Le meilleur de 2018

Publié: 2 janvier 2019 dans Vie du blog
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Allez, même si c’est jamais évident… Surtout cette année où j’ai lu pas loin de 120 titres (hors BD). Voici un bilan qualitatif de l’année fraîchement révolue (d’ailleurs, bloavezh mat à toutes et tous et le meilleur pour 2019, y compris pour les bouquins !)
Tous les titres lus n’ont pas été chroniqués ici. Parfois par choix, mais le plus souvent par manque de temps ou de difficulté à le faire. D’ailleurs, et je commencerai ce bilan comme ça, deux de mes lectures les plus marquantes de l’année sont (pour l’instant) passées à travers les mailles du filet ici.
Après un passage à vide et pas loin de deux ans sans lire ou presque (pendant cette période, il m’est arrivé de lire un peu, souvent tel un automate, sans plaisir et sans rien en retenir, et parfois même deux fois pour certains titres !), j’ai enfin retrouvé la joie de lire.
Effet de compensation sans doute, j’ai été pris d’une espèce de boulimie de lecture. En début d’année 2018, j’avais parfois plus envie de me jeter sur le livre suivant que de faire une pause pour me consacrer à l’écriture d’un billet. Ensuite, j’ai été arrêté pour la première fois de ma vie. Un mois sans poser le pied par terre, pendant lequel j’ai pu beaucoup lire/écrire/traduire… et surtout, reprendre goût aux chroniques et parvenir à m’astreindre à une certaine régularité.
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Ces deux titres, j’y arrive, sont Dans la forêt, de Jean Hegland (Gallmeister) et Les Animaux, de Christian Kiefer (Albin Michel). Je les relirai sans doute pour en parler comme il se doit mais je les conseille vivement (et les ai d’ailleurs déjà offerts en cette fin d’année).
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Dans le premier, désormais sorti en poche avec une très belle couverture, Nell et Eva, deux sœurs élevées loin du tumulte, en pleine forêt, doivent apprendre à se débrouiller dans un monde troublé où l’électricité et l’essence font désormais partie du passé. Magnifique !
Dans le second, un homme a créé un refuge pour soigner les animaux sauvages blessés : pumas, loups, ours… Auprès des bêtes et de la nature, la vie est belle pour Bill Reed, qui s’apprête à épouser une jolie vétérinaire. Mais un ami d’enfance sort de prison et il sait des choses sur Bill qui ne doivent pas se savoir. Le début des emmerdes… Superbe roman noir sur la seconde chance.

pol_cover_30509Je me rends d’ailleurs compte que j’ai désormais une grande appétence pour ce type de littérature puisque dans mon top 20 je place également d’autres romans nord-américains (plus ou moins noirs) où la nature joue un rôle important : Idaho, d’Emily Ruskovich (Gallmeister), Le Poids de la neige, de Christian Guay-Poliquin (L’Observatoire), Dans les eaux du Grand Nord, d’Ian McGuire (10/18) ; ou moins important : Nulle part sur la terre, de Michael Farris Smith (Sonatine, Prix Polars Pourpres 2017 mérité, là encore non chroniqué pour l’instant), ou il y a quelques jours et donc pas encore l’objet d’une recension, Là où les lumières se perdent, de David Joy (Sonatine).pdpp_2017_terre
Un roman choral américain on ne peut plus urbain m’a également impressionné : Six jours, de Ryan Gattis (Fayard), qui se déroule dans une Los Angeles hors-de-contrôle suite à l’affaire Rodney King.
À New York ce coup-ci, j’ai bien aimé découvrir William Boyle (Gravesend chez Rivages et Tout est brisé chez Gallmeister), auteur dont je reparlerai car j’ai beaucoup aimé sa sensibilité.

41rc0vidnelCôté noir francophone, j’ai beaucoup aimé retrouver des auteurs connus comme Tanguy Viel (Article 153 du Code Pénal, éditions de Minuit), Patrick Pécherot (Hével, Série Noire), Hannelore Cayre (La Daronne, Métailié) ou Franz Bartelt (Hôtel du Grand Cerf, Seuil).

