Archives de la catégorie ‘Polar jeunesse’

Le dos au mur est un roman écrit pour la jeunesse par Christophe Lambert – non, non, pas l’acteur ! et paru chez Intervista.

J’ai découvert ce roman dans le cadre du « Prix des lecteurs ados » organisé par la médiathèque de Quimperlé (29).

Résumé

2020. Afin de combattre l’immigration clandestine, un mur a été construit entre le Mexique et les États-Unis. Tous les mois, sous les caméras excitées du nouveau grand jeu télévisé America’s most hunted, le Mur laisse passer deux cents clandestinos.
Le dernier à être repris par les forces de l’ordre gagne cent mille dollars et le droit d’être naturalisé.
Diego Ortega, 19 ans, est l’un des « deux cents ». Ce n’est pas l’american dream qui l’intéresse, mais l’argent, car son père s’est endetté auprès d’un dangereux mafieux local. Une seule solution pour le sauver : gagner.
Mais une obscure machination politique se cache derrière ce sanglant show…

Mon avis

Christophe Lambert est un prolifique auteur, assez touche-à-tout puisqu’il écrit aussi bien de la SF que des polars ou des romans historiques, son genre de prédilection étant peut-être le roman « d’anticipation sociale », dans lequel s’inscrit parfaitement Le dos au mur.

Malheureusement pour notre société, Christophe Lambert n’a pas eu à anticiper beaucoup pour écrire cette histoire qu’il a situé en 2020.
Le mur entre les Etats-Unis et le Mexique existe déjà en partie, la loi autorisant sa construction ayant été signé par le président Bush en octobre 2006.
L’émission America’s most hunted créée par l’auteur dans son roman – qui consiste à suivre 200 Mexicains qu’on a laissé franchir la frontière avant de lancer une chasse à l’homme, le dernier en jeu gagnant 100 000 $ et une green card – n’existe pas… pour l’instant ! Elle s’inspire cependant fortement de l’émission America’s most wanted, programme de la Fox, qui est un show très populaire à base d’appels à témoins et de poursuites en hélicoptère filmées en direct.
De là à imaginer l’émission de télé-réalité que l’on suit tout au long de ce roman, il n’y a plus qu’un pas, que Christophe Lambert a franchi pour nous offrir cette lecture intéressante.

Le moins qu’on puisse dire est que le roman est rythmé. L’action est omniprésente et les rebondissements nombreux. Le suspense annoncé en quatrième de couverture est effectivement au rendez-vous bien que l’ensemble soit finalement assez convenu au niveau du scénario.
Les descriptions des personnages sont plutôt bonnes mais un peu superficielles à mon goût : elles auraient méritées d’être approfondies. Toutefois, certains personnages ne sont pas épargnés par l’auteur, ce qui est assez appréciable, puisque encore marginal en littérature jeunesse.

Le dos au mur est un bon roman à suspense. Destiné a priori aux ados, il pourrait plaire également aux adultes amateurs de romans d’action et de suspense.


Le dos au mur, Christophe Lambert, Intervista (2008), 253 pages.

Echec et rap / Jean-Paul Nozière

Publié: 23 février 2009 dans Polar jeunesse
Echec et rap est un roman policier pour la jeunesse du prolifique Jean-Paul Nozière, qui écrit aussi bien pour les jeunes que les moins jeunes.

Ce roman a reçu le Prix « Les mordus du polar 2008 » organisé par la BILIPO (Bibliothèque des Littératures Policières) et décerné par de jeunes lecteurs de polars.

Je l’ai découvert par l’intermédiaire du « Prix des lecteurs ados » organisé par la médiathèque de Quimperlé (29).

