Articles Tagués ‘Etats-Unis’

Blanc sur noir (Thin Walls) est un roman de Kris Nelscott réédité par les éditions de l’Aube en septembre.
Il avait déjà été publié en 2006 et la traduction est de Luc Baranger.

41ve3pdfgwlRésumé

Chicago, 1968.
Suite à sa précédente enquête, Smokey Dalton a dû fuir Memphis. Il vit désormais dans la Ville des vents et sous une fausse identité. Mais puisqu’il faut bien faire bouillir la marmite, il tente l’improbable pari de continuer à travailler comme détective privé sans être en règle ni se faire repérer par les autorités.
Madame Foster, dont le mari vient d’être assassiné, vient voir Smokey et lui demande d’enquêter sur la mort de ce dernier puisque la police ne semble pas en faire une priorité. Tout dentiste qu’il était, il faut dire que Louis Foster était noir. Dans ces années 1960 mouvementées, un Noir de plus retrouvé mort dans un parc public, ce n’est pas ce qui préoccupe le plus les autorités…

Mon avis

Kris Nelscott a principalement écrit de la fantasy, avec son vrai nom, Kristine Kathryn Rusch, ou sous d’autres pseudonymes. Sous celui-ci, elle écrit la série consacrée à Smokey Dalton qui compte aujourd’hui sept titres, les cinq premiers ayant été publiés en France par les éditions de l’Aube.

Dans l’idéal, il vaut d’ailleurs mieux les lire dans l’ordre, sans doute. Blanc sur noir commence ainsi juste après la fin de A couper au couteau et des références sont également faites au premier opus, La Route de tous les dangers. Après leurs (més)aventures à Memphis et la mort de Martin Luther King, Smokey et le jeune Jimmy tentent de refaire leur vie à Chicago donc.

Mais ici comme ailleurs aux États-Unis dans les années 1960, lorsqu’on a le malheur d’être né avec une peau un peu trop pigmentée, la vie n’est pas de tout repos. À travers le regard de Smokey et des autres personnages, Kris Nelscott nous donne à voir l’horrible réalité de la ségrégation encore à l’œuvre. On ne peut louer ou acheter dans certains quartiers ; on ne peut faire ses courses dans tous les magasins ; on ne peut prendre tous les transports en commun. Et donc, on peut être un dentiste de bonne réputation et mourir assassiné dans un parc sans que ça n’émeuve plus que ça les forces de l’ordre. Même si quelques Afro-Américains commencent, à la marge et sans grand pouvoir, à travailler dans la police.

Le contexte est très bien rendu et intéressera de nombreux lecteurs. L’intrigue – ou plutôt les intrigues, car l’histoire comporte plusieurs ramifications – concoctée par Kris Nelscott n’est pas en reste. Sur fond de racisme, cette histoire passionnante du début à la fin connaît plusieurs rebondissements dramatiques. Le roman, très épais au format poche avec ses quelque six cent cinquante pages, se lit finalement très rapidement tant l’histoire est prenante et les personnages attachants.

Les éditions de l’Aube font bien de republier en poche cette série, initialement parue à partir de 2005. Se déroulant au sein de la communauté noire aux États-Unis à l’époque du mouvement des droits civiques, ces titres sont visiblement de qualité et méritent d’être lus.

Blanc sur noir (Thin Walls, 2002), de Kris Nelscott, L’Aube/Noire (2018). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Luc Baranger, 650 pages.

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Mauvaises graines (Ugly Girls), premier roman de Lindsay Hunter vient de paraître à la Série Noire. Il nous vient des Etats-Unis et est traduit par Samuel Todd.

