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La maison des chagrins est le second roman de l’auteur catalan Victor Del Árbol. Il est paru chez Actes Sud en août 2013 dans un traduction de Claude Bleton.

Résumé

Eduardo vient d’être libéré après avoir passé des années en prison pour le meurtre du chauffard qui a tué sa femme et sa fille. Suivi par une psychiatre, il peine à s’en sortir et trouve refuge dans les médicaments et l’alcool. Peintre coté il y a quelques années, il gagne maintenant sa vie tant bien que mal en exécutant des portraits pour des grandes surfaces.
Un jour, sa galeriste lui fait part d’une commande inhabituelle : une violoniste réputée voudrait qu’il réalise le portrait de l’assassin de son fils. En acceptant, Eduardo ne sait pas qu’il a ouvert la boîte de Pandore.

Mon avis

« Assemblant sous les yeux du lecteur les mille et une pièces d’un terrifiant puzzle, Victor Del Árbol signe un roman vertigineux de maîtrise, glaçant de noirceur et désarmant d’humanité. » Voilà ce qu’affirme l’éditeur en quatrième de couverture. Si l’on se méfie volontiers de ce type de baratin, où l’exagération est la norme et où le mensonge se glisse parfois à demi-mot – tout est bon pour éventuellement vendre plus – il y a cette fois-ci beaucoup de vrai dans cette présentation.

Comme dans La tristesse du samouraï, son précédent roman, l’intrigue est une mécanique de grande précision. Au départ, on a pourtant l’impression que l’auteur s’éparpille. Il y a plein de personnages, presque trop (certains lecteurs seront peut-être amenés à prendre des notes pour ne pas s’emmêler les pinceaux). Mais au fur et à mesure, et c’est là tout le talent de Victor Del Árbol, tout prend sens. Les protagonistes sont amenés à se croiser et l’on se rend compte finalement qu’il n’y en avait pas un de trop, et que l’auteur, virtuose, nous a menés jusqu’aux ultimes pages par le bout du nez .

Les personnages et leur passé, souvent empli d’un grand traumatisme ou de souffrances diverses, sont brossés en profondeur. C’est précisément leur vécu qui a fait d’eux ce qu’ils sont devenus et qui les conduisent à agir comme ils font. La maison des chagrins, comme son titre l’affirme, n’est pas le pays des Bisounours. C’est un roman riche en émotions, parfois violent, sur la difficulté du deuil, la haine ou encore la violence. Bien que se déroulant de nos jours, quelques touches d’histoire se glissent dans le texte, évoquant notamment la guerre d’Algérie.

Le rythme a beau ne pas être trépidant, l’intrigue est inextricable. L’auteur parvient à toucher le lecteur pour ne plus le laissé s’échapper, totalement happé par la toile aux multiples ramifications qu’il a habilement construite.

Après La tristesse du samouraï, Victor Del Árbol confirme avec La maison des chagrins qu’il est désormais une voix qui compte dans le roman noir européen. Ses intrigues, complexes et machiavéliques, sont des merveilles de construction. Espérons qu’il en sera toujours de même dans son troisième roman, Toutes les vagues de l’océan, annoncé pour février prochain par Actes Sud.

 

La maison des chagrins (Respirar por la herida, 2013), de Víctor del Árbol, Actes Sud, 2013. Traduit de l’espagnol par Claude Bleton, 480 pages.

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La tristesse du samouraï (La tristeza del Samurái), paru chez Actes Sud en 2011, est le second roman du Catalan Víctor del Árbol (le premier n’ayant pas été traduit pour l’heure).

https://i1.wp.com/polars.pourpres.net/img/uploads/414NGK54euL._SL500_.jpgRésumé

Barcelone. Mai 1981.
María Bengoechea, une avocate reconnue gravement malade, passe ses derniers jours à l’hôpital. Suspectée de plusieurs assassinats, elle reçoit la visite de l’inspecteur Marchán, bien décidé à découvrir toute la vérité.
Mérida. Décembre 1941.
Fuyant son mari, Isabel décide de partir et emmène avec elle Andrés, le plus jeune de ses deux fils. Alors qu’elle croyait avoir fait le plus dur, elle se fait rattraper à la gare par l’un des hommes de main de son mari, qui n’est autre que son amant. Il lui ravit l’enfant pour la contraindre à renoncer à son plan.

Mon avis

Víctor del Árbol travaille pour la police catalane après avoir suivi des études supérieures d’Histoire. De par son parcours, on comprend aisément qu’en matière d’écriture, il ait choisi le polar historique. Bien lui en a pris.

« Il souriait avec cynisme, convaincu que rien n’avait changé depuis 1936. Toutes les énergies, tout le sang versé dans cet affrontement n’avaient servi à rien. Franco était mort depuis cinq ans, et les vices refleurissaient, comme les mauvaises herbes. L’Espagne était de nouveau une friche à vocation de désert, habitée par de pauvres bêtes nihilistes. Seuls les animaux ramollis depuis des décennies étaient capables de se laisser conduire à l’abattoir de façon aussi soumise, capable de croire, et même d’avaler, tout ce que disaient les personnages auréolés de pouvoir. N’importe quoi, pourvu que cela colore d’un peu de foi leur existence languissante, car ils étaient incapables de prendre le taureau par les cornes.
Mais tout cela allait changer. »

Ce second roman (El peso de los muertos, le premier, paru en Espagne en 2006, n’a pas été traduit en français à ce jour) faisant évoluer de nombreux personnages à différentes périodes ne manque assurément pas d’ambition. De la fin de la guerre d’Espagne aux années 1980 en passant par la Seconde Guerre mondiale et le franquisme, l’auteur espagnol balaie avec La tristesse du samouraï l’histoire contemporaine de son pays.

« – Personne n’est jamais complètement innocent.
Honteux et amer, Fernando mesurait combien ces mots étaient justes. Le destin était étrange, il décrivait des cercles qui reliaient les événements apparemment sans liens entre eux et soudain tout s’expliquait. Il comprenait maintenant qu’il était enfermé dans ce cercle et que d’une certaine façon les enfants paient pour les crimes commis par les parents. »

Au fil des pages et des époques, le lecteur découvre de nombreux protagonistes, bien campés, dont les destins vont peu à peu s’entremêler. La part belle est faite aux personnages féminins – María et Isabel jouent toutes deux un rôle essentiel – dont les pensées sont données à voir avec finesse. Tout au long des décennies, les morts se suivent, la haine prend le dessus, et les coupables ne sont pas forcément ceux que l’on croit… Aux intrigues solides et intéressantes s’ajoute une écriture agréable à lire et par moments empreinte d’une certaine poésie.

Avec La tristesse du samouraï, Víctor del Árbol signe un polar historique ambitieux et réussi qui en appellera sans doute d’autres. Le prochain projet de l’auteur catalan mêlera semble-t-il l’histoire de l’Espagne à celle de l’Algérie ? Affaire à suivre…


La tristesse du samouraï (La tristeza del Samurái, 2011) de Víctor del Árbol, Actes Sud (2012). Traduit de l’espagnol par Claude Bleton, 349 pages.