51i4spo9zxlMais j’ai également fait de très belles découvertes. Colin Niel et son Seules les bêtes (Rouergue, Prix Polars Pourpres 2017), Timothée Demeillers et son poignant Jusqu’à la bête (Asphalte), François Muratet et son excellent roman historique Tu dormiras quand tu seras mort (Joëlle Losfeld), la Corse sauvage de Marie Van Moere dans Petite Louve (La Manufacture de livres) et enfin, pas loin de chez moi, la Rade amère (de Brest), revisitée par Ronan Gouézec (Rouergue).

41qt3e3d5llToujours dans le « noir » mais ailleurs dans le monde, j’ai aimé retrouver l’Écossais Iain Levison avec Un petit boulot (Liana Levi), que je n’avais toujours pas lu. J’ai découvert avec plaisir le regretté Arto Paasilinna (La forêt des renards pendus, Gallimard). J’ai bravé la chaleur espagnole et les obstacles avec l’enfant qui aspirait à la liberté du très bel Intempérie, de Jésus Carrasco (Robert Laffont).

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Je suis allé plusieurs fois en Italie où j’ai retrouvé à Bari un vieil ami, l’avocat Guido Guerrieri, personnage de Gianrico Carofiglio, un auteur que vous pouvez lire Les Yeux fermés (un de ses très bons romans). Plus au Nord, j’ai retrouvé le commissaire Soneri avec plaisir dans La Pension de la via Saffi, une enquête bien fichue dans les rues de Parme.
Enfin, curieusement, je suis allé trois fois en Pologne. J’ai relu Zygmunt Miłoszewski (Un Fond de vérité, Mirobole) et découvert le « Kub », personnage attachant de Wojcziech Chmielarz, dans ses deux premières enquêtes, Pyromane et La Ferme aux poupées (Agullo).

l-annee-du-lionAux frontières entre l’anticipation et le polar, j’ai adoré L’Année du lion de Deon Meyer (que je n’avais encore jamais lu). Toujours dans un futur proche, j’ai relu avec plaisir l’excellent Pierre Bordage et l’invasion des Dames Blanches. J’ai découvert avec stupeur à quoi pourrait peut-être ressembler les voitures de demain avec Suréquipée de Grégoire Courtois (Le Quartanier puis Folio SF).

Hors polar et SF, la plus haute marche du podium est partagée par deux textes qui n’ont absolument rien à voir.
Le Discours, petit roman hilarant de Fabrice Caro, un auteur touche-à-tout qui me plait autant pour son humour que pour son propos. La BD à succès (bien mérité) Zaï zaï zaï zaï, c’est lui aussi. Depuis quelques jours, vous pouvez l’écouter parler de son roman par ici, sur France Culture.G02289
Jours barbares : une vie de surf, magnifique récit autobiographique de William Finnegan, journaliste américain qui a grandi entre la Californie et Hawaï et découvert le surf à 10 ans. Il a consacré ses jeunes années au surf et aux voyages. Nul besoin d’être un surfeur aguerri pour prendre plaisir (et les vagues) avec lui tant le texte fait rêver, tout comme certains spots qu’on découvrait alors. Un must read pour les amoureux de mer et de voyage.
4049230103Mentionnons encore deux romans puissants et émouvants, chacun à leur façon. Underground Railroad, de Colson Whitehead, qui traite de l’esclavage aux USA avant la guerre de Sécession et dans lequel la jeune Cora, seize ans, parvient à fuir la plantation de coton où sa vie de dur labeur était tracée. Et enfin, Le Dernier arrivé, de Marco Balzano dans lequel Ninetto, 57 ans, repense depuis sa cellule à sa jeunesse et à l’enfant de 9 ans qu’il était lorsqu’il a quitté son village sicilien moribond pour tenter sa chance à Milan.

