Articles Tagués ‘adolescence’

Mauvaises graines (Ugly Girls), premier roman de Lindsay Hunter vient de paraître à la Série Noire. Il nous vient des Etats-Unis et est traduit par Samuel Todd.

41optwcyhalRésumé

Baby Girl et Perry sont deux adolescentes qui s’ennuient. Elles ne vivent pas des vies plus atroces que d’autres, mais elles s’entraînent l’une l’autre dans les conneries. Sécher les cours, voler des babioles dans les supérettes, et bientôt, quitter leur foyer la nuit pour sortir s’éclater. Boire, rencontrer des garçons et même, « emprunter » des voitures pour le simple plaisir de rouler dans la ville la nuit.
Les deux jeunes femmes ne pensent pas à mal. Elles ne pensent pas vraiment en fait. Elles essaient juste de tromper l’ennui.
Sur les réseaux sociaux, elles font la connaissance de Jamey, qui lui aussi trouve le temps long. Les discussions s’enchaînent, et la rencontre semble se préciser.

Mon avis

Premier roman de Lindsay Hunter donc, Mauvaises graines s’intéresse principalement à l’adolescence des classes moyennes américaines et ce qu’elle comporte d’ennuyant. Inanité qui amène elle-même à braver les interdits, à prendre des risques – souvent inutiles – pour le simple plaisir de la montée d’adrénaline que cela procure.

Complices, Baby Girl et Perry le sont. Pour autant on ne peut pas dire qu’elles soient véritablement amies. Baby Girl envie Perry, belle sans essayer de l’être, tandis qu’elle, quelconque, doit adopter des looks extrêmes pour essayer de se démarquer. Aimantant les regards masculins, Perry horripile parfois Baby Girl, presque invisible aux yeux des hommes.

Si le frère de Baby Girl est devenu handicapé depuis un grave accident, aucun véritable drame dans la vie familiale de Perry. Une mère aimante, quoiqu’ayant un penchant pour la bière pour tromper l’ennui des longues journées solitaires dans sa caravane ; un beau-père gardien de prison et bienveillant sur qui elle peut compter.
Malgré tout, les jeunes femmes ont mis le doigt dans un engrenage, celui de la recherche des sensations. Tant que ça passe, on continue… Mais jusqu’où peut-on sortir du cadre et braver les interdits sans se faire rattraper par la patrouille ? Forcément, ce genre de jeu, de plus en plus dangereux, est inéluctablement amené à prendre fin.

Mettant en scène des personnages quelconques dans leur vie quelconque, Mauvaises graines est un intéressant roman sur la vacuité et l’absence de perspectives. Lent dans son rythme mais plutôt prenant malgré tout, il connaît quelques rebondissements, glissant peu à peu vers le drame.

Mauvaises graines (Ugly Girls, 2014), de Lindsay Hunter, Gallimard/Série Noire. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd, 288 pages.

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Ma reine est un roman de Jean-Baptiste Andréa paru aux éditions L’Iconoclaste l’an dernier.

cvt_ma-reine_1770Résumé

Provence, 1965.
Déscolarisé et vivant seul avec ses parents, à les aider à la station-service, Shell s’ennuie. Pour ne pas aller dans cet institut spécialisé dans lequel souhaitent l’envoyer ses parents à la rentrée, il veut devenir un homme et décide donc de partir à la guerre. Dans sa fugue mal organisée, un peu plus loin sur un plateau de la vallée de l’Asse, il tombe nez-à-nez sur Viviane, une jeune fille de son âge. Shell est ébloui et Viviane trouve le garçon simplet mais rigolo. Assez vite, elle instaure un jeu entre eux. Elle est sa reine et il doit faire tout ce qu’elle veut sans poser de questions. C’est vrai qu’elle a tout d’une reine pour Shell, qui ne se voit même pas refuser.

