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Coupable vous êtes (Usted es la culpable), qui paraît aujourd’hui même chez Asphalte, est un roman du cubain Lorenzo Lunar, le troisième à mettre en scène l’inspecteur Léo Martín.


Résumé

Pedrusco, cireur de bottes et alcoolique bien connu sous le sobriquet de « roi du cirage », découvre sur un trottoir et dans une mare de sang le corps d’un homme à la tête en bouillie. Bien qu’il soit méconnaissable, l’inspecteur Léo Martín découvre assez vite que le cadavre est celui de Francisco Cordié Montero, plus connu à Varadero sous le nom de Panchita. L’ex-prof de sport bisexuel est devenu danseur professionnel avant de se faire des à-côtés en tant que propriétaire et proxénète. Au moment où Léo découvre que l’arme du crime est un marteau à tête plate, comme ceux qu’on utilise en cordonnerie, son ennemi de toujours, Chago le Bœuf, vient au commissariat déposer une plainte pour le vol d’un de ses… marteaux.
Bien que l’envie de coller le meurtre sur le dos du faux ressemeleur et vrai délinquant ne lui manque pas, Léo est convaincu que Chago n’est pas l’auteur du meurtre. Mais qui peut lui en vouloir au point de vouloir lui faire porter le chapeau ? Et quel pourrait bien être le mobile de ce meurtre atroce ? Le règlement de compte d’un rival en affaires ? Une sombre histoire de mœurs ?


Mon avis

Coupable vous êtes est la troisième enquête de Léo Martín après Boléro noir à Santa Clara (L’atinoir, 2009) et La vie est un tango (Asphalte, 2013). On y retrouve avec plaisir Santa Clara et ses habitants, et en particulier Léo, inspecteur bourru mais mais non moins attachant.

Le court roman – il comporte moins de cent-vingt pages – répond bien sûr aux questions précédemment exposées mais prend aussi le temps de s’intéresser à ses personnages, à Santa Clara, et par là, à la société cubaine d’aujourd’hui. On y découvre la galère quotidienne des habitants pour parvenir à se nourrir plus ou moins correctement, le parcours du combattant que doit faire un malade pour obtenir un rendez-vous hospitalier, etc.

Sans toute fois délaisser totalement Tania, la prostituée dont il est tombé amoureux, Léo ne peut s’empêcher de s’envoyer en l’air avec Raquelita. La séduisante et insatiable jeune femme est la fille de Manolito el Buty, un ami d’enfance de Léo, qui lui a demandé de veiller sur elle le temps de ses études en sociologie à Santa Clara. Il prend donc sa mission très à cœur et la surveille, de très près, avec plaisir.

Enquête plutôt classique dans la forme, mais néanmoins efficace, Coupable vous êtes est aussi l’occasion de voyager à Cuba par procuration, de découvrir sa gastronomie (grâce à la mère de Léo, vous connaîtrez la différence entre la caldosa et l’ajiaco) et de se mettre un peu de musique dans les oreilles. Signalons d’ailleurs qu’on trouvera avec plaisir dans les dernières pages une playlist concoctée spécialement par Lorenzo Lunar pour accompagner la lecture de son livre, dans lequel la musique est effectivement assez présente. D’ailleurs le titre original, Usted es la culpable, est celui d’une chanson de Los Panchos – qui est citée dans le roman.

Sans être exceptionnel du point de vue de l’intrigue, Coupable vous êtes s’avère être un efficace petit polar, qui prend le temps de faire voyager son lecteur. Il se lit avec un plaisir certain et l’on retournerait bien volontiers à Santa Clara dans un futur proche. À quand la prochaine enquête de Léo Martín ?

Coupable vous êtes (Usted es la culpable, 2006), de Lorenzo Lunar, Asphalte (2015). Traduit de l’espagnol (Cuba) par Morgane Le Roy, 114 pages.

 

La vie est un tango (La vida es un tango) est un roman du Cubain Lorenzo Lunar initialement paru en 2005.
Sa version française est sortie en juin dernier chez l’excellent éditeur Asphalte (traduction est de Morgane Le Roy).

Résumé

Léo Martin, est commissaire du quartier d’El Condado, à Santa Clara, Cuba. Peu de grandes affaires, juste les histoires du quotidien à régler. Et puis un jeune homme se fait assassiner, peu ou prou au moment où Léo entend parler d’un trafic de lunettes de soleil. Il trouve cela étrange. On ne tue pas des gens pour si peu, si ? Le commissaire veut en avoir le cœur net. Mais pas facile d’enquêter dans le quartier où l’on a grandi, où tout le monde vous connaît, et ne veut plus forcément vous parler depuis que vous êtes passé du côté de la police.

