Archives de la catégorie ‘Thriller’

Je suis Pilgrim est le premier roman de l’Américain Terry Hayes. Il est paru en France en 2014 aux éditions Jean-Claude Lattès.
Il vient de remporter le Prix Polars Pourpres dans la catégorie « Découverte ».

Résumé
Macabre découverte dans un motel new-yorkais : le corps d’une jeune femme est retrouvé, assassinée de manière à la fois atroce et « propre », en ce sens où le tueur n’a laissé aucun indice. Pire pour Scott Murdoch – l’un des nombreux noms d’emprunt de ce spécialiste du renseignement –, il semblerait que l’assassin se soit inspiré de son manuel de criminologie pour ne laisser aucune trace derrière lui. Intrigué, l’agent spécial se lance à la poursuite de ce mystérieux tueur lorsque la Maison Blanche fait appel à lui pour une toute autre raison, une affaire de terrorisme de la plus haute importance.

Mon avis
Je suis Pilgrim est le premier roman de Terry Hayes et ça se voit, en ce sens où comme bien des premiers essais il a de la fougue, du rythme, quelques très bonnes idées mais aussi pas mal de défauts ou de maladresses. Commençons par là.

600 pages : le roman souffre de quelques longueurs et notamment de redites. L’auteur ne fait pas assez confiance à la mémoire du lecteur et se sent parfois obligé de lui rappeler ce qui s’est passé précédemment ce qui est un peu pénible. Le narrateur fait parfois très « Américain de base » et a quelques idées bien arrêtées, notamment sur les musulmans, qui pourront surprendre voire heurter certains lecteurs plus ouverts d’esprit. Surtout, le roman souffre d’un (non-)choix de narration assez particulier. Fallait-il opter pour un narrateur à la première personne ou un narrateur omniscient ? Il semblerait que l’auteur n’ait pas su trancher. Il nous propose au final un hybride un brin perturbant et parfois assez bancal : un narrateur à la première personne devenu omniscient a posteriori, car Pilgrim nous raconte l’histoire une fois qu’elle s’est terminée. Quand le récit s’intéresse à lui, pas de problème, mais quand il suit le parcours du Sarrasin, le rendu est un peu spécial et les formules du type « comme on le découvrirait par la suite » pour nous rappeler qui parle sont fréquentes et quelque peu maladroites.

N’allez pas croire pour autant que Je suis Pilgrim est un mauvais roman. Il se lit bien, voire très bien, suspense aidant. L’intrigue principale, sur fond de terrorisme à l’arme bactériologique, est bien construite et fait froid dans le dos par certains aspects. Mais d’autres intrigues annexes – l’enquête en Turquie – sont au moins aussi passionnantes. L’auteur s’est documenté et parvient à nous faire découvrir des choses sans tomber dans l’étalage de connaissances. Enfin, les personnages – qu’on les apprécie ou non – sont bien brossés et on comprend sans peine leurs motivations. Malgré l’atrocité de ce qu’il s’apprête à faire, le Sarrasin reste humain car Terry Hayes a pris le temps d’installer son personnage et de nous faire comprendre comment ce jeune homme en est arrivé là. Un beau rôle de « méchant ».

Si l’on peut trouver un certain nombre de défauts à Je suis Pilgrim, non rédhibitoires pour l’essentiel – le choix de narration étant de loin le plus gênant – il n’en demeure pas moins un thriller globalement efficace. S’agissant d’un premier roman, il laisse à penser que Terry Hayes pourra nous proposer à l’avenir d’autres opus plus aboutis.

Je suis Pilgrim (I Am Pilgrim, 2012), de Terry Hayes, J-C Lattès (2014). Traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz, 600 pages.
Existe aussi au Livre de poche, 2015, 912 pages.

Ces lieux sont morts est un roman de Patrick Graham paru au Fleuve Noir cette année.

 

Résumé

Eric Searl est neuropsychiatre, spécialisé dans l’accompagnement des personnes dans le coma. Il consacre une majeure partie de son temps à son métier – au détriment de sa vie familiale – et met en place des procédures innovantes pour tenter de « réveiller » ses patients.

Alors qu’il devait partir en vacances avec femme et enfants, il oublie de prendre son avion, tout occupé qu’il était à tenter de sauver la vie d’une patiente. Ses proches ont décidé de faire route sans lui et se retrouvent dans leur chalet, non sans mal, après avoir essuyé une tempête de neige. Lorsque Eric parvient à les avoir au téléphone, c’est pour assister en direct à un drame. Un sinistre individu s’est introduit dans le logement et menace Searl de s’en prendre à ses proches. C’est une course contre-la-montre qui s’engage pour le docteur, qui va essayer de traverser le pays avant que l’homme ait pu commettre l’irréparable.

 

Mon avis

Patrick Graham est un de ces auteurs français qu’on connaît bien par ici. Salué à 3 reprises par le Prix Polars Pourpres – seul Franck Thilliez a fait aussi bien – pour son premier roman, L’évangile selon Satan (2007), puis pour Retour à Rédemption (2010) et plus récemment pour le très bon Des fauves et des hommes (2012), on lui doit aussi L’apocalypse selon Marie. On sait donc à quoi s’attendre avec cet auteur. Cette fois-ci, la déception est malheureusement au rendez-vous.

