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Or, encens et poussière est un roman de Valerio Varesi paru chez Agullo il y a quelques jours dans une traduction de Florence Rigollet.

41s1EDO7dJLRésumé

Le commissaire Soneri est appelé en catastrophe pour aider des collègues à s’y retrouver dans un carambolage géant sur l’autoroute, non loin de Parme. Il est le seul à connaître sur le bout des doigts cette zone de la plaine du Pô où le brouillard est à couper au couteau. Dans cette purée de pois, les secours peinent à faire le nécessaire, des camions sont renversés, des vaches et des taureaux divaguent, des gitans seraient en train de piller les environs, des coups de feu se font entendre. En parcourant les environs, Soneri trouve par hasard dans un fossé le cadavre carbonisé d’une jeune femme. Quelqu’un a profité de la confusion et du brouillard pour se débarrasser d’un corps. Reste à trouver qui.

Mon avis

Les éditions Agullo nous avaient permis de faire la connaissance du commissaire Soneri en 2016 avec Le Fleuve des brumes. À raison d’un titre par an, nous en sommes déjà au cinquième épisode de cette excellente série qui en compte déjà quinze de l’autre côté des Alpes. Dans cet opus dont les conditions météo dantesques du début rappellent quelque peu sa première aventure traduite (Le Fleuve des brumes est en vérité la quatrième enquête de Soneri), notre Maigret italien est rapidement confronté à une double enquête. D’un côté, il y a cette jeune femme brûlée retrouvée à proximité d’un camp de gitans. De l’autre, un vieillard est retrouvé mort à la gare routière de Parme, dans un car en provenance de Bucarest. En plus de ça, Angela, sa compagne, semble de plus en plus distante et Soneri la soupçonne de voir quelqu’un d’autre.

« Après avoir raccroché, Soneri ramena Juvara à la Questure et décida d’en finir avec le boulot. La faim le conduisit au bar à vins. Bruno lui servit un assortiment de charcuterie : culaccia, épaule cuite, coppa et jambon cru, accompagné de torta fritta, de copeaux de grana extra vieux et d’une bouteille de bonarda. La bonne chère, son psychotrope de prédilection, lui redonnerait des forces. Alors que Soneri était au comble du bien-être, le cerveau légèrement embrumé par le vin, son téléphone sonna. »

Tout ce qui fait le succès de la série de grande qualité de Valerio Varesi est une fois de plus au rendez-vous. La double intrigue est efficace, avec son lot de fausses pistes, de rebondissements bien sentis et un final réussi. Soneri est toujours aussi attachant malgré son côté bougon et ses accès de mélancolie. On fait la connaissance d’un excellent personnage secondaire : Sbarazza est un marquis ruiné qui conserve une apparence impeccable et qui, dans le restaurant favori de Soneri, s’assoit à la table des belles femmes qui ont laissé à manger pour finir les reliefs de leur repas. Perspicace et philosophe, il va aider Soneri à y voir plus clair à tous les niveaux. Et pour joindre l’utile à l’agréable, il est d’une excellente compagnie pour partager ce que la gastronomie parmesane offre de meilleur, le commissaire étant adepte de bons plats et de bons vins. Cerise sur le gâteau, l’humour est plus présent dans ce roman, notamment dans les taquineries que Juvara, son jeune adjoint, adresse au commissaire en raison de son inintérêt pour les nouvelles technologies.

Comme en Italie, Soneri s’est désormais bien installé dans le paysage du polar francophone, grâce aux éditions Agullo et aux belles traductions de Florence Rigollet. Tous les ans, c’est un véritable plaisir que de retrouver la nouvelle enquête du commissaire, et celle-ci, au moins aussi bonne que les précédentes, ne déroge pas à la règle.

Or, encens et poussière (Oro, incenso e polvere, 2007), de Valerio Varesi, Agullo/Noir (2020). Traduit de l’italien par Florence Rigollet, 297 pages.