Mon avis

« La vie est un tango, je me suis dit en la regardant, plantée là devant moi.
« La vie est un tango », disait le vieux Cundo chaque fois qu’il se saoulait la gueule.
La vie est un tango, et il nous chantait « Las Cuarenta », « Cuesta Abajo », « Uno » et « Volver »… Il nous emmenait au bar La Concha pour mettre des pièces dans le juke-box et sélectionnait des tangos, toujours plus de tangos.
La vie est un
tango. »

Avec La vie est un tango – joli titre d’ailleurs – Lorenzo Lunar nous plonge au cœur de Santa Clara, qui est d’ailleurs, davantage que Léo, le personnage principal du roman. Immersion totale dans ce quartier populaire cubain où l’on voit évoluer toutes sortes de personnes, des gens tout ce qu’il y a de plus normaux comme certains seconds rôles plus hauts en couleur. Léo, qui fait son retour au quartier après avoir travaillé des années à la capitale, retrouve avec une certaine nostalgie les lieux de sa jeunesse. Il revoit certains avec plaisir, d’autres moins. Malgré la pauvreté, le chômage, les coupures d’électricité, tout le monde essaie de poursuivre son bonhomme de chemin. Mais pour s’en sortir, il n’y a parfois pas trop d’autres choix que de prendre des voies pas tout à fait légales : prostitution occasionnelle, petits trafics en tous genres… Léo, bien conscient de la situation, ferme parfois les yeux. Mais quand il y a mort d’homme, pas question de laisser le crime impuni.

« Aujourd’hui, c’est dimanche.
Il y a on va dire un certain temps, quand j’étais encore môme, les dimanches avaient un autre parfum. Peut-être parce qu’alors je me levais plus tard, quand le soleil était déjà bien haut. Ou simplement parce que c’était diman
che. […]
Mais y a plus de dimanche.
Y’a plus qu’un jour insupportable qui suit un samedi de galères en tout genre et qui précède toujours un détestable lundi. Un jour de scandales et de bagarres dans le quartier. De musique dansante, volume à fond, qui t’explose les tympans, tout ça parce que tu ne peux pas bouger de ton poste à côté du fut de bière et qu’ils t’ont mis les enceintes juste au-dessus de la tête. Torture chinoise.
Jour de cuites, de crises de nerf, de coups de couteau.
Jour de promenade et de détente pour ceux qui peuvent s’offrir ce luxe.
Pour moi, le plus pourri des jours de boulot. […]
C’est dimanche et j’ai comme l’impression que cette journée, je vais jamais en voir le bout.
C’est dimanche. Il est trois heures de l’après-midi, l’heure à laquelle ils ont dézingué Lola, l’heure où les enfants sont trop lourds à porter, l’heure où t’arrives à rien. Il est trois heures de l’après-midi : la pire heure, le dimanch
e. […]
Il fait chaud et je demande à Dieu que, s’il vous plaît, il ne se passe rien, que tout reste calme, que personne ne vienne raconter à Franck le Porc que sa femme le trompe.
Que Lobo ne s’envoie pas un pétard de marijuana et ne se défoule pas sur le premier clampin venu.
Que Gordillo paye les vingt pesos qu’il doit à Felipe le Gro
s Cul…
Qu’il ne se passe rien, bordel.
C’est dimanche, je crève de soif, de chaud, j’ai une sale gueule et j’ai envie de tout envoyer chier, et de préférence le jour où je suis entré dans la police. »

Bien que ce roman n’ait pas les caractéristiques d’un page-turner, on ne s’ennuie pas, pour peu qu’on accepte de se laisser embarquer. Au rythme de Santa Clara, entouré de ses paysages, ses bruits, ses odeurs, on suit Léo et son enquête, laquelle va l’amener à découvrir des vérités que d’aucuns avaient tout intérêt à garder secrètes.

A mille lieues du thriller effréné, Lorenzo Lunar nous offre avec La vie est un tango un agréable séjour à Cuba, et un fort beau roman. Une plume à suivre.

La vie est un tango (La vida es un tango, 2005), de Lorenzo Lunar, Asphalte (2013). Traduit de l’espagnol (Cuba) par Morgane Le Roy, 176 pages.