Articles Tagués ‘Fleuve Noir’

Comme de longs échos est un roman d’Elena Piacentini paru en Fleuve Noir en août 2017.

517zp5wkkplRésumé

Aujourd’hui est un jour important pour Vincent Dussart. Il vient voir sa femme avec l’idée de la faire revenir à lui, elle qui a décidé qu’il lui fallait faire un break. Il a préparé ses arguments et s’apprête à lui proposer un voyage. Oui mais voilà, il la retrouve assassinée. Et aucune trace de leur bébé, si ce n’est quelques gouttes de sang qui pourraient être les siennes.
La police arrive sur place et trouve Vincent en état de choc. Lazaret et ses hommes le savent bien, dans ce genre de drame, le coupable est souvent un proche. De là à soupçonner le mari, il n’y a qu’un pas. Surtout lorsque celui-ci semble avoir des choses à cacher…

Mon avis

On connaît Elena Piacentini depuis quelques années grâce à des romans réussis comme Le Cimetière des chimères ou Des forêts et des âmes parus chez Au-delà du raisonnable. Certains la connaissent même depuis les premières enquêtes de Pierre-Arsène Leoni, parues chez Ravet-Anceau il y a déjà une dizaine d’années. C’est au Fleuve qu’officie la Lilloise d’origine corse cette fois-ci, et elle abandonne pour l’occasion son personnage fétiche.

« Lazaret frissonne, il reboutonne son manteau au moment où Mathilde se retourne. Ils échangent un léger signe des doigts, se sourient.
Leurs cœurs anorexiques se nourrissent de miettes. »

Dans cet opus, inspiré par un fait divers réel, nous suivons une petite équipe de policiers de la DIPJ de Lille, parmi lesquels le chef de groupe Lazaret et la jeune capitaine Mathilde Sénéchal. Les protagonistes ne sont pas extraordinaires, dans tous les sens du terme, mais là où certains en font trop, Elena Piacentini fait dans la sobriété et ce n’est pas forcément plus mal. Les personnages et les situations sont crédibles et parviennent finalement à toucher le lecteur tout en simplicité. À commencer par Sénéchal, jeune policière à la fois pugnace et sensible, qui présente à la fois des points communs et des différences avec Leoni.

« Il fallait donc une fin.
Il fallait bien une fin, n’est-ce pas ?
De cette échéance, j’ai tardé à voir les signes. La mollesse de ta main dans la mienne, cette fatigue dans ton regard… Tous ces indices, je les ai ratés parce que j’étais trop occupé à t’aimer. J’avais espéré que notre permission serait plus longue. La vie, cette putain qui abrase et corrompt, nous avait rattrapés. »

L’intrigue connaît d’intéressants revirements, d’autant qu’un ancien policier contacte les enquêteurs lillois pour signaler une affaire non résolue sur laquelle il a travaillé à l’époque et qui connaît des similitudes pour le moins troublantes avec celle qui les occupe aujourd’hui. Il faut faire vite, car le fils de la victime, âgé de quelques mois, est peut-être encore en vie.

Sans être sa plus grande réussite, Comme de longs échos est un très honnête suspense, écrit avec sobriété par Elena Piacentini, qui introduit là de nouveaux personnages qu’on sera sans doute amenés à revoir prochainement.

Comme de longs échos, d’Elena Piacentini Fleuve/Noir (2017), 288 pages.

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Stasi Child, premier roman de l’Anglais David Young, est paru chez Fleuve Noir en 2016 (et en poche chez 10/18 depuis), dans une traduction de Françoise Smith.

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Berlin-Est, 1975.
Karin Müller, lieutenant de police, est appelée sur les lieux d’une scène de crime atypique. Aux abords du fameux Mur, une adolescente est retrouvée morte, le dos criblé de balles. Aurait-elle simplement été empêchée de fuir la RDA par un garde-frontière zélé ? Tout indique le contraire puisque les pas dans la neige tendent à prouver qu’elle fuyait… l’ouest !
Pourquoi fuir la RFA pour l’Allemagne de l’Est ? Ne s’agirait-il pas d’une mise en scène ? Mais de qui, et pourquoi ? Müller commence à peine à enquêter que les pressions hiérarchiques se font plus pressantes. À croire que d’aucuns veulent voir l’affaire étouffée dans l’œuf.

Mon avis

Si vous êtes allergique à tout ce qui touche de près ou de loin à l’ex-URSS, et la RDA en particulier, ce roman n’est assurément pas fait pour vous. Bien que David Young soit anglais, il semble s’être très solidement documenté et l’immersion est totale. De son canapé, on se croirait vite dans Good Bye, Lenin! ou, pour filer la métaphore cinéphilique, plutôt dans La Vie des autres. Car le contrôle de la population par la Stasi et ses innombrables agents anonymes est total et de tous les instants, ne laissant guère d’autres libertés aux citoyens est-Allemands que celles laissées par le régime.