Mon avis

Au dîner j’ai annoncé à mes parents :
– Je m’en vais.
Mon père n’a pas répondu parce que son feuilleton venait de commencer. Ma mère m’a dit de finir mes lentilles et de ne pas parler la bouche pleine. C’était tant mieux au fond, parce que s’ils m’avaient ordonné de rester je me serais dégonflé.

Vous l’aurez peut-être deviné, Shell – surnom que lui a donné Viviane en raison de son blouson de la station-service, celui avec le gros coquillage jaune – est atteint de troubles de type autistique. Plus d’un auteur s’est cassé les dents à essayer de se mettre dans la peau d’un autiste. À l’instar de Mark Haddon dans son magnifique Le bizarre incident du chien pendant la nuit, Jean-Baptiste Andréa s’en sort plus que bien dans cet exercice délicat. Le lecteur est rapidement pris d’empathie pour le jeune homme, dont la naïveté n’a d’égal que l’envie de bien faire. Shell est un de ces personnages de fiction touchants, qu’on garde longtemps dans un coin de sa mémoire. Les autres protagonistes – il y en a peu – ne sont pas en reste, à commencer par Viviane, jeune parisienne intrépide qui vient passer ses vacances dans ce coin perdu de Provence. C’est d’abord pour tromper l’ennui de ces longues journées d’été qu’elle aborde Shell. La frontière entre le jeu un brin cruel et l’amitié s’estompe à mesure qu’elle côtoie le jeune homme qui, s’il est différent, n’a pas une once de méchanceté en lui. Mais lorsque les vacances s’achèvent, sa reine doit quitter son château local et Shell se retrouve seul et assez vite mal en point à force de ne pas manger et boire. Il est alors recueilli par Matti, un vieux berger muet qui l’aide à se retaper.

Ma reine est un fort joli premier roman, tout en émotions et poésie, qui aborde le thème de la différence avec tact, en faisant le choix de survoler certains sujets (le harcèlement scolaire dont est victime Shell par exemple) plutôt que de les prendre à bras-le-corps. Jean-Baptiste Andréa hameçonne le lecteur avec facilité pour ne plus le lâcher jusqu’à l’ultime page.

Ma reine, de Jean-Baptiste Andréa, L’Iconoclaste (2018), 240 pages.

Dodgers est un roman de Bill Beverly paru au Seuil/Policiers en 2016.
Il a été traduit de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd.

51ue-qtkr6lRésumé

East a quinze ans mais déjà une bonne expérience dans son domaine. Sa spécialité : guetteur. Son boulot : faire en sorte qu’aucune personne suspecte n’entre dans « sa » taule pour que les affaires roulent. Un jour, sans qu’il comprenne ni comment ni pourquoi, les flics sont là. La taule est fermée. East a failli.
Redevable, East accepte, plus contraint que par gaieté de cœur, la mission que lui confient ses employeurs. Se rendre dans le Wisconsin éliminer un juge récalcitrant.

Mon avis

Oui mais voilà, East ne doit pas y aller en avion mais à bord d’un van. Il ne doit pas faire le trajet seul, mais avec trois autres types dont – horreur ! – Ty, son propre petit-frère, une tête brûlée de douze ans qu’il se garde bien de fréquenter tant il semble attirer les embrouilles comme par enchantement. Les deux autres acolytes semblent à peine plus compétents et voilà la joyeuse équipée qui prend la route, sans armes, avec seulement quelques dollars en poche et des faux papiers. Départ pour des milliers de bornes…
…Et pour les emmerdes. Car forcément, comme on est en droit de s’y attendre dans ce type de récit, rien ne va se passer comme prévu. Pour le plus grand bonheur du lecteur, qui prend vite un malin plaisir à essayer d’imaginer quelle va être la prochaine tuile à tomber sur le coin de la gueule de cette équipe de bras cassés, pour la plupart jamais sortis de leur ghetto de Los Angeles.
Outre East et son instable de frère, qui ne lèvera pas les yeux de sa console du trajet, il y a Michael Wilson, soi-disant étudiant qui aime bien s’écouter parler, et Walter, obèse de dix-sept ans dont on ne sait trop ce qu’il vient faire dans cette histoire. Si on leur demande, les quatre jeunes Noirs sont cousins et vont à une réunion de famille. Comme dans toute famille, les relations ne sont pas toujours au beau fixe et dans le minibus, entre désaccords mineurs et caractères pourris, la tension devient palpable, l’ambiance explosive.
Dans ce road trip funèbre où tout ne peut aller que de mal en pis, Bill Beverly, qui signe là son premier roman, fait la part belle à ces enfants des rues grandis trop vite, entre violence et trafic de drogue. Tandis que ses collègues sont souvent assez bas du front, East semble échapper à cette règle, et tente difficilement, comme un héros de tragédie grecque, d’échapper à un destin qui aurait déjà été écrit pour lui. Un beau personnage, tourmenté, bien travaillé.

