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On the Brinks, paru aux éditions du Seuil l’an dernier n’est autre que l’autobiographie pas piquée des vers du romancier nord-irlandais Sam Millar.

Résumé

On the Brinks, c’est l’autobiographie d’un gamin de Belfast devenu millionnaire aux États-Unis, l’histoire d’un homme qui aura finalement passé une grande partie de sa vie en prison. Cet homme, c’est Sam Millar, auteur de romans noirs comme Redemption Factory, Poussière tu seras ou plus récemment Les chiens de Belfast.

Mon avis

Privilégiant une trame chronologique, le Nord-Irlandais commence par nous raconter ses premières années à Belfast, dans des conditions déjà pas faciles. La maisonnée n’est pas riche, et surtout, la tension entre catholiques (sa famille l’est) et protestants est plus que palpable.

Jeune adulte, Sam Millar prend fait et cause pour l’IRA (Armée républicaine irlandaise) et se retrouve assez rapidement incarcéré dans la célèbre (et terrible) prison de Long Kesh. Pour militer contre la suppression par le gouvernement britannique du « statut spécial » réservé aux terroristes nord-irlandais, il devient l’un des ces fameux Blanket Men (refusant d’enfiler la tenue des prisonniers de droit commun, ils n’ont rien d’autre que leur couverture pour se « vêtir »). Il consacre ainsi une importante partie de son récit à cette expérience traumatisante qui, on peut le comprendre, l’a profondément marqué.

Privations, humiliations, tortures, ces militants de l’indépendance nord-irlandaise ont vécu pendant des années un enfer innommable, à mille lieues des habituelles préoccupations des États occidentaux concernant les droits de l’homme.

Dans un second temps, ces Blanket Men passent à un autre moyen de contestation connu sous le nom de Dirty Protest (protestation par la saleté) : ils refusent de se laver, de se raser ou de se couper les cheveux tant que leurs revendications n’auront pas été entendues. Si ses codétenus abandonnent peu à peu le combat au fil des années, Millar se retrouve parmi les derniers irréductibles, ce qui lui vaudra une grande notoriété dans son pays. Il assiste aussi de près, mais sans y prendre part, aux grèves de la faim ayant conduit à plusieurs décès dont celui du célèbre Bobby Sands.

« Y a quelque chose qui cloche chez ce type, se plaignit Jameson au père de Mac, John, pendant qu’ils comptaient les gains de l’équipe de la tranche quatre heures-midi. Et son accent bidon me rend dingue.

– Il ne boit pas, répondit John en descendant son deuxième grand whisky de la journée. Ne fais jamais confiance à un type qui ne boit pas. C’est comme si le pape baisait. C’est louche. »

Finalement libéré, Sam Millar décide de tenter sa chance de l’autre côté de l’Atlantique pour y démarrer une nouvelle vie. Assez rapidement, il se retrouve employé dans des casinos illégaux ce qui lui vaut quelques péripéties, qu’il relate ici avec brio. Il nous raconte enfin comment il a imaginé et mis en place le casse d’un dépôt de la Brinks qui l’a rendu célèbre et qui reste aujourd’hui encore l’un des braquages les plus importants de l’histoire des Etats-Unis, Millar et ses complices étant repartis avec quelque 7,4 millions de dollars.

Si tout le monde peut raconter sa vie, il en est quand même qui sont plus intéressantes que d’autres. À cet égard, le parcours hors-du-commun de Sam Millar place la barre très haut et n’a rien a envier à certains polars. Écrit avec une belle plume, le texte de Sam Millar, fort et poignant mais aussi drôle par moments est sans doute amené à figurer en bonne position parmi les classiques du genre.

On the Brinks (On the Brinks, 2009), de Sam Millar, Seuil (2013). Traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal, 359 pages.

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Les larmes d’Aral est le second roman de Jérôme Delafosse. Il est paru chez Robert Laffont en 2012.
Il fait partie des finalistes du Prix Découverte Polars Pourpres.

