Articles Tagués ‘Gallimard’

Nos derniers festins est un roman de Chantal Pelletier qui vient de paraître à la Série Noire.

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France, 2044.
Dans une société très surveillée, les citoyens se doivent d’être exemplaires y compris dans leur alimentation. La malbouffe et l’obésité coûtant cher à la société, il convient de bien manger. Un permis de table, à points, similaire au permis de conduire, a été mis en place et les contrôles sont fréquents. Attention à qui mangerait trop gras, trop sucré ou en trop grandes quantités. Les mauvais mangeurs, ou pire, les fumeurs ou buveurs invétérés, peuvent perdre leur permis et se voir interdire de sécurité sociale. Dans ce contexte de prohibition alimentaire, le trafic de foie gras, ou même de camembert, est devenu monnaie courante. Dans un restaurant clandestin de Provence, un cuisinier est assassiné. Les autorités soupçonnent un lien avec un trafic alimentaire et deux contrôleurs sont dépêchés sur place.

Mon avis

Auteur d’une trentaine de romans, Chantal Pelletier était arrivée à la Série Noire en 1998 avec Éros et Thalasso. Ayant beaucoup écrit chez divers éditeurs, elle publie là un nouveau titre dans la mythique collection de Gallimard, onze ans après Montmartre, Mont des martyrs.
Mêlant anticipation et roman policier, le point de départ de Nos derniers festins est des plus alléchants. Écrans de contrôle individuels, réchauffement climatique et autres catastrophes naturelles en découlant… : les inventions de l’auteur sont aussi étonnantes – pour certaines – que plausibles et font froid dans le dos.
Le personnage de Lou, cheffe du Mas des collines, vétérane des guerres d’Afghanistan et cuisinière émérite, est très intéressant. À travers son parcours et celui d’autres personnages, on ressent bien l’amour de l’auteur pour la bonne cuisine, qu’elle soit française – la blanquette joue un rôle important dans l’intrigue – ou des quatre coins du monde. Les groupuscules se retrouvant en cachette pour manger de bonnes choses, rappelant d’une certaine manière les maquisards, sont là aussi une intéressante trouvaille de Chantal Pelletier. Le roman, sous des abords un peu simples, pose de véritables questions philosophiques, à commencer sur la légitimité d’un État à contrôler le quotidien de ses habitants. Jusqu’à quel point ? Dans quels intérêts ?

Bien que les personnages secondaires ne soient pas inoubliables pour la plupart et que l’intrigue policière s’avère un peu légère au final, on prend bien du plaisir à dévorer Nos derniers festins, dont les pages font saliver plus souvent qu’à leur tour.

Nos derniers festins, de Chantal Pelletier, Gallimard/Série Noire (2018), 208 pages.

Quelques minutes après minuit (A Monster Calls), est un roman de Patrick Ness paru chez Gallimard Jeunesse en 2012 dans une traduction de Bruno Krebs.

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La mère de Conor est gravement malade. Et comme si ça ne suffisait pas, des élèves se moquent d’elle ouvertement devant Conor. Désemparé, en colère, Conor n’est plus le même. Il s’est isolé et peine chaque nuit à trouver le sommeil. Quelques minutes après minuit, avec une grande régularité, un monstre vient hanter ses nuits et l’empêcher de fermer l’œil.

Mon avis

L’idée originale de ce roman pas comme les autres est de Siobhan Dowd. L’Anglaise n’a malheureusement jamais pu terminer son texte, emportée par un cancer du sein en 2007. C’est avec les précautions d’usage que Patrick Ness se saisit de cet embryon littéraire au sujet sensible, qui concernait de près Siobhan Dowd.

Comment raconter la maladie et la fin de vie dans un roman pour la jeunesse ? Si le sujet n’est pas évident, certains s’en sortent très bien, comme Marcus Malte dans Mon vaisseau te mènera jeudi sur un nuage. Ici, Patrick Ness fait le pari d’introduire une dose de fantastique. Dans cet univers onirique – un if gigantesque vient rendre visite à Connor nuitamment – réalité et cauchemar s’entremêlent. Certains lecteurs seront peut-être perturbés par ce procédé mais on s’y fait très facilement, d’autant plus que c’est très bien amené, et joliment écrit.
On ne peut que se prendre d’empathie pour Conor, qui doit continuer à vivre malgré le cancer de sa mère, sa grand-mère autoritaire et les moqueries abjectes de certains camarades.b60e5cc30bad66ac18051b255132004bCe n’est peut-être pas le cas de la version Folio Junior (que je n’ai pas eu l’occasion de compulser) mais la première édition chez Gallimard Jeunesse comporte de très belles illustrations de Jim Kay, en noir et blanc, assez gothiques et mystérieuses, qui ajoutent indéniablement au côté fantastique du récit.