Résumé

Lili Rigosi, adjudant-chef de la brigade de gendarmerie de Sponge, enquête sur le meurtre de David, vingt-six ans. Dans la main droite de la victime, le meurtrier a laissé une pièce d’échecs : un fou.
Léo, quinze ans, livre dans son journal intime son amour pour Marlène. Il y dit aussi le harcèlement qu’il subit de la part d’un infernal trio de rappeurs adolescents : Diesel, Sugar et Love Me.
Petit à petit, Lili mène ses recherches. Petit à petit, Léo s’enfonce dans la souffrance. Deux histoires en parallèle qui racontent un destin en marche.

Mon avis

J’ai lu quelques romans de Jean-Paul Nozière à l’adolescence – Maboul à zéro, Un jour avec Lola, Le rebelle de quatrième (republié en 2005 sous le titre Si tu savais, Tobby…) – qui m’ont laissé de bons souvenirs. Je l’ai encore croisé assez récemment puisque son roman Je vais tuer mon papa, paru chez Rivages/Noir a été sélectionné pour le Prix SNCF du Polar 2008.

J’ai donc retrouvé dans Echec et rap la plume reconnaissable de l’auteur alliant simplicité et efficacité tout en gardant une appréciable qualité littéraire.
Les personnages ne sont pas inintéressants, mais leur psychologie n’a pas été autant fouillée qu’elle aurait pu l’être, ce qui m’a un peu déçu.

Le point fort d’Echec et rap est bien son intrigue, à la fois simple et diaboliquement efficace.
Pas besoin d’être bien sorcier pour savoir que deux intrigues parallèles dans un polar sont très souvent amenées à se rencontrer.
Ici – vous comprendrez que je ne peux pas trop vous en dire sans vous ruiner la surprise – c’est cette rencontre qui est vraiment excellente, Nozière ayant fait preuve d’une grande intelligence en la matière.

Un petit détail qui m’a bien plu : à l’instar d’un Ken Bruen, l’auteur distille au compte-goutte quelques références, même en matière de littérature policière puisqu’il cite le grand Herbert Lieberman et son roman La fille aux yeux de Botticelli ou encore L’usine à lapins (de Larry Brown).

Au final Echec et rap est un roman policier pour la jeunesse ma foi réussi qui devrait au minimum plaire aux ados.


Echec et rap, Jean-Paul Nozière, Nathan (2007), 177 pages.

Je mourrai pas gibier est un roman noir « pour la jeunesse » signé Guillaume Guéraud.

Résumé

Mortagne n’est pas un patelin tranquille. Ceux qui travaillent le bois ne peuvent pas encadrer les vignerons et inversement. La haine fouette les murs. Les coups tordus pleuvent sans prévenir. Martial préfère apprendre la mécanique le plus loin possible. Pour fuir la scierie. Éviter les incidents. Et échapper à la phrase que répètent aussi bien les scieurs que les gars de la vigne  » Je suis né chasseur ! je mourrai pas gibier !  » Parce que la chasse, ici, tout le monde pratique. Sauf Terence. Il a la tronche en, biais. Il ne sait ni travailler ni chasser. C’est pour ça que Martial l’aime bien. Et qu’il ne supporte pas qu’on se défoule sur lui.

Mon avis

Guillaume Guéraud, fidèle des Editions du Rouergue, est un auteur que j’ai beaucoup lu étant plus jeune et dont j’aime beaucoup le travail. Il me reste d’excellents souvenirs de Coup de sabre, Cité Nique-le-Ciel ou encore Les chiens écrasés.
Je crois que même pour ceux qui ne connaîtraient pas cet auteur les titres se passent presque de commentaire : Guéraud c’est généralement du noir et du « social ».

Rouergue (puisque c’est comme çà qu’il faut désormais appeler ce très bon éditeur) a demandé à Guillaume Guéraud de signer le premier titre d’une nouvelle collection : « doAdo Noir » (il signait auparavant dans la collection « doAdo », ce qui ne l’empêchait pas d’écrire des textes sombres).
C’est ce qu’il a fait avec Je mourrai pas gibier, publié en 2006.

Ce roman « pour la jeunesse » m’a procuré une belle claque, et je pense que s’il sciera les ados, il fera également beaucoup d’effet aux adultes, et même aux habitués du polar.

