Articles Tagués ‘Arnaldur Indriðason’

Bettý, publié en Islande en 2003 sous le même titre, est un roman noir d’Arnaldur Indriðason paru aux éditions Métailié fin 2011.
Contrairement à tous les romans de l’auteur traduits jusqu’à présent en français, il ne fait pas partie de la série consacrée au commissaire Erlendur.

BettyRésumé

Cette histoire est de celles où l’on sait dès le départ qu’elle va mal se terminer. Dès les premières lignes, le personnage principal nous explique que s’il est actuellement en détention provisoire dans la prison de Litla-Hraun (la plus grande d’Islande), c’est à cause de Bettý. Il se demande s’il aurait pu empêcher ça, mais c’est trop tard. Bettý l’a pris dans ses filets et, aveuglé par son amour, il n’a rien vu venir.

Mon avis

« Aurais-je pu prévoir cela ? Aurais-je pu me rendre compte de ce qui se passait et me protéger ? Me retirer de tout cela et disparaître ? Je vois, maintenant qu’on sait la façon dont tout ça s’est combiné, que j’aurais dû savoir où on allait. J’aurais dû voir les signaux de danger. J’aurais dû comprendre bien plus tôt ce qui se passait. J’aurais dû… J’aurais dû… J’aurais dû… »

Délaissant le temps d’un livre (originalement publié en 2003) la série qui lui a valu une renommée mondiale et de nombreux prix prestigieux, Arnaldur en profite pour rendre hommage au roman noir qu’il affectionne. S’affranchissant totalement du célèbre commissaire Erlendur et de ses collègues – un petit clin d’œil mis à part, il n’a pas pu s’en empêcher – il nous livre une adaptation très personnelle du classique qu’est Le facteur sonne toujours deux fois, texte fort et plusieurs fois porté à l’écran sous divers titres (Les amants diaboliques, Le dernier tournant, ou tout simplement avec le même nom). L’auteur ne cache pas sa source d’inspiration, citant James M.Cain en exergue.

« Elle était là. Elle était arrivée en retard et je l’avais tout de suite remarquée parce qu’elle était… merveilleuse. Merveilleuse dès l’instant où je l’ai vue pour la première fois entrer dans la salle, au crépuscule. Derrière elle, la lumière du couloir lui faisait un halo, comme à une star de cinéma. Elle n’avait aucune crainte de se montrer féminine comme nombre d’autres femmes ; il y en avait une dans la salle qui était en anorak, assise avec les jambes sur le dossier de la chaise la plus proche. La femme qui se tenait dans l’embrasure de la porte, elle, avait une robe moulante avec de minces bretelles qui laissaient voir de gracieuses omoplates, son abondante chevelure brune lui retombait sur les épaules et ses yeux étaient enfoncés, bruns avec une pointe de blanc qui étincelait. Et lorsqu’elle souriait… »

 
En principe, le lecteur de polar un tant soi peu connaisseur sait donc déjà tout de l’histoire : la femme fatale va mettre le grappin sur l’amant pour abréger la vie du mari. Et il n’est pas loin d’avoir tout bon.

« Il y avait quelque chose en elle qui m’intriguait et je crois savoir ce que c’était. Elle avait une assurance et une prestance qu’à ce moment-là je ne m’expliquais pas. Pour elle, tout cela était une pièce qu’elle avait déjà jouée auparavant. Elle était très consciente de sa beauté et l’avait probablement toujours utilisée pour obtenir ce qu’elle voulait. Je connais peu de femmes aussi conscientes de la force que leur confèrent la beauté et le sex-appeal. Toute sa vie, elle avait mené les gens par le bout du nez et elle était tellement habile qu’on ne s’en apercevait que lorsqu’on se retrouvait dans ses bras. »

Lors d’une de ses conférences, le personnage principal, avocat spécialisé dans le droit maritime et la pêche, rencontre Bettý et succombe immédiatement à ses charmes. La magnifique et vénéneuse jeune femme lui propose alors de travailler pour son mari, un richissime armateur. Le narrateur n’est pas au bout de ses peines.