Résumé

Octobre 1994.
Sinead McKeown, une jeune journaliste, échappe de peu à la mort dans l’attentat à la bombe qui détruit sa maison, tuant son mari et l’enfant qu’elle porte en elle. La police pense un temps à l’IRA, avant de se rendre compte que l’homme était mort, sévèrement tailladé, avant même l’explosion. Tous les soupçon se portent alors sur Sinead, qui crie son innocence et parvient à échapper à la Garda.
Au même moment, Raphaël Zeck et son équipe du 36 quai des Orfèvres pourchassent un homme quasi nu dans les rues de la capitale, lequel choisit de se jeter dans la Seine pour leur échapper. La PJ repêche finalement le corps deux jours plus tard. Seulement, les personnes ayant été en contact avec la dépouille se retrouvent rapidement entre la vie et la mort, atteintes d’un mal inconnu.

Mon avis

Le moins qu’on puisse dire c’est que l’histoire que nous propose Jérôme Delafosse commence sur les chapeaux de roue. En vérité, l’auteur parvient même à conserver ce rythme trépidant tout au long des quelque 460 pages de ces Larmes d’Aral, maintenant habilement la tension. Il fait s’entrecroiser les parcours de Sinead et Raphaël, qui progressent tous deux à grands pas dans leurs enquêtes respectives, rapidement amenées à converger.

Si le personnage du policier français est sans doute plus lisse, celui de la journaliste irlandaise est vraiment intéressant. On découvre peu à peu que la vie de la jeune femme n’a jamais été un long fleuve tranquille. Malgré les atrocités subies et son désespoir actuel, elle a su garder une force étonnante, une volonté farouche. Si quelques rebondissements paraîtront peut-être un peu téléphonés aux lecteurs de thrillers les plus aguerris, l’ensemble est convaincant, avec des intrigues complexes offrant quelques belles surprises.

« Au bout de vingt minutes, ils virent surgir des silhouettes sombres et massives posées au milieu de la steppe glacée.
Des navires… Des navires gigantesques aux flancs éventrés gisaient échoués, évoquant des léviathans assoupis dans le silence.
Un cimetière marin irréel perdu au large de l’ancien lit de la mer d’Aral.
Un vent puissant des hauts plateaux s’engouffrait dans les coursives rouillées, s’enroulait autour des passerelles décapitées, faisant mugir les carcasses de ces fantômes postapocalyptiques. Sur les étraves rongées par le sel, on pouvait distinguer les noms à demi effacés des anciens cargos et le long des coques des chameaux laineux aux naseaux fumants s’abritaient des bourrasques de neige que rien ne semblait pouvoir stopper.
Ces images de mort étaient connues, mais le papier glacé des magazines avait le pouvoir de les maintenir à distance. Y être physiquement confronté était une tout autre affaire. Aucun des passagers de la voiture ne prononça le moindre mot, comme si devant un tel spectacle de fin du monde le langage n’avait plus cours. »

De plus, Jérôme Delafosse, grand reporter dans le civil, ne se prive pas de nous faire voyager, de rues de Belfast au fin fond des steppes d’Ouzbékistan en passant par Amsterdam, ce qui ne gâche rien.

« Aucune route, aucun chemin ne menait à l’ancien goulag, seule une voie ferrée reliait la prison au reste du monde. Autour, il n’y avait rien, que le vent et le froid. Ici, ce n’était pas la rigueur du climat qui décourageait les candidats à l’évasion, mais le vide, omniprésent, minéral, sans le moindre arbuste ou accident de terrain pour se cacher. Au milieu de ce désert, un fugitif était visible à des lieues à la ronde et vite repris.
Au cœur du vide, les grilles, les serrures et les barbelés paraissaient presque un décor, un moyen de se protéger de l’intérieur. La véritable prison était la steppe elle-même. »

Après le déjà remarqué Cercle de sang, Jérôme Delafosse confirme avec Les larmes d’Aral, efficace page-turner qui n’est pas sans rappeler certains titres de Jean-Christophe Grangé et Thierry Serfaty.



Les larmes d’Aral
, de Jérôme Delafosse, Robert Laffont (2012), 453 pages.