Sans réelles surprises ni innovations mais assez brillant dans son genre, on passe un très bon moment de lecture en compagnie de la team de losers de ce Dodgers. Qui donne sacrément envie de reprendre la route avec Bill Beverly.

Dodgers (Dodgers, 2016), de Bill Beverly, Seuil/Policiers (2016). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd, 352 pages.

Ceci est mon corps (A Martyr for Suzy Kosasovich en VO) est un roman de Patrick Michael Finn paru dans la collection Equinox des Arènes le mois dernier.
Il est traduit de l’anglais (États-Unis) par Yoko Lacour.

pol_cover_30059Résumé

Joliet, Illinois.
Suzy Kosasovich a quatorze ans. Elle vit chez sa grand-mère et travaille bien à l’école. C’est une ado sage. Trop sage même peut-être. Être totalement insignifiante aux autres dans le car scolaire la dérange de plus en plus. Elle aimerait avoir son quart d’heure de gloire. Ou se faire rouler des galoches et peloter par le beau Joey Korosa. Mais elle n’ose même pas parler en public alors ça ne risque pas d’arriver.
Un soir, alors qu’elle sait que Fat Kuputzniak va faire couler l’alcool à flots dans son bar, ça y est, c’est décidé, Suzy va changer le cours de sa vie.

Mon avis

Étonnant petit roman – 189 pages en format poche – que celui-ci. Ceci est mon corps est pour ainsi dire un huis clos dans un bar, ce qui n’est pas courant. Mal-famé d’après Busha, la grand-mère de Suzy, ce rade est le lieu de rendez-vous des ouvriers de l’usine locale, Joliet Washer & Wire, ainsi que de la communauté slave. Mais effectivement, une fois par an, le Vendredi Saint, Fat Kuputzniak noyait son chagrin dans une biture monumentale et ouvrait le Zimne Piwo Club à quiconque disposait de trois sous. Car ce jour est celui où il a perdu sa sœur dans un accident de voiture. Alors chaque Vendredi Saint, lorsque les pères de Joliet vont faire des heures supplémentaires à l’usine, payées triples ce jour-là, et que les mères vont aussi faire des extra, les jeunes s’en donnent à cœur joie au Zimne Piwo Club, qui devient le temps d’un soir le lieu de tous les possibles.
Suzy, qui a dit à sa grand-mère qu’elle allait se promener un peu avant de se coucher, entre timidement dans le bar. Et demande une première bière, qui sera loin d’être la dernière. Bientôt, l’alcool coule à flots, l’atmosphère est enfumée et bruyante, le juke-box braille. Le lieu devient d’abord celui d’une joyeuse débauche, puis les éléments deviennent incontrôlables et prennent des allures d’apocalypse.
Ceci est mon corps est en quelque sorte un roman initiatique. Celui qui marque l’entrée de Suzy dans l’âge adulte, elle qui voulait tant sortir de cette enfance trop lisse. Mais à quel prix ?

Sans fioritures, Patrick Michael Finn nous propose avec ce premier roman un texte noir et puissant dont on ressort avec la gueule de bois, un méchant mal de crâne et des tâches de vomi sur ses vêtements. Un shooter de tord-boyaux littéraire, à avaler cul sec !

