Archives de la catégorie ‘Polar italien’

Fáulas / Luciano Marrocu

Publié: 21 février 2011 dans Polar italien

Fáulas est le premier roman du Sarde Luciano Marrocu, publié en France par l’éditeur lyonnais La fosse aux ours.

Résumé

Rome, 1939.
Le fascisme est au pouvoir en Italie, et l’OVRA (Organisation de vigilance et de répression de l’antifascisme), la police secrète du régime, dispose de moyens confortables pour combattre ses opposants. Gonario Musio, un haut dignitaire du régime, est fortement soupçonné de traîtrise, et c’est à Luciano Serra, un jeune inspecteur, qu’est confiée cette affaire brûlante. Sa mission : creuser, et trouver de quoi faire tomber Musio. Lors de ses investigations, des évènements imprévus vont rapidement l’envoyer vers la Sardaigne, sa région d’origine.

FaulasMon avis

Au centre de ce premier roman, l’île natale de Luciano Marrocu, qui enseigne l’histoire à l’Université de Cagliari, sa ville de toujours. Forcément, l’homme sait de quoi il parle quand il décrit la Sardaigne. Il sait aussi de quoi il parle lorsqu’il fait vivre au lecteur d’aujourd’hui l’Italie des années 1930. En côtoyant Luciano, on comprend aussi que ce pays est divers, et qu’entre Rome et Fáulas, il y a un monde.

« L’inspecteur répondit à sa question et  le mit au courant des derniers développements de l’affaire.
– Je suis d’accord avec vous, le village d’où venait Musio me semble important dans toute cette histoire, commenta Caruezzo. Il s’appelle Fáulas, si je ne me trompe pas ?
– Vous ne vous trompez pas.
– Fáulas… un nom bizarre. Il a un rapport avec les fables ?
– Dans le dialogue du sud de la Sardaigne, fáulas veut dire mensonge.
– Et fables, comment ça se dit dans ce dialecte ?
– En admettant que ce mot existe, moi je ne l’ai jamais entendu.
– Ça va, Serra. Préparez-vous à partir pour la Sardaigne. »

Fáulas, c’est le village qui est au centre de l’enquête, et cela veut aussi dire « mensonges » en sarde. Effectivement, Serra se rend vite compte que les locaux ne sont pas très loquaces, ou plutôt si, ils parlent mais taisent l’essentiel, ce qui lui fait dire qu’ils « cachent la vérité derrière un mur de paroles ». Attitudes, paysages… : on sent le Sud, la Méditerranée, et les lecteurs de polars penseront peut-être au fil des pages à Montalbano, le personnage d’Andrea Camilleri, l’humour en moins.

« – D’une certaine façon, c’est ainsi : les morts se taisent aussi parce qu’il n’y a personne pour parler pour eux. Pour cette raison, quand quelqu’un meurt assassiné, presque tout le monde se moque de savoir qui l’a assassiné. On recherche et on punit l’assassin parce que c’est le seul moyen de maintenir l’ordre social. À part ça, on a tendance à oublier.
– Les vengeances de cette contrée sembleraient démontrer le contraire.
– Même les vengeances sont des affaires entre vivants, le mort n’est qu’un prétexte pour réaffirmer un pouvoir au sein de la communauté, ou bien pour renforcer des liens familiaux. En réalité, il n’y a dans ces vengeances aucune pitié pour les morts, pas même pour ses propres morts.
– Tu m’étonnes beaucoup inspecteur.
– Pourquoi est-ce que je t’étonne ?
– Parce que je ne pensais pas qu’on puisse trouver dans la nature…
– Trouver quoi ?
– Un policier philosophe. »

De par l’intrigue, Luciano Marrocu nous plonge au cœur de l’Italie fasciste, qui n’échappe pas à la corruption, aux querelles internes,… Sur le plan international, on sent la guerre arriver, et les Italiens la craignent, ne sachant même pas de quel côté le Duce va se ranger. Par petites touches, l’auteur nous immerge complètement dans l’Italie d’alors : l’inspecteur Serra attend le Tour de France, lui le « tifoso » de Bartali, les poètes du régime sont évoqués…
Si le point fort de ce roman n’est pas nécessairement son intrigue, elle n’en demeure pas moins bien construite et Luciano Marrocu mène bien sa barque, ne livrant la solution qu’en tout dernier lieu.

