Articles Tagués ‘Islande’

Allez, assez glandé, avec le retour des beaux jours je vais peut-être réussir à me mettre un bon coup de pied au c*l pour me remettre à écrire régulièrement des chroniques. J’en ai écrit quelques unes (Dark Horse, Psychiko…), mais en attendant, en voici une qui s’était égarée, retrouvée aujourd’hui mais écrite il y a… un an. L’occasion aussi de poursuivre avec mon challenge « Faudrait peut-être songer à A.B.C. ta PAL » (voir ici). Vu que j’aime bien l’Islande, les romans policiers et les enquêtes d’Erlendur, c’eut été simple de choisir Indriđason. Un peut trop d’ailleurs, et vu que j’ai de la ressource, voici un autre auteur de polar islandais en I. ^^

9782021071238L’énigme de Flatey (Flateyjargáta en VO) est un roman islandais de Viktor Arnar Ingólfsson publié au Seuil dans sa collection Policiers en 2013 dans une traduction de Patrick Guelpa. Il est depuis disponible au format poche en Points.

Résumé

Premier juin 1960, au large de l’île de Flatey, Breiðafjörður, Islande.
Le petit Nonni est parti en promenade avec son père et son grand-père, à la recherche de phoques sur la petite île de Ketilsey. À peine ont-ils accostés qu’il est pris d’une envie pressante. En s’isolant pour aller faire ses besoins, il tombe sur le cadavre d’un homme, méconnaissable.
L’enquête peine à trouver l’identité de la victime avant de conclure qu’il s’agit de Gaston Lund, un chercheur danois spécialiste du Codex Flateyensis, plus connu sous le nom de « livre de Flatey », un précieux manuscrit contenant une énigme toujours irrésolue et se présentant sous la forme de quarante questions.

Mon avis

Si les inconditionnels du polar nordique connaissent un peu Reykjavík, Keflavik voire Akureyri grâce à Arnaldur Indriđason, Arní Thorarinsson ou encore Stefan Mani, peu de chances qu’ils aient entendu parler de Flatey avant d’avoir ouvert ce livre. Et pour cause, cette minuscule île (deux kilomètres de long sur un de large) perdue au milieu du Breiðafjörður (grand fjord du nord-ouest de l’Islande) et dont le nom signifie « île plate » en islandais ne compte plus aujourd’hui que cinq habitants l’hiver (et quelques estivants de plus à la belle saison) !

« Quelques rochers isolés constituaient un bon abri en pente : tout près du garçon couvaient deux eiders femelles. Elles ne bougeaient pas et il fallait des yeux exercés pour les discerner dans les mottes de gazon. Un huîtrier pie se tenait sur une pierre et faisait beaucoup de bruit. Son nid n’était probablement pas très éloigné du rivage. Plus loin, sous un énorme rocher, gisait le cadavre d’un gros animal. Nonni avait déjà vu ce genre de choses sur la plage : des baleineaux, de grands phoques gris ou des carcasses ballonnées de moutons qui s’étaient noyés. Mais que ce cadavre-là soit revêtu d’un anorak vert, ça c’était nouveau. »

A l’époque du roman, elle était un peu plus peuplée mais absolument pas préparée à enquêter sur un meurtre. Car si l’on a cru au départ à une noyade, il s’avère vite que Gaston Lund a été tué. C’est pourquoi Elliðagrímur, le bourgmestre de l’île, appelle Kjartan, jeune et inexpérimenté sous-préfet de Patreksfjörður – il vient de se voir confier ce poste – pour les besoins de l’enquête. Laquelle s’annonce compliquée car personne ne semble avoir su que la victime se trouvait sur l’île – pas même ses proches, qui le croyaient resté au Danemark. Peu à peu, grâce au concours de Þormóður Krákur, le sacristain, d’Högni, l’instituteur, et de Jóhanna, la jeune médecin, Kjartan en apprend davantage.

