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Ces lieux sont morts est un roman de Patrick Graham paru au Fleuve Noir cette année.

 

Résumé

Eric Searl est neuropsychiatre, spécialisé dans l’accompagnement des personnes dans le coma. Il consacre une majeure partie de son temps à son métier – au détriment de sa vie familiale – et met en place des procédures innovantes pour tenter de « réveiller » ses patients.

Alors qu’il devait partir en vacances avec femme et enfants, il oublie de prendre son avion, tout occupé qu’il était à tenter de sauver la vie d’une patiente. Ses proches ont décidé de faire route sans lui et se retrouvent dans leur chalet, non sans mal, après avoir essuyé une tempête de neige. Lorsque Eric parvient à les avoir au téléphone, c’est pour assister en direct à un drame. Un sinistre individu s’est introduit dans le logement et menace Searl de s’en prendre à ses proches. C’est une course contre-la-montre qui s’engage pour le docteur, qui va essayer de traverser le pays avant que l’homme ait pu commettre l’irréparable.

 

Mon avis

Patrick Graham est un de ces auteurs français qu’on connaît bien par ici. Salué à 3 reprises par le Prix Polars Pourpres – seul Franck Thilliez a fait aussi bien – pour son premier roman, L’évangile selon Satan (2007), puis pour Retour à Rédemption (2010) et plus récemment pour le très bon Des fauves et des hommes (2012), on lui doit aussi L’apocalypse selon Marie. On sait donc à quoi s’attendre avec cet auteur. Cette fois-ci, la déception est malheureusement au rendez-vous.

On ne retrouve pas dans Ces lieux sont morts le personnage de Marie Parks (sinon sous forme de clin d’œil). Le protagoniste est Searl, dont la famille est rapidement agressée par ce qui a tout l’air d’être un jeune tueur en série. Pourquoi s’en est-il pris à eux ? Crawley, un policier condamné par un cancer qui va officieusement aider Searl, a bien sa petite idée. Si le médecin ne le connaît pas, le tueur, lui, doit forcément le connaître. Assisté de Crawley, Searl s’accroche à sa seule raison de vivre : tout faire pour retrouver sa petite Kirsten, qui a été enlevée, contrairement aux autres membres de la famille.

Si Patrick Graham parvient à nous faire tourner les pages avec une maîtrise du suspense consommée, il manque dans cet opus un je ne sais quoi qui puisse achever de rendre cette lecture convaincante. Pire, on a l’impression d’avoir déjà lu cette histoire de père pourchassant le kidnappeur de sa fille ou de ce tueur en série qui écoute des opéras à plein volume. S’il connaît ses classiques – on notera quelques références, notamment un clin d’œil appuyé au Shining de Stephen King – l’auteur s’enferme dans les poncifs du genre sans parvenir à les dépasser. Les passages les plus intéressants sont sans doute ceux où Searl se replonge dans ses souvenirs grâce à la machine qu’il a mise au point pour amener ses patients à émerger du coma. L’équipement, composé d’écouteurs et d’une canule nasale, permet au patient d’écouter et de sentir des choses familières et de se retrouver ainsi dans une ambiance rassurante. Le médecin, lui, détourne l’usage de la machine et se replonge, comme on prendrait un shoot, dans les plus belles pages de sa vie.

Le dénouement, semi-ouvert, n’est pas plus convaincant, et semble pouvoir annoncer une éventuelle suite.

Ces lieux sont morts, qui se lit néanmoins sans déplaisir, est au final un thriller honnête mais dispensable qui peinera sans doute à convaincre l’exigence des lecteurs les plus aguerris. Ce n’est pas non plus le roman qu’on vous conseillera pour entrer dans l’univers de Patrick Graham. Si vous ne connaissez pas encore cet auteur, procurez-vous plutôt Retour à Rédemption, bien plus marquant.

 

Ces lieux sont morts, de Patrick Graham, Fleuve Noir (2014), 416 pages.

Des fauves et des hommes est un roman de Patrick Graham paru chez Anne Carrière en septembre 2012.

Il a remporté cet hiver le prix Polars Poupres, devant Les fantômes du delta d’Aurélien Molas et Back Up de Paul Colize.

Résumé

Alabama, 1931.

La Grande dépression a fait des milliers de victimes et on ne compte plus les familles qui, chassées de chez elles, prennent la route avec les quelques affaires qu’elles ont pu sauver.
C’est dans ce contexte que la jeune Carson, qui a échappé de peu à la mort mais pas au massacre de sa famille, et Sidney Clifford, un métayer noir ayant mis la main sur de mystérieux documents, vont être amenés à se rencontrer… Et à se serrer les coudes pour échapper au pire.

Mon avis

Patrick Graham est un auteur que je suis depuis ses débuts. Malgré quelques défauts, j’avais apprécié L’évangile selon Satan et L’apocalypse selon Marie. J’avais surtout beaucoup aimé Retour à Rédemption, un beau polar sur l’enfance et l’amitié, dans la veine du Stephen King période Stand By Me. De plus, le cadre (la Grande Dépression) m’attirait assez.

Malgré tout ça, c’est la déception qui prédomine, sans que je puisse dire que le texte soit mauvais, et sans vraiment savoir pourquoi ça ne ma pas plu.

Trop d’attentes d’une part certainement, un contexte personnel pas forcément très favorable à la lecture en ce moment (en juin je cours partout, je suis sur les rotules), et puis le roman.

C’est bien écrit, comme d’habitude, l’action et le suspense ne manquent pas, mais la sauce n’a pas pris, tout simplement. Pas vraiment d’affinités avec les personnages, qui ne m’ont pas touchés plus que ça. Et surtout, une impression de « too much » quasi permanente. Comme si l’auteur avait voulu m’en mettre plein la vue du début à la fin. Ça a apparemment marché pour beaucoup, car le livre a l’air de plaire. Pas pour moi. J’ai vite arrêté de compter les morts tant les personnages tombent comme des mouches autour de Sid et Carson. À force de rebondissements, parfois abracadabrantesques, on se dit par moment « mais qu’est-ce qui va encore bien pouvoir leur arriver ? ». L’histoire elle-même est difficilement crédible par certains aspects, et effectivement, je n’y ai pas souvent cru.
Il n’en demeure pas moins que Patrick Graham sait raconter une histoire, qu’il y a de belles trouvailles, et des moments (plus ou moins) émouvants.

Au final, même si je n’ai pas été emballé, je ne pense pas que Des fauves et des hommes soit un mauvais roman. D’ailleurs, il plaira sans doute à nombre d’entre vous, si ce n’est déjà fait…
Je lirai quand même le prochain Graham qui, je l’espère, me plaira davantage.

Des fauves et des hommes, de Patrick Graham, Anne Carrière (2012), 419 pages.