L’Affaire suisse, sorti à l’automne 2019, est le deuxième roman de Jean-François Paillard paru chez Asphalte.

couv_suisse_rvb_lo-480x680-1Résumé

Nico, alias Narval, est chargé par Pépé Bartoli, le parrain dont il est l’un des assistants, d’une mission délicate. Remettre la main, en Suisse, sur un sacré pactole ayant autrefois appartenu à son boss. En réalité, Narval est un agent sous couverture de la Boîte et il est pris d’un véritable doute. S’agit-il d’une vraie mission ou bien Pépé commence-t-il à avoir de sérieux soupçons sur sa franchise ? Auquel cas, il l’envoie peut-être volontairement au casse-pipe ? Narval va devoir continuer à jouer double en étant particulièrement sur ses gardes. On n’est jamais trop prudent.

Mon avis

Nous avions fait la connaissance de Narval dans Le Parisien, premier polar de Jean-François Paillard paru chez Asphalte en 2018. Ici, l’auteur reprend son personnage et les éléments qui avaient fait la réussite du premier opus mais cette nouvelle aventure de l’agent double est tout à fait lisible sans avoir lu Le Parisien.

Nous sommes donc dans du roman d’espionnage classique, à l’ancienne pourrait-on dire, bien qu’il soit tout ce qu’il y a de plus contemporain. Les amateurs de DOA ou du récent J’irai tuer pour vous seront là en terrain connu. L’intrigue n’est pas follement originale mais le bagout de l’auteur, qui utilise un argot et un jargon dont la lecture sera un véritable plaisir pour les amoureux de la langue française (glossaire parfois utile en fin d’ouvrage) compense largement cette carence. Le roman est assez court – 222 pages au format semi-poche – et très riche en scène d’actions en proportion, si bien qu’on ne s’ennuie pas une seconde. L’écrivain semble bien connaître les milieux qu’il décrit – journaliste de métier, il s’est a minima bien documenté – et le roman est donc dans la veine « espionnage réaliste ». Pas de gadgets inventés ou de situations abracadabrantesques, on est là dans ce qui se fait à la DGSE ou ailleurs. L’auteur prend un malin plaisir à faire évoluer dans le monde de la haute finance suisse des personnalités internationales connues, facilement reconnaissables bien que leur identité ait été quelque peu modifiée. Le personnage de Mady, étudiante et escort de luxe qui ne laisse pas Narval indifférent est intéressant, et les gastronomes ne seront pas déçus : on mange et boit bien dans les romans de Jean-François Paillard.

Sans être exceptionnel, notamment en terme d’originalité, L’Affaire suisse est un très efficace roman d’espionnage français à l’écriture fort agréable. Il se termine par une ultime pirouette habile, qui nous laisse à penser qu’on aura prochainement des nouvelles de l’auteur.

L’Affaire suisse, de Jean-François Paillard, Asphalte (2019), 222 pages.

En pays conquis est un roman de Thomas Bronnec paru en 2017 à la Série Noire (Gallimard).
Il est depuis disponible en Folio Policier.

51xrwcy2bpmlRésumé

Juin 2017. La France est dans une situation politique inédite. Claude Danjun a été réélu de justesse à la présidence de la République. Mais quelques semaines plus tard, les législatives font basculer l’Assemblée Nationale à droite, et même très à droite. Il ne s’agit plus d’une « simple » cohabitation comme la France en a déjà connu mais d’un contexte autrement plus complexe et possiblement désastreux. 67 députés du Rassemblement National ont été élus. Sans eux, la droite n’a pas la majorité absolue. Hélène Cassard, candidate républicaine nommée à Matignon doit, comme le président Danjun, composer au mieux avec tout ça pour maintenir l’équilibre précaire de la France, sur la scène européenne notamment.

Mon avis

En pays conquis fait directement suite à Les initiés et précède lui-même La Meute. S’il est possible de les lire indépendamment (des notes de bas de page résument les événements principaux s’étant déroulés dans les opus précédents), il est conseillé de lire ces romans dans l’ordre chronologique.

