Articles Tagués ‘journaliste’

Les Amours noires est un roman de Max Obione paru chez La Gidouille en avril dernier.

61F5AHaAm1LRésumé

Le corps d’un homme est retrouvé, flottant, dans le port du Havre, tandis que, quasiment au même moment, celui d’une femme est retrouvé à Morlaix. Dans les poches de l’homme, un ticket de stationnement morlaisien. La femme serait quant à elle peut-être originaire de la porte océane. Pour Léo Tanguy, ce chassé-croisé mortuaire n’est sans doute pas une coïncidence. Mais pour y voir plus claire, il va devoir se rendre au Havre. Ça tombe bien, c’est par là-bas que bosse Bob Mougin, son confrère normand.

Mon avis

Vingt-troisième enquête de Léo Tanguy, Les Amours noires est donc l’occasion pour le fameux cyberjournaliste breton de collaborer avec son alter ego d’outre-Couesnon. Forcément, les deux affaires sont liées et nos deux amis vont en apprendre de belles sur une famille pas si fréquentable que ça. L’enquête concoctée par Max Obione tient en haleine et nous fait suivre la piste, entre autres, d’une crêpière bien connue de la communauté bretonne du Havre, d’un exportateur de légumes et d’un bibliophile averti, fin connaisseur des œuvres de Tristan Corbière, le célèbre poète morlaisien.

Certains éléments sont peut-être un brin tirés par les cheveux mais on pardonne facilement ces ficelles parfois un peu grosses tant la langue, familière sans être vulgaire, est truculente. À en croire certains spécialistes, on peut vivre dans n’importe quelle langue pourvu qu’on en connaisse environ 400 mots. Max Obione en maîtrise bien plus et c’est un vrai plaisir que de se plonger dans cette langue tout à la fois riche et populaire.

Faire bombance de vocabulaire tout en lisant un intéressant polar, ce n’est pas donné tous les jours. Saluons alors ce court roman sans prétention qui parvient néanmoins à faire passer un excellent moment de lecture… et à nous apprendre quelques mots.

Les Amours noires, de Max Obione, La Gidouille (2018), 248 pages.

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La Mort dans l’algue, de René Péron est paru aux éditions La Gidouille en novembre dernier.
Il s’agit de la 22e enquête de Léo Tanguy.

5156jhenbhlRésumé

Marc Cann, un ami de Léo Tanguy, est retrouvé mort sur une plage de Côtes-d’Armor. Le corps a été retrouvé sous un amas d’algues vertes, et le coupable semble alors tout désigné : Ulva armoricana, le nom de cette fameuse algue tueuse.
Quelques jours plus tard, c’est une truie que la marée verte amène. Un coup de fil anonyme laisse à penser qu’elle est piégée. Aussi les autorités emploient les grands moyens : hélicoptère, équipe de déminage, etc.
Il n’en faut pas plus à Léo Tanguy pour tenter de comprendre ce qui se trame du côté de la baie de Saint-Eflamm.

Mon avis

Pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas, Léo Tanguy est un personnage de fiction créé par Gérard Alle qui fait sa première apparition dans son roman Les jeunes tiennent pas la marée. Journaliste à son compte et libertaire, c’est en quelque sorte le cousin breton du Poulpe cher à Jean-Bernard Pouy, qui connaît bien le Centre-Bretagne et a signé un titre au sujet de l’afflux d’Anglais dans la région, Rosbif sanglant. La collection avait été lancée chez Coop Breizh, avant d’être récupérée par la maison costarmoricaine La Gidouille.

La quatrième de couverture nous apprend que René Péron est chercheur au CNRS. Après 3-4 pages ou, par le truchement d’un article de presse, il nous présente ulva armoricana et les perturbations écologiques apportées sur les côtes bretonnes à cause de cette algue verte, certains lecteurs pourront craindre un instant d’avoir ouvert un guide sur la flore du littoral ou un manifeste écologiste.

