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La fille des brumes (Maid of the Mist) est un roman de Colin Bateman paru à la Série Noire en 2004 dans une traduction de Stéphane Carn.

41x5e47j1qlRésumé

Après avoir connu quelques ennuis à Belfast puis à Toronto, Frank Corrigan a échoué à Niagara Falls, où il se plaît finalement assez. Le genre de patelin tranquille où un officier de police n’a pas grand-chose à faire, ce qui n’est pas plus mal.
Un jour, une femme est repêchée, à moitié noyée, au pied des fameuses chutes. Vêtue d’une tenue traditionnelle amérindienne et parlant une langue incompréhensible, elle serait selon certains habitants la réincarnation de la Princesse Lelewala qui s’est un jour sacrifiée en se jetant dans les flots pour sauver le monde. Corrigan a quelques doutes sur la question mais commence à trouver que tout ça sent décidément mauvais lorsque le corps d’une jeune fille est retrouvé sur le bord de la route et que le coupable tout désigné semble être le fameux Pongo, chanteur cocaïnomane et sex addict qui a eu son heure de gloire en tête du hit-parade.

Mon avis

Avant d’écrire des romans, Colin Bateman était connu pour ses chroniques satiriques dans la presse nord-irlandaise. Il conserve dans ses récits une grande affection pour l’humour caustique et n’hésite pas à mettre ses personnages dans des situations à la fois précaires et improbables. Certains se souviendront peut-être de l’hilarant Turbulences catholiques ou encore de La Bicyclette de la violence.

Ici, le pauvre Corrigan va vite se retrouver au cœur d’une triple intrigue qui le dépasse totalement dans un premier temps. Épaulé, il va commencer à y voir plus clair, ce qui ne va pas faciliter les choses pour autant. On peut avoir l’impression, au départ, que l’auteur part un peu dans tous les sens. Oui et non dirons-nous, car si certaines situations peuvent sembler un peu décousues, tout se tient finalement très bien et l’on se rend compte que rien n’est laissé au hasard. C’est d’ailleurs une des qualités principales de ce roman, avec l’humour qui, s’il est moins savoureux que dans d’autres titres de Colin Bateman, n’en demeure pas moins présent. Certaines scènes sont savoureuses, surtout dans le dernier tiers du livre – on pense notamment à la prestation scénique de Pongo.

Les personnages sont assez délectables, à commencer par le chanteur en question, à l’égo démesuré et au nez bien poudré, et l’on ne peut parfois que compatir avec Corrigan, qui n’avait rien demandé à personne et se retrouve au cœur d’un maelström d’emmerdements dont il ne sortira pas indemne. Certaines ficelles sont parfois un peu grosses mais sont largement compensées par d’autres trouvailles et par l’énergie brute qui se dégage de l’ensemble.

Traitant tour à tour de traditions amérindiennes, de violences conjugales ou encore de réseaux de narco-trafiquants, La Fille des brumes est un roman noir bigarré comme on en voit assez peu. Pêchu et mordant, ce texte d’un auteur assez méconnu en France pourrait plaire aux amateurs de Donald Westlake, entre autres.

La fille des brumes (Maid of the Mist, 1999), de Colin Bateman, Gallimard/Série Noire (2004). Traduit de l’anglais (Irlande) par Stéphane Carn, 358 pages

Turbulences catholiques est un roman noir, teinté d’humour tout aussi noir écrit par Colin Bateman, un jeune auteur irlandais.
C’est le cinquième roman mettant en scène Dan Starkey, un jeune journaliste de Crossmaheart, petite bourgade imaginaire d’Irlande du Nord, symbole de tous les travers de la société nord irlandaise.
Ce livre figure dans la sélection automnale du 8e Prix SNCF du polar, catégorie polars européens.

9782070305605Résumé

Dan Starkey a décidé de redonner une chance à son couple. Pour preuve, il s’engage à assumer la paternité de Little Stevie, le bébé que sa femme Patricia a eu avec son amant. C’est ce bon moment de félicité familiale que choisit le primat de Toute l’Irlande pour lui confier une enquête pour le moins inhabituelle sur une minuscule île aux oiseaux, battue par les flots. Sous la houlette du père Flynn, les rares habitants de cette terre isolée sont persuadés que le Messie est né chez eux, et qui plus est, se serait incarné en une petite fille répondant au prénom de… Christine.
Quoi de mieux pour le journaliste qu’une retraite rurale grassement payée ? Et l’endroit idéal pour se mettre enfin à l’écriture de son livre ! Ce qui s’annonce comme un canular facile à déjouer vire peu à peu au cauchemar. Pour Dan, aux prises avec ses vieux démons que sont l’alcool et les femmes, ça tourne carrément à l’île de la tentation ! Au premier meurtre, l’ambiance bucolique prend du plomb dans l’aile. Quant au premier verre, il pourrait bien être le dernier…

Mon avis

Je n’ai pas souvenir d’avoir lu un livre qui m’ait fait autant rire. Lorsque je vois la mention « humour » sur un livre, je suis d’emblée plutôt sceptique. Avec ce livre, j’ai littéralement pleuré de rire dans le train, dérangeant mes voisins par la même occasion. J’étais vraiment pris d’un fou rire inarrêtable. Côté humour, Bateman fait très fort : situations cocasses, excellentes répliques de Dan Starkey, descriptions des personnages, tout est fait pour rire.
Coté suspense, c’est également du très bon qui nous est ici proposé. Les descriptions de cette Irlande, bien loin des clichés pour touristes, m’ont fait penser que ce livre est comme la version irlandaise (avec plus d’humour) de l’excellent Cul-de-sac de Douglas Kennedy (qui lui, se passe en Australie, et que je vous conseille également), notamment avec la scène de chasse à l’homme.
J’ai également apprécié la vision qu’a l’auteur de l’intégrisme religieux de certains catholiques irlandais.
Pour ne pas dire que du bien de ce très bon roman, j’avoue que j’ai été un peu déçu par la teneur d’une des révélations finales.

Turbulences catholiques (Turbulent Priests, 1999), de Colin Bateman, Gallimard/Série Noire (2007). Traduit de l’anglais (Irlande) par Nathalie Beunat, 368 pages.