Enfin, et puisque j’en parle rarement sur le blog, mentionnons quelques BD qui valent le coup. Allez, seulement quelques unes histoire de ne pas vous assommer de références.51xKUaPcpvL
Une fois n’est pas coutume, j’avais rédigé un billet pour Proies faciles, BD noire ambitieuse et engagée de grande qualité de Miguelanxo Prado, dans la veine du fameux Couperet de Donald Westlake (chez Rue de Sèvre).
Pour les autres, je vous en touche quelques mots.
Fondu au noir (Delcourt), une superbe BD noire à l’univers proche de celui d’Ellroy période Quatuor de Los Angeles. Une intrigue solide sur les dessous d’Hollywood et de très beau dessins, par deux spécialistes des comics, Ed Brubaker et Sean Philips,
Je suis un autre, de Rodolphe et Laurent Gnoni (Soleil), une histoire de frères et d’amour. Un excellent thriller psychologique aux frontières de la folie et de la réalité.
Couv_297501Tu sais ce qu’on raconte… , de Gilles Rochier et Daniel Casanave (Warum), une excellente BD très maline. Les ragots dans les petites villes où tout le monde se connaît peuvent faire des dégâts : les conséquences ne sont pas toujours maîtrisées. Une manière originale de raconter une histoire, c’est très bien trouvé.
L’adaptation d’Intempérie (chez Dupuis/Aire Libre), le roman de Jesus Carrasco mentionné plus haut est excellente. C’est signé Javi Rey, qui prouve qu’on peut ajouter un vrai plus en adaptant un roman et que ça peut être autre chose que de résumer succinctement l’histoire avec des illustrations. Les dessins, étrangement très colorés pour une histoire si sombre, sont agréables à l’œil et parfois bien flippants (scènes de cauchemars de l’enfant).
ralentirEnfin, hors bédépolar ou noire, signalons cette excellente BD qu’est Ralentir (Le Lombard), qui effleure le sujet de la décroissance et de nos modes de vie sans être assommant ou faire dans le prosélytisme. C’est signé Delphine Le Lay et Alexis Horellou (déjà auteurs de l’excellent Plogoff) et ça raconte l’histoire de David, un commercial fatigué qui, sur un coup de tête, décide de prendre en stop Emma, une jeune femme à l’allure marginale. Une conversation très riche entre deux personnes aux modes de vie et aux convictions radicalement différentes.

Si vous avez des titres à me conseiller absolument ou que vous voulez apporter votre pierre à l’édifice, n’hésitez pas à commenter  !

Pour ma part, début 2019 et au rayon des nouveautés, je vous proposerai un séjour glaçant en Corée du Nord avec L’Etoile du Nord, de D.B. John, le nouveau Franck Bouysse (Né d’aucune femme), les Gangs of L.A. vus par Joe Ide, un tueur en série russe dans La Peau du papillon de Sergey Kuznetsov ou encore le deuxième roman attendu de Marie Van Moere, Mauvais œil.

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Le Verdict (The Verdict) est un roman de Nick Stone paru à la Série Noire le mois dernier, dans une traduction de Frédéric Hanak.

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Terry Flint, marié, deux enfants, vient de commencer un nouveau travail : greffier pour un gros cabinet d’avocats londonien. Rapidement bien vu chez KRP, on lui propose de travailler sur une grosse affaire qui défraie la chronique en ce moment, le procès de Vernon James. L’homme d’affaires à succès, fraîchement élu « personnalité éthique de l’année », est accusé de meurtre. On a retrouvé une jeune femme étranglée dans sa luxueuse suite, et bien qu’il nie, tout semble l’accuser. Selon ses employeurs, c’est l’occasion ou jamais pour Terry de faire ses preuves et d’acquérir de l’expérience sur le terrain. Seulement, ce qu’ils ne savent pas et qui tourmente Terry, c’est que Vernon était son meilleur ami d’enfance. Enfin… avant de lui gâcher la vie. Coincé s’il veut conserver son emploi, Terry accepte la mort dans l’âme.

Mon avis

On a connu Nick Stone, à la Série Noire déjà, avec sa série haïtienne consacrée à Max Mingus : Tonton Clarinette (Prix SNCF du Polar 2009), Voodoo Land et Cuba libre. Changement total de registre ici. Exit les Caraïbes et le thriller sombre. Place à Londres – où réside désormais l’auteur – et à un polar procédural de facture tout ce qu’il y a de plus classique.