En pays conquis comporte en tout et pour tout une mort suspecte et l’enquête sur cette dernière, bien qu’elle revête une certaine importance, n’est clairement pas le fil rouge de l’histoire. Autrement dit, ce roman est davantage une politique-fiction mâtinée de roman noir qu’une véritable intrigue policière. Il pourrait donc, de ce seul fait, ne pas convenir à une part importante du lectorat « polar ». De plus, sans être nécessairement abonné au Canard Enchaîné ou au Monde diplomatique, mieux vaut être un minimum intéressé par les tenants et aboutissants de la politique française pour apprécier ce texte.

Les amateurs de Dominique Manotti ou Jean-Hugues Oppel seront sans doute ravis tant les romans noirs français de qualité mettant en scène des intrigues politiques sont rares. Celui-ci est non seulement très bon, mais également très réaliste. Bien sûr, les aspects financiers sont particulièrement travaillés et n’ont aucun secret pour Thomas Bronnec, spécialiste de Bercy auquel il a même consacré des enquêtes en tant que journaliste. Mais au-delà des seules préoccupations budgétaires et autres astuces pour contourner les réglementations en vigueur, l’auteur nous fait froid dans le dos en imaginant (à la parution), cet avenir proche où le RN entrerait en force au gouvernement et menacerait de faire sortir la France de l’UE.

Brillant et glaçant à la fois, En pays conquis est un roman qui, s’il ne plaira pas à tout le monde de par son sujet même, ravira de nombreux lecteurs. Sans être absconse, sa lecture est parfois un peu exigeante mais néanmoins passionnante sur plus de 220 pages.

En pays conquis, de Thomas Bronnec, Gallimard / Série Noire (2017), 227 pages.

La fille des brumes (Maid of the Mist) est un roman de Colin Bateman paru à la Série Noire en 2004 dans une traduction de Stéphane Carn.

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Après avoir connu quelques ennuis à Belfast puis à Toronto, Frank Corrigan a échoué à Niagara Falls, où il se plaît finalement assez. Le genre de patelin tranquille où un officier de police n’a pas grand-chose à faire, ce qui n’est pas plus mal.
Un jour, une femme est repêchée, à moitié noyée, au pied des fameuses chutes. Vêtue d’une tenue traditionnelle amérindienne et parlant une langue incompréhensible, elle serait selon certains habitants la réincarnation de la Princesse Lelewala qui s’est un jour sacrifiée en se jetant dans les flots pour sauver le monde. Corrigan a quelques doutes sur la question mais commence à trouver que tout ça sent décidément mauvais lorsque le corps d’une jeune fille est retrouvé sur le bord de la route et que le coupable tout désigné semble être le fameux Pongo, chanteur cocaïnomane et sex addict qui a eu son heure de gloire en tête du hit-parade.

Mon avis

Avant d’écrire des romans, Colin Bateman était connu pour ses chroniques satiriques dans la presse nord-irlandaise. Il conserve dans ses récits une grande affection pour l’humour caustique et n’hésite pas à mettre ses personnages dans des situations à la fois précaires et improbables. Certains se souviendront peut-être de l’hilarant Turbulences catholiques ou encore de La Bicyclette de la violence.

Ici, le pauvre Corrigan va vite se retrouver au cœur d’une triple intrigue qui le dépasse totalement dans un premier temps. Épaulé, il va commencer à y voir plus clair, ce qui ne va pas faciliter les choses pour autant. On peut avoir l’impression, au départ, que l’auteur part un peu dans tous les sens. Oui et non dirons-nous, car si certaines situations peuvent sembler un peu décousues, tout se tient finalement très bien et l’on se rend compte que rien n’est laissé au hasard. C’est d’ailleurs une des qualités principales de ce roman, avec l’humour qui, s’il est moins savoureux que dans d’autres titres de Colin Bateman, n’en demeure pas moins présent. Certaines scènes sont savoureuses, surtout dans le dernier tiers du livre – on pense notamment à la prestation scénique de Pongo.