En plongeant ses lecteurs dans l’Italie de l’avant-guerre, et plus particulièrement en Sardaigne, Luciano Marrocu propose avec Fáulas un premier roman réussi qui devrait séduire les amateurs de romans policiers historiques. L’auteur continue de raconter l’histoire de son pays et celle de l’inspecteur Serra dans Debrà Libanòs, sa seconde enquête.


Fáulas (Fáulas, 2000) de  Luciano Marrocu, La fosse aux ours (2008). Traduit de l’italien par Marc Porcu, 197 pages.

A défaut d’avoir ressuscité ma clé USB (ça m’étonnerait que ça soit possible, mais si quelqu’un a une idée, je suis preneur), j’ai retrouvé quelques fichiers dans ma corbeille (heureusement que je ne la vide pas souvent), dont cette chronique, qui a donc eu beaucoup de chance.

Publicités

Les Raisons du doute est le quatrième roman de Gianrico Carofiglio. Si l’auteur italien avait dans son dernier roman, Le Passé est une terre étrangère (très bon aussi, voir par ailleurs), un temps délaissé le personnage de Guido Guerrieri, revoilà l’avocat dans ce qui constitue sa troisième enquête, après Témoin involontaire et Les Yeux fermés. Par contre, changement d’éditeur puisque ce n’est plus Rivages ce coup-ci, mais Le Seuil, qui a pris le relais.

raisonsdudouteRésumé

Guido Guerrieri est avocat pénaliste à Bari. On l’appelle en prison pour entendre un certain Paolicelli, condamné pour trafic de drogue. L’homme rentre de vacances au Monténégro avec femme et enfant lorsqu’on l’arrête à la frontière italienne. On trouve dans sa voiture pas moins de quarante kilos de cocaïne très pure. Le détenu jure à l’avocat qu’il n’y est pour rien et l’implore de le défendre en appel. Guido s’y refuse dans un premier temps, reconnaissant en Paolicelli le fasciste qui l’avait regardé se faire rouer de coups lorsqu’il était plus jeune. Il est même plutôt ravi du sort qui lui est réservé. Tout va changer lorsque la femme du détenu – une ex-mannequin qui sait se montrer persuasive – lui demande son aide.

Mon avis

« Un type de petite taille et très robuste, avec une incisive cassée, s’approcha et me traita de salopard rouge. Il m’enjoignit d’enlever immédiatement ma parka de merde, sinon ses amis et lui se chargeraient de m’administrer l’huile de ricin que je méritais. […]
Mon copain Roberto se pissa dessus. Et pas au sens métaphorique du terme. Je vis son jean délavé s’imprégner de liquide tandis que je demandais avec un filet de voix pourquoi je devais ôter ma parka. Je reçus pour toute réponse une gifle entre joue et oreille. Très forte.
« Enlève-la, camarade de merde. »
J’étais terrorisé et j’avais envie de pleurer, pourtant je refusai de m’exécuter. En essayant désespérément de ravaler mes larmes, je répétai ma question. Le type me flanqua une deuxième gifle, puis des coups de poing et de pied, et de nouveau des claques, au milieux des passants qui tournaient la tête de l’autre côté.
A un moment donné – je m’étais recroquevillé par terre pour me protéger des coups –, la bande fut mise en fuite. […]
En chemin, je fonds en larmes. Pas tant à cause de la douleur, mais de l’humiliation et de la peur. L’humiliation et la peur sont les sentiments qu’on oublie le plus difficilement.
Maudits fascistes.
Tout en pleurant et en reniflant, je dis à voix haute que malgré tout, je n’ai pas ôté ma parka. A cette pensée, je redresse les épaules et cesse de pleurer? Non, je n’ai pas ôté ma parka, fascistes de merde. Et j’ai gravé vos têtes dans ma mémoire.
Un jour, vous me le paierez. »

On retrouve donc dans ce roman Guido Guerrieri, l’avocat déjà croisé dans Témoin involontaire (voir par ici) et Les Yeux fermés (que je n’ai pas encore lu). Divorcé, sa nouvelle compagne l’a pour ainsi dire abandonné (un offre de travail qui ne se refuse pas, à New-York) et le voilà plus seul que jamais. Pour tromper l’ennui, il lit beaucoup – tout ce qui lui tombe sous la main en fait – et délivre quotidiennement crochets et uppercuts dans le sac de frappe qui se trouve dans son appartement.

