Articles Tagués ‘procédural’

41nbfveadzlLes Chiens de chasse est un roman de Jørn Lier Horst paru il y a quelques semaines à la Série Noire. Il est traduit du norvégien par Hélène Hervieu.

Résumé

Il y a dix-sept ans, la jeune Cecilia Linde avait disparu sans laisser de traces – son corps n’a jamais été retrouvé. William Wisting était alors un jeune policier et cette affaire, très médiatique, a contribué à lancer sa carrière. Mais voilà qu’aujourd’hui, Rudolf Haglund, fraîchement libéré, porte plainte contre la police. Selon son avocat, la police aurait falsifié des preuves pour condamner son client pourtant innocent, qui demande réparation pour ces années de prison. En charge de l’enquête alors, la tête de Wisting est mise à prix dans les médias, et sa hiérarchie ne tarde pas à le suspendre. L’enquêteur, qui n’a rien falsifié, n’a plus que deux solutions : trouver qui a manipulé les preuves ou bien, si Haglund est innocent, reprendre l’enquête du début pour trouver le véritable meurtrier de Cecilia.

Mon avis

Après Fermé pour l’hiver, paru l’an dernier, voici Wisting de retour à la Série Noire avec une nouvelle enquête des plus intéressantes, entre passé et présent. Typiquement scandinave dans l’écriture, qui sait prendre le temps qu’il faut pour présenter les personnages comme les faits, Jørn Lier Horst va même un peu plus loin que Henning Mankell ou Arnaldur Indriðason dans le coté procédural sans que cela nuise à la lecture. Les rouages de la police sont parfaitement décrits, tout comme ceux de la presse et les relations qu’entretiennent ces deux corps de métier, tantôt collaborateurs, tantôt presque ennemis. L’auteur maîtrise son sujet, et pour cause : avant d’écrire, il était inspecteur de police !
Le personnage de Wisting, humain et intègre, est attachant, sans avoir toutefois la profondeur d’un Erlendur. Mais il est vrai aussi que les Français découvrent l’inspecteur seulement maintenant, – huitième enquête ici – ce qui change peut-être la donne. Les relations de Wisting avec ses proches sont finement décrites, et celle avec sa fille, jeune journaliste spécialisée dans les affaires criminelles, aura une importance particulière dans cet opus.

Bien que très classique dans le fond comme dans la forme, Les Chiens de chasse parvient à embarquer totalement le lecteur, qui se passionnera sans doute pour cette enquête à multiples rebondissements qui amènera Wisting à reconsidérer certains aspects de ses investigations antérieures.
Un polar scandinave typique, mais du dessus du panier. Norsk kvalitet.

Les Chiens de chasse (Jakthundene, 2012), de Jørn Lier Horst, Gallimard/Série Noire (2018). Traduit du norvégien par Hélène Hervieu, 462 pages.

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The Burning Room (Mariachi Plaza pour la VF) est un roman de Michael Connelly originalement publié en 2014.
S’il s’agit de la 19e enquête de son personnage fétiche Harry Bosch, c’était pour ma part ma première incursion dans l’univers de cet auteur, ainsi que ma première lecture d’un titre de la collection « Yes you can ! » proposée par Harrap’s (j’en toucherai un mot ultérieurement).
La traduction française, signée Robert Pépin (himself), est parue en 2016 chez Calmann-Lévy avant d’être reprise il y a quelques mois au Livre de poche.

51cj6c4p8alRésumé

Orlando Merced jouait du vihuela sur une place de Los Angeles avec son groupe de mariachi lorsqu’il a été grièvement atteint par une balle perdue. Dix ans après la tragédie qui l’a laissé paraplégique, il décède d’une complication. C’est l’occasion pour le LAPD de rouvrir ce cold case qui avait fait grand bruit à l’époque et de le qualifier d’homicide. La mort du musicien permet en effet d’accéder à un élément-clé : la balle, qui était restée, indélogeable, dans sa colonne vertébrale.
L’enquête est confiée à Harry Bosch et Lucia Soto, son nouveau binôme. Lorsqu’il découvre que la jeune femme s’intéresse de très près (et à l’insu de sa hiérarchie) à une vieille affaire d’incendie criminel irrésolu, il décide de lui donner un coup de main.

Mon avis

The Burning Room est donc, je le disais, la dix-neuvième enquête d’Harry Bosch, apparu pour la première fois il y a un quart de siècle dans Les égouts de Los Angeles. Contrairement aux personnages de BD qui ne vieillissent jamais au fil des décennies, Harry est désormais un vieux briscard que ses supérieurs commencent à pousser gentiment vers la sortie. S’il commence à être las de certains aspects de son métier, l’inspecteur reste redoutable et c’est pourquoi ses supérieurs lui confient des affaires pour le moins délicates. Après avoir assisté, impuissante, à la mort de son précédent binôme et tué son assaillant, Lucia Soto est intégrée au service des affaires irrésolues, que Bosch occupe aussi désormais. En plus de travailler à élucider ce crime vieux de dix ans sans preuves et presque sans témoins, Bosch est chargé de lui apporter son expérience.

Les amateurs d’Harry Bosch retrouveront assurément dans ce titre tout ce qui a contribué au succès de cette série et de son auteur. Quant à ceux qui découvrent là Michael Connelly, ils ne seront sans doute pas déçus. Mariachi Plaza est un polar « procédural », qui sait prendre le temps de donner à voir – minutieusement mais sans être rébarbatif – les dessous de l’enquête : autopsie, mandats, méthodes d’interrogatoire… Les rapports de Bosch, toujours assez rebelle dans l’âme malgré l’âge avançant, avec ses supérieurs – et notamment l’un d’entre eux, qui lui met une pression du résultat de tous les instants – sont assez croustillants. Le binôme qu’il forme avec Soto est aussi intéressant. Il en a connu des coéquipiers, et se méfie de quiconque lui est mis dans les pattes par ses chefs. Mais il s’avère vite que Lucia est plutôt du type à ramener ses dossiers chez elle qu’à lambiner au bureau, et le contact passe bien.
L’enquête – ou plutôt la double enquête car le binôme mène rapidement deux affaires de front – est littéralement passionnante et amène assez rapidement les protagonistes dans les eaux troubles d’un milieu qu’Harry abhorre par-dessus tout, celui des politiciens.

Mariachi Plaza est un très bon polar, tendance procédurale, qui fait néanmoins la part belle aux personnages et à leurs sentiments tout en maintenant un suspense de tous les instants sur certaines zones d’ombre de l’histoire. Typiquement le type d’opus qui donne envie de (re)découvrir l’oeuvre d’un auteur. Et ça tombe bien, celle de Michael Connely est riche.

The Burning Room, de Michael Connely, Harraps / Yes you can ! (2016), 428 pages.