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L’assassinat d’Hicabi Bey, second roman de l’écrivain turc Alper Canigüz est paru en français aux éditions Mirobole cette année.

Résumé

Alper Camu a cinq ans. S’il aime jouer au foot avec ses copains c’est bien l’une des rares choses qu’il partage avec ses camarades. Surdoué, déjà adulte dans son corps d’enfant, il ne va pas à l’école (trop facile) et préfère passer son temps à la maison, à lire Nietzsche, à observer ce qui se passe dans le quartier. Lorsque l’un de ses voisins, le commissaire de police à la retraite Hicabi Bey, est assassiné, Alper est le premier sur les lieux, où se trouve aussi Ertan dit « le Timbré », un handicapé mental bien connu dans le quartier. Pour la police, pas de doute, Ertan est forcément le coupable. Pour Alper, à l’inverse, ce ne peut pas être lui. Il se met alors en tête de découvrir la vérité, autant pour innocenter le « Timbré » que pour le plaisir de faire mieux que ces incompétents d’enquêteurs.

Mon avis

Même si cela a déjà été vu ailleurs – difficile de ne pas penser au personnage de manga Détective Conan – certains lecteurs bloqueront peut-être d’emblée sur le postulat de départ d’Alper Canigüz : faire d’un enfant de cinq ans le personnage principal et enquêteur d’un roman policier. Pour peu qu’on accepte cette idée originale (pour ne pas dire farfelue), c’est un plaisir de suivre Alper, armé de son pistolet en plastique, parcourir les rues d’Istanbul à la recherche d’indices ou de témoins susceptibles de lui faire découvrir la vérité. Courageux minot, plus roublard que bien des adultes, Alper sait se servir de son innocente petite frimousse pour faire parler les adultes, y compris les policiers qui mènent l’enquête officielle. Son regard acéré sur le monde et sur la société turque en particulier capte aussi l’attention du lecteur.

Bien que le roman soit globalement sérieux, dans la résolution de l’énigme notamment, l’humour est très présent au fil des pages et l’auteur prend un malin plaisir à nous faire sourire grâce aux décalages induits entre l’âge d’Alper et son comportement. Amoureux d’Alev Abla, une jolie étudiante qu’il n’a de cesse d’épier et qu’il tente en vain de séduire, le bambin est capable de siffler en douce les bières de son père comme de faire exprès de glisser de grossières erreurs dans les devoirs que ses camarades lui demandent de faire à leur place.

Avec L’assassinat d’Hicabi Bey, second roman original et réussi, Alper Canigüz nous donne envie de retourner avec lui en Turquie. Espérons que les éditeurs français nous en offre la possibilité.

L’assassinat d’Hicabi Bey (Oğullar ve Rencide Ruhlar, 2004), d’Alper Canigüz, Mirobole (2014). Traduit du turc par Célin Vuraler, 248 pages.

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