On ne retrouve pas dans Ces lieux sont morts le personnage de Marie Parks (sinon sous forme de clin d’œil). Le protagoniste est Searl, dont la famille est rapidement agressée par ce qui a tout l’air d’être un jeune tueur en série. Pourquoi s’en est-il pris à eux ? Crawley, un policier condamné par un cancer qui va officieusement aider Searl, a bien sa petite idée. Si le médecin ne le connaît pas, le tueur, lui, doit forcément le connaître. Assisté de Crawley, Searl s’accroche à sa seule raison de vivre : tout faire pour retrouver sa petite Kirsten, qui a été enlevée, contrairement aux autres membres de la famille.

Si Patrick Graham parvient à nous faire tourner les pages avec une maîtrise du suspense consommée, il manque dans cet opus un je ne sais quoi qui puisse achever de rendre cette lecture convaincante. Pire, on a l’impression d’avoir déjà lu cette histoire de père pourchassant le kidnappeur de sa fille ou de ce tueur en série qui écoute des opéras à plein volume. S’il connaît ses classiques – on notera quelques références, notamment un clin d’œil appuyé au Shining de Stephen King – l’auteur s’enferme dans les poncifs du genre sans parvenir à les dépasser. Les passages les plus intéressants sont sans doute ceux où Searl se replonge dans ses souvenirs grâce à la machine qu’il a mise au point pour amener ses patients à émerger du coma. L’équipement, composé d’écouteurs et d’une canule nasale, permet au patient d’écouter et de sentir des choses familières et de se retrouver ainsi dans une ambiance rassurante. Le médecin, lui, détourne l’usage de la machine et se replonge, comme on prendrait un shoot, dans les plus belles pages de sa vie.

Le dénouement, semi-ouvert, n’est pas plus convaincant, et semble pouvoir annoncer une éventuelle suite.

Ces lieux sont morts, qui se lit néanmoins sans déplaisir, est au final un thriller honnête mais dispensable qui peinera sans doute à convaincre l’exigence des lecteurs les plus aguerris. Ce n’est pas non plus le roman qu’on vous conseillera pour entrer dans l’univers de Patrick Graham. Si vous ne connaissez pas encore cet auteur, procurez-vous plutôt Retour à Rédemption, bien plus marquant.

 

Ces lieux sont morts, de Patrick Graham, Fleuve Noir (2014), 416 pages.

Des fauves et des hommes est un roman de Patrick Graham paru chez Anne Carrière en septembre 2012.

Il a remporté cet hiver le prix Polars Poupres, devant Les fantômes du delta d’Aurélien Molas et Back Up de Paul Colize.

Résumé

Alabama, 1931.

La Grande dépression a fait des milliers de victimes et on ne compte plus les familles qui, chassées de chez elles, prennent la route avec les quelques affaires qu’elles ont pu sauver.
C’est dans ce contexte que la jeune Carson, qui a échappé de peu à la mort mais pas au massacre de sa famille, et Sidney Clifford, un métayer noir ayant mis la main sur de mystérieux documents, vont être amenés à se rencontrer… Et à se serrer les coudes pour échapper au pire.

Mon avis

Patrick Graham est un auteur que je suis depuis ses débuts. Malgré quelques défauts, j’avais apprécié L’évangile selon Satan et L’apocalypse selon Marie. J’avais surtout beaucoup aimé Retour à Rédemption, un beau polar sur l’enfance et l’amitié, dans la veine du Stephen King période Stand By Me. De plus, le cadre (la Grande Dépression) m’attirait assez.

Malgré tout ça, c’est la déception qui prédomine, sans que je puisse dire que le texte soit mauvais, et sans vraiment savoir pourquoi ça ne ma pas plu.

Trop d’attentes d’une part certainement, un contexte personnel pas forcément très favorable à la lecture en ce moment (en juin je cours partout, je suis sur les rotules), et puis le roman.

C’est bien écrit, comme d’habitude, l’action et le suspense ne manquent pas, mais la sauce n’a pas pris, tout simplement. Pas vraiment d’affinités avec les personnages, qui ne m’ont pas touchés plus que ça. Et surtout, une impression de « too much » quasi permanente. Comme si l’auteur avait voulu m’en mettre plein la vue du début à la fin. Ça a apparemment marché pour beaucoup, car le livre a l’air de plaire. Pas pour moi. J’ai vite arrêté de compter les morts tant les personnages tombent comme des mouches autour de Sid et Carson. À force de rebondissements, parfois abracadabrantesques, on se dit par moment « mais qu’est-ce qui va encore bien pouvoir leur arriver ? ». L’histoire elle-même est difficilement crédible par certains aspects, et effectivement, je n’y ai pas souvent cru.
Il n’en demeure pas moins que Patrick Graham sait raconter une histoire, qu’il y a de belles trouvailles, et des moments (plus ou moins) émouvants.

Au final, même si je n’ai pas été emballé, je ne pense pas que Des fauves et des hommes soit un mauvais roman. D’ailleurs, il plaira sans doute à nombre d’entre vous, si ce n’est déjà fait…
Je lirai quand même le prochain Graham qui, je l’espère, me plaira davantage.

Des fauves et des hommes, de Patrick Graham, Anne Carrière (2012), 419 pages.