Si l’un des propos de ce roman est sans doute de contribuer à dénoncer les ravages causés par l’agriculture intensive, principale responsable de la prolifération de cette algue invasive et dangereuse pour l’environnement marin, il ne se résume heureusement pas à cela et ce lit avec plaisir.
On se passionne sans mal pour l’intrigue peut-être un brin convenue dans certains de ses développements. Mais la sensibilité de l’auteur, son sens des dialogues et le charisme de Léo font qu’on passe un bon moment avec le cyber-journaliste. À l’instar de son collègue octopode, il ne lâche jamais l’affaire quand il s’agit de résoudre une enquête et de mettre sous le feu des projecteurs la poussière que d’aucuns avaient cachée sous le tapis sans aucun scrupule.

Avec La Mort dans l’algue, René Péron propose un honnête roman policier, classique dans sa forme et saupoudré d’écologie, qui répondra assurément aux attentes des amateurs de Léo Tanguy.

 

La Mort dans l’algue, de René Péron (2017), 183 pages.

Zanzara / Paul Colize

Publié: 20 novembre 2017 dans Polar belge
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Énième tentative de redémarrage du blog après avoir rencontré mon lot d’accidents de la vie comme on dit. Graves problèmes familiaux, décès de proches, rupture difficile… Dont la conséquence a été une espèce de longue hibernation (sorte d’apathie tendance dépressive qui m’empêchait de prendre le moindre plaisir à lire, comme à faire plein d’autres choses, à voir des gens…).
Les quelques romans que j’ai lu bon an mal an pendant cette longue période d’inactivité passeront vraisemblablement à l’as. Tant pis.
Je vais recommencer, si tout va bien, avec ceux lu ces dernières semaines, depuis que je relis…

51txfzx4jqlZanzara est un roman du Belge Paul Colize paru cette année chez Fleuve Noir.

Résumé

Fred a 28 ans et de l’ambition à revendre. Il écrit pour l’édition web d’un fameux quotidien belge, travaille sans compter ses heures, fréquente une jolie femme mariée et rêve de déterrer le scoop ultime. Celui qui fera de lui le prochain prix Pulitzer ou a minima lui permettra de quitter Le Soir…
Soir pendant lequel il vit dangereusement, n’aimant rien de mieux que de risquer sa vie dans des paris plus insensés les uns que les autres : prendre le Ring (le périph bruxellois) à contre-sens, se coucher sous un train, se faire électrocuter…
Cet équilibre précaire va être mis à mal lorsqu’un curieux appel parvient à la rédaction. Un homme, inconnu au bataillon, affirme craindre pour sa vie et demande à se livrer à un journaliste au plus vite. Il ne délivre qu’une seule information : son adresse.
Seulement, lorsque Fred arrive sur les lieux, rien ne se passe comme prévu…

Mon avis

On ne présente plus ici Paul Colize, récompensé à de nombreuses reprises pour ses romans enlevés comme Back Up, Concerto pour 4 mains ou encore Un long moment de silence, très beau texte lauréat du Prix Polars Pourpres en 2013.
Avec Zanzara (moustique en italien), le Belge pique, comme à son habitude, rapidement la curiosité du lecteur. À l’instar de Fred, on n’a alors guère d’autre choix que de vouloir comprendre ce qui s’est tramé. Et ce qui n’était d’apparence qu’un coup de fil que certains de ses collègues auraient sans doute pris pour un canular se révèle être le point de départ d’une (en)quête aussi fastidieuse que périlleuse.
Le personnage de Fred, un tantinet arrogant, n’est pas spécialement des plus sympathiques, mais on s’attache tout de même à cette tête brûlée et bien faite, qui se révèlera plus tendre qu’il n’y paraît, dans sa relation adultère – au traitement pas inintéressant – comme dans la sphère familiale.
On soulignera aussi dans cet opus l’immersion réaliste dans le quotidien d’un grand… quotididen (l’auteur s’est rendu dans les locaux du Soir pour documenter son roman).

Zanzara, sans conteste moins ambitieux qu’Un long moment de silence, pour ne citer que lui, marquera sans doute moins durablement le lecteur. Mais comme le souligne le quatrième de couverture, Paul Colize est avant tout un « raconteur d’histoire », et pour ce qui est de faire tourner les pages à toute vitesse, c’est vrai qu’il sait sacrément y faire.
On ne voit d’ailleurs pas le temps passer au fil de ces 300 et quelques pages et on en redemande.

Zanzara, de Paul Colize, Fleuve Noir (2017), 320 pages.