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L’homme de Lewis est un roman de l’Écossais Peter May paru aux éditions du Rouergue en 2011.

Il s’agit du second tome de la « trilogie de Lewis » mettant en scène le personnage de Fin McLeod.

Résumé

Fin McLeod a consécutivement perdu son fils, fauché par un chauffard, puis sa femme, qui a préféré quitter l’homme qu’il est devenu. Seul et déboussolé, il ne sait plus quel sens donner à sa vie. Traumatisé par la mort de Robbie, ne sachant où aller ni même quoi faire – il a démissionné de la police –, il décide de quitter Édimbourg pour rentrer chez lui, sur son île natale.

Dans une tourbière de l’île de Lewis, le corps d’un jeune homme est retrouvé en bon état, comme momifié dans la tourbe. La police n’a aucune piste mais l’ADN donne miraculeusement un résultat, reliant le corps de la victime à Tormod MacDonald, le père de Marsaili, l’amour de jeunesse de Fin. C’est donc assez naturellement que ce dernier va être amené à proposer ses services à George Gunn, l’un des policiers en charge de l’enquête.

Mon avis

Après l’avoir découvert avec grand plaisir dans L’île des chasseurs d’oiseaux, c’est avec le même enthousiasme que l’on retrouve Fin McLeod et l’île de Lewis. Comme dans le premier opus, Peter May nous décrit avec un talent certain les coins magnifiques et sauvages de ces îles des Hébrides, Lewis tout particulièrement. Pour ceux qui voudraient poursuivre le voyage, l’auteur a publié un livre de photographies de toute beauté avec son ami photographe David Wilson : L’Écosse de Peter May.

La construction du roman est intéressante, l’auteur faisant alterner les points de vue et les personnages ainsi que les époques. On suit (à la troisième personne) l’enquête par le truchement de Fin et de l’inspecteur Gunn, tandis que certains chapitres, racontés à la première personne, nous plongent dans les pensées désorganisées de Tormod.

En suivant le vieil homme, atteint de problèmes de mémoire, on découvre son quotidien peu glorieux. Sans en avoir l’air, l’auteur fait s’interroger le lecteur sur les conditions de vie de certaines personnes âgées, enfermées « pour leur bien », mais souvent contre leur gré, dans des établissements spécialisés où le personnel n’est pas toujours tendre avec elles. Par moments, l’enfermement replonge Tormod dans son passé, à une époque où il était encore enfant et placé dans un austère orphelinat.

Sans trop en dévoiler, disons que L’homme de Lewis est aussi un beau roman sur les secrets familiaux. Qui sont vraiment ces proches que l’on croit connaître ?

Après le succès de L’île des chasseurs d’oiseaux, Peter May confirme tout le bien qu’on pensait de lui dans ce second tome de la « trilogie de Lewis ». C’est avec plaisir que le lecteur retrouvera Fin, Marsaili et les autres dans le troisième opus paru en 2012, Le braconnier du lac perdu.

L’homme de Lewis (The Lewis Man, 2011), de Peter May, éditions du Rouergue (2011). Traduit de l’anglais (Écosse) par Jean-René Dastugue, 314 pages.

L’île des chasseurs d’oiseaux (The Blackhouse) est un livre de Peter May, un romancier et scénariste écossais installé en France depuis des années.
Ce roman, le premier d’une série mettant en scène Fin McLeod et l’île de Lewis, est paru aux éditions du Rouergue en 2009.

Résumé

Île de Lewis, au nord de l’archipel écossais des Hébrides.
Un jeune couple découvre dans un hangar à bateaux un homme fraîchement pendu et éventré. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un meurtre et il semblerait que le modus operandi soit le même que celui employé pour un autre meurtre, perpétré à Édimbourg. C’est pourquoi la police locale fait appel à Fin McLeod, qui a enquêté là-bas sur ce premier meurtre. Pour Fin, retrouver Lewis n’est pas anodin. C’est sur cette île qu’il est né et qu’il a grandi, avant de faire le choix de la quitter.

Mon avis

« Les gens nés dans les années cinquante décrivent parfois leur enfance en évoquant des tons bruns. Un monde sépia. J’ai grandi dans les années soixante-dix et mon enfance fut violette.
Nous vivions dans ce que l’on appelle une whitehouse, à un peu moins d’un kilomètre du village de Crobost. Ce village faisait partie de la commune de Ness, située sur la pointe la plus au nord de l’île de Lewis, qui était elle-même l’île la plus au nord de l’archipel écossais des Hébrides extérieures. Les whitouses dataient des années vingt. Les murs étaient faits avec de la pierre et de la chaux ou avec des blocs de béton, et les toits étaient couverts d’ardoise, de tôle ondulée ou de feutre bitumé. Elles avaient été construites pour remplacer les anciennes blackhouses, qui étaient consituées de murs de pierres sèches et d’un toit de chaume, et dans lesquelles s’abritaient hommes et bêtes. Un feu de tourbe brûlait nuit et jour dans la pièce principale. Il n’y avait pas de cheminée et la fumée était censée s’évacuer par un trou pratiqué dans le plafond. Bien sûr, ce n’était pas très efficace. Les maisons étaient toujours enfumées et l’espérance de vie assez courte.
»

