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London Boulevard / Ken Bruen

Publié: 24 novembre 2008 dans Polar irlandais

London Boulevard est l’un des derniers romans de Ken Bruen, prolifique auteur de romans noirs irlandais, à paraître en France.

Il a été choisi pour faire partie de la sélection d’automne du Prix du Polar SNCF dans la catégorie « Polars européens ».

Résumé

Lorsque Mitch est libéré, après trois ans de cabane pour une bagarre dont il n’a gardé aucun souvenir, son pote Norton l’attend de pied ferme : appart, braquages, menus services sa voie est toute tracée. Mais Mitch veut changer, vivre à l’honnête. Alors il se dégotte un boulot d’homme à tout faire chez une star déchue du théâtre, la fantasque Liilian Palmer, qui rêve de revenir sur les planches. Un temps, il braque, brique et couche avec sa patronne. Jusqu’au jour où son passé resurgit avec violence, en s’en prenant à Briony, sa soeur adorée et un peu dérangée.

Mon avis

« Mon cœur battait la chamade et des torrents de sueur me ruisselaient le long du dos. Non pas que je me sois cru revenu en prison, oh non, c’était plutôt parce que je m’en savais sorti. Au gnouf, les gars m’avaient prévenu : « Y a rien de plus flippant que de se retrouver dehors. »
Ca doit être pour ça qu’il y en a tant qui y retournent.
Tout fort, je m’en suis fait le serment :
Plutôt crever que d’y retourner. »

Cet extrait, que l’on peut lire dès les premières pages annonce clairement la couleur de ce nouveau Ken Bruen, auteur bien connu des passionnés de romans noirs mais que je n’avais pas encore eu l’occasion de découvrir.

C’est donc chose faite, et bien faite puisque cette lecture m’a beaucoup plu.

Je pense pouvoir dire sans me tromper que Ken Bruen a un style particulier.
Il écrit avec des mots très simples. Il écrit avec des phrases plutôt courtes. Il écrit dans un registre souvent familier, parfois vulgaire. Et pourtant, un vrai style littéraire s’en dégage, souvent porteur d’émotions.
Lire des passages comme celui cité ci-dessus me plait beaucoup. C’est très simple et pourtant tellement efficace. Ca fait vibrer, ressentir des émotions profondes, tout en ayant l’air de rien. Et ça justement, ce n’est pas rien.
Il utilise aussi – au moins dans London Boulevard – des listes de mots à la ligne plutôt que la virgule dès qu’il part dans les énumérations.
C’est assez déroutant au départ mais on s’y habitue assez vite et, là aussi, ça donne un certain style, et peut-être plus de punch qu’une liste de mots séparés par des virgules. C’est plus clair, plus expéditif.
Exemple : « La Rolls sentait
                                           le propre
                                           le chêne
                                           le vieux cuir
                                           le fric. »

Au niveau de l’intrigue, rien de vraiment exceptionnel, mais ce thème désormais classique qu’est la réinsertion des « truands » est bien traité, tantôt avec gravité tantôt avec humour et Mitch, le personnage principal, est très attachant malgré ses nombreux défauts.
Et lorsque l’on ajoute à cela l’écriture si particulière dont je viens de vous parler, les pages tournent toutes seules, et à grande vitesse.

Intéressant également pour les amateurs de roman noir : Ken Bruen glisse dans son roman de nombreuses références littéraires, et c’est une véritable bibliographie que l’on peut se faire tout au long de London Boulevard.
On y croise Harry Crews, Robin CookGeorge Pelecanos, James Sallis, et bien d’autres, moins connus et parfois non traduit en français à ce jour.

Ken Bruen est un auteur talentueux que je suis ravi d’avoir découvert et que je relirai sûrement.


London Boulevard (London Boulevard, 2001) de Ken Bruen, Fayard noir (2008). traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Cheval et Marie Poux (322 pages).

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À la petite semaine est le premier roman de Gene Kerrigan, journaliste irlandais renommé.

Il fait partie de la sélection Printemps 2008 du prix du polar SNCF dans la catégorie polars européens.

Résumé

L’argent afflue en Irlande et Frankie Crowe en veut sa part. Ecœuré par le butin minable de son dernier hold-up, il décide de passer à la vitesse supérieure: le rapt. Mais les pieds nickelés qui l’assistent n’ont ni son envergure, ni sa motivation. Et quand la cible se révèle être un habile juriste qui joue les intermédiaires et non le riche banquier qu’il croyait, Frankie pète les plombs. Au-delà des dérives de médiocres malfrats dublinois et des péripéties parfois cocasses d’un enlèvement foireux, c’est de l’Irlande nouvelle que nous parle Gene Kerrigan, en finesse: la perte d’influence de l’Eglise, le vertige collectif de l’accès à la richesse, les flics mal payés exclus de la prospérité ambiante, la disparition progressive des repères traditionnels.