Le style Guéraud, déjà remarquable dans certains romans cités ci-dessus atteint ici un degré d’efficacité rarement atteint dans le roman jeunesse selon moi. Jugez plutôt.

« J’ai aligné les cartouches à mes pieds. Dix-huit cartouches. Deux par deux. […]
Le soleil étincelait sur la tête en cuivre des cartouches.
J’ai voulu vérifier quelque chose. Je me suis collé le canon du fusil dans le visage en glissant un doigt dans la gâchette pour voir si je pouvais me tirer dessus tout seul. Je pouvais.
Alors j’ai repris l’arme normalement.
J’ai enclenché deux cartouches.
J’ai refermé le fût.
Et j’ai ouvert la fenêtre. »

Guéraud a osé aborder dans Je mourrai pas gibier le difficile sujet de ces jeunes tueurs dits « fous ».
Avec ce roman, pure fiction, on en arrive à comprendre le geste irraisonné de ce jeune homme, apparemment sain d’esprit par ailleurs, geste déclenché par une accumulation d’évènements particuliers.
Le roman, très bien construit, s’ouvre d’ailleurs sur la « fin » de l’histoire, avant de nous en expliquer les causes dans un très long flash-back.

Avec Je mourrai pas gibier, Guillaume Guéraud nous offre un magnifique roman noir, que je ne peux que vous conseiller vivement.

A noter : la sortie imminente (7 janvier) d’une bande dessinée adaptée de ce roman chez Delcourt, revisité par Alfred.


Je mourrai pas gibier, Guillaume Guéraud, Editions du Rouergue (2006), 75 pages.

Les doigts rouges / Marc Villard

Publié: 2 décembre 2008 dans Polar jeunesse
Les doigts rouges est un roman policier pour la jeunesse de Marc Villard, auteur également bien connus des adultes.

Résumé

Que feriez-vous si vous soupçonniez votre grand frère chéri d’avoir commis un crime horrible ?
Ricky est rongé par le doute.

Mon avis

A l’occasion d’un dossier universitaire à rendre en « littérature jeunesse », j’ai choisi comme sujet – je vous le donne en mille – le polar jeunesse.
Mon dossier intitulé « Le polar à tout âge », comprend entre autres une bibliographie thématique d’une vingtaine d’ouvrages, par moi sélectionnés.
Je parlerai donc plus souvent ici de romans jeunesse (voire même d’albums ou de bandes dessinées jeunesse) tout en restant dans le domaine du policier.
Vous l’aurez compris, Les doigts rouges fait partie de cette sélection (tout comme Le chat de Tigali ou Tirez pas sur le scarabée ! dont je vous avais déjà touché deux mots par ici).

Je connaissais déjà Marc Villard pour ses nouvelles, aussi noires qu’efficaces écrites à destination d’un public adulte ; je le découvre avec Les doigts rouges écrivant pour les enfants.

Les doigts rouges publié pour la première fois en 1987 chez Syros Jeunesse, est un des premiers romans de la fameuse collection « Souris noire », créée par Louis Périgot l’année précédente.
L’objectif de cette collection est de proposer aux enfants de 7 à 10 ans des romans policiers pas trop « bébé » ou moralistes, bien écrits, et portant bien souvent sur des sujets graves, voire dérangeants.

Les doigts rouges correspond parfaitement au cahier des charges de la collection.
Il s’agit d’un bon roman construit autour de la culpabilité et du doute dans la sphère familiale.
Ricky suppose que son grand frère a commis un acte terrible. Plus il se pose de questions à son sujet et plus il est certain d’avoir raison : il se trame quelque chose de pas net dans la remise. Pourquoi son frère s’y aventure-t-il la nuit en cachette ? Et pourquoi en ressort-il avec les doigts rouges ?