Si quelques flashbacks nous en apprennent plus sur le passé, en partie commun, de Terry et Vernon, l’essentiel du récit se déroule dans l’univers de la justice : au sein des bureaux de Kopf-Randall-Purdom, au parloir de la prison, puis à Old Bailey, cour criminelle principale d’Angleterre.

L’objet-livre, un pavé de plus de sept cents pages, est presque effrayant. Pourtant, Nick Stone réalise le tour de force de ne jamais ennuyer son lecteur. Précis dans les procédures sans jamais être pédant, l’auteur donne à voir le quotidien des avocats et autres greffiers engagés dans la course contre la montre d’un grand procès criminel, qui plus est quasiment perdu d’avance. En effet, tout semble accuser Vernon James, que personne ne croit d’ailleurs innocent à KRP, Terry y compris. Très médiatisé, le procès est une vitrine pour la firme spécialisée dans le droit des affaires, qui espère ainsi diversifier son activité. En creusant un peu pour préparer le procès, la défense se rend compte que certains éléments sont pour le moins intrigants et surtout, que la police, ravie d’avoir un coupable tout désigné, semble avoir quelque peu bâclé son enquête.

Les rebondissements sont nombreux et parfois excellents et les personnages, sans être géniaux, sont assez sympathiques pour qu’on s’y intéresse. Vernon James, présenté par certains comme un requin assoiffé d’argent et de conquêtes, est plus complexe qu’il n’y paraît. Enfin, les retrouvailles improbables entre Terry et Vernon, qui s’étaient brouillés et perdus de vue depuis des années, amènent Terry à se poser bien des questions.

Passionnant du début à la fin, Le Verdict est un procédural comme on en fait peu. Nick Stone y mêle avec talent un côté « whodunit » à l’ancienne et les codes du thriller : chapitres courts se terminant bien souvent par des révélations, rythme trépidant… Une véritable réussite, dans un registre différent de ses premiers romans. Nombreux devraient être les curieux à se demander ce que nous réservera Nick Stone la prochaine fois.

Le Verdict (The Verdict, 2014), de Nick Stone, Gallimard/Série Noire (2018). Traduit de l’anglais par Frédéric Hanak, 709 pages.

L’Éternité n’est pas pour nous est un roman de Patrick Delperdange paru dans la collection Équinox (Les Arènes) en octobre.

pol_cover_30084Mon avis

Lila passe le gros de ses journées sur une chaise en plastique à attendre ses clients, principalement des employés de la mine. Le travail est devenu une denrée rare dans la région, et la jeune femme n’a pas trouvé mieux que la prostitution pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille, Cassandre.
Sam et son demi-frère fuient un foyer après un nouveau dérapage de Danny. Ils battent la campagne pour dénicher ne serait-ce qu’un refuge où passer la nuit.
Julien SaintAndré, fils du ponte local, est bien décidé à s’amuser un peu, avec ses amis. L’alcool aidant, les fronts brillent mais pas les idées.

Résumé

Si tous les dieux nous abandonnent, premier roman de Patrick Delperdange, avait été publié par Aurélien Masson, déjà, mais chez Gallimard. C’est donc aux Arènes, et dans la nouvelle collection de l’ex-patron de la Série Noire, Équinox, que paraît L’Éternité n’est pas pour nous, présenté par l’éditeur comme un « roman noir rural dans la lignée des grands maîtres américains ». Si le roman est noir et qu’il se déroule effectivement à la campagne, il est moins certain que l’auteur bruxellois se hisse au niveau des Larry Brown et autres Daniel Woodrell mentionnés par l’éditeur. L’influence de cette école est néanmoins palpable et cela n’empêche pas le roman d’être rondement mené.

