s’appelle Luna. Blogueuse et hacktiviste, elle publie des textes politiques lus par des millions de personnes à travers le monde et enjoint les pauvres des États-Unis à s’unir et à marcher vers la Cité des Anges. Avec #thegreatberverlyhillswalk, il s’agit d’être un maximum à se rejoindre, pacifiquement et silencieusement, dans ce lieu hautement symbolique du luxe, de la richesse et du paraître.
Qui sont ces milliers de pauvres venus fouler les rues les plus clinquantes de L.A. ? Et à l’occasion de la cérémonie des Oscars qui plus est ! C’est le branle-bas de combat en haut lieu pour éviter le pire.

Mon avis

On connaît peu Pia Petersen, qui a pourtant une bibliographie assez fournie. Danoise d’origine écrivant en français et vivant à Los Angeles, ses choix de vies semblent inspirer certaines de ses œuvres. À commencer par ce Paradigma donc.
Si Luna/Laline est le personnage principal de l’histoire, on en suit de nombreux autres. Un peu trop même peut-être, car on s’y perd parfois un tantinet et certains ne sont guère signifiants – ou auraient mérité d’être approfondis.

L’idée de départ, à la fois simple et originale, était à double-tranchant. On imagine sans peine que le même point de départ puisse offrir de véritables nanars, télévisuels ou littéraires. Seulement, Pia Petersen a plusieurs cordes à son arc. Elle sait raconter une histoire de manière à embarquer son lecteur avec entrain sur près de quatre-cents pages. Elle a aussi des choses à dire et les messages qu’elle a à faire passer ont le mérite d’être clairs et extrêmement convaincants. Les réflexions amorcées par Luna et d’autres personnages sur le partage des richesses, le rapport de l’être humain au travail ou la gouvernance des États sont passionnantes, de même que les citations de penseurs (de tous horizons, d’hier comme d’aujourd’hui) qui viennent clore la plupart des chapitres.
Tout au plus quelques termes auraient mérité une note de bas de page, comme ce POTUS dont on saisit assez rapidement l’identité néanmoins.

Paradigma est un roman rare, passionnant. Sa construction est assez étonnante puisqu’il commence pour ainsi dire par la fin. C’est aussi quelque part une histoire d’amour impossible même si ce n’est sans doute pas ce qui prime. Surtout, et bien que « sans étiquette », c’est un roman éminemment politique, au sens qu’il s’intéresse à la vie de la cité (L.A. et les États-Unis principalement ici) avec une acuité peu commune pour une œuvre de fiction.

Paradigma, de Pia Petersen, Les Arènes/Equinox (2019), 383 pages.

L’Extravagant Monsieur Parker est un roman de Luc Baranger qui paraît aujourd’hui à la Manufacture de livres.

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Albuquerque, 1949.
Depuis leur installation, les McLaughlin mènent une vie plutôt tranquille jusqu’à ce qu’un terrible accident chamboule la vie de la famille. Il en faut de peu pour que Sean McLaughlin perde la vie sous un éboulement. Secouru à temps, le robuste père de famille survit mais perd gros : ses jambes et son travail. La municipalité, pour laquelle il travaillait comme terrassier à la Compagnie des eaux, se dédouane de toute responsabilité et refuse de le reclasser. C’est donc Maureen, sa femme, qui va devoir travailler pour subvenir aux besoins de la maisonnée. Son audace lui permet de rapidement trouver un emploi d’aide à domicile chez des vétérans de guerre. Elle se prend d’amitié pour un drôle de vieux bonhomme se faisant appeler Leroy Parker. Faux ronchon sympathique, l’homme est toujours alerte et nettoie ses revolvers avec une étonnante virtuosité malgré ses quatre-vingt-onze ans.

Mon avis

Connu pour ses traductions de Christopher Moore ou Kris Nelscott entre autres, Luc Baranger, angevin d’origine vivant désormais au Québec, est aussi l’auteur de quelques romans noirs sur fond de blues et de Maria Chape de Haine, un Poulpe dépaysant paru chez Baleine en 2010. Dans L’Extravagant Monsieur Parker, il ne cache pas son appétence pour la mythologie de l’Ouest américain.