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Baby Girl et Perry sont deux adolescentes qui s’ennuient. Elles ne vivent pas des vies plus atroces que d’autres, mais elles s’entraînent l’une l’autre dans les conneries. Sécher les cours, voler des babioles dans les supérettes, et bientôt, quitter leur foyer la nuit pour sortir s’éclater. Boire, rencontrer des garçons et même, « emprunter » des voitures pour le simple plaisir de rouler dans la ville la nuit.
Les deux jeunes femmes ne pensent pas à mal. Elles ne pensent pas vraiment en fait. Elles essaient juste de tromper l’ennui.
Sur les réseaux sociaux, elles font la connaissance de Jamey, qui lui aussi trouve le temps long. Les discussions s’enchaînent, et la rencontre semble se préciser.

Mon avis

Premier roman de Lindsay Hunter donc, Mauvaises graines s’intéresse principalement à l’adolescence des classes moyennes américaines et ce qu’elle comporte d’ennuyant. Inanité qui amène elle-même à braver les interdits, à prendre des risques – souvent inutiles – pour le simple plaisir de la montée d’adrénaline que cela procure.

Complices, Baby Girl et Perry le sont. Pour autant on ne peut pas dire qu’elles soient véritablement amies. Baby Girl envie Perry, belle sans essayer de l’être, tandis qu’elle, quelconque, doit adopter des looks extrêmes pour essayer de se démarquer. Aimantant les regards masculins, Perry horripile parfois Baby Girl, presque invisible aux yeux des hommes.

Si le frère de Baby Girl est devenu handicapé depuis un grave accident, aucun véritable drame dans la vie familiale de Perry. Une mère aimante, quoiqu’ayant un penchant pour la bière pour tromper l’ennui des longues journées solitaires dans sa caravane ; un beau-père gardien de prison et bienveillant sur qui elle peut compter.
Malgré tout, les jeunes femmes ont mis le doigt dans un engrenage, celui de la recherche des sensations. Tant que ça passe, on continue… Mais jusqu’où peut-on sortir du cadre et braver les interdits sans se faire rattraper par la patrouille ? Forcément, ce genre de jeu, de plus en plus dangereux, est inéluctablement amené à prendre fin.

Mettant en scène des personnages quelconques dans leur vie quelconque, Mauvaises graines est un intéressant roman sur la vacuité et l’absence de perspectives. Lent dans son rythme mais plutôt prenant malgré tout, il connaît quelques rebondissements, glissant peu à peu vers le drame.

Mauvaises graines (Ugly Girls, 2014), de Lindsay Hunter, Gallimard/Série Noire. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd, 288 pages.

Mercy, Mary, Patty est un roman de Lola Lafon paru en 2017.

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Le 4 février 1974, Patricia Hearst, petite-fille d’un magnat de la presse et âgée de 19 ans est enlevée alors qu’elle se trouvait dans son appartement du campus de l’université de Berkeley.
Le rapt est parfaitement planifié et revendiqué par l’Armée de libération symbionaise, groupuscule d’extrême gauche qui avait déjà fait parler de lui l’année précédente à Oakland en tuant un directeur d’école, accusé par eux de fascisme.
Des enregistrements de Patty parviennent à la famille et à la presse, notamment pour demander le versement d’une contrepartie contre sa remise en liberté. Au fur et à mesure de l’envoi de ces bandes, Patty semble se rapprocher des idées/idéaux de ses ravisseurs. Certains y verront un « lavage de cerveau » à l’œuvre, d’autres une prise de conscience politique.

Mon avis

Voilà pour les faits. Sauf que Lola Lafon n’aborde pas ce faits divers aussi frontalement, mais par l’intermédiaire d’autres personnages et d’autant d’anecdotes.
L’on suit Gena Neveva, une professeur au fort caractère, chargée par l’avocat de Patricia Hearst de rédiger un rapport pour faciliter le travail de la défense au procès Hearst, qui doit bientôt s’ouvrir à San Francisco. L’on s’intéresse aussi à Violaine, une étudiante française qui assiste Mme Neveva dans ses travaux, elle qui a été invitée à passer un an dans une petite commune des Landes.
On l’avait déjà observé avec plaisir dans La petite communiste qui ne souriait jamais (qui s’intéressait au parcours exceptionnel de la gymnaste soviétique Nadia Comăneci), Lola Lafon est véritablement douée pour donner à voir des évènements réels et des personnages existants par l’intermédiaire d’un récit qui emprunte beaucoup au romanesque sans jamais s’éloigner de la réalité pour autant. En déstructurant la chronologie et en abordant les évènements par des sentiers détournés, elle offre une lecture différente du faits divers, à mille lieues d’un article de presse ou d’un résumé d’encyclopédie.
Comme l’indique le titre, le roman s’intéressera aussi – plus brièvement – à d’autres jeunes femmes qui ont radicalement tourné le dos à leur milieu d’origine, à d’autres moments de l’Histoire et dans de tout autres contextes : Mercy Short et Mary Jamison.