Ce type de texte ne plaira pas à tous les amateurs de polar. Ici, l’intrigue n’est pas une enquête policière. Elle est même très ténue. On s’en doute, tout ce petit monde va être amené à se croiser, ou plutôt à se télescoper, et rarement pour le meilleur. Il y a bien là deux policiers, mais ils ne brillent pas par leur intelligence et sont quelque peu dépassés par les événements. La relation conflictuelle entre Lila et sa fille est intéressante ; d’autres protagonistes sont odieux à souhait. La violence est certes présente, mais Patrick Delperdange ne verse jamais dans la surenchère. Et malgré la noirceur de l’ensemble, on sent que l’auteur aime ses personnages, ou tout au moins une bonne partie d’entre eux : ces laissés-pour-compte qui luttent pour survivre et gagner un petit bout d’éternité malgré tout.

L’Éternité n’est pas pour nous ne plaira sans doute pas à tous les amateurs de romans à énigme ou de thrillers. Aux lecteurs qui ne sont pas contre un peu de noir rural, en revanche, le texte devrait plaire car il est efficace et joliment écrit. De plus, ce type de littérature étant essentiellement étasunien, il n’est pas inintéressant de voir que les « rednecks » peuvent aussi être européens.

L’Éternité n’est pas pour nous, de Patrick Delperdange, Les Arènes/Équinox (2018), 272 pages.

Les Amours noires est un roman de Max Obione paru chez La Gidouille en avril dernier.

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Le corps d’un homme est retrouvé, flottant, dans le port du Havre, tandis que, quasiment au même moment, celui d’une femme est retrouvé à Morlaix. Dans les poches de l’homme, un ticket de stationnement morlaisien. La femme serait quant à elle peut-être originaire de la porte océane. Pour Léo Tanguy, ce chassé-croisé mortuaire n’est sans doute pas une coïncidence. Mais pour y voir plus claire, il va devoir se rendre au Havre. Ça tombe bien, c’est par là-bas que bosse Bob Mougin, son confrère normand.

Mon avis

Vingt-troisième enquête de Léo Tanguy, Les Amours noires est donc l’occasion pour le fameux cyberjournaliste breton de collaborer avec son alter ego d’outre-Couesnon. Forcément, les deux affaires sont liées et nos deux amis vont en apprendre de belles sur une famille pas si fréquentable que ça. L’enquête concoctée par Max Obione tient en haleine et nous fait suivre la piste, entre autres, d’une crêpière bien connue de la communauté bretonne du Havre, d’un exportateur de légumes et d’un bibliophile averti, fin connaisseur des œuvres de Tristan Corbière, le célèbre poète morlaisien.

Certains éléments sont peut-être un brin tirés par les cheveux mais on pardonne facilement ces ficelles parfois un peu grosses tant la langue, familière sans être vulgaire, est truculente. À en croire certains spécialistes, on peut vivre dans n’importe quelle langue pourvu qu’on en connaisse environ 400 mots. Max Obione en maîtrise bien plus et c’est un vrai plaisir que de se plonger dans cette langue tout à la fois riche et populaire.

Faire bombance de vocabulaire tout en lisant un intéressant polar, ce n’est pas donné tous les jours. Saluons alors ce court roman sans prétention qui parvient néanmoins à faire passer un excellent moment de lecture… et à nous apprendre quelques mots.

Les Amours noires, de Max Obione, La Gidouille (2018), 248 pages.

Plaqué or est un roman de Nora Hamdi paru au Diable Vauvert en 2005.

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Seloula est actrice. Enfin, quand elle trouve du boulot. La plupart du temps, elle est plutôt désœuvrée. Hédi est un saxophoniste de jazz talentueux, passé par toutes les étapes du Conservatoire, et qui s’apprête, avec sa chère et tendre, à sortir son premier album. Séparés très jeunes par les aléas de la vie, ces deux enfants d’immigrés cherchent encore leur place dans la société.

Mon avis

Si je choisis souvent mes lectures en fonction de mes goûts et de critères tels que les auteurs, les collections, les éditeurs, les traducteurs… ou encore suite à des conseils, il m’arrive aussi parfois (c’est ma nature curieuse) de tenter un coup, au petit bonheur la chance. Ici, la couverture et le titre ont quelque peu attirés mon regard. J’ai parcouru la quatrième de couverture. Un roman qui traite d’immigration et de recherche d’identité écrit par une jeune femme née à Argenteuil dans une famille d’origine Algérienne, pourquoi pas… Ça pouvait m’intéresser, sur le papier.

Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il y a tromperie sur la marchandise mais le récit correspond très peu à ce que j’attendais et ce fut une déception totale. La vie parisienne de musiciens d’un côté, la vie bourgeoise d’une actrice de l’autre, ses vacances à la Rochelle avec ses « amis » bien comme il faut, ses caprices de midinette, des amourettes qui nous laisse complètement indifférent. Rien ne m’a passionné dans ce roman qui m’a fait me poser deux questions : Pourquoi écrire ça ? Et surtout, pourquoi l’éditer ? Sans doute suis-je passé complètement à côté de l’intérêt du livre. J’ai seulement apprécié quelques passages sur la musique et la relation entre Hédi et son père adoptif Aberkan autour de leur passion commune pour la musique et un instrument en particulier : le saxophone.

Ce roman n’est sans doute pas « mauvais » mais disons que je n’ai eu quasiment aucune affinité avec les personnages dont les vies m’ont laissé de marbre. Ça ne m’arrive pas souvent mais pour une fois, j’étais content de finir un livre pour passer à autre chose. Je l’ai fini ceci dit, ce que je n’aurais sans doute pas fait s’il avait été mal écrit ou s’il avait fait quelques centaines de pages de plus.
Un raté total pour ma part donc, mais je serais curieux de lire l’avis de quelqu’un qui a apprécié.

Plaqué or, de Nora Hamdi, Au Diable Vauvert (2005), 252 pages.

Sur le mont Gourougou (El juramento de Gurugu) est un roman de Juan Tomás Ávila Laurel paru chez Asphalte en 2017, dans une traduction de Maïra Muchnik.

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Le mont Gourougou, c’est une grosse colline entre le Maroc et Melilla, cette enclave espagnole en terre africaine. Le mont Gourougou, ce sont des centaines d’Africains, arrivés ici seuls ou amenés par des passeurs, qui patientent le temps qu’il faudra pour réussir à forcer leur voie vers un bateau puis l’Europe. Le mont Gourougou, ce sont des centaines de personnes coincées un temps indéterminé dans un petit périmètre et des conditions à la dure, ce qui exige une certaine organisation pour que les choses se déroulent au mieux. Il suffit d’ailleurs parfois de pas grand chose pour que tout parte à vau-l’eau.

Mon avis

Juan Tomás Ávila Laurel est originaire de Guinée équatoriale, seul pays africain hispanophone, qu’il a fui en 2011 après une longue grève de la faim pour protester contre le régime en place. Il vit aujourd’hui à Barcelone où il écrit aussi bien de la littérature que des chroniques de presse.
Beaucoup de romans dont les migrants et la migration est le sujet principal sont écrits soit par des journalistes soit par des personnes qui se sont documentées sur la question. Sur le mont Gourougou a quant à lui le mérite d’être écrit non seulement par un Africain, mais par quelqu’un qui a vécu en grande partie ce qu’il raconte de surcroît.

Si certains éléments sont plus ou moins romancés pour les besoins du livre, tout sent grandement le vécu : des parties de football entre nationalités au franchissement de la frontière symbolique – un double grillage haut de plusieurs mètres et barbelé à souhait – en passant sur les détails des conditions de vie délicates voire extrêmes par moments. Sont aussi largement évoquées, la violence des forces de l’ordre marocaine et la difficulté d’être femme dans ce microcosme très majoritairement masculin. A un moment donné, des personnages enquêtent sur un drame survenu sur le mont mais le récit n’est clairement pas un roman « policier ».

