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Sortie noire est un thriller de Christian Laurella, musicien également (batteur de Bernard Lavilliers) et tour manager pour des jazzmen célèbres (Baker, Gillespie, Getz, Jamal…).
Il est paru chez Taurnada, nouvelle maison d’édition dont il s’agit d’un des premiers titres.

Résumé

Après avoir passé vingt ans en prison, Daniel se voit accorder une semi-liberté. Il peut sortir de l’établissement pénitentiaire pour travailler dans une menuiserie. Pour pouvoir supporter sa longue détention, il s’est construit un monde imaginaire, avec femme et enfants (fictifs). Le problème, c’est qu’il souffre aussi d’amnésie et qu’il ne se souvient plus de quoi il a été jugé coupable et qu’il n’ose pas demander, de peur de passer pour un déséquilibré.
Une femme riche et âgée et sa gouvernante vivent ensemble, bon gré mal gré, depuis des années. L’arrivée d’une lettre du ministère de la justice annonçant la libération prochaine d’un prisonnier va mettre le feu aux poudres.

Mon avis

Sortie noire n’est pas dénué de qualités. Sa double intrigue croisée – on imagine sans peine que les deux histoires vont se joindre à un moment donné – est intéressante, de même que le personnage de Daniel et les réflexions qu’il provoque sur les difficultés de la réclusion mais aussi de la réinsertion. Ses quelque 170 pages sont plutôt agréables à lire et l’action n’est pas en reste, surtout en fin de roman.

Cependant, il souffre d’un gros problème, le manque de « crédibilité ». Le postulat de départ lui-même (un homme qui a passé vingt ans en prison et ne sait même plus pourquoi il est là) est un peu dur à avaler. Admettons. Plus gênant, les personnages, surtout quand ils interagissent entre eux, ne sont pas très naturels. Le point culminant est atteint dans certains dialogues qui prêtent (malheureusement) plutôt à sourire, comme ce détenu et ce patron de menuiserie qui se parlent au boulot comme deux gentilshommes sortis d’un roman de Balzac.

« – Écoutez, mon ami, loin de moi l’idée de porter un jugement sur votre cas, mais sachez que les trois quarts des détenus qui sont passés par cette usine se prétendaient victimes d’une erreur judiciaire, je conçois que ça puisse vous paraître étonnant, mais c’est la vérité. Alors, s’il vous plaît, ne me demandez pas d’intervertir nos rôles, montrez-vous raisonnable et restons-en là pour aujourd’hui.
– Bien sûr, désolé pour le dérangement, monsieur, ça n’était pas dans mes intentions de venir perturber votre journée.
– Allons, ne le prenez pas mal, je vais m’occuper de votre cas, je m’y engage, mais chaque chose en son temps. S’il vous plaît je vous demande instamment de me laisser, j’ai du boulot par-dessus la tête. »

Pour faire une analogie, le scénario tient plutôt la route, mais on a souvent l’impression que les acteurs sont mauvais. La faute au directeur du casting ? Pas sûr, car les personnages sont plutôt riches. Ce manque de réalisme, de « naturel », serait plutôt à mettre sur le compte du dialoguiste, peu inspiré, ainsi que sur celui du metteur en scène. Les émotions sont parfois exagérées, et ces personnages excessifs dans ce qu’ils font ressemblent à des acteurs qui surjouent leur rôle. Tout y est mais ça sonne faux.

« Gênée d’avoir provoqué chez sa bonne une telle détresse, Élisabeth s’était levée, proposant même sa chaise.
Consciente d’avoir frôlé la catastrophe, Marlène se devait impérativement de sortir le grand jeu.
« – Et d’abord, qui est cet homme qui a fait de la prison et qui vous veut du mal ? Qu’est-ce qu’il a fait ? »
Habitée par son rôle de martyre, poussant l’effet jusqu’à l’extrême, Marlène s’était jetée aux pieds de sa patronne.
« – Mais enfin, allons, reprenez-vous, vous êtes devenue complètement folle ? » […]
À plat ventre sur le carrelage, enserrant dans ses bras les jambes d’Élisabeth, Marlène s’était mise à pousser une série de cris plaintifs ». »

Sortie noire, malgré ses défauts plutôt gênants, se laisse néanmoins lire sans réel déplaisir. Christian Laurella, qui n’en est pas à son premier livre, a-t-il eu une petite baisse de régime ? Pour le savoir, on pourra lire Lili Maldives, autre polar paru en 2005, ou attendre le prochain…

Sortie noire, de Christian Laurella, Taurnada (2014), 172 pages.

Prof chez les taulards est comme son titre l’indique un livre de témoignage dans lequel Aude Siméon raconte son expérience de l’enseignement en milieu carcéral. Il a été publié en 2012 aux éditions Glyphe.

L’auteur, professeur agrégée de français, a enseigné en prison durant une dizaine d’années, aux détenus tout d’abord puis aux surveillants également par la suite.

Pas vraiment de continuité mais plutôt une multitude d’anecdotes, classées par rubriques : les détenus, les surveillants, Carlos (pas celui qui est tout nu et tout bronzé, l’autre, moins rigolo), les terroristes basques…

Il en ressort qu’Aude Siméon est entrée très naïvement dans ce milieu mais sans trop d’a priori négatifs, en faisant preuve d’ouverture d’esprit (je pense qu’on n’entre pas en prison pour aider par hasard). Elle semble en être ressortie grandie et son livre n’a de cesse de rappeler qu’un prisonnier, quoiqu’il ait pu commettre, n’en demeure pas moins un être humain avant d’être un numéro d’écrou.

La plupart des anecdotes sont intéressantes, même quand elle touchent intimement l’auteur (elle raconte par exemple comment elle s’est sentie mal quand un de ses élèves lui a annoncé qu’il attendait sa libération pour pouvoir faire sa vie avec elle). On se rend compte aussi que la population carcérale est très variée et qu’on peut se retrouver en prison sans pour autant être « bête ». D’autres, moins instruits développent entre les murs un goût pour l’apprentissage et la lecture.

Un ouvrage instructif pour qui s’intéresse aux questions de l’enseignement et/ou de la prison.

Pour terminer, je ne peux m’empêcher de vous livrer cette citation de Carlos qui n’a pas laissé indifférent le bretonnant que je suis (attention, je ne cautionne pas ce qu’il a fait mais il ressort du bouquin que le mec était pas con et même plutôt sympa).

« Vous savez, Madame, me dit Carlos, les Français adorent protéger les races en voie de disparition, et c’est à qui versera sa larme sur le malheureux ours blanc, celui que tout le monde a pu voir : il s’accroche misérablement à une épave d’iceberg. Mais les ethnies en voie de disparition, on s’en moque ! Que le Breton, le Corse, le Basque disparaissent, avec leur langue, leur génie propre, les gens s’en foutent. »

Prof chez les taulards, d’Aude Siméon, Glyphe (2012), 204 pages.