Comme dans ses précédentes aventures, Gianrico Carofiglio nous donne à voir un personnage mi-héros mi-looser auquel il est difficile de ne pas s’attacher. Guido, par l’intermédiaire duquel on suit cette histoire est certes un avocat, mais avant tout profondément humain : il ne supporte pas l’injustice et peut être qualifié d’homme de conviction. Loin d’être parfait, il a aussi ses failles, ses doutes, et a parfois du mal à se regarder dans la glace. Dans cet opus, il doit se faire violence pour défendre un homme qu’il hait profondément, mais bien conscient que la justice l’a condamné trop vite.

« L’après-midi qui précéda l’audience […], je n’ouvris même pas le dossier. […]
Je ne commençai à travailler vraiment qu’après 21 heures. Travailler quand le temps manque est une de mes habitudes. Je suis un spécialiste de la dernière minute. Lorsque la tâche est difficile, ou importante, ou les deux, je ne parviens à l’accomplir qu’une fois le dos, tout le corps, au mur. »

J’aime beaucoup ce personnage avec qui j’ai quelques points communs. Comme lui, j’adore lire (tiens donc, c’est vrai ça ?) ; comme lui, je suis un procrastinateur de première. Et puis il n’y a pas beaucoup d’avocats à aller en toute décontraction boire et jouer aux cartes avec des malfrats (grosse cuite assurée !), et tout cela à la veille d’un procès important. Non non, ça, ça n’était pas un point commun, et pour cause : je ne suis pas avocat !

Juge antimafia et sénateur, Gianrico Carofiglio n’a pas son pareil pour nous donner à voir l’envers du décor de la justice italienne. Prison, procédure, procès : tout y est maîtrisé et sent le vécu, sans pour autant jamais ennuyer le lecteur. On se prend rapidement au jeu, se demandant si l’avocat parviendra à éviter à Paolicelli une lourde peine. Pas de temps mort, on vibre aux côtés de Guido, aussi bien dans la poursuite de son enquête que dans sa vie personnelle et affective. On rit aussi beaucoup, et l’ironie de ses réparties mentales, en complet décalage avec ce qu’il répond vraiment, nous offre des dialogues pas piqués des vers.

« J’étais sûr que nous n’arriverions à rien tirer de cette histoire et que cela finirait mal pour Paolicelli.
Je le devinais nettement et je me faisais l’effet d’un type qui, de la rive, regarde quelqu’un se noyer. D’un type qui feint de regretter ce qui se produit.
Mais qui est en réalité satisfait. Horriblement satisfait.
Tandis que je quittais la prison, je pensai qu’il faudrait tôt ou tard que je me trouve un métier honnête. »

Les raisons du doute est au final un très bon roman noir, comme l’étaient les précédentes enquêtes de Guido Guerrieri. En quelques romans, l’Italien Gianrico Carofiglio a prouvé qu’il était un des auteurs européens sur lesquels il faut désormais compter et dont chaque traduction est attendue avec une certaine impatience.
Puisque j’étais passé à côté de sa seconde enquête, j’aurai donc de quoi m’occuper en attendant la traduction de la quatrième aventure de Guerrieri, déjà parue en Italie. Ca s’appelle Le perfezioni provvisorie, c’est à dire littéralement, « Les perfections provisoires » : tout un programme ! Un auteur à découvrir absolument donc. Plaisir garanti…

Et un grand merci à Babelio pour m’avoir grâcieusement offert le roman en question.


Les raisons du doute (Ragionevoli dubbi, 2006) de Gianrico Carofiglio, Le Seuil (2010). Traduit de l’italien par Nathalie Bauer, 261 pages.

Le tailleur gris est un roman noir du Sicilien Andrea Camilleri, paru il y a quelques jours chez Métailié/Noir.

Résumé

Un directeur de banque italien ne sait pas comment occuper son premier jour de retraite. Adele, sa très jeune femme, installe au domicile conjugal un bel étudiant afin de la satisfaire. Amour, jalousie, etc. : le vieil homme fait défiler ses souvenirs, essayant de comprendre Adele, ce qui n’est pas chose aisée tant sa jeune épouse est contradictoire en bien des points.

