Articles Tagués ‘Angleterre’

Le Verdict (The Verdict) est un roman de Nick Stone paru à la Série Noire le mois dernier, dans une traduction de Frédéric Hanak.

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Terry Flint, marié, deux enfants, vient de commencer un nouveau travail : greffier pour un gros cabinet d’avocats londonien. Rapidement bien vu chez KRP, on lui propose de travailler sur une grosse affaire qui défraie la chronique en ce moment, le procès de Vernon James. L’homme d’affaires à succès, fraîchement élu « personnalité éthique de l’année », est accusé de meurtre. On a retrouvé une jeune femme étranglée dans sa luxueuse suite, et bien qu’il nie, tout semble l’accuser. Selon ses employeurs, c’est l’occasion ou jamais pour Terry de faire ses preuves et d’acquérir de l’expérience sur le terrain. Seulement, ce qu’ils ne savent pas et qui tourmente Terry, c’est que Vernon était son meilleur ami d’enfance. Enfin… avant de lui gâcher la vie. Coincé s’il veut conserver son emploi, Terry accepte la mort dans l’âme.

Mon avis

On a connu Nick Stone, à la Série Noire déjà, avec sa série haïtienne consacrée à Max Mingus : Tonton Clarinette (Prix SNCF du Polar 2009), Voodoo Land et Cuba libre. Changement total de registre ici. Exit les Caraïbes et le thriller sombre. Place à Londres – où réside désormais l’auteur – et à un polar procédural de facture tout ce qu’il y a de plus classique.

Si quelques flashbacks nous en apprennent plus sur le passé, en partie commun, de Terry et Vernon, l’essentiel du récit se déroule dans l’univers de la justice : au sein des bureaux de Kopf-Randall-Purdom, au parloir de la prison, puis à Old Bailey, cour criminelle principale d’Angleterre.

L’objet-livre, un pavé de plus de sept cents pages, est presque effrayant. Pourtant, Nick Stone réalise le tour de force de ne jamais ennuyer son lecteur. Précis dans les procédures sans jamais être pédant, l’auteur donne à voir le quotidien des avocats et autres greffiers engagés dans la course contre la montre d’un grand procès criminel, qui plus est quasiment perdu d’avance. En effet, tout semble accuser Vernon James, que personne ne croit d’ailleurs innocent à KRP, Terry y compris. Très médiatisé, le procès est une vitrine pour la firme spécialisée dans le droit des affaires, qui espère ainsi diversifier son activité. En creusant un peu pour préparer le procès, la défense se rend compte que certains éléments sont pour le moins intrigants et surtout, que la police, ravie d’avoir un coupable tout désigné, semble avoir quelque peu bâclé son enquête.

Les rebondissements sont nombreux et parfois excellents et les personnages, sans être géniaux, sont assez sympathiques pour qu’on s’y intéresse. Vernon James, présenté par certains comme un requin assoiffé d’argent et de conquêtes, est plus complexe qu’il n’y paraît. Enfin, les retrouvailles improbables entre Terry et Vernon, qui s’étaient brouillés et perdus de vue depuis des années, amènent Terry à se poser bien des questions.

Passionnant du début à la fin, Le Verdict est un procédural comme on en fait peu. Nick Stone y mêle avec talent un côté « whodunit » à l’ancienne et les codes du thriller : chapitres courts se terminant bien souvent par des révélations, rythme trépidant… Une véritable réussite, dans un registre différent de ses premiers romans. Nombreux devraient être les curieux à se demander ce que nous réservera Nick Stone la prochaine fois.

Le Verdict (The Verdict, 2014), de Nick Stone, Gallimard/Série Noire (2018). Traduit de l’anglais par Frédéric Hanak, 709 pages.

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Né sous les coups est le premier roman de l’anglais Martyn Waites. Il a été publié par Rivages en 2013 et la traduction est signée Alexis Nolent (A.K.A. Matz, le scénariste de BD à qui l’on doit notamment la série Le tueur).

Résumé

Angleterre, 1984.
Stephen Larkin vit la terrible grève des mineurs, cette dernière tentative des travailleurs de lutter contre l’arrivée de l’ère du capitalisme sauvage et triomphant, finalement réprimée sans aucune pitié par Thatcher et ses bobbies. Aujourd’hui, l’eau a coulé sous les ponts, mais ce moment charnière dans l’histoire du pays interroge toujours Larkin, qui souhaite écrire un livre sur le sujet et va donc se replonger dans le passé. Il sera amené à recroiser des personnes qui étaient sorties de sa vie, y compris Louise, sa propre sœur. Son projet va aussi lui faire faire des découvertes qui ne seront pas sans conséquences.

Mon avis

Martyn Waites implante son récit à Coldwell, une cité minière de la côte du Northumberland dont le lecteur non-averti pourrait croire qu’elle existe tant elle est décrite de manière réaliste. En vérité, c’est une ville qu’il a imaginée de toutes pièces, à partir de différents lieux existants. Si les personnages ne manquent pas, le principal reste assurément cette cité industrielle du Nord de l’Angleterre autour de laquelle gravitent tous les autres.

« Il était venu en voiture, avait garé la Saab sur le parking du nouveau centre commercial. Il y avait le genre de magasins qu’on trouve dans les coins pauvres ; des détaillants de meubles et de l’électroménager à crédit, des bazars qui vendaient de la camelote à moins d’une livre sterling, des supermarchés aux noms durs et gutturaux qui bradaient de tout, des marques inconnues et de qualité douteuse. Les employés travaillaient à mi-temps, avec des contrats sans avantages sociaux : des femmes qui subvenaient aux besoins de leur famille, d’ex-mineurs recyclés pour regrouper les caddies, ou biper les codes-barres sur la nourriture emballée sous vide.

La tristesse s’agrippait à la petite gare routière adjacente. On aurait dit que les bus n’arrivaient jamais à emmener les gens suffisamment loin, et finissaient toujours par les ramener, à regret. Un groupe d’alcooliques professionnels, accros au crack ou à l’héro, un point de ralliement pour les déshérités.

La seule chose que reconnaissait Larkin était la vieille église, mais même elle avait changé. Ses portes avaient l’air de ne pratiquement jamais s’ouvrir, son cimetière était jonché de mauvaises herbes, de lichen, et de vieilles seringues, tout espoir de salut abandonné depuis belle lurette.

La ville était maintenant une sorte de truc rafistolé, moribond, mais pas encore tout à fait immobile. Une ville sans industrie ni futur. Postgrève. Postindustrielle. Posttout. »

Les autres, c’est Stephen Larkin bien sûr, journaliste « justicier » au grand cœur, qui est revenu de la naïveté de sa jeunesse sans avoir totalement abandonné ses idéaux pour autant. C’est aussi Tony Woodhouse, un ancien joueur de Newcastle dont la carrière d’attaquant professionnel a été écourtée par une sale blessure au genou. Il dirige désormais un centre médical spécialisé dans les addictions. Les seconds rôles sont également très bien croqués, de Louise à Tommy, un caïd local baignant dans la majorité des affaires interlopes de la région.

Jonglant habilement entre passé et présent, Martyn Waites nous gratifie d’un très beau roman dont l’intrigue solide, balayant une vingtaine d’années de l’histoire récente de l’Angleterre, est servie par une plume efficace et élégante. Fresque noire sans être totalement désespérée, ce premier roman très abouti est une belle réussite qui, espérons-le, en appellera d’autres.

Né sous les coups (Born under Punches, 2003) de Martyn Waites, Rivages/Thriller (2013). Traduit de l’anglais par Alexis Nolent, 463 pages.