 Avec Les doigts rouges, Marc Villard signe un très bon polar jeunesse, devenu depuis un véritable classique du genre, plusieurs fois réédité et étudié en classe par de nombreux écoliers.


Les doigts rouges, MarcVillard, Syros jeunesse (1987), 27 pages.

Le chat de Tigali / Didier Daeninckx

Publié: 15 septembre 2008 dans Polar jeunesse

Le chat de Tigali est un roman policier pour la jeunesse de Didier Daeninckx. Il a été publié par Syros dans la collection Souris noire en 1988.

Résumé

Vanessa et ses parents, de retour d’Algérie, s’installent dans un petit village du Sud de la France. Un jour, ils reçoivent une lettre anonyme menaçant leur chat Amchiche, qu’ils ont ramené de Kabylie. Pourquoi lui en veut-on ?

Mon avis

Le chat de Tigali, paru il y a maintenant vingt ans est toujours bien vivant, et peut-être plus que jamais, car il est beaucoup étudié en milieu scolaire, ce qui a eu pour conséquence de nombreuses rééditions.
L’une des raisons poussant les enseignants à choisir ce livre, en plus de sa qualité littéraire est l’importance dans le récit d’un sujet important : le racisme, qui est ici intelligemment traité par Daeninckx.

Si cette lecture ravira sans doute les enfants et/ou les jeunes adolescents, les lecteur plus âgés, et a fortiori les lecteurs de polars, resteront peut-être sur leur faim.
Je pense qu’on peut qualifier l’intrigue de simplette sans faire injure à l’auteur. De plus la « longueur » du texte (quelques trente pages, illustrations comprises) ne permet pas de la développer au maximum.

Tirez pas sur le scarabée ! est un roman policier pour la jeunesse que l’écrivain britannique Paul Shipton a écrit en 1995. Il est le premier consacré à Bug Muldoon, un détective privé particulier puisqu’il s’agit d’un scarabée.

Résumé

Je m’appelle Bug Muldoon. Je suis détective privé. Actuellement, je suis sur une histoire de disparition d’insectes. Et ce n’est pas une mince affaire, croyez-moi ! Depuis que j’ai mis mon nez là-dedans, je les ai toutes sur le dos : les fourmis, les guêpes, les mouches, et bien sûr les araignées. Plus moyen d’être tranquille ! Je vous assure, ce n’est pas une vie pour un scarabée…

Mon avis

Je suis tombé par hasard sur ce roman en librairie. Il m’a bien plu et après l’avoir offert à mon petit frère, j’en ai profité pour le lire.

Une disparition, un détective, des « méchants », des « gentils », jusque là rien de nouveau.

La grande originalité de ce livre réside dans son cadre particulier. L’enquête se déroule chez les insectes : le disparu est un perce-oreille, le détective un scarabée et son indic une mouche accro à la poudre blanche (comprenez par là au sucre).

Ce roman pour la jeunesse a outre cet aspect original plusieurs autres qualités.
Tout d’abord, il n’est pas infantilisant pour un sou : pas de morale à deux balles à la fin pour faire obéir les enfants, où je ne sais quelle ineptie du même acabit. Le niveau de langue est à la hauteur d’un enfant forcément, mais c’est déjà plutôt bien écrit. L’auteur ose même sacrifier certains personnages, ce qui est rare en littérature de jeunesse, mais facilité, j’en conviens par le fait d’avoir choisi des insectes pour protagonistes (ce qui aurait été beaucoup plus osé avec des personnages d’humains.
Autre gros point fort selon moi : un humour excellent, avec de nombreux jeux sur la langue (expressions imagées remise au goût du jour pour les insectes, …) qui restent très drôle malgré la traduction. On ne peut donc que remercier le traducteur, Thomas Bauduret, (son nom mérite d’être cité) aussi bien que l’auteur.

Cette première enquête du détective privé/scarabée Bug Muldoon est une vraie réussite et est selon moi susceptible de plaire aussi bien aux jeunes qu’aux moins jeunes.