Si le sujet n’est assurément pas gai, le roman n’est pas (trop) plombant. Ce joli texte sur la maladie et la résilience fait réfléchir et amènera sans doute les jeunes lecteurs – et peut-être les moins jeunes – à se poser quelques questions existentielles.
Quelques minutes après minuit a connu un joli succès en librairie et a été adapté au cinéma en 2016 (avec l’if géant Liam Neeson et la grand-mère Sigourney Weaver, entre autres).

Quelques minutes après minuit (A Monster Calls, 2011), de Patrick Ness, d’après une idée originale de Siobhan Dowd ; illustrations de Jim Kay, Gallimard Jeunesse (2012). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Bruno Krebs, 368 pages.

Manhattan Grand-Angle (Safelight) est un roman de Shannon Burke paru à la Série Noire en 2007 dans une traduction de Francis Lefebvre.

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New York, 1990.
Franck est infirmier de nuit. Ses nuits se suivent et ne se ressemblent pas. La garde peut être interminable comme ressembler à une course contre-la-montre de tous les instants. Lui et ses collègues sont parfois appelés à sauver des victimes d’accidents divers et variés. Ou juste pour constater un décès. Passionné par la photographie, Franck se met à « voler » des clichés sur les scènes d’intervention. Ses collègues lui trouvent du talent et on lui suggère de proposer ses photos à des galeries. Lors d’une intervention qui a mal tourné – un jeune homme s’est donné la mort –, Franck sympathise avec une jeune femme. Il la revoit mais tombe finalement amoureux de sa meilleure amie. Seulement, Emily est séropositive.

Mon avis

Auteur de l’excellent 911 (Sonatine), Prix Mystère de la Critique du Meilleur Roman étranger 2015, et de Dernière saison dans les Rocheuses, paru l’an dernier chez 10/18, Shannon Burke s’est d’abord fait connaître avec ce premier roman, paru outre-Atlantique en 2004. Traduit en Série Noire par Francis Lefebvre, Manhattan Grand-Angle est un court roman noir sans un mot de trop.
Il ne comporte pas à proprement parler d’intrigue policière. Tout juste Franck se laisse-t-il convaincre par des collègues de les aider à voler des médicaments à l’hôpital où travaille aussi son grand frère, chirurgien de son état.
Sans véritable suspense à cet égard donc, Manhattan Grand-Angle vaut davantage pour ses personnages et pour son décor. On sent bien que l’auteur, qui a travaillé comme auxiliaire médical à Harlem, a mis beaucoup de lui dans ce premier roman (comme plus tard, dans 911). Le Manhattan des nineties, désespérant, où font rage le chômage, la drogue et le SIDA, est plus vrai que nature.
Les protagonistes sont atypiques et captivants, à commencer par Emily et sa jeune amie, toutes deux escrimeuses de haut niveau. Emily est une bosseuse acharnée et l’auteur rend bien compte des sacrifices et de la persévérance qu’il faut avoir pour progresser à l’entraînement puis en compétition. Franck est très attachant également malgré sa réserve, quasi maladive, y compris dans sa relation avec Emily. Sa passion pour la photographie occasionne de très belles pages, éminemment visuelles. Ensemble, ils forment un drôle de couple, ô combien touchant.

Roman noir. Roman d’une ville et d’une époque. Roman d’amour. Manhattan Grand-Angle est tout cela à la fois. Très joliment écrit et parfois déchirant, il marquera bien des lecteurs et fera peut-être verser une petite larme à certains d’entre eux.

Manhattan Grand-Angle (Safelight), 2004), de Shannon Burke, Gallimard/Série Noire (2007). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Francis Lefebvre, 225 pages.

Cabossé, premier roman de Benoît Philippon, est paru à la Série Noire en 2016.
Il est depuis disponible en Folio Policier.

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Raymond, dit Roy, quarante-deux ans, a eu plusieurs vies et une carrière de boxeur professionnel. Pas gâté par la nature, il a toujours dû montrer les muscles pour s’en sortir.
Guillemette, petit bout de femme malmenée par la vie et par son ex, ne sait plus trop où elle en est.
Leur rencontre improbable va faire des étincelles et, assez rapidement, un mort.