Peter May est un romancier et scénariste écossais installé en France depuis des années. Certains le connaissent pour sa série se déroulant essentiellement à Pékin. Avec L’île des chasseurs d’oiseaux, il délaisse la Chine pour son pays, l’Écosse, et plus particulièrement Lewis, la plus septentrionale des îles des Hébrides. Paysages, traditions, habitants, etc. Il décrit l’endroit à merveille et avec une certaine chaleur qui ne laisse pas le lecteur indifférent.

« Sans un mot, Artair recula sa chaise et se dirigea vers le bar pour y faire remplir son verre. Fin restait assis, regardant fixement la table. Il n’y avait pas de mots pour décrire la tristesse qu’il éprouvait à voir son ami d’enfance aussi amer. La vie passait en un éclair, comme un bus pendant une nuit pluvieuse à Ness. Il fallait s’assurer d’être vu pour qu’il s’arrête et que vous puissiez y monter, sans quoi il partait sans vous, et vous vous retrouviez obligé de rentrer chez vous à pied, dans le vent et sous la pluie. Il se disait qu’à sa manière, il était comme Artair, poursuivi par l’idée de ce qui aurait pu être, d’avoir raté ce bus. Rendu amer par ses échecs. Le regarder lui renvoyait sa propre image, et il n’aimait pas ce qu’il voyait. »

À l’instar du marshal Raylan Givens, héros de la série télévisée Justified, Fin McLeod est ramené pour les besoins d’une enquête dans le seul endroit où il ne voulait retourner pour rien au monde : chez lui. À un moment de sa vie, il a eu du mal à faire le choix salutaire de quitter son île natale, alors la retrouver n’est pas chose aisée. En pas loin de vingt ans, peu de choses ont changé finalement, sinon que les gens ont vieilli. Le policier retrouve son meilleur ami d’enfance, Artair, lequel s’est marié depuis avec Marsaili, le premier amour de Fin, avec qui il a eu un fils, Fionnlagh.

Au gré des chapitres et fort habilement, Peter May entremêle les époques, les événements passés venant faire écho au présent des protagonistes. Fin se rappelle avec nostalgie de son enfance, des quatre-cent coups qu’il a pu faire avec ses camarades d’école, des premières ivresses et du temps où Marsaili et lui étaient inséparables. Chômage, alcoolisme, obésité, dépression…Voir ce que sont devenues ces personnes lui fait mal au cœur. Fin se souvient aussi de son périple sur An Sgeir, un rocher perdu au milieu de l’Atlantique Nord où les hommes de son village vont une fois par an chasser le guga (terme gaélique désignant un jeune fou de Bassan) comme on va en pèlerinage. Cette tradition séculaire et périlleuse se poursuit malgré l’activisme des défenseurs des animaux, et Fionnlagh va à son tour se rendre sur l’île des chasseurs d’oiseaux pour la première fois.

« Voilà bien une chose à laquelle il n’avait pas pensé depuis des années. Guga était le terme gaélique pour désigner un jeune fou de Bassan, un oiseau que les hommes de Crobost chassaient lors d’un voyage de deux semaines qui avait lieu chaque mois d’août et qui les menait sur un caillou, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de la pointe de Lewis. Ils l’appelaient An Sgeir. « Le rocher », tout simplement. Des falaises de cent mètres, battues par les tempêtes, qui émergeaient de l’océan. Chaque année, à cette période, elles étaient envahies par des fous de Bassan, venus nidifier, et leur petits. C’était l’une des plus importantes colonies de fous de Bassan au monde et, depuis plus de quatre siècles, les hommes de Ness y faisaient un pèlerinage, affrontant les mers déchaînées sur des barques, afin de ramener leurs prises. Maintenant, il s’y rendaient à bord d’un chalutier. Douze hommes de Crobost, le dernier village de Ness à perpétuer la tradition. Ils passaient quatorze jours sur le rocher, à la dure, escaladant les falaises par tous les temps, au risque de leur vie, pour piéger puis tuer les oisillons dans leurs nids. À l’origine, le voyage était motivé par la nécessité de nourrir les villageois restés à terre. Désormais, le guga était surtout un mets de choix, très recherché sur l’île. La loi limitait les prises à deux mille oisillons, une exception inscrite dans la loi pour la protection des oiseaux qui avait été votée par la Chambre des communes à Londres, en 1954. Pour qu’une famille puisse espérer manger du guga, il fallait donc qu’elle ait de la chance, ou d’excellentes relations. »

L’enquête est volontairement lente, elle piétine, avance par à-coups, avant que tout ne s’accélère dans les dernières pages. Les rebondissements y sont nombreux, spectaculaires et imprévisibles, même si certaines révélations peineront peut-être à convaincre les lecteurs les plus sceptiques.

