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Sans la télé est un court roman autobiographique de Guillaume Guéraud paru en 2010 dans la collection doAdo du Rouergue.

41wvjddjwwlRésumé

Enfant puis ado, Guillaume Guéraud n’avait pas la télé.
Au départ, il ne savait même pas trop ce que c’était et s’en moquait éperdument. Mais, arrivé en primaire, tous ses camarades de classes parlaient d’un certain Actarus, qui avait des super-pouvoirs, d’un mec masqué qui manie l’épée comme personne ou d’une petite fille prénommée Laura, qui a marché toute une nuit pour aller prévenir le docteur que son père, Charles, était malade.
Seulement, Guillaume ne connaît pas ces gens-là et se sent un peu exclu des conversations. Quand il finit par oser demander qui sont ces gens qui semblent si intéressants aux yeux de ses copains, et où on peut les rencontrer, ceux-ci ricanent jusqu’à ce que la réponse fuse : « Ben, à la télé ! ».

Mon avis

Forcément, pour ne pas être en reste, Guillaume souhaite avoir une télé, « comme tout le monde ». Seulement, à la maison, sa mère comme son oncle sont catégoriques. La télé « est un poison qui rend con ». On n’en a pas besoin, et puis, il y a bien assez de livres comme ça. Mais les livres ça va cinq minutes. Et rapidement, ils ne suffisent plus à Guillaume. Sa mère trouve ensuite une autre solution : grande cinéphile, elle l’amène alors très régulièrement avec elle au cinéma.

Pour le petit Guillaume, c’est une révélation, et le début d’une longue histoire d’amour avec le grand écran. Il a même le droit d’aller voir des films « pour les grands », tant qu’il ne fout pas le bazar dans la salle.

« Et même si elle ne m’emmène pas voir des films pour enfants, même si elle m’emmène juste voir les films qu’elle veut voir, même si je ne comprends pas les films qu’elle m’emmène voir, je suis sage.
Et je vois des images gigantesques. Je vois une ville en flammes et je vois des rats en cage. Je vois des couleurs étincelantes et je vois le faisceau du projecteur trouer l’obscurité et je vois des ombres ramper sur l’écran. Je vois des chevaux soulever de la poussière et je vois des personnages s’embrasser et je vois des filles danser à poil et je vois une foule de visages apeurés. Je vois des choses que je n’ai jamais vues et je vois des choses que je suis certain de ne plus revoir. Je vois la vie éclater et je vois trois millions de secousses agiter le monde. Et je vois des miracles.
Et ça me plaît. Je ne comprends pas le quart des choses qui défilent devant les yeux mais ça me plaît. »

Dès lors, chaque chapitre est consacré à une anecdote qui lie à tout jamais un film à l’histoire personnelle de Guillaume.
Il voit le petit Edmund, regardant Berlin en ruines du haut de son immeuble.
Il voit un extraterrestre gentil et communiste (« Mais si ! Le bout de son doigt est rouge »).
Il pleure la mort de Gelsomina et le chagrin du grand Zampano.
Il pleure aussi en voyant ce type chercher désespérément son vélo dans les rues de Rome.
Et puis il grandit, et va voir des films sans sa mère, en cachette.
Mais il manque de se faire dessus devant cette petite fille possédée.
Il regarde beaucoup de westerns et rêve d’être Gregory Peck pour pouvoir embrasser Jennifer Jones, ne serait-ce qu’une fois.

Enfant sans télé comme lui (d’ailleurs, je n’en ai pas plus aujourd’hui), je me suis complètement retrouvé dans ce court roman autobiographique.
Guillaume Guéraud transmet avec talent et émotion ses souvenirs d’enfance et nous offre par la même occasion une belle ode au septième art. Un court texte très recommandable.
Pour ma part, je n’allais pas beaucoup au cinéma, pas autant que lui en tout cas, loin de là. Mais j’ai toujours énormément lu. Et dans mes souvenirs de lecture tenaces, il y a une place à part pour les romans de Guillaume Guéraud.
J’ai voulu être journaliste comme Alexandre dans Les chiens écrasés.
J’ai été amoureux de Joey et découvert la guerre d’Indochine avec Coup de sabre.
Plus tard, j’ai compris la haine de Martial dans Je mourrai pas gibier qui est sans doute, bien que sombre, le meilleur roman de l’auteur.
Tiens, c’est malin, ça me donne envie de tous les relire…

Sans la télé,de Guillaume Guéraud, Rouergue / doAdo (2010), 101 pages.