Mon avis

Ayant commencé la lecture de l’œuvre de Benoît Philippon à rebours, on avait découvert Roy et Guillemette dans Mamie Luger, paru aux Arènes en mai 2018, dans la nouvelle collection Equinox où l’auteur a suivi son éditeur Aurélien Masson. Dans l’opus assez savoureux consacré à la centenaire rock ‘n’ roll, le couple était en fuite sans qu’on connaisse tous les tenants et aboutissants de leur cavale. C’est donc dans ce Cabossé – fort joli titre – qu’on en saura davantage.

La surabondance de scènes de sexe dans Mamie Luger nous avait quelque peu dérouté, pour ne pas dire dérangé. Et bien c’est encore plus prononcé ici. On ne va pas dire que Roy et Guillemette ne font que ça, puisqu’ils fuient aussi, tout en semant la pagaille sur leur chemin, mais disons qu’ils sont on ne peut plus portés sur la chose. S’il y a incontestablement de l’amour dans l’air, les scènes sont crues, pour ne pas dire parfois vulgaires s’agissant du choix des termes usités pour parler bagatelle. Le lecteur, sans être prude pour autant, aura du mal à ne pas focaliser son attention là-dessus tant c’est omniprésent, à un point que ça fragilise l’équilibre du roman, plutôt intéressant par ailleurs bien que le scénario ne soit pas inoubliable en lui-même.

Il s’agit donc, vous l’aurez compris, d’un roman de cavale – les deux néo-tourtereaux étant poursuivis pour avoir laissé pour mort Xavier, l’ex en question – qui vaut surtout pour le portrait de ces deux êtres atypiques, à commencer par Roy. Monstrueux d’apparence – laid et colossal – et rustre au possible, il cache finalement, sous sa coriace carapace cabossée, un être bien plus sensible qu’il n’y paraît. L’habit ne fait pas le moine.

Sans être durablement mémorable à l’exception du personnage de Roy (et de quelques seconds couteaux ayant contribué à faire de lui ce qu’il est devenu), ce premier roman imparfait se lit bien. L’écriture de Benoît Philippon, tantôt émouvante tantôt vulgaire peine à trouver son équilibre et à convaincre totalement tout en touchant le lecteur par moments.

Cabossé, de Benoît Philippon, Gallimard/Série Noire (2016), 272 pages.

La Peau du papillon (Шкурка БабочкиShkurka Babochki) est un roman de Sergey Kuznetsov qui vient de paraître à la Série Noire dans une traduction de Raphaëlle Pache.

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Xénia, vingt-trois ans, est rédactrice en chef de la rubrique « Actualités » du média en ligne LeSoir.ru. Côté vie privée, l’ambitieuse jeune femme a des amies proches mais pas d’homme attitré. Peut-être parce que « l’amour vanille » ne l’intéresse pas, elle qui aime pratiquer le sexe SM décomplexé.
Un tueur en série sévit à Moscou et commence à faire parler de lui en raison des sévices extrêmes qu’il fait subir à ses victimes, toujours des jeunes femmes. Xénia s’intéresse doublement au phénomène et, après avoir consulté des collègues, décide d’y consacrer un site. Articles de presse, avis d’experts, rappels historiques sur les pires tueurs en série, mais aussi des forums où les gens pourront venir donner leur avis, exprimer leurs angoisses et, d’une manière ou d’une autre, apporter de l’eau au moulin.

Mon avis

C’est incontestable, il y a un tueur en série dans La Peau du papillon, premier roman de Sergey Kuznetsov à paraître en France. Pourtant, le texte est loin, très loin, de ce que l’on entend lorsqu’on parle de polar avec un tueur en série. L’identité du tueur importe assez peu. L’enquête de la police est quasiment absente de ces pages. Le suspense est assez peu présent et clairement pas la priorité de l’auteur. Le roman est davantage un espèce de duel à distance entre Xénia et l’assassin, et Sergey Kuznetsov prend beaucoup de soin à caractériser ces deux personnages atypiques partageant finalement des points communs. La narration est très originale, et certains choix étonnants – passages soudains à la seconde personne, incluant même parfois le lecteur – font qu’elle peut parfois paraître décousue. Cela contribue au fait qu’il peut être difficile d’entrer pleinement dans le roman. Certains chapitres suivent Xénia, l’assassin ou d’autres personnages – les amies et collègues de la journaliste – de manière assez classique. Mais Sergey Kuznetsov donne aussi à lire à ses lecteurs les introspections quasi poétiques du tueur, des extraits de conversations sous forme de chat ICQ, des fragments d’articles, d’interviews, et même une présentation Powerpoint fantasmée. L’onirisme est d’ailleurs très présent, de même que l’amour et la sexualité, bien qu’on soit là bien loin des standards habituels. Certaines scènes fantasmées sont sordides, d’autres moins, mais elles ont le mérite d’être puissantes et évocatrices.