La Pension de la via Saffi (L’Affittacamere) est un roman de Valerio Varesi publié par Agullo l’an dernier, dans une traduction de Florence Rigollet.

41nemdavwulRésumé

Quelques jours avant Noël, Ghitta Tagliavini, vieille dame propriétaire d’une pension dans le centre historique de Parme, est retrouvée morte dans son appartement. L’acte est semble-t-il criminel et l’enquête est confiée à Soneri.
Seulement, le commissaire connaissait Ghitta, car c’est dans sa pension, alors fréquentée par des jeunes gens et notamment des infirmières, qu’il a rencontré sa femme Ada, des années auparavant. Ada qui est décédée de manière dramatique peu après leur mariage. Forcément, voilà qui fait ressurgir à la surface bien des souvenirs, agréables et tristes à la fois.
Commençant à creuser, Soneri se rend compte que l’affable Ghitta qu’il a connue cachait bien son jeu et qu’elle savait aussi se montrer impitoyable.

Mon avis

Après sa première enquête qui l’avait vu affronter un Pô en crue, l’on retrouve avec plaisir le commissaire Soneri dans ce second opus, similaire à bien des égards bien qu’il soit totalement urbain et que la nature y soit moins présente – l’histoire se déroule essentiellement à Parme. Là encore, on déconseillera sa lecture aux aficionados de page-turners hollywoodiens. Ici, le commissaire avance dans son enquête, mais piano piano, tout en se replongeant dans son passé douloureux. Cet aspect mélancolique et quelque part endeuillé à vie rapproche Soneri d’Erlendur (à ceci près que le personnage d’Arnaldur Indriðason n’a pas perdu sa femme mais son frère). Tout en étant en couple – avec une Angela qui cherche sa place dans la vie du commissaire – il vit encore avec le fantôme de sa femme, ou du souvenir magnifié qu’il s’en est fait.

 » Ceux qui disent ça ne connaissaient pas Cornetti. C’était certes un homme plein de contradictions, mais il vivait très bien avec. C’était un type qui s’en sortait d’instinct. Il était communiste, mais il faisait des affaires. Il était dans un parti moraliste, mais c’était un homme à femmes. Il finançait des groupes extrémistes parce qu’il y retrouvait la passion de ses vingt ans, mais ça ne l’empêchait pas d’aller au Regio dans les loges des industriels. Il fallait le prendre comme il était. « 

Comme dans le précédent roman, l’intrigue va amener Soneri à s’interroger sur des évènements passés qui continuent encore à faire des remous aujourd’hui. Les filatures – il y en a – ne se font pas en bolide et à toute allure mais en arpentant à pied les rues du vieux Parme. C’est d’ailleurs un plaisir que de se balader dans le centro storico de la capitale d’Émilie-Romagne avec les personnages de Valerio Varesi, né à Turin mais de parents parmesans, et qui semble bien connaître la ville… et sa gastronomie. Soneri, qui n’y était pas retourné depuis ses années étudiantes, peine à reconnaître certains quartiers, métamorphosés et plus multiethniques qu’alors.
Les rebondissements sont peut-être un peu moins présents que dans Le Fleuve des brumes mais le plaisir de lecture est identique et l’on a déjà hâte de retrouver Soneri dans Les Ombres de Montelupo, paru il y a quelques mois.

Sachant prendre le temps qu’il faut sans jamais ennuyer son lecteur ni perdre de vue l’intrigue principale, Valerio Varesi s’affirme comme une valeur sûre du roman noir à la Simenon. Et son personnage récurrent, le commissaire Soneri, a un côté fragile, loin des héros bodybuildés et surentraînés des thrillers américains, qui achève de le rendre attachant.

La Pension de la via Saffi (L’Affittacamere, 2004), de Valerio Varesi, Agullo/Noir (2017). Traduit de l’italien par Florence Rigollet, 320 pages.