Avec L’île des chasseurs d’oiseaux, Peter May signe à la fois un roman policier efficace et une superbe déclaration d’amour à l’île de Lewis, qu’il semble connaître mieux que personne. Les lecteurs emballés par cette virée dans les Hébrides pourront retrouver Fin McLeod dans d’autres enquêtes, L’homme de Lewis et Le braconnier du lac perdu.

L’île des chasseurs d’oiseaux (The Blackhouse, 2009), de Peter May, éditions du Rouergue (2009), Traduit de l’anglais (Écosse) par Jean-René Dastugue, 374 pages.

Nouvelles d’Écosse (Hope) est un recueil de nouvelles de Laura Hird publié en français en 2012 par les éditions 13e note.

Résumé

Un homo un peu paumé s’installe chez une riche dame qui pourrait être sa mère. Une femme se réveille avec un ado dans son lit et aucun souvenir de la soirée de la veille. Un fan de foot perd son meilleur ami supporter dans un accident de voiture et se rend à son enterrement. Une jolie femme adore rendre les hommes complètement dingues. Une adolescente est prête à tout pour qu’un photographe réputé lui tire le portrait. Une jeune femme se retrouve sans affaires dans un endroit inconnu sans aucune idée de comment elle est arrivée là.

Mon avis

« De toute façon, elle ne l’aimait pas. C’était juste un connard qui lui payait des verres, la laissait conduire sa bagnole et le traiter comme de la merde. La simple idée qu’elle avait failli s’installer avec ce débile la faisait se réjouir de son absence. Elle espérait qu’il soit mort. Jetant un coup d’oeil vers le type auquel elle avait demandé l’heure, elle vit qu’il la matait toujours en souriant. Elle lui rendit son sourire. Édimbourg était plein de trous du cul névrosés n’attendant qu’une seule chose : qu’on les maltraite. »

Voilà quelques-uns des points de départ des onze nouvelles qui composent ce recueil. Hope, la première d’entre elles (et qui donne son titre au recueil en anglais), est de loin la plus longue, avec ses 70 pages – les autres nouvelles font 10-20 pages. Elle raconte la vie d’un homme perdu dans sa vie, qui n’a aucun projet à part se prendre une nouvelle cuite. Il tombe par hasard sur une vieille dame, Hope, veuve et richissime, qui accepte de l’héberger gracieusement. Une complicité naît rapidement entre eux. Dans cette nouvelle comme dans les autres, Laura Hird dresse un sombre portrait d’Édimbourg, où personne n’est épargné par les malheurs de la vie, du bobo à l’adolescente sans le sou. Alcoolisme, solitude, mort, sexualité, folie, etc. : l’auteur ne connaît pas les sujets tabous, et c’est tant mieux.

« Le pasteur, une femme, nous fait un petit speech à propos de Ronnie, le même qu’elle doit prononcer douze fois par jour. Comme aucun d’entre nous n’a été contacté, il n’est question que de travail, famille, patrie et bonnes mœurs. À l’entendre, on croirait qu’il était mormon, le mec.
On prie, puis on fait semblant de chanter un hymne que personne n’a l’air de connaître. Il n’y a pas de livret de chants au fond de la salle, ce qui rend la chose encore plus ridicule. Qu’est-ce que toutes ces simagrées ont à voir avec Ronnie ? Ils feraient mieux de passer Rod Steward ou Stevie Wonder. On devrait tous entonner un chant des Hearts – enfin je sais pas, quelque chose qu’il aimait, non ? Ronnie ne croyait même pas en Dieu. Qui y croit encore, d’ailleurs, à part quelqu’un comme Bono ? »

Un peu à la manière d’un photo-reporter, elle observe tout ce beau monde sur le terrain, au ras du bitume, et nous livre ses observations sous le nez, sans artifices, avec un réalisme exacerbé et parfois dérangeant. Quelques nouvelles, inintéressantes, ne resteront pas dans les mémoires. Heureusement, la plupart d’entre elles valent le détour, pour leurs personnages ou leur chute.

Le moins qu’on puisse dire c’est que les nouvelles de Laura Hird ne sont pas roses. Mais la vie l’est-elle ? Un sombre recueil, à éviter avant de partir en Écosse si vous n’avez pas d’assurance annulation.



Nouvelles d’Écosse
(Hope, 2006), de Laura Hird, 13e note éditions (2012). Traduit de l’anglais (Écosse) par Alain Defossé, 234 pages.