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Les trois vies d’Antoine Anacharsis est un roman (jeunesse) d’Alex Cousseau paru au Rouergue en 2012.

Résumé

C’est en 1831, au large de Nosy Boraha, petite île de l’océan indien, que naît Taan (ou Antoine), de deux parents enlevés par des Anglais pour être vendus comme esclaves. Il est repêché miraculeusement après le naufrage du bateau qui devait les amener en Équateur, avec autour du cou un médaillon dans lequel est enfermé un mystérieux parchemin. Sur ce dernier, un cryptogramme, censé pouvoir conduire à un trésor, celui de son ancêtre La Buse, célèbre pirate des mers du Sud.

Mon avis

Si je suis loin d’avoir lu toute l’œuvre du prolifique finistérien (tiens tiens !) Alex Couseau, j’ai dévoré plus jeune quelques uns de ses romans (Poisson-lune, Le cri du phasme, Sanguine…) et j’ai plaisir à le relire à l’occasion.

Dans celui-ci, l’auteur adopte un point de vue original. Il fait d’Antoine son narrateur, à la première personne. Jusque là, rien d’exceptionnel. Mais surtout, il le fait raconter son histoire avant-même sa naissance. En effet, durant le premier tiers du livre, il nous raconte l’histoire de ses ancêtres et celle de ses parents depuis l’intérieur du ventre de sa mère. Ce petit côté « Kirikou » ne plaira peut-être pas aux amateurs de réalisme à tout prix mais le procédé est très intéressant.

« Pour l’heure, je suis au chaud au fond du ventre, plié comme le mystérieux bout de papier à l’intérieur du médaillon que ma mère porte autour du cou.
De la taille d’un haricot. Je germe. Mon cœur est une petite bosse, mes yeux deux courtes saillies, mes lèvres restent à dessiner, avec les deux minuscules fentes que sont mes oreilles je n’entends pas encore les bruits, mais déjà ma mère communique avec moi.
Ses mots me cajolent. Ma mère me raconte mon histoire, la sienne et celle de nos ancêtres. Elle me parle à sa façon, de sa petite voix intérieure, une voix muette et fluide, comme un filet de sang parmi tous les autres sangs mêlés à l’intérieur de mes veines. Je suis malgache, français jamaïquain, écossais, russe… Tout à la fois. Je suis du monde entier, ou bien je suis de nulle part. Je suis juste là, présent dans le ventre. Je grandis, je dors, je me nourris de cette voix et de ce sang. Parfois, je sens le corps de ma mère vibrer, et elle me dit ce qui se passe à l’extérieur. »

Roman picaresque autant que d’aventures, Les trois vies d’Antoine Anacharsis verra l’enfant, puis le jeune homme, voyager aux quatre coins du globe et vivre mille aventures en gardant à l’esprit un objectif : retrouver le trésor de son ancêtre. Des États-Unis, où il part à la recherche d’Edgar Allan Poe au Cap Horn où il essuie des tempêtes sur un baleinier (clin d’œil au Moby Dick de Melvile).

Alex Cousseau prend plaisir à lui faire croiser la route de personnages ayant réellement existé. D’Edgar Allan Poe aux sœurs Fox en passant par Phineas Gage. L’ancêtre d’Antoine dans le roman, le pirate Olivier Levasseur, dit « La Buse », a lui aussi existé, et aurait à ce qu’on raconte laissé derrière lui un trésor. Prononcés sur le gibet où on allait le pendre, « Mes trésors à qui saura comprendre », furent ses derniers mots. Dans tous les cas, le cryptogramme en question existe vraiment (il est d’ailleurs reproduit tel quel dans le roman). Jamais déchiffré à ce jour, il continue d’attiser la curiosité de certains.

Avec Les trois vies d’Antoine Anacharsis, Alex Cousseau confirme une fois de plus ses talents de conteur et propose à son lectorat, jeune ou moins jeune, un très beau roman d’aventures. Un auteur à découvrir pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore.

Les trois vies d’Antoine Anacharsis, d’Alex Cousseau, Rouergue (2012), 329 pages.