Viktor Arnar Ingólfsson achève chaque chapitre par un extrait du livre de Flatey, ce manuscrit narrant la saga d’Ólafur Haraldsson et d’Ólafur Tryggvason, dont la petite bibliothèque de l’île possédait un fac-similé – l’original, revenu depuis en Islande, étant alors conservé à Copenhague.

L’intrigue n’est pas nécessairement exceptionnelle mais se laisse suivre sans déplaisir, d’autant que l’intérêt du roman réside largement dans son côté dépaysant. Comme Kjartan, le « continental », on s’étonne de l’existence rude et simple des habitants de Flatey, qui vivaient alors principalement de pêche et de chasse. Celle de l’eider dont on récoltait le précieux duvet, et celle du phoque, dont on commerçait la peau et mangeait la viande, souvent accompagnée de pommes de terre et de mörflot (graisse de mouton fondue).

Sans être des plus mémorables, L’énigme de Flatey fera passer un bon moment d’évasion aux lecteurs curieux d’ailleurs, prêts à suivre une enquête assez lente dans une petite île islandaise des années 1960. À consommer de préférence au coin du feu avec un doigt de brennivín.

L’énigme de Flatey (Flateyjargáta, 2002) de Viktor Arnar Ingólfsson, Seuil (2013). Traduit de l’islandais par Patrick Guelpa. Lu en poche aux éditions Points (2014), 377 pages.

À la grâce des hommes (Burial Rites) est le premier roman de la jeune Australienne Hannah Kent, paru aux Presses de la cité en mai dernier.

Résumé

Ránhóla, nord de l’Islande, mardi 12 janvier 1830.
Agnes Magnúsdottir est décapitée ce jour (ainsi que Fridrik Sigurdsson) pour l’assassinat de son amant, Natan Ketilsson. Cela fait d’elle la dernière femme à avoir été condamnée à mort en Islande. En attendant l’exécution, la criminelle avait été placée dans une famille islandaise, faute de prison disponible. C’est cette histoire que nous raconte Hannah Kent.

Mon avis

À la grâce des hommes est un ouvrage atypique à plusieurs égards.
Puisque l’on sait dès le départ et avec certitude qu’Agnes va mourir, et même de quelle façon, on pourrait se dire que le suspense n’a pas sa place ici. Pourtant, la jeune Australienne parvient à accrocher le lecteur assez rapidement. Agnes, malgré ce qu’elle a (ou aurait) fait, est plutôt attachante, et la relation qu’elle entretient avec le jeune révérend Tóti, qu’elle a choisi comme confesseur, est assez ambiguë pour être suivie avec curiosité. On regarde aussi évoluer l’attitude des membres de la famille contrainte d’héberger Agnes. D’abord aussi dégoûtés qu’apeurés d’avoir un monstre sous leur toit, Margrét, son mari et leurs deux filles, Steina et Lauga, se mettent peu à peu à éprouver des sentiments – contradictoires – pour Agnes et à la traiter comme l’être humain qu’elle demeure malgré tout.
À la grâce des hommes est également intéressant en ce sens qu’il flirte avec les genres. Là où Hannah Kent avait matière à écrire un passionnant documentaire sur la fin de vie de la dernière condamnée à mort islandaise, elle a choisi d’en faire un roman. Hormis quelques extraits de correspondances retrouvées dans les archives de l’affaire Ketilsson et présentés au fil des pages, le texte est écrit à la manière d’un roman. Tout en se basant sur des faits avérés, l’auteur comble les trous, affine la psychologie des personnages, rend vivants les paysages islandais, décrit la rudesse des conditions de vie de l’époque…

À la grâce des hommes prend son temps, aussi ne satisfera-t-il peut-être pas les amateurs de thrillers survitaminés. En revanche, pour ceux qui se laisseront entraîner, Hannah Kent offrira une immersion dans les rigueurs hivernales de cette Islande rurale du début XIXe. Original et dépaysant.

À la grâce des hommes (Burial Rites, 2013) d’Hannah Kent, Presses de la cité (2014). Traduit de l’anglais (Australie) par Karine Reignier-Guerre, 395 pages.