Articles Tagués ‘Fantastique’

La Bibliothèque noire est un roman de Cyrille Martinez paru aux éditions Buchet/Chastel en 2018.

9782283031155Résumé

«Ce livre, je ne connaissais pas son titre, je ne savais pas de quoi il parlait, je ne savais à quoi il pouvait ressembler. Tout ce que pouvais en dire, c’est que je ne l’avais jamais lu. Lui, en revanche, avait une idée de qui j’étais. Il avait pris connaissance de mon profil de lecteur. Mes goûts et mes attentes ne lui étaient pas étrangers.
Un livre m’attendait à la Grande Bibliothèque et j’avais la faiblesse de croire qu’il avait été écrit spécialement pour moi.»
Désespéré car il n’a plus rien à lire chez lui, un lecteur compulsif se rend à la Grande Bibliothèque dans l’espoir d’y dénicher la perle rare, le départ d’une drôle d’aventure.

Mon avis

La Bibliothèque noire est un curieux texte. Il s’agit d’une fiction, pleine de fantaisie par moments et non dénuée d’un certain humour. Mais il y a là aussi, de manière à peine voilée, une réflexion sur la place du livre papier et des bibliothèques dans le monde d’aujourd’hui.
Son personnage principal en est d’ailleurs incontestablement la Grande Bibliothèque – on reconnaît là sans peine la Bibliothèque la Bibliothèque nationale de France chère à François Mitterand.

« Les lecteurs avaient donc changé, ils avaient des besoins différents, dorénavant ils se passaient sans problème des livres. […] Pour accéder au réseau d’informations fausses et vraies, les lecteurs, enfin ceux qu’on a toujours appelé les lecteurs, avaient impérativement besoin d’une connexion. C’était leur principale demande. […] Dans cette nouvelle configuration, les bibliothécaires n’avaient plus grand chose à faire à part régler des questions logistiques. Quand on ne les sollicitait pas pour rétablir la connexion, on leur demandait où se trouvaient les toilettes. Quand on ne leur demandait pas le chemin des toilettes, on les invitait à régler la climatisation… »

Tour à tour racontée par le lecteur compulsif, par un petit livre rebelle, boudé par les lecteurs, puis par une bibliothécaire, l’histoire est atypique, autant dans le fond que dans la forme.
Si l’idée – rappelant Matheson et d’autres maîtres du fantastique – de faire s’animer les objets la nuit n’est pas nouvelles, faire parler un livre et l’entendre se plaindre de sa condition n’est pas des plus banales.
Intéressant, La Bibliothèque noire l’est assurément pour qui a un attrait pour les livres et la fréquentation des bibliothèques. Il y a fort à parier qu’il laissera d’autres personnes assez insensibles à ces préoccupations… d’un autre age ? C’est justement l’une des réflexions amorcées par Cyrille Martinez, qui manque peut-être, non pas de discernement, mais de nuance. Car si le livre numérique semble avoir de beaux jours devant lui, pas sûr que ça se fasse réellement au détriment du livre papier – vaste débat.

« Fondée sur la convivialité et des rapports interpersonnels intenses et productifs, la GrandeBib/Lab est une immense aire de jeu ouverte h24. A la fois novatrice et familière, elle vous apparaîtra très vite comme un second « chez-soi ». »

Certains passages sur l’évolution des bibliothèques et sur les nouvelles attentes de leurs « lecteurs », ou plutôt de leurs « séjourneurs » pour ceux qui justement, n’y viennent plus nécessairement pour lire, sont un petit régal. L’auteur manie différents types d’humour allant du cynisme à l’absurde avec une certaine réussite mais tombe aussi dans le cliché, parfois volontairement il est vrai (cf. le portrait de la bibliothécaire, qui est forcément célibataire et vit entourée de livres avec son chat).

Ni excellent ni décevant, La Bibliothèque noire est un petit roman très étonnant qui devrait plaire aux bibliophiles et aux professionnels du livre, à défaut de toucher un plus large public.

La Bibliothèque noire, de Cyrille Martinez, Buchet/Chastel (2018), 180 pages.

Un Tour sur le bolid’ est une novella de Stephen King paru au Livre de poche en 2000.
Elle a été traduite de l’anglais (États-Unis) par William Olivier Desmond.

518vhwpu06lRésumé

Alan Parker, étudiant sérieux, vit seul avec sa mère. Vieillissante, fumeuse invétérée, pas sportive du tout, elle a un grand cœur… fragile. S’il n’est pas étonné quand on lui apprend que sa mère a fait une légère crise cardiaque, il panique. Car il n’a pas de voiture et aucune envie d’arriver trop tard à l’hôpital. Il brandit son pouce en bord de route, mais ce vieil homme sinistre qui le prend en stop n’a rien pour atténuer ce mauvais pressentiment qui l’habite.

Mon avis

À mi-chemin entre longue nouvelle et court roman, ce texte de 94 pages, peu connu et difficilement trouvable seul aujourd’hui, n’est pourtant pas le plus mauvais qu’ait écrit Stephen King, loin de là. Initialement parue en 2000 sur Internet (il s’agit d’un des premiers bestsellers dans le domaine du livre numérique) cette novella, un temps commercialisée au Livre de poche, est désormais lisible des lecteurs français dans le recueil Tout est fatal.
L’amorce est assez classique. Partant d’un univers on ne peut plus réaliste, tout est fait par le King pour que la tension devienne palpable et que l’imminence d’une catastrophe devienne inéluctable. Au moment fatidique, l’auteur instille la dose de fantastique qui donne alors un tour particulier au récit. Après s’être effondré de fatigue et de peur dans un cimetière, Alan ne sait plus s’il est dans un cauchemar ou seulement victime de paranoïa liée au stress. Et le lecteur non plus…

Redoutable d’efficacité à défaut d’être des plus innovants, ce court texte fantastique peut se lire sur le bord d’une route, plus vite qu’il ne faut de temps pour qu’une voiture s’arrête.

Un Tour sur le bolid’ (Riding the Bullet, 2000), de Stephen King, Livre de poche (2000). Traduit de l’anglais (États-Unis) par William Olivier Desmond, 94 pages.

L’Affaire Charles Dexter Ward est un classique du thriller fantastique, écrit par l’Américain Howard Phillips Lovecraft en 1936.

51e07kr9w0lRésumé

Charles Dexter Ward découvre un jour que Joseph Curwen, jugé pour sorcellerie à Salem, est un de ses ancêtres. Curieux de nature, il part à la recherche de son histoire. Dès le début de son enquête, Charles acquiert de prodigieuses connaissances historiques, compensées par une étrange amnésie du temps présent. Il développe en outre un inquiétant mimétisme avec son aïeul.

Mon avis

Avis très mitigé pour ce roman court ou cette longue nouvelle (130 pages).
L’histoire en elle-même est très intéressante. J’ai été ravi de voir que la fin de la nouvelle rehaussait largement son niveau plutôt moyen jusqu’alors.
Je ne connaissais pas Lovecraft sinon de nom et certaines personnes m’avaient prévenu : « ses histoires sont bien mais il écrit mal ». Je confirme ce point : je trouve que c’est mal écrit, le style étant même parfois vraiment désagréable à la lecture. Ayant lu ce livre en français, il est vrai que c’est peut-être la traduction qui est à mettre en cause.

L’idée de ce roman alliée à l’écriture d’un King ou d’un Chattam aurait sans doute produit un chef-d’œuvre. Là, c’est un roman moyen.

L’Affaire Charles Dexter Ward (The Case of Charles Dexter Ward, 1936), de Howard Phillips Lovecraft, J’ai Lu (2002). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Papy, 126 pages.