Un jour qu’elle est chez lui à faire le ménage, Maureen McLaughlin voit le vieux Parker manquer s’étouffer et pris d’une terrible colère. Il vient de lire dans le journal qu’un certain Brushy Bill Roberts déclare être Billy the Kid. Trop c’est trop ! En rage, c’est un Parker bouillonnant qui déballe tout à Maureen. Billy the Kid n’est pas mort. Pas plus qu’il n’est cet imposteur prétentieux. Et pour cause, Billy the Kid, c’est lui ! Mais il se gardera bien de le révéler, aussi il demande à la jeune femme de garder ça pour elle. Maureen n’y parvient pas et en parle à son mari et à ses deux enfants, Shane et Abigail, leur faisant jurer de garder le silence. C’est cette dernière, adolescente à l’époque, qui nous narre cette histoire hors du commun.

« Le vieux s’en retourna dans le bureau et en revint avec un gros livre, qu’il ouvrit à la page d’où s’échappait un signet de cuir ratatiné.
– Dans ce bouquin sur les légendes du Far West, y a une photo de moi. Elle a été prise de mon vivant.
En l’entendant dire cela, ma mère se raidit et leva les yeux vers Parker.
– Je comprends votre réaction, ma belle, mais il va falloir vous faire à l’idée que je suis une légende et que j’ai officiellement quitté ce monde le 14 juillet 1881.
Ma mère déglutit et demanda :
– Et… Et ça fait quoi, m’sieur Parker, d’être mort de son vivant ? »

Les références sont nombreuses et Luc Baranger est sans doute féru de pans entiers de l’histoire américaine. Pour autant, le lecteur n’a pas besoin d’avoir de connaissances particulières en la matière pour se laisser embarquer et simplement profiter de ce roman enlevé. La plume de l’auteur est alerte et particulièrement agréable à l’œil. Bien qu’il raconte parfois des horreurs, on ne peut s’empêcher, à l’instar de la petite Abi, d’éprouver une certaine tendresse à l’égard de ce vieux monsieur haut en couleur qui a roulé sa bosse comme personne et frôlé la mort à d’innombrables reprises.

Passionnante, cette jolie fiction documentée sur la vie de Billy the Kid – qui n’aurait donc pas été abattu en 1881 par le fameux shérif Pat Garrett – est un régal. Bien qu’il n’y ait pas de suspense à véritablement parler, on ne voit pas le temps passer à écouter l’extravagant Monsieur Parker nous narrer ses aventures.

L’Extravagant Monsieur Parker, de Luc Baranger, La Manufacture de livres (2019), 224 pages.

L’Affaire Jules Bathias est un roman de Patrick Pécherot paru en 2006 dans la collection Souris Noire (Syros).

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Valentin Moineau doit préparer un exposé sur son arbre généalogique pour sa professeur d’histoire. Orphelin de père, chahuté voire harcelé plus qu’à son tour, le collégien aime à se réfugier dans les livres. L’histoire lui plaît et, ça tombe plutôt bien, sa mère lui apprend que son paternel avait commencé – avant de se noyer dans le canal – à rechercher ses propres racines.
S’attelant à la tâche, l’adolescent s’interroge sur l’existence d’un de ses aïeux. Pourquoi ce point d’interrogation rouge à côté de la date de décès supposée de cet arrière-arrière-grand-père qui a visiblement, à en juger par cette photo sépia, été un poilu ? Qui était vraiment ce Jules Bathias ? A-t-il péri durant la Grande Guerre ?

Mon avis

Passionné d’histoire, et en particulier des implications qu’elle peut avoir sur les destins des petites gens, Patrick Pécherot proposait en 2006 ce roman jeunesse dans la collection Souris Noire (Syros). La gouaille de l’auteur, particulièrement à l’œuvre dans sa trilogie parisienne, et son attachement à faire vivre le parler populaire est moins présent dans cet opus, sans doute en raison du jeune lectorat auquel il s’adresse. Pour autant, le style est agréable et on retrouve intactes certaines préoccupations de l’auteur d’Hével. À commencer par l’histoire donc, et en particulier ce qui a trait à la Première Guerre mondiale.

Timide, intelligent, taiseux, Valentin a des centres d’intérêts différents de la plupart des jeunes de son âge et une certaine tendance à la mélancolie contemplative. Pas étonnant qu’il apparaisse alors comme un souffre-douleur idéal pour certains garnements, qui aiment à le molester dès que possible. Malgré cela, grâce à son amie Léa, à sa mère et à quelques autres personnes, le quotidien du jeune homme reste supportable.

