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Ça faisait un moment que je n’avais pas pris le temps d’avancer dans mon défi consistant à A.B.C. ma P.A.L. (voir ici), et je crains de ne pas arriver à Z avant 2015. Mais bon, voici déjà le G.

Gōkan, paru au Cherche Midi en 2012, est le premier roman de Diniz Galhos, connu comme traducteur par ailleurs.

Résumé

Tōkyō, 2010.
Une valise diplomatique remplie de billets de banque. Un Français, professeur à la Sorbonne et spécialiste de Zola de son état, qui se laisse convaincre par un inconnu de voler une bouteille de saké appartenant à Quentin Tarantino. Un tueur américain plus que raciste bien décidé à éliminer un maximum de Japonais. Une jolie garagiste qu’il ne faudrait pas approcher de trop près. Et quelques autres…

Mon avis

Gōkan (du nom d’un type de livres japonais illustré d’estampes et s’inspirant souvent d’histoires de vendettas) est le premier roman de Diniz Galhos. Pour autant, l’auteur n’est pas un nouveau venu dans le monde littéraire puisqu’il est également traducteur, du portugais (qu’il parle depuis son enfance du fait de ses racines familiales), mais aussi de l’anglais. On lui doit notamment la traduction de la fameuse série de l’auteur anonyme publié par Sonatine et mettant en scène le « Bourbon Kid ». C’est d’ailleurs en traduisant Le livre sans nom (premier titre de cette série), qu’il a décidé de se lancer dans son projet, après s’être rendu compte qu’on pouvait écrire et publier des romans « pop et déjantés » (cf, l’interview de l’auteur dans le numéro Hors-Série Automne-Hiver 2014 de la revue Alibi).

Amateurs de réalisme social ou de procédure policière fouillée, passez votre chemin. Ici l’action prime sur la vraisemblance et certains personnages ne dépareilleraient pas dans un film d’action ou un manga. L’histoire concoctée par Diniz Galhos peut d’abord sembler fouillis, voire décousue, chaque chapitre pouvant se lire indépendamment des autres, avant que les protagonistes soient finalement amenés à se croiser. L’auteur nous offre des scènes très cinématographiques, et nous assistons tantôt à une fusillade dans un onsen (établissement thermal typique du Japon) tantôt à un cours sur les trente-et-une façons de tuer un homme.

On ne criera pas au chef-d’œuvre, et l’on aura peut-être oublié une bonne partie de ce livre dans quelques mois. Mais peu importe, car Diniz Galhos nous offre là un pur roman de divertissement, avec beaucoup d’action – l’auteur aime Tarantino et ne s’en cache pas – et pas mal d’humour, qui laissera plus d’un lecteur sans répit tout au long de ses quelque 200 pages. On retiendra tout particulièrement le final, très réussi, avec une scène d’impasse mexicaine d’anthologie (ces fameuses scènes, typiques du western, où plus de deux personnes se menacent mutuellement d’une arme létale).

 

Gōkan, de Diniz Galhos, Le Cherche Midi (2012), 211 pages.

Gun Machine, paru au Masque en février, est le second roman de Warren Ellis, célèbre scénariste de comics britannique (après Artères souterraines, paru Au Diable Vauvert en 2010, et qui vient de sortir en Livre de poche pour l’occasion).

Résumé

Frank Tallow est un flic new-yorkais fatigué de tout. Répondant à un appel radio, il se rend avec son coéquipier Jim Rosato dans un immeuble de Pearl Street où un type armé et visiblement dérangé importune ses voisins. Alors qu’ils arrivent sur place, tout dégénère. Le type se met à tirer à tout va, Rosato s’en prend une en pleine tête et tombe raide mort. Tallow riposte et s’acharne sur le forcené, défonçant un mur au passage. Ce trou involontaire permet aux techniciens de la police de faire une découverte aussi inattendue qu’exceptionnelle : une salle dont les murs sont entièrement recouverts d’armes. Les résultats des premières analyses tombent et l’incroyable se poursuit : chacune des armes semble reliée à une affaire non-élucidée.

Mon avis

« En réécoutant l’enregistrement du 911, on aurait l’impression que Mme Stegman était plus affolée par la nudité intégrale du zèbre qui squattait son palier que par le gros fusil qu’il brandissait. »

La première phrase de ce roman annonce la couleur : ce sera vitaminé, noir, et un brin déjanté. Tallow doit faire face à la mort de son coéquipier et ami de longue date mais malgré ça, ses supérieurs ne lui laissent aucun répit. Sous-effectif oblige, il doit reprendre le travail au plus vite et se débrouiller seul. Après une avancée significative, il se fait finalement aider par deux agents de la police technique et scientifique assez originaux dans leur genre : Bat, le geek limite autiste, et Scarlie, la jolie lesbienne qui jure comme un charretier.

« Je suis de mauvais poil. Je viens de tomber sur vos neveux et hier, j’ai dû buter un de vos locataires alors que j’avais de la cervelle de mon coéquipier plein la manche. Alors je vous suggère de m’apporter une franche et amicale coopération, histoire que j’aie pas à ajouter ce petit détail à la montagne de merde que je pourrais déverser sur votre moquette. »

L’enquête avance peu à peu et la tension est palpable puisqu’on suit en parallèle « le chasseur », cet homme mystérieux qui a passé vingt ans de sa vie à collectionner ces armes et à s’en servir. Il est d’ailleurs prêt à tout pour les récupérer.

« Jim Rosato disait que l’appartement de Tallow était l’endroit où il vidait sa tête.
L’une des chambres était bourrée de bouquins, de magazines et de paperasse. Elle n’avait plus de porte et, comme à travers une digue percée, le flot de documents se répandait dans le salon pour monter en crête sous la table, où campaient à demeure deux vieux ordinateurs portables et un disque dur externe. Deux hauts baffles se dressaient tels des phares à la surface de ce foutoir. L’autre chambre était à moitié murée par des CD, cassettes et vinyles. Un portant récupéré dans une benne faisait office de penderie à l’angle du salon, mais la plupart des fringues qui auraient dû y être accrochées s’entassaient en-dessous, par terre.
Tallow entra chez lui d’un coup de coude, ses magazines du jour sous le bra
s. »

Avec Gun Machine, Warren Ellis signe un polar à l’intrigue originale et à l’écriture très énergique qui tient globalement ses promesses (des lecteurs pourront éventuellement trouver certaines révélations un peu « grosses »).

Gun Machine (Gun Machine, 2013), de Warren Ellis, Le Masque (2014). Traduit de l’anglais par Claire Breton, 304 pages.