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La Nuit des béguines est un roman d’Aline Kiner paru aux éditions Liana Levi au mois d’août dernier.

318smf25uwlRésumé

Paris, 1310.
Dans le quartier du Marais se trouve le grand béguinage royal, où des femmes vivent entre elles, de prières et de divers travaux. Ni mariées ni sœurs, leur statut particulier, mi-religieux mi-laïque, commence à faire grincer certaines dents en ces temps où l’orthodoxie est scrutée de plus en plus près. Ysabel, au béguinage depuis longtemps, s’occupe principalement de son potager où sa main verte fait pousser toutes sortes de légumes et d’herbes, aromatiques ou médicinales. Par un froid jour d’hiver, elle retrouve sur le seuil du béguinage une jeune femme plus très loin du trépas. Sans savoir rien d’elle, elle estime de son devoir de la sauver.

Mon avis

Le premier roman d’Aline Kiner, Le jeu du pendu, était un roman policier classique mais maîtrisé entre présent et Seconde Guerre mondiale. Après le contemporain La vie sur le fil, la voilà qui s’attaque, par le prisme de l’aventure et du suspense, à un sujet peu connu du grand public : le béguinage. Avec le sérieux qui la caractérise, la rédactrice en chef des hors-série du magazine Sciences & Avenir a abattu un grand travail de recherche avant de se lancer dans l’écriture, si l’on en juge par le nombre d’ouvrages cités en fin de roman et surtout, par la vraisemblance de son histoire.
Pour autant, il ne s’agit pas d’un essai sur cette institution médiévale méconnue mais bien d’une fiction, faisant la part belle aux femmes, forcément. On apprend assez vite que Maheut, la jolie rousse recueillie par Ysabel, fuyait un mariage forcé. Parallèlement, une béguine du Nord de la France, Marguerite Porete – elle a vraiment existé – est arrêtée par les autorités religieuses. Son récent ouvrage, Le miroir des âmes simples, dans lequel elle exprime à sa manière son mysticisme et son amour de Dieu, fait scandale. Il est bientôt jugé hérétique, et le cas de Marguerite préoccupe beaucoup au grand béguinage royal car le roi Philippe IV, qui ne voit pas cette communauté d’un bon œil, pourrait en profiter pour supprimer ce statut particulier toléré par ses prédécesseurs. Dans cette ambiance tendue, nos béguines continuent à vivre, qui à soigner, qui à cultiver, qui à vendre du tissu. Mais un franciscain a été envoyé à Paris pour retrouver la trace de Maheut, et son flair le rapproche du but.

Mettant en scène une belle galerie de personnages féminins aux caractères parfois bien trempés, La Nuit des béguines est un solide roman d’aventure historique où le suspense le dispute à l’érudition. Mêlant habilement faits et personnages historiques aux inventions de son cru, Aline Kiner parvient à être didactique sans sacrifier la dynamique de la narration ni tomber dans l’écueil du cours magistral propre à certains romans historiques.

La Nuit des béguines, d’Aline Kiner, Liana Levi (2017), 329 pages.

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Le Corps noir est le cinquième roman de Dominique Manotti.
L’auteur, historienne de formation aime à écrire des romans dont l’action se déroule dans un monde particulier, sur lequel elle fait auparavant un très grand travail de recherches. Celui-ci se déroule dans le Paris de 1944, entre résistants, collabos, gestapistes, tous essayant de trouver la meilleure solution pour leur avenir sentant que le vent tourne, ce qui donne des situations intéressantes pour écrire un roman noir.

2020638789-01-_sclzzzzzzz_Résumé

1944, dans Paris occupé par les troupes allemandes, entre le débarquement des Alliés en Normandie et la libération de la ville deux mois et demi plus tard.
L’ordre nazi imposé par l’occupant est le désordre absolu. La SS allemande, qu’on appelle le corps noir, et son auxiliaire, la Gestapo française, règnent encore, à coups de meurtres, de rapines, de corruption. Tout leur est dû, et elles prennent tout.

Mon avis

J’ai eu la chance de rencontrer Dominique Manotti et de discuter un peu avec elle récemment. Elle m’a dit qu’elle mettait deux ans pour un livre, fractionné de la sorte : un an et demi de recherches (lectures, visionnages de films,…), six mois d’écriture.

On sent à chacune des pages de ces livres qu’elle maîtrise son sujet sur le bout des doigts. Je connais peu de romans où tout sonne si vrai. Le Corps noir est bien une fiction; mais une fiction qui aurait pû se passer, et qui s’est sûrement passé au moins pour une bonne partie des éléments de l’histoire. Là où Manotti invente, c’est de juxtaposer pleins d’événements pour en faire une intrigue cohérente. Son style est particulier, percutant efficace. Pas de mots inutiles, tout est étudié et produit l’effet escompté. Les personnages sont extrêmement bien rendus, leurs pensées, leurs émotions, tout est donné au lecteur pour essayer de comprendre leurs motivations, les poussant aux actes les plus abjects.

On est en temps de guerre, et c’est donc presque normal que les personnages qu’elle nous décrit paie de leur vie leurs errances à un moment ou un autre.
Pour un passionné de roman policier et d’Histoire, ce genre de livre est vraiment l’alliance des deux, presque parfaite.

Le Corps noir, de Dominique Manotti, Le Seuil (2004), 304 pages.