Mon avis

J’ai découvert Camilleri cet été (mieux vaut tard que jamais !), avec Un été ardent justement, le dernier Montalbano à ce jour (chronique à venir). Que ses fans se rassurent, si le fameux commissaire sicilien est absent de ce court roman noir, le talent de Camilleri est, lui, toujours bien présent.
La langue de l’auteur est ici comme assagie (peu d’humour, pas de scènes déjantées) mais conserve cette saveur reconnaissable que sait si bien nous transmettre Quadruppani – le traducteur.

« Il se regarda de nouveau dans le miroir et cette fois, s’atrouva décidément ridicule. Il était habillé comme pour un conseil d’administration et, en réalité, la seule chose que désormais il aurait à administrer, ce serait l’énorme quantité de temps qu’il avait à disposition pour rin faire, rin de rin. »

Pas d’enquête dans ce roman, juste une plongée dans l’intimité d’un couple, des moments de vie dans le quotidien d’un néoretraité. Les nombreux flash-back nous aident à reconstituer peu à peu le parcours du vieil homme, aussi bien dans sa vie sentimentale, que sociale, au sein de la bourgeoisie italienne, ou encore professionnelle, dans le monde des affaires, où la Mafia n’est jamais très loin.

« Les membres du cercle étaient des vieilles peaux sexagénaires maquillées comme des quadragénaires, surchargées de fond de teint, de rouge à lèvres et de bijoux, affamées de séductions exotiques et de massages spéciaux ; leurs maris, directeurs généraux, entrepreneurs, députés ou simples bâtards qui avaient réussi à ramasser du fric on ne sait comment, ne leur cédaient pas sur ce terrain : tous voulaient apparaître trentenaires. Et donc, gymnastique quotidienne, promenades kilométriques sur la plage, salle de gym, sauna, massages, tortures diverses.
Il n’y participait jamais.
–    Comment est-il possible que tu n’arrives pas à socialiser ? lui demandait immanquablement Adele en lui faisant la gueule.
Rien que le verbe « socialiser » le faisait déjà profondément chier. »

On connaissait la verve d’Andrea Camilleri à travers les enquêtes de Montalbano. Avec ce Tailleur gris, une très belle histoire, toute en retenue, l’auteur sicilien nous montre une autre facette de son grand talent de conteur.

A signaler : vous pourrez voir un sujet sur Camilleri dans l’émission Metropolis, rediffusée sur Arte samedi à partir de 12h45 (merci Yann pour l’info).


Le tailleur gris (Il tailleur grigio, 2008) d’Andrea Camilleri (Métailié/Noir, 2009). Traduit de l’italien (Sicile) par Serge Quadruppani, 135 pages.
Le passé est une terre étrangère est le troisième roman noir de l’Italien Gianrico Carofiglio à paraître en France, toujours chez Rivages.

Résumé

Giorgio rencontre une femme dans un bar. Il ne la reconnaît pas tout de suite, puis les souvenirs d’une certaine période de sa vie lui reviennent en bloc.
Bari, 1989. Giorgio a alors vingt-deux ans, termine son droit et mène une vie tranquille, trop tranquille. Il rencontre alors Francesco qui lui apprend à jouer au poker, puis à gagner à tous les coups. Avec un peu d’entraînement, tricher n’est pas bien compliqué. Giorgio se prend au jeu. Les deux compères jouent de plus en plus gros et Giorgio se laisse entraîner par Francesco toujours plus loin dans l’illégalité.

Mon avis

J’avais beaucoup aimé Témoin involontaire, le premier roman de Carofiglio, et si je suis pour l’instant passé à côté du second, Les yeux fermés, je ne risquai pas grand chose à ouvrir celui-ci.

Pour commencer, je trouve le titre très beau, et qui plus est en italien – Il passato è una terra straniera. Ca sonne bien et prend tout son sens à l’aune de la lecture du roman.

« J’ai fait un signe de la tête que j’étais d’accord. Comme quelqu’un qui maîtrise bien la situation.
En réalité je ne comprenais rien à ce qu’il racontait. J’en avais une vague intuition, comme je percevais vaguement que cette nuit-là, j’étais sur le point de franchir un cap. Peut-être même que le cap était déjà franchi. »

Carofiglio a l’art et la manière de nous faire adhérer à un personnage en quelques pages. Je gardais des bons souvenirs de son avocat Guido Guerreri – à qui l’on a affaire dans les deux premiers romans. Avec Giorgio, le personnage principal de celui-ci, il fait plus fort encore, tout le roman repose sur ce personnage parfaitement réussi.
Giorgio, étudiant modèle de vingt-deux ans terminant son droit, est arrivé à un point de sa vie où il ne sait plus très bien ce qu’il veut faire lorsqu’il rencontre Francesco. Il se laisse d’abord convaincre de jouer au poker, puis de tricher, et, ne contrôlant plus rien et ne parvenant pas à dire non à son nouvel ami, se laisse entraîner de plus en plus loin dans l’illégalité.