Il y a fort à parier que ce type de roman indisposera certains lecteurs, aussi bien par ses choix narratifs ambitieux qu’à cause de sa thématique, traitée sans concessions par l’auteur. Il faut cependant lui reconnaître une qualité certaine dans l’écriture ainsi que l’amorce de réflexions fort intéressantes sur plusieurs sujets de société. Loin du politiquement correct et des standards du genre, Sergey Kuznetsov propose là un roman atypique et d’une certaine manière assez remarquable.

La Peau du papillon (Шкурка БабочкиShkurka Babochki, 2005), de Sergey Kuznetsov, Gallimard/Série Noire (2019). Traduit du russe par Raphaëlle Pache, 469 pages.

Le Verdict (The Verdict) est un roman de Nick Stone paru à la Série Noire le mois dernier, dans une traduction de Frédéric Hanak.

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Terry Flint, marié, deux enfants, vient de commencer un nouveau travail : greffier pour un gros cabinet d’avocats londonien. Rapidement bien vu chez KRP, on lui propose de travailler sur une grosse affaire qui défraie la chronique en ce moment, le procès de Vernon James. L’homme d’affaires à succès, fraîchement élu « personnalité éthique de l’année », est accusé de meurtre. On a retrouvé une jeune femme étranglée dans sa luxueuse suite, et bien qu’il nie, tout semble l’accuser. Selon ses employeurs, c’est l’occasion ou jamais pour Terry de faire ses preuves et d’acquérir de l’expérience sur le terrain. Seulement, ce qu’ils ne savent pas et qui tourmente Terry, c’est que Vernon était son meilleur ami d’enfance. Enfin… avant de lui gâcher la vie. Coincé s’il veut conserver son emploi, Terry accepte la mort dans l’âme.

Mon avis

On a connu Nick Stone, à la Série Noire déjà, avec sa série haïtienne consacrée à Max Mingus : Tonton Clarinette (Prix SNCF du Polar 2009), Voodoo Land et Cuba libre. Changement total de registre ici. Exit les Caraïbes et le thriller sombre. Place à Londres – où réside désormais l’auteur – et à un polar procédural de facture tout ce qu’il y a de plus classique.

Si quelques flashbacks nous en apprennent plus sur le passé, en partie commun, de Terry et Vernon, l’essentiel du récit se déroule dans l’univers de la justice : au sein des bureaux de Kopf-Randall-Purdom, au parloir de la prison, puis à Old Bailey, cour criminelle principale d’Angleterre.

L’objet-livre, un pavé de plus de sept cents pages, est presque effrayant. Pourtant, Nick Stone réalise le tour de force de ne jamais ennuyer son lecteur. Précis dans les procédures sans jamais être pédant, l’auteur donne à voir le quotidien des avocats et autres greffiers engagés dans la course contre la montre d’un grand procès criminel, qui plus est quasiment perdu d’avance. En effet, tout semble accuser Vernon James, que personne ne croit d’ailleurs innocent à KRP, Terry y compris. Très médiatisé, le procès est une vitrine pour la firme spécialisée dans le droit des affaires, qui espère ainsi diversifier son activité. En creusant un peu pour préparer le procès, la défense se rend compte que certains éléments sont pour le moins intrigants et surtout, que la police, ravie d’avoir un coupable tout désigné, semble avoir quelque peu bâclé son enquête.

Les rebondissements sont nombreux et parfois excellents et les personnages, sans être géniaux, sont assez sympathiques pour qu’on s’y intéresse. Vernon James, présenté par certains comme un requin assoiffé d’argent et de conquêtes, est plus complexe qu’il n’y paraît. Enfin, les retrouvailles improbables entre Terry et Vernon, qui s’étaient brouillés et perdus de vue depuis des années, amènent Terry à se poser bien des questions.