Les personnages sont assez délectables, à commencer par le chanteur en question, à l’égo démesuré et au nez bien poudré, et l’on ne peut parfois que compatir avec Corrigan, qui n’avait rien demandé à personne et se retrouve au cœur d’un maelström d’emmerdements dont il ne sortira pas indemne. Certaines ficelles sont parfois un peu grosses mais sont largement compensées par d’autres trouvailles et par l’énergie brute qui se dégage de l’ensemble.

Traitant tour à tour de traditions amérindiennes, de violences conjugales ou encore de réseaux de narco-trafiquants, La Fille des brumes est un roman noir bigarré comme on en voit assez peu. Pêchu et mordant, ce texte d’un auteur assez méconnu en France pourrait plaire aux amateurs de Donald Westlake, entre autres.

La fille des brumes (Maid of the Mist, 1999), de Colin Bateman, Gallimard/Série Noire (2004). Traduit de l’anglais (Irlande) par Stéphane Carn, 358 pages

City of Windows est un roman de Robert Pobi paru dans la collection Equinox des éditions des Arènes en janvier, dans une traduction de Mathilde Helleu.

51wkijt5eblRésumé

New York est sous la neige, à demi figé dans la tempête. Un agent du FBI est abattu au volant, tuant de surcroît une passante avec son véhicule. Le tir semble être l’œuvre d’un sniper aguerri mais difficile d’en savoir plus dans une ville où les innombrables gratte-ciel sont autant de spots potentiels, surtout dans ces conditions dantesques. C’est pourquoi le FBI décide de faire appel à Lucas Page, ancien agent, professeur d’astrophysique et expert en balistique.
Retiré des affaires suite à de graves blessures et désormais père de famille, Lucas refuse dans un premier temps son concours. Avant que le sniper ne tue un deuxième policier et le fasse changer d’avis.

Mon avis

Après L’Invisible et Les Innocents, parus chez Sonatine, Robert Pobi débarque chez Les Arènes avec cet épais thriller annoncé comme « le premier d’une longue série » mettant en scène Lucas Page.
En matière de thriller, l’auteur sait visiblement y faire. Le premier chapitre, mettant en scène la double mort due au sniper, est un modèle du genre. Le lecteur est happé d’entrée et Robert Pobi ne relâche pas son étreinte, tant et si bien qu’on ne voit pas les 500 pages passer. Les quelques temps plus calmes, qui nous apprennent à en savoir plus sur Lucas, sont intéressants car le personnage lui-même est atypique. Enfant « spécial » qui a changé de famille plusieurs fois, il est désormais lui-même le patriarche d’une famille composée de nombreux enfants accueillis avec sa nouvelle épouse, chirurgienne pédiatrique, qu’il a rencontrée dans le cadre de sa rééducation. Ayant perdu l’usage d’une jambe, d’un bras et d’un œil après le drame qui aurait dû le tuer mais dont il s’est miraculeusement sorti après un long coma, Lucas Page est décidément un personnage étonnant et attachant. Le lecteur pourra éventuellement trouver certaines scènes peu crédibles mais pardonnera facilement ces quelques facilités tant le rythme est soutenu et les fausses pistes abondantes et ingénieuses.

Redoutable d’efficacité et mettant en scène un personnage charismatique, City of Windows est un thriller convaincant qui donne envie de poursuivre l’aventure aux côtés de Lucas Page.

City of Windows (City of Windows, 2019), de Robert Pobi, Les Arènes / Equinox (2020). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Helleu, 496 pages

1793 est un roman de Niklas Natt och Dag paru chez Sonatine en 2019 dans une traduction de Rémi Cassaigne.

9782355846960oriRésumé

Stockholm, automne 1793.
Un vétéran de la récente guerre russo-suédoise, Jean Michael Cardell, encore mal réveillé de sa cuite de la veille, découvre dans le lac de Fatburen un corps. Enfin, ce qu’il en reste : le corps qui flotte n’a plus ni bras ni jambes. Le chef de la police Norlin décide de confier l’enquête à Cecil Winge, un homme de loi brillant dont les jours sont comptés à cause d’une affection pulmonaire. Un semblant d’autopsie permet rapidement de constater que les blessures de la victime non seulement ne sont pas à l’origine de sa mort, mais que les amputations ont été faites proprement, avec toutes les précautions d’usage.