« Si quelqu’un dit que la vie n’est pas une continuelle succession de manipulations, c’est qu’on a affaire soit à un menteur, soit à un crétin. La vraie différence n’est pas entre manipuler ou ne pas manipuler. La différence est entre manipuler volontairement et manipuler involontairement. » […]
« Les jeux de magie – ou la tricherie aux cartes – sont une métaphore de la réalité quotidienne, des rapports entre les gens. » […]
« Les gens manipulent et se font manipuler, trompent et se font tromper continuellement, sans s’en rendre compte. Ils font du mal et en reçoivent, sans s’en rendre compte. Ils refusent de s’en rendre compte parce qu’ils ne pourraient pas le supporter. La prestidigitation est une chose honnête parce qu’il est clair dès le départ que la réalité n’est pas dans ce qui se voit. »

La construction du roman m’a également beaucoup plu. Il s’ouvre aujourd’hui, par la rencontre de Giorgio avec une femme dans un bar. Lorsqu’il la reconnaît, tous ses souvenirs de 1989 lui reviennent en bloc. C’est à cette histoire qu’on est alors confronté pendant trois cent pages. La fin répond magnifiquement au début. Je ne peux rien vous dire de plus pour ne pas vous la gâcher, mais sachez qu’elle est vraiment somptueuse, à la hauteur du reste du roman d’ailleurs.

Le passé est une terre étrangère est à mes yeux un excellent roman noir. Les pages tournent toutes seules à suivre Giorgio dans sa perdition inéluctable. Gianrico Carofiglio est décidément un auteur transalpin de grand talent que je ne manquerai pas de relire.


Le passé est une terre étrangère, (Il passato è una terra straniera, 2004) de Gianrico Carofiglio, Rivages/Thriller (2009). Traduit de l’italien par Odile Rousseau (336 pages).
Témoin involontaire est le premier roman de Gianrico Carofiglio, jeune procureur italien.

Il fait partie de la sélection Printemps 2008 du prix du polar SNCF dans la catégorie polars européens.

Résumé

A trente-huit ans, Guido Guerrieri, avocat à Bari, ne sait plus où il en est : sa femme l’a quitté, ses amis lui paraissent superficiels et son métier l’ennuie.
Il reçoit un jour la visite d’une jeune femme noire dont le compagnon, un vendeur ambulant nomme Abdou Thiam, a été arrêté pour le meurtre d’un petit garçon. Tout incrimine Abdou, en particulier le témoignage accablant d’un patron de bar. Comment défendre un homme condamné d’avance ? Lorsque la visiteuse quitte son cabinet, Guido ne sait pas pourquoi il a accepté cette cause perdue. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que cette affaire va radicalement changer sa vie.

Mon avis

Le milieu de la justice, comme chez Hannelore Cayre – voire par ailleurs mes articles sur Commis d’office ou Ground XO –  est décrit avec une extrême justesse, et pour cause : l’auteur, Gianrico Carofiglio est procureur de la république à Bari, dans le sud de l’Italie, où il est notamment spécialisé dans la lutte anti Mafia et le démantèlement de réseaux de prostitution.
Les scènes de tribunal, et il y en a beaucoup, sont plus vraies que nature, et l’auteur a du prendre bien du plaisir à écrire certains passages, dont le long plaidoyer final de son personnage principal, l’avocat Guido Guerrieri, qui est en tous points remarquable.

Ce roman noir est très bien écrit, et j’ai trouvé le personnage principal – un avocat dépressif se posant toutes sortes de questions existentielles – particulièrement réussi et intéressant. 

Carofiglio a su faire d’une histoire simple, voire banale, un roman qui tient vraiment la route. Cette simplicité de l’intrigue est à la fois la force et la faiblesse de ce livre, qui aurait peut-être gagné en qualité avec une intrigue un brin plus complexe. Cependant, grâce à cette histoire ordinaire, il nous donne à voir les arcanes de la justice italienne, milieu qu’il connaît comme sa poche.

