Articles Tagués ‘obésité’

Masses critiques est un roman de Ronan Gouézec qui vient de paraître au Rouergue/Noir.

pol_cover_34064Résumé

René Joffre est restaurateur, spécialisé dans les produits de la mer. Ayant eu le malheur de leur acheter des produits sous le manteau, il est depuis victime de chantage et de menaces incessantes des Banneck, un père et deux fils ayant fait de la pêche clandestine leur gagne-pain.
Lorsque l’un des fils l’appelle en urgence en pleine nuit pour lui annoncer le naufrage du bateau familial, René pense être définitivement débarassé de ces enquiquineurs.
Malgré la catastrophe des Banneck, René et son ami de toujours, Marc, ne sont pas au bout de leurs peines, loin de là.

Mon avis

Après Rade amère, premier roman fort remarqué, Ronan Gouézec est de retour au Rouergue avec ce second opus. Encore un roman maritime ? ne peut-on s’empêcher de penser en commençant à parcourir la quatrième de couverture avec un peu d’appréhension. L’auteur ne va-t-il pas par trop se répéter ? Rapidement, les craintes s’avèrent en grande partie infondées et les seules similitudes concernent le quotidien des gens de mer, décrit avec précision mais non sans une certaine poésie par le Finistérien.
La couleur ne change pas : bleu pétrole, pour ne pas dire noir. La tension est présente dès le départ avec cette sombre histoire de chantage et on imagine bien que tout ça ne va pas nécessairement bien se terminer. On est cependant loin du compte tant l’auteur n’hésite pas à malmener ses personnages. Peut-être un peu trop d’ailleurs. Autant de catastrophes qui tombent sur les mêmes personnes en si peu de temps, ça en devient difficilement plausible. Au milieu maritime déjà présent dans Rade amère, Ronan Gouézec ajoute quelques ingrédients, plutôt bien sentis. Une histoire d’amour pas banale et plutôt bien amenée entre un éternel célibataire en surpoids et la fille de son meilleur ami. L’auteur questionne aussi, un peu à la façon d’un Antoine Chainas, le rapport au corps et au médical à travers la thématique de l’obésité. Jusqu’où le corps médical peut-il s’introduire dans votre quotidien si c’est « pour votre bien » ? Jusqu’où peut-on bien vivre son obésité sans conséquences pour sa santé ? Tout cela est une question d’équilibre que Marc ne prend pas à la légère mais qui le dépasse quelque peu malgré tout.

Traitant de différents sujets, Masses critiques est un roman noir bien écrit mais qui peine à convaincre totalement, en partie en raison de son scénario un brin invraisemblable. Pour le reste, certaines scènes – de plongées nocturnes notamment – resteront en mémoire.

Masses critiques, de Ronan Gouézec, Rouergue/Noir (2019), 199 pages.

Hôtel du Grand Cerf est un roman de Franz Bartelt paru au Seuil dans la nouvelle collection Cadre noir en mai 2017.
Il a reçu il y a peu le Prix Mystère de la Critique.

71jxwwhzhjlRésumé

On propose à Nicolas Tèque, journaliste parisien pas débordé, de se rendre à Reugny, petite bourgade des Ardennes, pour préparer un documentaire sur Rosa Gulingen. L’étoile montante du cinéma qu’elle était alors avait subitement trouvé la mort dans la baignoire de sa chambre, à l’Hôtel du Grand Cerf où elle résidait le temps du tournage de son dernier film.
À peine arrivé, le journaliste découvre un village en ébullition. Le douanier local a été retrouvé décapité, et une jeune femme manque à l’appel. Précisément la fille de la tenancière de l’hôtel, demeuré quasi identique à celui des images en possession de Nicolas Tèque.
L’inspecteur Vertigo Kulbertus est dépêché sur place.