Mon avis

Premier roman de Niklas Natt och Dag, descendant d’une des plus anciennes familles de la noblesse suédoise, 1793 est présenté par Sonatine comme un « thriller historique ». Sans que cela ne soit tout à fait faux, gageons qu’il conviendra davantage aux amateurs de romans historiques qu’aux aficionados de thrillers purs et durs. Bien que certaines parties s’étirent un peu plus que d’autres, le suspense est présent. Mais l’auteur ne nous fait pas véritablement nous attacher à un personnage pour lequel on frissonnerait véritablement.

Le cadre – la Suède des années 1790 – est en revanche très bien rendu par l’auteur, qui s’est semble-t-il abondamment documenté. L’action se déroule donc quelques années après la guerre qui a opposé les troupes de Gustav III à l’armée russe de Catherine II et l’année suivant la mort du monarque suédois. La Révolution française est dans toutes les têtes et la monarchie suédoise craint une propagation. Le roman, on l’imagine, ne souffre pas d’approximations tant tous les éléments semblent plus vrais que nature. Niklas Natt och Dag explique en fin d’ouvrage qu’il a même vérifié les noms d’époque de chaque lieu mentionné. En outre, il a fait le choix de faire évoluer de vrais personnages historiques, comme le chef de la police Johan Gustav Norlin, aux cotés de ses propres protagonistes.

Le roman se découpe en plusieurs parties, inégales en taille comme en intensité. Mettant en scène divers personnages, on ne saurait en dire beaucoup plus sans faire de révélations dommageables pour le plaisir de lecture. L’intrigue, habilement construite, est globalement de qualité bien que certains pourront lui reprocher quelques longueurs. La confrontation finale est en revanche excellente et l’on se rend compte dans les ultimes pages que l’auteur, roublard, en avait encore gardé sous la semelle.

Efficace et passionnant malgré quelques temps plus faibles, 1793 est un premier roman de très bonne facture, qui rappelle par moments des œuvres telles que Le Parfum ou La Religion, et qui devrait ravir les amateurs de polars historiques.

1793 (1793, 2017), de Niklas Natt och Dag, Sonatine (2019). Traduit du suédois par Rémi Cassaigne, 441 pages.

De bonnes raisons de mourir est un roman de Morgan Audic paru en 2019 chez Albin Michel.

pol_cover_33896Résumé

Le capitaine Joseph Melnyk et sa collègue Galina Novak sont appelés pour une mort suspecte. Seulement, la victime a rendu l’âme à Pripiat, dans la zone d’exclusion de Tchernobyl. Et un malheur n’arrivant jamais seul, il s’avère qu’il ne s’agit pas d’un suicide, mais d’un meurtre particulièrement abject. Le cadavre, mutilé, a été suspendu à la façade d’un immeuble comme si l’homme voulait prendre son envol.
Au même moment, Alexandre Rybalko, un policier alcoolique condamné par un cancer, est engagé par le magnat du pétrole Vektor Sokolov pour enquêter sur la mort suspecte de son fils Léonid.

Mon avis

Après un premier roman paru aux éditions du Rouergue, voici Morgan Audic de retour avec un thriller ambitieux rappelant les meilleurs textes de Jean-Christophe Grangé. Pas étonnant donc, qu’il ait fait la quasi-unanimité des jurés du Prix Polars Pourpres, qui lui ont décerné leur Prix Découverte.