« Avant, je l’aurais peut-être méprisée de penser ainsi mais, depuis, je savais de quoi elle parlait. Je la comprenais. Je comprenais ce qu’elle racontait sur le niveau de vie et la fortune, les richesses qui vous permettent de vivre comme des rois et de vous débarrasser de tous les soucis quand vous ne pouvez pas vous payer telle ou telle chose. Et elle était Bettý. Pour moi, il n’y avait pas moyen de mépriser Bettý. Au contraire. Je m’empêtrais de plus en plus dans sa toile. C’était notre lune de miel et elle m’aveuglait jusqu’à me cacher le soleil. Je l’adorais. »

Tout semble cousu de fil blanc et pourtant, à la moitié du roman, Arnaldur assène un énorme rebondissement venu de nulle part qui laissera plus d’un lecteur pantois, sous le choc. A se demander comment, alors qu’on croyait tout savoir, l’auteur a pu nous mener aussi astucieusement par le bout du nez pendant une centaine de pages.

«  –  Je pense parfois à un accident, dit-elle en regardant son doigt. Il y a des gens qui meurent dans des accidents de voiture. Il y en a d’autres qui font une chute lors d’une escalade en montagne. Ou qui sont victimes d’une balle perdue. Qui tombent dans une rivière. Qui ont un os de poulet qui se coince dans la gorge. Il y a tout le temps des gens qui meurent. Sur qui ça tombe ? C’est le hasard. Il n’y a aucune règle là-dedans. Il n’y a qu’à aider un peu le hasard. »

Avec Bettý, roman noir hommage construit avec machiavélisme, Arnaldur nous dévoile une nouvelle facette de son immense talent. Puisqu’il s’agit d’un exercice de style brillamment accompli, on accordera à l’élève une excellente note pour ce coup de maître.
On saluera aussi au passage le superbe travail du traducteur, personnage de l’ombre que l’on ne remercie jamais assez, Patrick Guelpa.

 


 

Bettý (Bettý, 2003) d’Arnaldur Indriðason, éditions Métailié / Noir (2011). Traduit de l’islandais par Patrick Guelpa, 198 pages.

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La Voix de l’auteur islandais Arnaldur Indriðason est le troisième roman mettant en scène l’inspecteur Erlendur Sveinsson.

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Le Père Noël a été assassiné juste avant le goûter d’enfants organisé par l’hôtel de luxe envahi de touristes, alors s’il vous plaît, commissaire, pas de vagues. C’est mal connaître le commissaire Erlendur. Déprimé par les interminables fêtes de fin d’année, il s’installe à l’hôtel et mène son enquête à sa manière rude et chaotique. Les visites de sa fille, toujours tentée par la drogue, ses mauvaises fréquentations, permettent au commissaire de progresser dans sa connaissance de la prostitution de luxe, et surtout il y a cette jolie laborantine tellement troublante qu’Erlendur lui raconte ses secrets.

Mon avis

Arnaldur Indriðason est toujours au sommet de son art dans ce troisième roman dans lequel j’ai retrouvé Erlendur, Sigurdur Oli, Ellinborg et Eva Lind avec grand plaisir. J’apprécie tout chez Arnaldur : ses personnages, si réels et attachants, son style, ses traits d’humour, son art de distiller les indices et de nous aiguiller sur de fausses pistes tout au long de ses romans.
Je ne peux que vous conseiller cet auteur, mon coup de coeur 2007, qui deviendra peut-être un référence de l’histoire du polar, qui sait ?

ATTENTION

Bien que les enquêtes d’Erlendur ne soient pas liées entres elles, je vous conseille très fortement de lire les romans d’Arnaldur dans l’ordre sans quoi vous découvririez des éléments importants de la vie des personnages. L’ordre est donc le suivant : La Cité des jarres, La Femme en vert, La Voix.

La Voix (Röddin, 2002), d’Arnaldur Indriðason, Métailié/Noir (2007). Traduit de l’islandais par Eric Boury, 336 pages.