Mon avis

Avec À la petite semaine, Gene Kerrigan nous livre un très beau « roman noir social ».

Bien plus que l’intrigue, somme toute assez simple, le grand intérêt de ce roman réside dans la description du personnage principal de ce roman : l’Irlande d’aujourd’hui.
La trame de l’histoire est simple, mais de très nombreux personnages, tous approfondis gravitent autour d’elle et rendent ce roman bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Gene Kerrigan est journaliste, et cela se ressent. Il nous dresse le portrait de son pays à travers une histoire d’enlèvements autour de laquelle on va rencontrer divers personnages très fouillés, de tous âges, de de la petite écolière au septuagénaire blasé.

Les amateurs de polars rythmés allant droit au but seront sans doute déçus. Ici, l’intrigue, dont l’issue paraît de plus courue d’avance, est vraiment secondaire.

Personnellement, j’ai lu ce roman abouti avec grand plaisir, et ai été agréablement surpris par la fin, plus originale que ce que je prévoyais.

Je tenais également à féliciter l’éditeur (Le Masque) pour cette couverture, que je trouve particulièrement réussie et dans le ton de l’histoire.

Turbulences catholiques est un roman noir, teinté d’humour tout aussi noir écrit par Colin Bateman, un jeune auteur irlandais.
C’est le cinquième roman mettant en scène Dan Starkey, un jeune journaliste de Crossmaheart, petite bourgade imaginaire d’Irlande du Nord, symbole de tous les travers de la société nord irlandaise.
Ce livre figure dans la sélection automnale du 8e Prix SNCF du polar, catégorie polars européens.

9782070305605Résumé

Dan Starkey a décidé de redonner une chance à son couple. Pour preuve, il s’engage à assumer la paternité de Little Stevie, le bébé que sa femme Patricia a eu avec son amant. C’est ce bon moment de félicité familiale que choisit le primat de Toute l’Irlande pour lui confier une enquête pour le moins inhabituelle sur une minuscule île aux oiseaux, battue par les flots. Sous la houlette du père Flynn, les rares habitants de cette terre isolée sont persuadés que le Messie est né chez eux, et qui plus est, se serait incarné en une petite fille répondant au prénom de… Christine.
Quoi de mieux pour le journaliste qu’une retraite rurale grassement payée ? Et l’endroit idéal pour se mettre enfin à l’écriture de son livre ! Ce qui s’annonce comme un canular facile à déjouer vire peu à peu au cauchemar. Pour Dan, aux prises avec ses vieux démons que sont l’alcool et les femmes, ça tourne carrément à l’île de la tentation ! Au premier meurtre, l’ambiance bucolique prend du plomb dans l’aile. Quant au premier verre, il pourrait bien être le dernier…

Mon avis

Je n’ai pas souvenir d’avoir lu un livre qui m’ait fait autant rire. Lorsque je vois la mention « humour » sur un livre, je suis d’emblée plutôt sceptique. Avec ce livre, j’ai littéralement pleuré de rire dans le train, dérangeant mes voisins par la même occasion. J’étais vraiment pris d’un fou rire inarrêtable. Côté humour, Bateman fait très fort : situations cocasses, excellentes répliques de Dan Starkey, descriptions des personnages, tout est fait pour rire.
Coté suspense, c’est également du très bon qui nous est ici proposé. Les descriptions de cette Irlande, bien loin des clichés pour touristes, m’ont fait penser que ce livre est comme la version irlandaise (avec plus d’humour) de l’excellent Cul-de-sac de Douglas Kennedy (qui lui, se passe en Australie, et que je vous conseille également), notamment avec la scène de chasse à l’homme.
J’ai également apprécié la vision qu’a l’auteur de l’intégrisme religieux de certains catholiques irlandais.
Pour ne pas dire que du bien de ce très bon roman, j’avoue que j’ai été un peu déçu par la teneur d’une des révélations finales.

Turbulences catholiques (Turbulent Priests, 1999), de Colin Bateman, Gallimard/Série Noire (2007). Traduit de l’anglais (Irlande) par Nathalie Beunat, 368 pages.