Articles Tagués ‘Occupation’

De la terre dans la bouche est un roman d’Estelle Tharreau paru aux éditions Taurnada en janvier dernier.

51qyxsbgfhlRésumé

Elsa, orpheline, vient de perdre sa grand-mère. Chez le notaire, la jeune femme apprend qu’elle hérite d’une maison qui lui est inconnue, mais aussi d’une enveloppe. À l’intérieur, une unique photo au recto de laquelle est écrite une légende faisant référence à une partie du passé de sa grand-mère qu’elle ignorait jusqu’alors.
De quoi éveiller l’intérêt d’Elsa qui décide, avant de la vendre, d’aller voir cette maison elle-même. Mais sur place, les habitants lui semblent hostiles. Et lorsqu’elle commence à poser des questions, on lui fait vite sentir que sa curiosité dérange.

Mon avis

Le décès d’une aïeule, un rendez-vous chez le notaire, un bref voyage pour aller visiter un bien immobilier inhabité depuis longtemps. Rien d’exceptionnel de prime abord dans ce roman qui démarre piano.
Mais une fois arrivée à la fameuse « Braconne », l’ambiance change radicalement. L’attitude des habitants à l’égard d’Elsa est étrange et la maison dégage quelque chose d’inconfortable si ce n’est d’inquiétant. Curieuse, la jeune femme essaie d’en savoir plus sur l’histoire de cette maison et ses liens avec sa grand-mère.
Sans le savoir Elsa a ouvert une espèce de boîte de Pandore. Peu à peu, le lecteur découvre avec elle les nombreux secrets du village, tus jusqu’alors, et qui concernent plus ou moins directement sa famille. On lui intime de rentrer chez elle et de ne plus poser de questions mais c’est plus fort qu’elle, et plus Elsa gratte, plus elle trouve, dévoilant successivement de nouvelles couches de vérités dissimulées. Les rebondissements s’enchaînent alors au rythme de ces révélations, de plus en plus rapprochées. La tension s’installe et le danger se fait ressentir.
La Seconde Guerre mondiale joue un rôle important dans l’intrigue. Estelle Tharreau évite l’écueil du manichéisme et les clichés éculés et parvient même à nous dévoiler des pans méconnus de l’Occupation dont on comprend que d’aucuns aient voulu les cacher sous le tapis. Bien documentée, l’auteur propose en fin d’ouvrage une bibliographie abondante. Autant de pistes de lecture pour qui souhaiterait approfondir tel ou tel point abordé par le texte.

Démarrant lentement pour mieux finir en trombe, ce troisième roman d’Estelle Tharreau faisant la part belle à l’Histoire et aux secrets de famille est globalement une réussite, souffrant peut-être simplement du manque de profondeur de certains personnages.

De la terre dans la bouche, d’Estelle Tharreau, Taurnada (2018), 260 pages.

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Le Corps noir est le cinquième roman de Dominique Manotti.
L’auteur, historienne de formation aime à écrire des romans dont l’action se déroule dans un monde particulier, sur lequel elle fait auparavant un très grand travail de recherches. Celui-ci se déroule dans le Paris de 1944, entre résistants, collabos, gestapistes, tous essayant de trouver la meilleure solution pour leur avenir sentant que le vent tourne, ce qui donne des situations intéressantes pour écrire un roman noir.

2020638789-01-_sclzzzzzzz_Résumé

1944, dans Paris occupé par les troupes allemandes, entre le débarquement des Alliés en Normandie et la libération de la ville deux mois et demi plus tard.
L’ordre nazi imposé par l’occupant est le désordre absolu. La SS allemande, qu’on appelle le corps noir, et son auxiliaire, la Gestapo française, règnent encore, à coups de meurtres, de rapines, de corruption. Tout leur est dû, et elles prennent tout.

Mon avis

J’ai eu la chance de rencontrer Dominique Manotti et de discuter un peu avec elle récemment. Elle m’a dit qu’elle mettait deux ans pour un livre, fractionné de la sorte : un an et demi de recherches (lectures, visionnages de films,…), six mois d’écriture.

On sent à chacune des pages de ces livres qu’elle maîtrise son sujet sur le bout des doigts. Je connais peu de romans où tout sonne si vrai. Le Corps noir est bien une fiction; mais une fiction qui aurait pû se passer, et qui s’est sûrement passé au moins pour une bonne partie des éléments de l’histoire. Là où Manotti invente, c’est de juxtaposer pleins d’événements pour en faire une intrigue cohérente. Son style est particulier, percutant efficace. Pas de mots inutiles, tout est étudié et produit l’effet escompté. Les personnages sont extrêmement bien rendus, leurs pensées, leurs émotions, tout est donné au lecteur pour essayer de comprendre leurs motivations, les poussant aux actes les plus abjects.

On est en temps de guerre, et c’est donc presque normal que les personnages qu’elle nous décrit paie de leur vie leurs errances à un moment ou un autre.
Pour un passionné de roman policier et d’Histoire, ce genre de livre est vraiment l’alliance des deux, presque parfaite.

Le Corps noir, de Dominique Manotti, Le Seuil (2004), 304 pages.