Dans ce contexte – l’enquête commence en 1975 – Karin Müller, à la tête d’une unité de brigade criminelle, est une des rares femmes à occuper une si haute fonction au sein de la Volkspolizei. Mais l’enquête qu’on lui confie dans un premier temps, semble vite prendre une tournure qui ne plait pas à tout le monde. Parallèlement, on apprend que le mari de Karin, Gottfried, enseignant berlinois, a un temps été prié d’aller donner des cours dans un centre de redressement pour adolescents de la côte balte, en guise de punition pour son manque de zèle dans l’enseignement de la propagande d’État.

L’intrigue est bien ficelée, quoiqu’assez prévisible, avec ce qu’il faut de fausses pistes et de rebondissements pour la rendre passionnante de bout en bout. Les personnages sont intéressants, bien qu’ils auraient pu être parfois plus creusés. Certains lecteurs trouveront éventuellement la fin un peu caricaturale, ou par trop « hollywoodienne » pour être crédible.

Malgré ces bémols, il n’en demeure pas moins que pour un primoromancier, David Young frappe fort avec ce polar historique aussi passionnant que sérieusement documenté. Salué par les lecteurs, l’auteur s’est vite mis à la rédaction d’une suite. Ce second opus, Sk, toujours avec Karin Müller, est déjà disponible.

Stasi Child (Stasi Child, 2015), de David Young, Fleuve Noir (2016). Traduit de l’anglais (Angleterre) par Françoise Smith, 432 pages.
Lu en poche, 10/18 (2017), 456 pages.

Zanzara / Paul Colize

Publié: 20 novembre 2017 dans Polar belge
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Énième tentative de redémarrage du blog après avoir rencontré mon lot d’accidents de la vie comme on dit. Graves problèmes familiaux, décès de proches, rupture difficile… Dont la conséquence a été une espèce de longue hibernation (sorte d’apathie tendance dépressive qui m’empêchait de prendre le moindre plaisir à lire, comme à faire plein d’autres choses, à voir des gens…).
Les quelques romans que j’ai lu bon an mal an pendant cette longue période d’inactivité passeront vraisemblablement à l’as. Tant pis.
Je vais recommencer, si tout va bien, avec ceux lu ces dernières semaines, depuis que je relis…

51txfzx4jqlZanzara est un roman du Belge Paul Colize paru cette année chez Fleuve Noir.

Résumé

Fred a 28 ans et de l’ambition à revendre. Il écrit pour l’édition web d’un fameux quotidien belge, travaille sans compter ses heures, fréquente une jolie femme mariée et rêve de déterrer le scoop ultime. Celui qui fera de lui le prochain prix Pulitzer ou a minima lui permettra de quitter Le Soir…
Soir pendant lequel il vit dangereusement, n’aimant rien de mieux que de risquer sa vie dans des paris plus insensés les uns que les autres : prendre le Ring (le périph bruxellois) à contre-sens, se coucher sous un train, se faire électrocuter…
Cet équilibre précaire va être mis à mal lorsqu’un curieux appel parvient à la rédaction. Un homme, inconnu au bataillon, affirme craindre pour sa vie et demande à se livrer à un journaliste au plus vite. Il ne délivre qu’une seule information : son adresse.
Seulement, lorsque Fred arrive sur les lieux, rien ne se passe comme prévu…

Mon avis

On ne présente plus ici Paul Colize, récompensé à de nombreuses reprises pour ses romans enlevés comme Back Up, Concerto pour 4 mains ou encore Un long moment de silence, très beau texte lauréat du Prix Polars Pourpres en 2013.
Avec Zanzara (moustique en italien), le Belge pique, comme à son habitude, rapidement la curiosité du lecteur. À l’instar de Fred, on n’a alors guère d’autre choix que de vouloir comprendre ce qui s’est tramé. Et ce qui n’était d’apparence qu’un coup de fil que certains de ses collègues auraient sans doute pris pour un canular se révèle être le point de départ d’une (en)quête aussi fastidieuse que périlleuse.
Le personnage de Fred, un tantinet arrogant, n’est pas spécialement des plus sympathiques, mais on s’attache tout de même à cette tête brûlée et bien faite, qui se révèlera plus tendre qu’il n’y paraît, dans sa relation adultère – au traitement pas inintéressant – comme dans la sphère familiale.
On soulignera aussi dans cet opus l’immersion réaliste dans le quotidien d’un grand… quotididen (l’auteur s’est rendu dans les locaux du Soir pour documenter son roman).

Zanzara, sans conteste moins ambitieux qu’Un long moment de silence, pour ne citer que lui, marquera sans doute moins durablement le lecteur. Mais comme le souligne le quatrième de couverture, Paul Colize est avant tout un « raconteur d’histoire », et pour ce qui est de faire tourner les pages à toute vitesse, c’est vrai qu’il sait sacrément y faire.
On ne voit d’ailleurs pas le temps passer au fil de ces 300 et quelques pages et on en redemande.

