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Dans les eaux du grand nord (The North Water en VO) est un roman d’Ian McGuire paru chez 10/18 en mai 2017 dans une traduction de Laurent Bury (très belle couverture soi dit-en passant).

511gqq5mkslRésumé

1859, côtes du Yorkshire.
Patrick Sumner, auparavant chirurgien dans l’armée britannique, décide d’embarquer sur le Volunteer, baleinier s’apprêtant à partir pour une campagne de chasse dans l’océan Arctique.
À bord, les conditions de vie sont spartiates, pour ne pas dire rudes. Lorsqu’un mousse vient consulter Sumner et qu’il présente de curieux signes de violences, le médecin se dit que le Mal est présent à bord du navire et la suspicion va bon train.

Mon avis

Ce qui saute aux yeux à la lecture de ce roman, c’est d’abord la qualité de l’écriture d’Ian McGuire. Elle parvient à être poétique et non dénuée de beauté tout en narrant des faits plutôt rudes voire parfois tout bonnement atroces. Certains passages, notamment lors des flashbacks ramenant Sumner en Inde ne sont d’ailleurs pas à mettre entre les mains des plus sensibles. Les sens du lecteur sont mis à contribution, et particulièrement l’odorat.
De la chasse arctique aux scènes de guerre, une grande place est accordée aux fragrances en tous genres, et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne sent pas spécialement la rose. Rarement un roman aura autant pué : le phoque fraîchement dépecé, la cordite, l’hémoglobine…

En jonglant habilement avec la temporalité du récit, l’auteur parvient en effet à nous narrer la campagne de pêche tout comme la vie antérieure de Sumner. Notamment son engagement comme chirurgien de guerre durant la révolte des Cipayes, qui ne lui a pas valu que de bons souvenirs.

À bord, la tension grimpe assez vite et fait se soupçonner les uns les autres dans un huis-clos éventuellement « victorien » vu l’époque concernée mais bien loin du Manoir du Sussex façon Cluedo.
Si le personnage de Sumner est très intéressant, d’autres ne le sont pas moins, comme Otto, marin qui accorde beaucoup de crédit à ses visions ou encore Henry Drax, harponneur redoutable qui inspire aux autres hommes à bord une peur irrationnelle. Sumner le soupçonne vite d’être le Diable en personne, mais est-ce aussi simple que cela ?

Le suspense est palpable durant les quelque 300 pages du récit qui nous valent quelques scènes mémorables, lesquelles mériteraient à elles seules que le roman soit un jour adapté à l’écran, et notamment une chasse à l’ours d’anthologie.

Roman noir ? Whodunit ? Roman d’aventure ? Thriller ?
Dans les eaux du grand nord est tout ça à la fois, et bien plus encore. Un bien bel ouvrage, qui évoque Moby Dick ou, plus proche de nous, Trois mille chevaux vapeur. Espérons que ce grand moment de lecture passé en compagnie de la plume de Ian McGuire en appellera d’autres.

Dans les eaux du grand nord (The North Water, 2016) d’Ian McGuire, 10/18 (2017). Traduit de l’anglais par Laurent Bury, 303 pages.

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