Mon avis

Une grande majorité de textes policiers commencent par un meurtre, une course-poursuite ou tout autre événement propre à bousculer les personnages et saisir immédiatement l’attention du lecteur. Franz Bartelt n’est pas du genre à faire à comme tout le monde, et bien lui en prend puisqu’il n’a visiblement pas besoin de ça pour embarquer le lecteur dans son univers. Il faut d’ailleurs une cinquantaine de pages pour que l’inspecteur arrive sur les lieux du crime. Mais quelle entrée en scène !

L’inspecteur Vertigo Kulbertus constituait à lui seul, du moins en volume, la moitié des effectifs de la police belge. Depuis vingt-cinq ans, il ne se pesait plus et les médecins comme ses supérieurs hiérarchiques avait renoncé à lui faire perdre du poids. Il s’était fait de l’obésité une spécialité, comme d’autres s’en font une du marathon ou de l’alpinisme. De toute façon, il était beaucoup plus réputé pour son poids que pour son aptitude à résoudre les affaires criminelles.

Il fallait au moins ça pour introduire Vertigo Kulbertus, un inspecteur comme on en voit peu.Obèse, rustre tendance misanthrope, il a des exigences bien particulières quant à ses repas (essentiellement constitué de frites, de cervelas et de fricadelles) et à sa consommation de bière, le tout dans des proportions gargantuesques bien sûr. Gare à la personne qui lui servirait une bière avec de la mousse. Surtout en ce moment. Car alors qu’il pensait passer tranquillement les derniers jours le séparant de la retraite dans son bureau, le voici envoyé dans un bled paumé où tout le monde semble, sinon suspect, du moins guère bavard. Mais sous des dehors incompétents, l’homme a sa manière bien à lui de délier les langues.
La mort du douanier n’est que le sommet de l’iceberg et bientôt d’autres événements dramatiques surviennent, laissant à penser à Kulbertus et Nicolas Tèque que le village a tu bien des secrets au fil des générations.

Certains romans policiers brillent par leur intrigue, d’autres par leur humour ou par la qualité de l’écriture. Franz Bartelt parvient, chose assez rare, à mixer ces ingrédients à merveille. Et le lecteur se retrouve, parfois hilare, à tourner frénétiquement les quelque 350 pages de cette petite merveille noire, aussi riche en rebondissements qu’en cocasseries.
Une belle découverte qui en amènera sans aucun doute d’autres si l’on en juge par l’impressionnante bibliographie de l’auteur.

Hôtel du Grand Cerf, de Franz Bartelt, Seuil/Cadre noir (2017), 352 pages.

 

Corpus Christine est le tout premier roman de Max Monnehay, jeune auteur de 25 ans.
Elle a fait fort pour son coup d’essai, son roman obtenant le Prix du Premier Roman 2006.

222617334x-01-_sclzzzzzzz_Résumé

Un homme vit en position horizontale, séquestré et affamé dans son propre appartement par sa femme. Il décrit son martyre, la longue horreur des jours passés à tenter de se nourrir : il rampe, se suspend, glisse. Elle, obèse, distille l’agonie, lui supprimant toute possibilité d’attenter à ses jours. Puis, elle disparaît totalement et la haine qui alimentait le famélique époux se mue en une docilité d’animal domestique qui attend sa pitance. Enfin elle revient et change de stratégie pour réveiller en lui une cruauté assoupie. Le squelettique reprend goût à la vie par le seul sentiment qu’il lui reste, le désir de meurtre.

Mon avis

Ce roman est agréable à lire mais sans plus. Je ne sais pas trop ce qu’on (les critiques littéraires) lui trouve. Certains disent de ce livre qu’il est « nothombien » entendez par-là qu’il ressemble à ce que fait Amélie Nothomb, ce qui n’est (à mon avis) pas forcément un gage de qualité. L’histoire est intéressante au début, puis je trouve que ça devient lassant à peine arrivé à la moitié. Ce livre ne me laissera pas un souvenir impérissable en tous les cas.

Corpus Christine, de Max Monnehay, Albin Michel (2006), 234 pages.