Intelligent sans jamais être rasant, Mercy, Mary, Patty est un récit qui passionnera plus d’un lecteur. Pour autant, Lola Lafon ne juge pas et le récit apporte en vérité plus de questions que de réponses, mais on ne s’en plaint pas.

Mercy, Mary, Patty, de Lola Lafon, Actes Sud (2017), 233 pages.

Animaux solitaires (Lonesome Animals, 2012) est le premier roman de Bruce Holbert.
Il est paru en 2013 aux éditions Gallmeister et a été traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias.

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Comté de l’Okanogan, État de Washington, 1932.
Russell Strawl a beau être un ancien shérif respecté, il est la violence incarnée. Ou peut-être est-ce précisément pour cela qu’il est respecté ? Toujours est-il qu’il a sa façon bien à lui d’interpréter la loi et de la faire régner.
Lorsque plusieurs Indiens sont retrouvés massacrés quasi « artistiquement », et sans qu’on trouve le moindre indice, c’est tout naturellement que la police locale demande à Strawl de remettre le pied à l’étrier. Et pour neutraliser le tueur, on lui laisse carte blanche.

Mon avis

Bien que quasi contemporain, Animaux solitaires peut aisément être qualifié de western. D’ailleurs, l’intrigue pourrait se dérouler en 1860 que ça ne changerait pas grand-chose au récit. On y retrouve les figures habituelles : Indiens, policiers blancs, saoulards et autres délinquants à la petite semaine… Surtout, il y a chez Bruce Holbert ce souffle épique propre au genre.

Pour autant, l’auteur peut aussi prendre, en passant, le temps de décrire un oiseau, la beauté d’une roche particulière ou la recette du plat d’un personnage sans que ça ne vire au manuel d’ornithologie, de géologie ou au livre de cuisine – et l’on est pas étonné alors que le texte ait été publié par Gallmeister, fervent passeur de nature writing.

 » Strawl jouissait d’une certaine notoriété en tant que cavalier – et comme représentant de l’ordre, d’un renom bien plus considérable même si celui-ci devait beaucoup à ses turpitudes. […] Il accepta d’honorer l’événement de sa présence à condition que celle-ci ne fût pas annoncée publiquement. La raison de cette exigence n’avait pas grand chose à voir avec la modestie. Sa réputation était telle qu’il serait remarqué par toute personne qui le croiserait, qu’il monte sur une estrade ou qu’il circule dans une automobile décapotable. Elle était telle, également, qu’un visiteur sur deux avait une raison de le tuer ou de le blesser. « 

Les personnages sont hauts en couleurs et globalement assez détestables. Strawl surtout, pour sa facilité à user de la force à la moindre contrariété. Quant à Elijah, fils adoptif de ce dernier – on apprend rapidement que le shérif l’a recueilli alors qu’il était un nourrisson abandonné – il ne parle quasiment qu’en citant la Bible et se prend pour un prédicateur.