Si l’intrigue proposée par Patrick Pécherot, avec son lot de rebondissements, est des plus intéressantes, le roman souffre de certaines facilités. Quelques ficelles amenant l’ado à progresser dans son enquête sont un peu grosses – une tante qui travaille au ministère de la Justice, comme c’est pratique ! Certains personnages, à commencer par les trois caïds ayant Valentin dans le nez, sont caricaturaux. D’autres, heureusement, sont excellents, à commencer par la Marine, tenancière du café que fréquentait son père après qu’il se soit retrouvé au chômage.

Bien que comportant quelques défauts, ce roman d’enquête pour la jeunesse se révèle passionnant et bien écrit, ce dont ne pouvaient guère douter les lecteurs de Patrick Pécherot. Les quelques scènes mettant en scène Jules Bathias dans les tranchées sont puissantes et préfigurent déjà Tranchecaille, le chef-d’œuvre de l’auteur.

L’Affaire Jules Bathias, de Patrick Pécherot, Syros/Souris Noire (2006), 163 pages.

Mémoires d’un détective à vapeur est un texte qui aurait été écrit par Viat & Oleg Koulikov et aurait été traduit de l’anglo-russe par André-François Ruaud. Il a été publié en 2018 aux éditions Les Moutons électriques et fait partie de la saison 1 des « Saisons de l’étrange ».

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Le récit s’ouvre à London tandis que se préparent les festivités impériales du troisième millénaire. La ville est désormais la plus grande métropole de l’empire anglo-russe. On s’y promène en taxicoptère en redoutant ce que trame la dictature solidariste française.
Un détective privé, Jan Marcus Bodichiev, y résout différentes énigmes grâce à ses petites cellules grises et à ses connaissances poussées en informatique.

Mon avis

Drôle de livre que ce Mémoires d’un détective à vapeur.
Il n’a vraisemblablement pas été traduit de l’anglo-russe. Ni par André-François Ruaud ni par personne. On peut aussi raisonnablement douter de l’identité des auteurs. L’éditeur, Les moutons électriques, nous précise avec facétie que ces fragments écrits par Viatcheslav Pavlovitch Koulikov ont été réunis après sa mort par son fils Olav. Ce même Viat Koulikov qui a assisté Bodichiev dans certaines des ses enquêtes – son Watson en somme.

À mi-chemin entre le recueil de nouvelles et le roman – chaque chapitre correspond peu ou prou à une enquête menée par Bodichiev -, Mémoires d’un détective à vapeur emprunte les codes des classiques du roman à énigme. S’il ne travaille pas directement pour le Nouveau Scotland Yard, il est amené à les aider. Il n’est pas rare de croiser des clins d’œil à Sherlock Holmes, auquel Bodichiev fait inévitablement penser, physique mis à part – il a un certain embonpoint, qui ne l’empêche pas, fort heureusement, de rester alerte.

L’univers dans lequel évoluent les personnages est assez déstabilisant. Le système de datation n’étant plus le même, on ne sait plus trop si on se situe dans le présent, le futur ou une dimension parallèle. Peu importe. Les références sont en tout cas nombreuses et parfois assez cocasses – on apprend au détour d’une histoire que Valéry Giscard d’Estaing est le président du « gouvernement français en exil ».
Il est amusant de voir que des éléments d’anticipation servent de point de départ à certaines intrigues, comme ces meurtres d’hommes d’affaires à l’aide de la régulation climatique, invention permettant aux nantis d’avoir en permanence le temps qu’ils souhaitent au-dessus de leur maison. C’est parfois moins plaisant lorsqu’une invention tombe à point nommé pour résoudre une énigme bien intrigante par ailleurs.

Parue dans le cadre de la première salve de « Saisons de l’étrange », série de romans courts d’aventures policières et fantastiques dirigée par Melchior Ascaride, Vivian Amalric et Arthur Plissecamps, cette uchronie originale est assez savoureuse dans l’ensemble. On y croise des énigmes de chambre close, un antiquaire mystérieux ou encore des domestiques connectés. Si la résolution de certaines énigmes, un peu facile, peut décevoir, l’originalité de l’ensemble et l’écriture, délicieusement surannée, donnent envie de poursuivre l’aventure. Ça tombe bien, un second opus des enquêtes de Bodichiev est prévu prochainement.

Mémoires d’un détective à vapeur, de Viat & Oleg Koulikov, Les Moutons électriques/Les Saisons de l’étrange (2018). Traduit de l’anglo-russe par André-François Ruaud, 270 pages.