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Le Fleuve des brumes (Il Fiume delle nebbie), paru en Italie en 2003, est le premier roman de Valerio Varesi à paraître en France.

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Le commissaire Soneri est appelé par l’hôpital de Parme où un homme vient de se défenestrer. Le défunt était bien connu et apprécié des soignants comme des patients, lui qui donnait de son temps pour tenir compagnie aux personnes esseulées durant leur hospitalisation.
Dans le même temps, une péniche part à la dérive sur le Pô déchaîné. Il ne cesse de pleuvoir sur l’Émilie-Romagne, et le fleuve, dont la puissance est décuplée par les nombreux affluents, menace de sortir de son lit d’un instant à l’autre. Le bateau finit par s’échouer et son propriétaire, un batelier aguerri, est aux abonnés absents. Soneri, qui en a vu d’autres, est à peine surpris d’apprendre que le propriétaire de la péniche, répondant au nom de Tonna, n’est autre que le frère du suicidé.

Mon avis

Si le Commissaire Soneri connait un succès certain en Italie, où la série qui lui est consacrée compte déjà une douzaine d’enquêtes depuis 1998, ce n’est que l’an dernier qu’il traverse les Alpes grâce aux éditions Agullo et à la traduction de Sarah Amrani.

Nous pouvons d’emblée l’affirmer sans prendre de grands risques : les amateurs de thrillers effrénés ne trouveront pas là leur tasse de thé, ou plutôt de Ristretto. Valerio Varesi prend le temps d’installer le décor et les personnages, et l’intrigue, sans être secondaire, est mise au même niveau que les éléments précités. Le style d’écriture et le caractère flegmatique et consciencieux du commissaire évoquent davantage rappelle quelque peu l’Erlendur cher à Arnaldur Indriðason.

« Commissaire, vous le voyez, le Pô ? Ses eaux sont toujours lisses et calmes, mais en profondeur il est inquiet. Personne n’imagine la vie qu’il y a là-dessous, les luttes entre les poissons dans les flots sombres comme un duel dans le noir. Et tout change continuellement, selon les caprices du courant. Personne parmi nous n’imagine le fond avant de s’y être frotté et la drague fait un travail toujours provisoire. Comme tout ici-bas, vous ne trouvez pas ? »

Le Pô, prêt à inonder la vallée d’un instant à l’autre est un personnage à part entière du roman, tout comme le brouillard, lesquels joueront tous deux un rôle important dans l’histoire.
Malgré le froid et l’humidité ambiants, l’écriture de Valerio Varesi est chaleureuse, presque douillette par moment, lui qui prend la main du lecteur pour l’installer à table, à l’abri des intempéries avec les anciens, autour d’une partie de belote, d’un bon vin italien ou d’un plat local, rustique mais revigorant.

Le personnage de Soneri est plutôt attachant, et ses rapports avec sa compagne sont assez atypiques, elle qui débarque toujours à l’improviste pour le retrouver dans des endroits plus incongrus les uns que les autres.

Tout au plus pourra-t-on reprocher à l’auteur quelques vilains tics d’écriture, parfois pénibles. On comprend assez vite, par exemple, que l’inspecteur porte un pardessus Montgomery et que sa sonnerie de téléphone est une version atroce de l’Aïda de Verdi. Seulement, c’est tellement répété que ça en devient presque comique, ce qui n’était vraisemblablement pas le but recherché.

Le Fleuve des brumes est un beau roman qui vaut autant, sinon plus, pour son ambiance que pour son intrigue, qui n’en demeure pas moins de qualité bien que de facture classique. On retrouvera Soneri, cousin transalpin de Maigret, dans La Pension de la Via Saffi, sans doute avec le même plaisir.

Le Fleuve des brumes (Il Fiume delle nebbie, 2003), de Valerio Varesi, Agullo/Noir (2016), 315 pages. Traduit de l’italien par Sarah Amrani.

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L’évasion, publié le mois dernier à la Série Noire (Gallimard) est le neuvième roman de Dominique Manotti.

Résumé

Rome, 1987.
Filippo Zuliani, derrière les barreaux, fait la connaissance de Carlo Fedeli, un célèbre prisonnier politique italien membre des Brigades Rouges, qu’il admire assez vite. Lorsque l’occasion se présente pour le jeune délinquant de s’évader avec cette pointure, il ne la laisse pas passer. Seulement, les choses ne se passent pas vraiment comme prévu et Filippo est obligé de s’exiler en France pour avoir une chance de rester en vie. Devant mener une vie discrète à Paris, il trouve son temps long et la solitude lui pèse. Il se met à écrire.

Mon avis

On ne présente plus Dominique Manotti auteur de nombreux romans noirs à succès comme Nos fantastiques années fric, adapté sur grand écran sous le titre Une affaire d’État, ou L’honorable société, écrit à quatre mains avec DOA et lauréat du Grand Prix de littérature policière en 2011. L’historienne de formation s’était jusqu’à présent contentée du présent et du passé de la France comme cadre de ses romans. Cette fois-ci, nouveau décor : elle franchit les Alpes pour nous raconter les « années de plomb », ce temps où la police italienne menait la vie dure aux groupuscules d’extrême gauche (et inversement) et où les attentats étaient monnaie courante.

A travers les personnages de Filippo, de Carlo et de sa compagne Lisa, on en apprend beaucoup sur cette période violente de l’histoire récente de l’Italie ainsi que sur le quotidien des réfugiés politiques. Filippo a beau être un protagoniste intéressant, on peine à s’y attacher, mais peut-être est-ce fait exprès ? Finalement, c’est peut-être Lisa qui émouvra le plus le lecteur, elle qui n’aura de cesse de chercher à découvrir la vérité quant à la mort de l’homme de sa vie. Connaissant Carlo comme personne, elle n’est guère convaincue par la thèse officielle, celle du braquage raté. Mais faut-il pour autant voir la main des services secrets italiens derrière ce bain de sang ?

Pas vraiment d’intrigue policière dans ce court roman – deux cents pages – qui se lit néanmoins très bien tant l’écriture de Dominique Manotti sert efficacement le récit. Comme d’habitude, l’auteur utilise le présent, privilégie les phrases courtes et ne s’embarrasse pas de superflu. Sans surprise, il s’agit de l’histoire d’une évasion et de ses conséquences, « L’évasion » étant aussi le titre du roman qu’écrit Filippo pour tenter d’aller de l’avant.

Ce dernier opus de Dominique Manotti n’est sans doute pas le plus réussi, ou tout au moins pas le plus à même de plaire à un large public. Dans la veine historique, on préférera Le corps noir, et côté politique, Nos fantastiques années fric ou Lorraine Connection. À défaut d’être véritablement passionnant, L’évasion n’en demeure pas moins un roman noir efficace, intéressant et sans concession, comme peu d’auteurs savent en écrire.

L’évasion, de Dominique Manotti, Gallimard/Série Noire (2013), 224 pages.