« Il annonçait à sa mère la venue de chaque saison et en l’espace de quelques semaines le pays se couvrait des première gelées d’automne, puis deux mois plus tard de trois centimètres de neige et encore quatre mois après cela, des premiers boutons d’or. Il fut réprimandé par le curé qui lui dit que même un ignorant pouvait prévoir les saisons à trois semaines près. Cependant, Elijah savait même à ce moment-là que les vérités d’un présage se trouvent moins dans les détails que dans l’audace nécessaire pour les proclamer. Le principal, expliqua Elijah au curé, n’était pas que le messie arrive un mercredi ou un jeudi, mais qu’il arrive, et ceux qui avaient annoncé sa venue recevaient alors la confirmation de leur sagesse et ceux qui en avait douté, celle de leur ignorance et de leur manque de foi. Le curé le gifla pour son insolence et les garçons placés derrière lui ricanèrent, car à peine dix minutes plus tôt Elijah leur avait prédit la réaction du prêtre. »

Animaux solitaires, s’il est un roman fort réussi, vaut davantage pour cette fougue dans la narration et ses belles descriptions que pour l’intrigue à proprement parler, succession de meurtres et de courses-poursuites dans les grands espaces.
Signalons par ailleurs que Bruce Holbert n’épargne pas au lecteur la vue des sévices, particulièrement abjects, infligés par le tueur à ses victimes. Certains passages sont donc à déconseiller aux âmes les plus sensibles.

Animaux solitaires (Lonesome Animals, 2012), de Bruce Holbert, Gallmeister / Noire (2013). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias, 360 pages.
Disponible depuis en poche : Gallmeister / Totem (2017), 320 pages.

Un bouddhiste en colère est le troisième roman de Seth Greenland paru en 2011 aux éditions Liana Levi (après Mister Bones et Un patron modèle).

Résumé

Jimmy Duke était flic. Jimmy Duke était marié. Jimmy Duke était alcoolique. Mais ça, c’était avant.
Jimmy a décidé de se reprendre en main, notamment par le biais de la méditation. Seulement, avec les frères qu’il a, mener une vie tranquille n’est pas de tout repos. Randall, prétendant au congrès aux dents longues lui demande de l’aide pour mener à bien sa campagne face à Mary Swain, la redoutable candidate adverse, mère de famille (top-)modèle un peu trop sexy pour laisser les électeurs masculins insensibles. Quant à Dale, l’autre frère, handicapé, il sort tout juste de prison mais pense déjà à monter un nouveau coup.

Mon avis

Autant l’avouer d’emblée, Un bouddhiste en colère est du genre difficile à résumer. Disons qu’autour de Jimmy gravitent un certain nombre de personnages, qui ont différents types de rapports plus ou moins officiels. Randall et Kendra sont mariés. Kendra et Nadine sont amantes (lors d’une virée au Mexique et sur un coup de tête, elles se sont fait tatouer ensemble un Hello Kitty sur la fesse gauche). Nadine voit aussi Hard – un policier proche de la retraite qui souhaiterait divorcer de sa femme Vonda Jean. Tout ce beau monde paraît lisse mais se trompe allègrement à la moindre occasion.

« Hard a besoin d’un plan concret. Il a besoin de divorcer, et il a besoin de s’assurer que Nadine ne lui causera pas d’ennuis. Il finit sa bouteille de bière d’un trait. Il se lève pour aller en chercher une autre dans le frigo. Fléau racle sa gamelle. Hard s’aperçoit que ce n’est pas bon signe d’envier son chien. Quand vous enviez votre chien, c’est qu’un truc cloche sérieusement dans votre vie. »

Jimmy, quant à lui, essaie tant bien que mal de rester calme. Pour ce, il a toute une panoplie d’exercices que lui a conseillés sa coach de méditation en ligne. Il peut par exemple regarder un DVD qui transforme sa télé en aquarium tropical ou collectionner les photos des chiens qu’il croise dans la rue et qu’il colle ensuite dans un cahier spécial qui fait sa fierté. Lorsqu’il commence à s’énerver après quelqu’un, il doit s’efforcer de visualiser la personne en question s’élever dans les airs dans une grosse bulle rose. Normalement, ça marche.

