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Un fond de vérité est un roman de Zygmunt Miłoszewski paru chez Mirobole en 2015.

fondveriteerecouvRésumé

Tout juste divorcé, Theodore Szacki compte refaire sa vie loin de Varsovie. Mais à Sandomierz, paisible ville de 20 000 habitants située au sud de la Pologne, il ne se passe pas grand chose, surtout lorsqu’on est procureur.
Theodore Szacki commence à se désespérer lorsqu’on retrouve devant l’ancienne synagogue le corps d’une femme, égorgée à la manière d’une bête qu’on voudrait manger casher, dans la plus pure tradition juïve. La victime, épouse d’un conseiller municipal et engagée elle-même auprès des enfants, est connue de toute la ville et l’on peine à voir qui aurait pu avoir un quelconque intérêt à l’occire.
Enfin quelque chose d’intéressant à se mettre sous la dent pour le procureur !

Mon avis

On avait quitté Theodore Szacki résolvant un curieux meurtre survenu dans un monastère où se tenait une thérapie de groupe à la fin de Les Impliqués. Exit la capitale, sa femme et sa fille. Le voici donc se morfondant à Sandomierz, plus seul que jamais. Un brin arrogant, le procureur pourra horripiler certaines personnes. Mais son regard désabusé sur le monde qui l’entoure et son ton mordant, qui le rapproche d’un Bernie Gunther par exemple, raviront sans doute les amateurs de cynisme.
L’intrigue est passionnante et parfaitement maîtrisée et permet à Zygmunt Miloszewski de nous plonger dans certains pans de l’Histoire polonaise qui posent encore problème aujourd’hui. L’assassin est-il un Juif extrémiste, souhaitant se venger de certains catholiques, ou bien au contraire un antisémite voulant ressusciter la haine du Juif, qui a depuis longtemps un bon terreau en Pologne. Des premiers pogroms à ces jeunes polonais fêtant dans un cimetière juif l’anniversaire du Führer, l’auteur nous montre que l’antisémitisme est encore loin d’être un détail de l’Histoire dans son pays.

Une demi-vérité, c’est un mensonge entier. (proverbe juif)

Pour autant, si cette thématique est abordée, et qu’on devine à travers les pensées du procureur Szacki celles de l’auteur, ce texte n’est ni lourd ni donneur de leçons à ce niveau-là, pas plus que les descriptions de ces tensions sociales ne ralentissent l’intrigue. Elles en sont parties prenantes, comme les personnages et les rebondissements, nombreux dans le dernier tiers du livre où tout s’accélère après un début il est vrai un peu lent, le temps de planter le décor. C’est un petit régal de voir le procureur se dépêtrer tant bien que mal dans cette petite ville où tout le monde semble vouloir, sinon lui cacher des choses, ne pas lui faciliter la vie.

Un fond de vérité confirme tout le bien qu’on avait pensé de Zygmunt Miloszewski à la lecture son roman Les Impliqués. C’est sans doute avec le même plaisir qu’on lira La Rage, la troisième enquête du procureur Theodore Szacki.

Un fond de vérité (Ziarno prawdy, 2011), de Zygmunt Miłoszewski, Mirobole (2015). Traduit du polonais par Kamil Barbarski, 472 pages.

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Les impliqués est le second roman de Zygmunt Miłoszewski, et le premier a avoir été traduit en français, par Kamil Barbarski et les éditions Mirobole.

Résumé

Varsovie, 2005.
Quatre patients du docteur Rudzki se laissent convaincre par le psychothérapeute de participer à une thérapie de groupe atypique. Cette méthode dite de la « constellation familiale » implique que pendant les séances, les uns et les autres se mettent à jouer, comme lors d’une session d’improvisation théâtrale, qui le mari d’une patiente, qui son fils, etc. Loin de calmer les tensions, les quelques jours passés ensemble dans un ancien monastère pour se couper du monde extérieur vont provoquer un drame. Un matin, l’un des participants est retrouvé tout ce qu’il y a de plus mort, une broche à rôtir enfoncée dans l’œil.
Le coupable est-il l’un des quatre survivants de la « constellation familiale » ou bien quelqu’un de l’extérieur ? C’est ce que va tenter de découvrir Teodore Szacki, procureur au barreau de Varsovie.

Mon avis

Les impliqués a connu un grand succès en Pologne, raflant les prix et faisant l’objet d’une adaptation cinématographique. Il faut dire que le second roman de Zygmunt Miłoszewski – il a publié un roman d’horreur en 2005 –, journaliste et scénariste polonais, a des arguments qui plaident en sa faveur.

Le scénario, avec ce meurtre en comité restreint dans un ancien monastère, rappelle les grandes heures du whodunit envase clos, type Dix petits nègres ou Le crime de l’Orient-Express pour ne citer que les plus connus. Tout le monde soupçonne tout le monde, cache des choses à l’enquêteur, et personne ne semble tout blanc. Forcément, l’auteur prend un malin plaisir à nous aiguiller sur autant des fausses pistes pour mieux nous surprendre par la suite.

Si le roman vaut à lui seul pour son intrigue, déjà au-dessus de la moyenne, il emporte également l’adhésion grâce à ses personnages, et surtout grâce à son enquêteur. Teodore Szacki est un héros de polar quelque peu original. En effet, il n’est ni policier, ni détective privé ni journaliste mais procureur. Très documenté, Zygmunt Miłoszewski nous décrit au plus près le quotidien méconnu de ces hommes et femmes de loi. Bien des lecteurs se prendront d’affection pour Szacki, un peu perdu dans sa vie à l’approche de la quarantaine. Il vit essentiellement pour son boulot pourtant frustrant et pas assez bien payé, peine à trouver du temps pour sa fille, n’éprouve plus trop d’attirance pour sa femme, et se dit que c’est un peu triste de passer toute une vie avec la même femme sans pour autant oser la quitter ni même en chercher activement une autre.

Enfin, le roman vaut aussi pour ses descriptions de la Pologne actuelle, post-communiste et entrée de plain-pied dans la mondialisation à l’occidentale. Chaque nouveau jour – l’enquête s’étend sur un mois et demi – s’ouvre d’ailleurs sur un résumé des événements qui ont marqué la journée, des élections au football en passant par le Pape et les manifestation pro ou anti Gay Pride.

Seuls bémols, l’ouverture un peu poussive, et le dénouement de l’enquête, pas tout à fait à la hauteur du reste du roman.

Pour son premier polar, Zygmunt Miłoszewski place la barre assez haut en trouvant le bon dosage entre whodunit, polar procédural et thriller psychologique. Le personnage du procureur Teodore Szacki est si sympa qu’on se dit qu’on le retrouverait bien par la suite. Ça tombe bien, c’est prévu, et sa deuxième enquête Un fond de vérité est déjà parue chez Mirobole.

Les impliqués (Uwikłanie, 2007), de Zygmunt Miłoszewski, Mirobole (2013). Traduit du polonais par Kamil Barbarski, 441 pages.
Existe aussi en Pocket (2015), 472 pages.