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Frank Sinatra dans un mixeur (Frank Sinatra in a Blender) est un roman de Matthew McBride paru chez Gallmeister, dans la collection Néonoir, en 2015. La traduction est signée Laurent Bury.

413qzz6gi1lRésumé

Saint-Louis, Missouri.
« Il faut avoir de sacrées couilles pour braquer une banque avec une camionnette de boulanger. On passe inaperçu mais on n’est pas près de pouvoir semer qui que ce soit. »
Avec beaucoup de chance, tout aurait bien pu se passer pour Telly et Bruiser. Mais entre leur bêtise crasse et leur penchant pour le repoudrage de nez, c’était beaucoup demander que de compter sur la seule bonne étoile. Évidemment, rien ne se passe comme prévu et le casse vire au carnage.

Mon avis

Braquage à moitié raté ou à moitié réussi donc, selon qu’on voit le verre de bourbon à moitié rempli ou à moitié vide. Malgré la casse, le pognon est ravi, et le survivant n’est pas loin de l’être aussi. La police essaye bien d’étouffer l’affaire mais dans une ville comme ça, vous pensez bien… Il faut dire qu’autant de fric qui se promène, ça ne peut qu’attirer des convoitises. Les forces de l’ordre enquêtent et veulent mettre la main sur le braqueur rescapé et son larcin. Nick Valentine, ex-policier reconverti, désormais alcoolique à temps plein et détective privé peu regardant sur les codes procéduraux est dans la course également. Mais il est loin d’être le seul à vouloir faire main basse sur le butin. Peu importe les moyens.

« Alors que j’accueillais à bras ouverts les premiers signes d’ivresse, je commençai à remarquer que mes pensées devenaient plus lucides à chaque cocktail que je préparais. Comme frappé d’un éclair venu du ciel, je compris la vérité qui était au cœur de ma vie : boire plus faisait de moi un meilleur détective. »

Vous l’aurez compris, le scénario de Frank Sinatra dans un mixeur ne brille pas par son originalité. Mais l’énergie qu’insuffle Matthew McBride au récit est appréciable. Il commence sur les chapeaux de roues et le soufflet ne retombe jamais pour le plus grand plaisir du lecteur. Les « méchants » sont tous plus fourbes, drogués et/ou imbibés les uns que les autres. L’humour est présent sans que le récit verse réellement dans la comédie. Les personnages sont caricaturaux, sans doute. Mais tout laisse à penser que c’est volontaire et totalement assumé de la part de Matthew McBride. Quant aux réparties, souvent grossières mais qu’importe, elles fusent comme des balles et font mouche. Bien qu’il soit loin du héros classique, vivre cette aventure aux côtés de Nick Valentine, qui a arrêté la clope et le café, mais certainement pas l’alcool (faut pas déconner !) est assez jouissif.

« Pour moi qui aimais depuis toujours les stripteaseuses ET le chili, il y avait quelque chose d’extraordinaire dans l’idée de combiner les deux sous un même toit. C’était comme si Cowboy Roy avait créé un Paradis utopique destiné à piéger les hommes pendant des heures, leur soutirant leurs dollars dûment gagnés tout en leur proposant dans le même temps deux des choses les plus formidables que la vie puisse offrir. »

Sans prétention, cette course-poursuite qui s’étend sur quelque deux cent cinquante pages est jubilatoire. On ne voit pas le temps passer à la lecture de ce très bon divertissement.
Ah oui… on allait oublier quelque chose… Frank Sinatra, c’est le nom du petit chien de Nick Valentine. Et pour savoir comment il a atterri dans un mixeur… Vous n’avez plus qu’à lire le roman !

Frank Sinatra dans un mixeur (Frank Sinatra in a Blender, 2012), de Matthew McBride Gallmeister (2015). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laurent Bury, 256 pages.

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Une Affaire d’hommes (Rough Trade) est un roman de Todd Robinson paru chez Gallmeister en mars 2017 dans une traduction de Laurent Bury.

41krnhrntglRésumé

Boo et Junior se connaissent depuis l’orphelinat où ils ont fait les quatre cents coups et où ils se sont aussi parfois serrés les coudes dans l’adversité. Aujourd’hui, ils travaillent ensemble comme videurs d’un club bostonien assez rock & roll, et pas uniquement du point de vue musical. Lorsqu’une de leurs collègues leur demande de faire comprendre à un petit ami violent qu’il serait bien inspiré de prendre ses distances avec elle, ils le font sans se faire prier.
Le hic, c’est que ledit petit ami est retrouvé mort le lendemain de sa petite virée dans le coffre de leur voiture et que Boo et Junior sont par conséquent les coupables tout trouvés.

Mon avis

 » Il y a plein de trucs nuls dans mon univers. Pendant les trois quarts de ma vie, les trois pires avaient été les New York Yankees, la sauce tartare et les fermetures Éclair où je me coinçais la bite.  »

On avait déjà pu faire la connaissance des deux larrons dans le premier roman de Todd Robinson également paru chez Gallmeister : Cassandra. Les voilà de retour pour le plus grand bonheur du lecteur. C’est sûr, ce genre de romans n’est pas là pour prétendre au Pulitzer, mais on rigole bien à suivre les aventures rocambolesques de ces deux énergumènes que la vie n’a pas gâtés, et ce depuis leur enfance, pas tendre du tout. Les méchants sont très méchants, les gentils ne sont pas si gentils que ça, et le côté série B de l’ensemble est parfaitement assumé par l’auteur.

« – Alors, j’en ai ma claque. Pourquoi ne pas utiliser dans cette histoire le rasoir d’Ockham ?
Junior se leva :
– Tu veux régler ça par un combat au couteau ? On y va, l’enfoiré !
Summerfield me regarda :
– Qu’est-ce qu’il… Pardon ?
Summerfield ouvrit grand les bras, dans l’espoir que quelqu’un aiderait Junior à comprendre.
– On parle pas d’un vrai rasoir, Junior.  »

Beaucoup d’action chez Todd Robinson. Ça dépote du début à la fin, y compris dans les flashbacks qui ramènent les acolytes à leur période boutonneuse à l’orphelinat. Les dialogues sont aux petits oignons et quelques réparties particulièrement savoureuses fusent à l’occasion. Pour autant, et sans que cela soit fait de manière lourde, l’auteur fait passer quelques messages quant à certaines valeurs peu partagées par la plupart des personnages bas du front et querelleurs qui peuplent cet opus.

 » C’était l’Ouroboros de la connerie, le serpent qui se mord la queue.  »

Une Affaire d’hommes est un très bon divertissement littéraire qui a oublié d’être bête et où l’on rit beaucoup aux dépens des personnages, souvent hauts en couleurs. Vivement le retour de ces bras cassés, dignes héritiers du Dortmunder de Donald Westlake.

Une Affaire d’hommes (Rough Trade, 2016), de Todd Robinson, Gallmeister/Noire (2017). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laurent Bury. 363 pages.