Ceci est mon corps (A Martyr for Suzy Kosasovich, 2008), de Patrick Michael Finn, Les Arènes/Equinox (2018). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Yoko Lacour.

Comme l’an dernier, l’équipe de Polars Pourpres a contacté plusieurs lecteurs de polars avertis / webchroniqueurs pour qu’ils vous proposent les romans qu’ils jugent incontournables cet été.

Neuf personnes (dont bibi) ont mis en avant trois romans à emporter dans vos valises pour les vacances. Les sélections sont disponibles sur cette page.

Une fois n’est pas coutume, j’ai fait la part belle à la littérature jeunesse puisque deux de mes trois choix sont facilement lisibles par des ados (bon, le troisième aussi en fait, les ados lisent de tout…). Bien sûr, ils sont aussi facilement lisibles par des adultes, et c’est tant mieux !

Les trois romans que je vous conseille de lire les pieds dans l’eau, sur la plage, à l’ombre d’un arbre ou partout ailleurs sont…
 

Doglands, de Tim Willocks

Lorsque Tim Willocks s’essaie à la littérature pour la jeunesse, la réussite est encore au rendez-vous. Doglands raconte l’histoire de Furgul, un chiot élevé dans un terrible chenil de lévriers. Il découvre que lui et ses soeurs sont des bâtards et doivent fuir pour ne pas être tués. Le début d’un parcours semé d’embûches pour Furgul, qui rêve de pouvoir libérer sa mère. Roman initiatique mais aussi d’aventure, non dénué d’humour et de critique sociale, Doglands rappelle certains textes d’Orwell ou de Jack London. Un grand livre, qui plaira aux jeunes comme aux moins jeunes.

Voir aussi : la chronique complète

 

Bettý, d’Arnaldur Indriðason Betty

Trop chaud sur la plage ? Passez donc un moment en Islande avec Bettý. Délaissant le commissaire Erlendur le temps d’un roman, Arnaldur rend hommage au roman noir américain, et à James M. Cain en particulier. Bien qu’on sache dès le départ comment va se terminer l’histoire (l’auteur arrange à sa sauce Le facteur sonne toujours deux fois), le texte, construit avec machiavélisme n’en reste pas moins efficace. L’histoire est forte et un rebondissement venu d’ailleurs ne manquera pas de vous laisser pantois. Une vraie réussite !

Voir aussi : la chronique complète

Luz, de Marin Ledun

Luz a 14 ans. C’est le début des grandes vacances. Elle veut avoir un portable et un maillot deux pièces. Un repas estival qui s’éternise, l’apéro qui coule à flot, et voilà Vanier (le meilleur ami de son père) qui la regarde d’une étrange façon. Il lui fait peur et Luz décide de quitter les lieux, pour ne plus le voir et aller se baigner à la rivière. Le début d’une journée cauchemardesque. On s’identifie vite au personnage de Luz, parfaitement crédible. Le cadre, rural, est bien décrit, on s’y croirait. Marin Ledun aborde avec intelligence différents sujets liés à l’adolescence (la découverte de soi, les premières amours, la difficulté des rapports familiaux…) sans jamais tomber dans le côté gnangnan. Une vraie réussite que ce court roman à lire à tout âge. A consommer au camping, les pieds dans l’eau.

Voir aussi : rien du tout pour l’instant car la chronique complète, faut toujours que je la fasse, mais je vais peut-être relire le bouquin d’abord. En tout cas c’est très bon alors allez-y !

Comme pas mal de monde, j’ai toujours trop de choses à lire et pas assez de temps pour le faire, mais si vous voulez me proposer – et surtout proposer aux autres visiteurs du blog – quelques polars (ou même d’autres romans, ou BD ou autres, je ne suis pas sectaire), n’hésitez surtout pas !

Bonnes lectures estivales, bonnes vacances !