« Là où je suis né, on devient adulte en découvrant que les jeux sont déjà faits, que les histoires sont déjà racontées et les interdictions, déjà proférées. La coutume dictait-elle de faire ceci ou cela ? Personne ne pouvait rien y changer. Parce qu’au fond, puisqu’on ne savait pas précisément où ces choses étaient décidées, on ne pouvait pas en parler. C’est ainsi que les choses de l’Afrique, toutes, restaient tues. Et l’histoire d’un continent qui se vide pour en remplir un autre doit être racontée depuis là où elle se fait. Sinon, ce serait comme avoir un objet en deux morceaux, dont l’un se serait perdu ; un tel objet, un tel outil ne servirait plus à rien. »

La construction du texte est très particulière et quelque peu déroutante pour un lecteur européen. L’oralité est importante en Afrique centrale et l’auteur a construit son récit, qui peut parfois sembler décousu, en se basant sur un système beaucoup utilisé par les conteurs locaux : les histoires à tiroirs. Au gré des interventions des narrateurs, on passe d’une histoire à une autre, elles s’enchâssent, on les quitte pour mieux les retrouver plus tard…

Un peu difficile d’accès de par sa construction atypique pour un Occidental, Sur le mont Gourougou est une plongée plus vraie que nature dans les réalités de la migration africaine vers l’Europe. Juan Tomás Ávila Laurel, grâce à ses nombreux petits récits, montre diverses facettes de la souffrance mais aussi de l’espoir, parfois un brin naïf, d’une vie meilleure dans cet Eldorado que serait l’Europe. Le tout incarné par des personnages crédibles – et sans doute inspirés par de vraies personnes – aux destinées variées.

Sur le mont Gourougou (El juramento de Gurugu, 2010), de Juan Tomás Ávila Laurel, Asphalte (2017). Traduit de l’espagnol (Guinée équatoriale) par Maïra Muchnik, 224 pages.

Que le diable soit avec nous (The Devil Crept In) est un roman d’Ania Ahlborn paru chez Denoël dans la collection Sueurs froides en février 2018, dans une traduction de Samuel Sfez.

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Deer Valley, Oregon.
Steve Clark et Jude Brighton sont comme cul et chemise bien qu’il leur arrive parfois de se disputer. Lorsque Jude disparaît, la police pense à une fugue. Steve est inquiet à plus d’un titre. Non seulement son copain a disparu, mais il est aussi persuadé qu’il n’a pas quitté le domicile familial de son plein gré. Il n’aurait pas fait ça sans le prévenir, c’est sûr.
On se met à sa recherche, des battues sont organisées, des affiches collées en ville… Et dans certaines conversations, ressurgit une vieille histoire : celle d’un enfant retrouvé trucidé une dizaine d’années plus tôt, dans le même secteur.

Mon avis

Une énième histoire de disparition ? C’est ce que pourrait laisser penser le début du résumé de l’éditeur, malheureusement trop bavard dans sa seconde partie puisse qu’il divulgâche des éléments importants de l’intrigue qui n’interviennent pas avant d’avoir bien entamé sa lecture.

Plus qu’une enquête policière stricto sensu, Que le diable soit avec nous a plutôt à voir avec des œuvres que beaucoup aimaient à lire ado : les histoires horrifiques façon Stephen King, Dean Koontz ou autres Graham MastertonAnia Ahlborn ne cache d’ailleurs pas son admiration pour le célèbre auteur du Maine.

La disparition de Jude (re)met en lumière des éléments troublants se déroulant dans la région. Pourquoi n’y a-t-il presque pas d’animaux de compagnie à Deer Valley ? Où disparaissent donc ces chats et ces chiens ? Qui vit dans cette maison à la sortie de la ville, tellement sinistre que les enfants des environs la croient hantée ? Par petites touches, la romancière instille des éléments inquiétants et le doute dans l’esprit du lecteur. Si le procédé est classique, il est ici bien maîtrisé. Dans un second temps, le récit bascule dans une dimension sinistre et quasi surnaturelle, bien que plusieurs niveaux de lecture soient possibles, à la réflexion. Le fait qu’on suive l’histoire aux côtés de Steve, qui voit le monde à travers ses yeux d’enfant, ajoute sans doute au côté anxiogène de ce qui se passe à Deer Valley.

Redoutable d’efficacité et effrayant, Que le diable soit avec nous est un de ces romans d’horreur qu’on peut difficilement lâcher en cours de lecture… surtout avant d’éteindre sa lampe de chevet.

Que le diable soit avec nous (The Devil Crept In, 2016), d’Ania Ahlborn, Denoël/Sueurs froides (2018). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Samuel Sfez, 352 pages.