Le cadre, déjà, est atypique. Sans doute y en a-t-il d’autres, en cherchant bien, mais les romans se déroulant en grande partie dans les environs de Tchernobyl ne doivent pas être légion. L’auteur s’est solidement documenté sur cette région d’Ukraine, la catastrophe et ses conséquences mais ne tombe pas dans l’écueil de faire une démonstration de connaissances qui nuirait au récit. On apprend des choses sur l’Ukraine, la période soviétique, le nucléaire, etc. mais tout cela est très bien fait et jamais au détriment de l’intrigue.
Cette dernière est solide, avec son lot de rebondissements, dont certains sont particulièrement bien sentis. Les aller-retour entre aujourd’hui et 1986 sont bien dosés, la construction de l’ensemble concourant à l’efficacité du récit. Les personnages ne sont pas inoubliables mais assez charismatiques pour qu’on prenne plaisir à les suivre. Seul bémol ou presque, le personnage de Sokolov, milliardaire misanthrope et acariâtre persuadé que l’argent achète tout, est classique pour ne pas dire un peu « facile ».

Passionnant et efficace, De bonnes raisons de mourir se dévore admirablement malgré ses quelque 500 pages. Nous suivrons attentivement le parcours de Morgan Audic et en attendant, pour ceux qui seraient comme nous passés à côté, n’hésitez pas à lire Trop de morts au pays des merveilles.

De bonnes raisons de mourir, de Morgan Audic, Albin Michel (2019), 490 pages.

La Mort selon Turner est un roman de Tim Willocks paru chez Sonatine en 2018 dans une traduction de Benjamin Legrand.

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Quatre jeunes Afrikaners aisés viennent depuis leur campagne se saouler dans un quartier malfamé du Cap. Ils se font déjà remarquer dans le bar, mais le pire reste à venir. En état d’ivresse avancée lorsqu’ils repartent, l’un d’entre eux ne regarde pas avant de faire marche arrière et écrase une jeune Noire de la rue qui cherchait quelque chose à se mettre sous la dent dans les poubelles de l’établissement. Ils paniquent, la laissent sur place, mourante, puis décident de faire comme si rien n’était arrivé.
Alors que le taux de criminalité est au plus haut et que bien des meurtres restent impunis, le moins qu’on puisse dire est que la mort accidentelle d’une SDF n’émeut pas grand monde. Pas grand monde, mais Turner, si.

Mon avis

On a déjà vu Tim Willocks nous narrer la dureté du milieu carcéral aux États-Unis (Green River), les chiens et la nature (Doglands), ou encore les aventures épiques de Matthias Tannhauser dans une période particulièrement tourmentée du Moyen Âge (La Religion, Les Douze Enfants de Paris). Place ici à un tout autre décor, non-moins violent : l’Afrique du Sud post-apartheid.

On retrouve dans cet excellent thriller les qualités et les limites propres à l’auteur. Un talent de conteur évident, qui sait alterner les scènes d’action et les moments plus introspectifs avec brio. Une propension à croquer des personnages en profondeur sans noyer le lecteur d’innombrables descriptions. Mais aussi une tendance prononcée à plonger ses personnages dans leurs ultimes retranchements et à ne pas épargner le lecteur. Certaines scènes – et surtout une en particulier – sont particulièrement atroces. Sans doute trop pour les plus sensibles, à qui l’on déconseille donc cette lecture – ou tout au moins certains passages. À la décharge de Tim Willocks, cela n’est pas gratuit et la scène mémorable en question est essentielle au déroulé de l’intrigue.

Le personnage de Turner, policier noir revenu de tout, incorruptible, peu réceptif aux ordres de sa hiérarchie, est à la limite de la caricature tout en ne tombant jamais vraiment dedans. C’est son sens aigu de la justice et son opiniâtreté qui font de cette histoire ce qu’elle est. On y croise d’autres personnages forts comme Margot Le Roux, femme à la tête d’un empire minier et mère du chauffard, qu’elle décide de protéger à tout prix pour ne pas que soit salie la bonne réputation familiale.

Très difficile à lâcher en cours de route, La mort selon Turner est un brillant thriller. Décor aride, scènes mémorables, personnages forts… Tous les ingrédients sont là pour faire de ce roman un film de qualité.

La Mort selon Turner (Memo from Turner, 2018), de Tim Willocks, Sonatine (2018). Traduit de l’anglais par Benjamin Legrand, 384 pages.
Lu en Pocket (2019), 449 pages.