Zanzara, de Paul Colize, Fleuve Noir (2017), 320 pages.

Le syndrome [E] est un roman de Franck Thilliez initialement paru au Fleuve Noir en octobre 2010 (il est depuis disponible en poche chez Pocket).

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Liège, Belgique

Ludovic Sénéchal, cinéphile et collectionneur de la région lilloise a fait le déplacement outre-Quiévrain après avoir vu une annonce sur Internet. Un particulier possédant plus de 800 bobines anciennes est disposé à les vendre à bon prix. Sur place, Ludovic perd la vue en visionnant l’un de ces vieux films. Le lieutenant Lucie Henebelle voit ses vacances écourtées : on la charge de l’affaire du film qui rend aveugle.

Notre-Dame-de-Gravenchon, Seine-Maritime

Lors de travaux pour installer un pipeline, le conducteur d’un bulldozer fait une macabre découverte : sa pelle rencontre un corps humain. Au final, c’est pas moins de cinq cadavres qui vont être déterrés. Les corps, des adultes de sexe masculin, n’ont plus de mains, plus de dents et même leur crâne a été scié pour en extraire le cerveau. En l’absence de la moindre piste, la Crim’ demande au profiler Franck Sharko de reprendre le service.

Mon avis

Dans Train d’enfer pour ange rouge, et surtout  Deuils de miel (mon Thilliez préféré), j’avais beaucoup aimé le personnage de Sharko, ce flic torturé, pour qui j’avais eu beaucoup d’empathie. N’ayant pas lu un Thilliez depuis  L’anneau de Moebius, c’est donc avec un double intérêt que j’ai ouvert ce Syndrome [E] : voir l’évolution de l’auteur et retrouver Sharko.

Je suis Thilliez depuis ses débuts dans la collection Rail/Noir, alors qu’il était encore anonyme, lui qui, vous le savez peut-être, a pris une nouvelle dimension au niveau de la notoriété et des ventes ces dernières années, après l’adaptation ciné de La chambre des morts et son transfert du Passage au Fleuve Noir.

On retrouve ici ce qui a fait le succès de ses premiers romans.

Des intrigues solides et plutôt originales – le film qui rend aveugle ici, par exemple. Des intrigues, oui, car au départ il y en a bien deux, distinctes, bien qu’il ne faille pas être grand clerc pour deviner qu’elles vont être amenées à converger, tout comme Sharko et Hennebelle (qui avait elle aussi enquêté dans deux précédents romans : La chambre des morts et  La mémoire fantôme).

Une capacité à apporter au lecteur des connaissances scientifiques sur des sujets divers (le cerveau, le cinéma d’antan…) tout en ayant l’air de ne pas y toucher.

Une maîtrise du niveau de suspense que d’aucuns peuvent lui envier. Franck Thilliez parvient à accrocher son lecteur dès le départ puis ne le lâche plus, sans pour autant en rajouter des caisses comme pourrait le faire l’auteur de thriller novice, prêt à en mettre plein la vue à son lecteur avec force cliffhangers plus ou moins réussis à l’appui.

Des personnages réalistes, tourmentés et travaillés en profondeur, auxquels il est plutôt aisé de s’identifier, bien loin des super-héros que l’on rencontre parfois dans le polar. Sharko a évolué depuis la dernière fois. Il n’est pas en grande forme (on le serait à moins) et a désormais quelques lubies qui rappelleraient presque Monk, autre enquêteur de fiction (il lui faut nécessairement une baignoire à l’hôtel par exemple).

Nonobstant ces qualités, je n’ai pas été totalement convaincu par Le syndrome [E]. Je pense que ma déception est en grande partie due à une composante du récit à laquelle l’auteur ne m’avait pas habitué jusqu’à présent : l’histoire d’amour. Je l’ai vue venir petit à petit, et j’ai eu le temps de me dire «non, il va quand même pas nous faire ça, on est pas dans un Harlequin là. » Et pourtant si… Peut-être que certains lecteurs (certaines lectrices ?) auront trouvé cet aspect réussi. Tant mieux. Pour ma part je ne l’ai même pas trouvé pertinent et je pense qu’on aurait très bien pu s’en passer.

Ma semi déception vient sans doute aussi du fait qu’on m’a beaucoup vanté ce roman, et en particulier son dénouement censé obliger le lecteur à se ruer sur la suite. J’ai trouvé qu’il était correct mais qu’il ne cassait pas pour autant trois pattes à un canard.

Au final, et bien que n’ai pas retrouvé le même plaisir de lecture que celui que j’avais éprouvé à lire   Deuils de miel , j’ai passé un bon moment avec Le syndrome [E] et je lirai sans doute GATACA un jour ou l’autre, mais je n’ai nullement éprouvé le besoin de me ruer dessus.


Le syndrome [E], de Franck Thilliez, Fleuve Noir (2010), 430 pages.