Témoin involontaire est un excellent roman noir et Carofiglio est assurément un auteur italien prometteur.

Son second roman, Les Yeux fermés, mettant également en scène son personnage de Guido Guerrieri vient de paraître en France.

L’échelle de Dionysos est le second roman de Luca di Fulvio, auteur italien, à paraître en France.

echellededionysos.jpgRésumé

31 décembre 1899. Premier d’une longue série, un carnage à La Mignatta (la Sangsue), repaire des voleurs, violeurs, prostituées et misérables rejetés par la ville, ensanglante le siècle nouveau. Dans cette zone de non-droit, reclus dans leurs somptueuses villas, vivent aussi les riches actionnaires d’une sucrerie. Tel un Dionysos saisi par une orgie de violence, le  » monstre assassin  » s’est acharné sur le corps de leurs femmes. Muté au cœur de cette poudrière, l’inspecteur Milton Germinal, héroïnomane repenti, tente de décrypter la signature du tueur dans ses rituels macabres. Une descente aux enfers qui le sauvera, ou le mènera à sa perdition. Car celui qu’il traque semble prêt à franchir tous les paliers de l’horreur pour atteindre son but mystérieux…

Mon avis

L’inpecteur créé par di Fulvio se nomme Germinal. Coïncidence ? Sans doute pas. Toujours est-il qu’il y a du Zola dans ce roman. Comme les naturalistes du XIXe, l’auteur nous peint un tableau précis et documenté de la vie urbaine de la fin XIXe-début XIX alors que le tissu industriel urbain s’est déjà bien développée.

Ce milieu ne sert pas de prétexte mais bien de contexte à une intrigue brillament orchestrée.
Les blasés du polar pouront toujours dire qu’il s’agit d’une énième histoire de tueur en série. En vérité c’est bien plus que cela. L’identité du tueur n’est pas le point crucial de l’intrigue. Ce qui importe outre le fait de savoir comment il va être démasqué est de pouvoir comprendre le sens de ses agissements. Et c’est là, dans la dernière partie du roman, où le passé des différents protagonistes ressurgit, que Di Fulvio fait fort.
Ce magnifique roman, passé assez inaperçu mériterait à mes yeux une plus grande reconnaissance. Peut-être s’en souviendra t-on dans quelques années comme l’un des premiers succès d’un grand auteur. Espérons-le pour Di Fulvio, qui le mérite amplement.

Bleu catacombes / Gilda Piersanti

Publié: 31 décembre 2007 dans Polar italien
Bleu catacombes de l’auteur italienne Gilda Piersanti est le troisième polar de la série Les 4 saisons meurtrières, qui se déroule à Rome, après Rouge abattoir et Vert Palatino. Il peut se lire indépendament des autres bien qu’il est sûrement préférable de commencer par le début.

Bleu catacombes
s’est hissé en finale du Prix Polar SNCF 2007.

bleucatacombes.jpgRésumé

Eté 2003, en pleine canicule, les catacombes romaines battent tous les records de fréquentation… jusqu’à ce qu’un groupe de visiteurs réfugié dans ces chambres froides d’un genre nouveau tombe nez à nez avec une tête coupée.
L’inspecteur principal Mariella De Luca se voit rapidement contrainte d’interrompre son idylle amoureuse en bord de mer. D’autant que les catacombes ne sont pas les seules à faire perdre la tête aux Romains… L’enquête vient à peine de débuter que déjà les décapitations se multiplient.
Mais quel rapport peut-il exister entre une star internationale du monde de l’art et une paisible directrice d’orphelinat ?
Et quel sens faut-il donner à cette référence macabre au mythe de Judith, héroïne biblique qui, de son bras armé, tranche la tête du général de l’armée ennemie ?

Mon avis

Gilda Piersanti a une écriture très agréable à lire. Elle a également un  talent certain pour les descriptions, aussi bien de ses personnages, par ailleurs intéressants, que des lieux italiens dans lesquels évoluent les différents protagonistes.
Côté suspense, le roman est un peu trop mou à mon goût et l’intrigue n’a rien d’exceptionnelle non plus.

En bref, Bleu catacombes n’est pas le polar de l’année, mais demeure une bonne lecture.