« Il n’est pas facile de créer une ambiance festive dans une soirée dont le but est de proscrire les rapports sexuels à des personnes dont la sexualité traverse une période tumultueuse. Voilà pourquoi la salle de bal vibre de conversations un peu tendues. Des pères débordant d’affection et des filles penaudes, certaines allant encore à la maternelle alors que d’autres sont à l’université forment des petits groupes gênés pendant qu’un quatuor à cordes joue un mélange de cantiques et de chansons des Carpenters. Les pères sont aussi nerveux que peuvent l’être des Blancs d’un certain âge en smoking : ils auraient l’air plus détendus s ‘ils étaient morts. Leurs filles, qui portent toutes des robes de bal dans les tons pastel, sont plus décontractées, du fait de leur jeunesse, mais le rôle qui leur a été assigné pour la soirée a pour effet de contenir le niveau d’excitation. La plupart ne voulaient pas venir, mais la solidarité s’impose entre détenues. »

Si le scénario n’est pas des plus limpides, Un bouddhiste en colère se lit néanmoins très bien. Seth Greenland parvient à rester cohérent – tout retombe finalement sur ses pattes – tout en partant dans des épisodes plus foutraques et hilarants les uns que les autres. On retiendra notamment les scènes impliquant un chien qui brûle ou un tueur salement amoché ne trouvant rien de mieux qu’une couche de bébé pour éponger son visage ensanglanté. L’éditeur évoque Tarantino en quatrième de couverture. Il y a de ça, pour le côté énergique, voire violent. Mais c’est souvent beaucoup plus drôle. Entre ces quelques séquences épiques, l’auteur prend un malin plaisir – et nous avec – à égratigner avec un humour caustique la « bonne » société américaine et ses dérives, les politiciens et les policiers n’étant pas les derniers ciblés.

Amateurs d’intrigues rectilignes, sérieuses et bien ficelées, passez votre chemin sans regrets. Mais si vous aimez l’humour qui grince, les personnages déjantés et n’êtes pas contre un côté « grand n’importe quoi organisé », Seth Greenland pourrait bien vous contenter et, à la manière d’un Tim Dorsey ou d’un Carl Hiaasen, faire travailler « sérieusement » vos zygomatiques.

Un bouddhiste en colère (The Angry Buddhist, 2011), de Seth Greenland, Liana Levi (2011). Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, 413 pages.

1275 âmes est un roman noir de Jim Thompson, qui a beaucoup écrit dans les années 1940-50. Quasiment ignoré de son vivant, il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands noms mondiaux du roman noir.

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Shérif de Pottsville, village de 1 275 âmes, Nick Corey a tout pour être heureux : un logement de fonction, une maîtresse et surtout un travail qui ne l’accable pas trop car il évite de se mêler des affaires des autres. Bien sûr, cette routine ne va pas sans quelques ennuis : son mandat arrive à terme et son concurrent a de fortes chances d’emporter les prochaines élections. Et puis, même les petits maquereaux du coin en viennent à lui manquer de respect. Aussi Corey trouve-t-il qu’il est grand temps de faire le ménage, à commencer par tous ceux-là.

Mon avis

Ce livre m’avait été présenté par un auteur de polar comme LE roman noir qu’il faut avoir lu. J’ai donc suivi son avis, et je n’ai pas été déçu par cette lecture.
Le personnage du shérif Corey vaut le détour à lui tout seul. Le roman est cynique à souhait, ce qui n’empêche pas certains passages d’être désopilants : ah, l’histoire de la canne à pêche !
L’Amérique de l’époque est dépeinte avec un grand talent par Thompson et le fait de voir les choses à travers le personnage du shérif n’y est pas pour rien. De plus, l’auteur écrit l’histoire avec le vocabulaire du shérif, ce qui donne lieu parfois à des phrases croustillantes.
Je ne serai pas étonné de savoir que ce type de lecture a influencé Kennedy dans l’écriture de son excellent Cul-de-sac.

1275 âmes (Pop. 1280, 1964), de Jim Thompson, Folio/Policier (1988). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marcel Duhamel, 256 pages.