Passionnant du début à la fin, Le Verdict est un procédural comme on en fait peu. Nick Stone y mêle avec talent un côté « whodunit » à l’ancienne et les codes du thriller : chapitres courts se terminant bien souvent par des révélations, rythme trépidant… Une véritable réussite, dans un registre différent de ses premiers romans. Nombreux devraient être les curieux à se demander ce que nous réservera Nick Stone la prochaine fois.

Le Verdict (The Verdict, 2014), de Nick Stone, Gallimard/Série Noire (2018). Traduit de l’anglais par Frédéric Hanak, 709 pages.

Le Discours est un roman de Fabrice Caro paru il y a quelques semaines dans une nouvelle collection de Gallimard : Sygne

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Adrien a la quarantaine et une vie plutôt quelconque. Il vient de se faire larguer mais il y a bien pire : le copain de sa sœur lui demande de préparer un discours pour leur mariage à venir. Que raconter ? Sera-t-il seulement capable de prendre la parole en public ? Cette demande, anodine pour d’autres, donne des sueurs froides à Adrien rien que d’y penser…

Mon avis

Vous connaissez Fabcaro, l’auteur de BD souvent très drôles  ? Non ? Et bien il vous faut absolument lire Zaï zaï zaï zaï, chef-d’œuvre d’humour absurde paru en 2015 aux éditions Six pieds sous terre et ayant reçu quelque prix dont le Prix SNCF du polar dans la catégorie BD. C’est pas vraiment polar en vérité mais le personnage principal, qui n’avait pas sa carte de fidélité à la caisse du supermarché, s’enfuit en brandissant un poireau et devient de fait l’ennemi public numéro un. Le début d’une cavale désopilante. Je me rends compte que c’est ma BD préférée de 2015 et que je n’ai même pas pris le temps d’en parler ici (il va me falloir réparer cet oubli, chouette, ça fera une excuse pour la relire).
Mais pourquoi nous parle-t-il de ce Fabcaro me direz-vous ? Parce que, vous l’aurez deviné même si vous n’êtes pas détective… Fabcaro et Fabrice Caro sont en fait une seule et unique personne (#scoop), le pseudo étant réservé à la partie dessinée de son œuvre. S’il ne s’agit pas là de son premier roman – Figurec avait été publié chez Gallimard en 2006 – c’est en tout cas le premier que je lis (j’ai lu une bonne partie de ses BD).

En ouvrant Le Discours, je dois confesser que j’avais peur d’être déçu. Peur que ça n’ait rien à voir avec tout ce que j’aime beaucoup chez Fabcaro, à commencer par son humour fait de situations de la vie de tous les jours revues d’un point de vue décalé, avec un espèce de redoutable « nonsense », genre qui est en général plutôt l’apanage des Brittaniques mais qu’il manie à la perfection. Grâce à ce procédé, Fabrice Caro, sans avoir l’air d’y toucher, nous fait prendre du recul et conscience de l’absurdité de nombre de nos agissements, en particulier dans notre vie sociale.

Non seulement je n’ai absolument pas été déçu mais j’ai fait durer le plaisir – le roman fait tout juste deux cents pages – en lisant quelques courts chapitres tous les soirs. Rien de tel pour décompresser. Si certains thèmes ont déjà été abordés par ailleurs, en particulier dans les bandes dessinées où il se met lui-même en scène, on ne se lasse pas de (re)vivre ce pensum qu’est le repas de famille revu par l’auteur. Des sujets aussi rebattus que la vie de couple prennent ici une dimension aussi comique qu’émouvante que j’affectionne beaucoup. Peut-être parce que je me retrouve assez dans ces personnages – assurément proches de l’auteur également – de losers sympas en grande partie inadaptés à la sauvagerie du monde d’aujourd’hui et à la difficultés des codes – parfois absurdes si l’on y réfléchit – régissant notre quotidien et en particulier nos interactions sociales.

Le Discours, s’il est difficile à résumer tant l’auteur (à travers les réflexions intimes d’Adrien) part dans tous les sens, est un régal de lecture qu’il n’est pas difficile de conseiller.
Commencez par ce roman ou par ses bandes dessinées, peu importe, mais si j’ai un tant soi peu éveillé votre curiosité, sautez le pas, lisez cet auteur !

Le Discours, de Fabrice Caro, Gallimard/Sygne (2018), 197 pages.