Articles Tagués ‘road trip’

November Road est un roman de Lou Berney paru chez Harper Collins/Noir début 2019.

41abarq2b7dlRésumé

La Nouvelle-Orléans, 1963.
Frank Guidry est un homme qui compte dans l’organisation de Carlos Mancello. Seulement, par un concours malheureux de circonstances, il vient à en savoir trop sur un contrat on ne peut plus sensible dans lequel son patron est impliqué : l’exécution à Dallas d’un certain John Fitzgerald Kennedy.
Oubliés, les bons et loyaux services. Vain, l’espoir d’un compromis. Guidry comprend vite qu’il n’a plus qu’une chose à faire s’il veut survivre : fuir !

Mon avis

Que les lecteurs qui goûtent peu aux récits à la sauce Al Capone et autres aventures de la Cosa Nostra ne fassent pas demi-tour d’emblée. November Road n’est pas une énième histoire de mafia, bien qu’elle comporte certains ingrédients propres à ce genre d’intrigues. En revanche, c’est un vrai récit de cavale, tantôt trépidant tantôt plus introspectif, et parfois un peu convenu il est vrai. Ainsi, on n’échappe pas aux scènes anxiogènes lors de nuits incertaines dans des motels ou au rapprochement comme inévitable entre Guidry et la belle Charlotte, tombée en panne sèche sur le bord de la route alors qu’elle fuyait l’ennui et son mari alcoolique avec ses deux jeunes filles.

Malgré ces quelques poncifs avec lesquels Lou Berney semble s’amuser le récit est captivant. Peut-être parce que les personnages, Guidry et Charlotte en tête, sont plus profonds et attachants qu’il n’y paraît au premier abord. Peut-être parce que la fuite de Charlotte, toute différente soit elle, est tout aussi nécessaire. Et sans doute un peu parce que les méchants sont très méchants et qu’on se doute bien que tout cela va très mal finir mais qu’on ne peut s’empêcher d’espérer un improbable happy end.

Toujours est-il qu’on ne voit pas défiler les 380 pages de ce November Road, efficace en diable et qu’on verrait bien adapté sur grand écran, mais auquel il manque un petit quelque chose pour en faire une lecture mémorable.

November Road (November Road, 2018), de Lou Berney, Harper Collins/Noir, 2019. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Maxime Shelledy, 380 pages.

Demain c’est loin est un roman de Jacky Schwartzmann paru dans la collection Cadre noir du Seuil il y a un an.

137086_couverture_hres_0Résumé

François Feldman, oui, comme le chanteur, est un jeune homme originaire du quartier des Buers à Lyon qui essaie de faire son trou dans le centre de la cité rhodanienne où il vit désormais. Comme il le dit lui-même : j’avais un nom de juif et une tête d’Arabe mais en fait j’étais normal, ce qui n’est pas sans poser quelques difficultés, notamment pour trouver du boulot ou obtenir un prêt pour créer son entreprise. Mais ça, sa conseillère bancaire ne veut pas en entendre parler.
La banquière, c’est Juliane Bacardi, coincée comme pas deux, aucun sens de l’humour, dixit Feldman.
Dans la cité des Buers, François assiste par hasard à un accident impliquant le cousin d’un caïd local qu’il ne connaît que trop bien. Le jeune est fauché sous ses yeux. Et quelle n’est pas la surprise de François lorsqu’il découvre que la chauffarde à la grosse cylindrée n’est autre que Madame Bacardi !
Presque malgré lui, François se retrouve embarqué à bord d’un véhicule conduit par sa banquière, qui vient de laisser un gamin pour mort. Dès lors, dire que leur tête est mise à prix est un doux euphémisme.

Mon avis

Après Mauvais coûts, paru chez l’éditeur lyonnais La Fosse aux ours en 2016, Jacky Schwartzmann signe ici son second roman. Et le moins qu’on puisse dire c’est que l’auteur quasi-débutant n’a rien à envier à des vieux briscards du genre. Le point de départ est assez croustillant et si l’histoire part sur les chapeaux de roue – facile – , le reste est à l’avenant. L’intrigue n’est pas des plus mémorables bien sûr, puisqu’on est ici dans l’équivalent littéraire du road movie, pour ne pas dire de la course-poursuite.

L’exercice de style de la cavale peut être casse-gueule, même avec ceinture et airbags, mais l’auteur s’en sort ici admirablement, à l’instar de Sébastien Gendron dans son drolatique Road tripes qui partage quelques points communs avec Demain c’est loin, à commencer par l’humour, grinçant de préférence. Pas beaucoup de temps mort dans ce court roman (moins de deux cents pages) où le duo bien mal assorti doit se serrer les coudes et apprendre à se faire confiance malgré leur a priori et les réticences qui vont avec. L’auteur donne à voir l’histoire par l’intermédiaire de Feldman – dont les réflexions sont souvent pas piquées des hannetons. Les fugitifs ne sont pas au bout de leur peine, pour le plaisir – un brin pervers – du lecteur.

Demain c’est loin est un court texte rythmé, caustique et plus intelligent que n’importe quelle banale histoire de cavale – Jacky Schwartzmann joue habilement avec certains clichés qui ont la vie dure – qui donne envie de poursuivre avec la découverte de l’univers de l’auteur.
Ça tombe bien, l’auteur invite ses lecteurs à le suivre en Pension complète, et ça s’annonce pas triste, là encore.

Demain c’est loin, de Jacky Schwartzmann, Seuil / Cadre noir (2017), 192 pages.

Dodgers est un roman de Bill Beverly paru au Seuil/Policiers en 2016.
Il a été traduit de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd.

51ue-qtkr6lRésumé

East a quinze ans mais déjà une bonne expérience dans son domaine. Sa spécialité : guetteur. Son boulot : faire en sorte qu’aucune personne suspecte n’entre dans « sa » taule pour que les affaires roulent. Un jour, sans qu’il comprenne ni comment ni pourquoi, les flics sont là. La taule est fermée. East a failli.
Redevable, East accepte, plus contraint que par gaieté de cœur, la mission que lui confient ses employeurs. Se rendre dans le Wisconsin éliminer un juge récalcitrant.

Mon avis

Oui mais voilà, East ne doit pas y aller en avion mais à bord d’un van. Il ne doit pas faire le trajet seul, mais avec trois autres types dont – horreur ! – Ty, son propre petit-frère, une tête brûlée de douze ans qu’il se garde bien de fréquenter tant il semble attirer les embrouilles comme par enchantement. Les deux autres acolytes semblent à peine plus compétents et voilà la joyeuse équipée qui prend la route, sans armes, avec seulement quelques dollars en poche et des faux papiers. Départ pour des milliers de bornes…
…Et pour les emmerdes. Car forcément, comme on est en droit de s’y attendre dans ce type de récit, rien ne va se passer comme prévu. Pour le plus grand bonheur du lecteur, qui prend vite un malin plaisir à essayer d’imaginer quelle va être la prochaine tuile à tomber sur le coin de la gueule de cette équipe de bras cassés, pour la plupart jamais sortis de leur ghetto de Los Angeles.
Outre East et son instable de frère, qui ne lèvera pas les yeux de sa console du trajet, il y a Michael Wilson, soi-disant étudiant qui aime bien s’écouter parler, et Walter, obèse de dix-sept ans dont on ne sait trop ce qu’il vient faire dans cette histoire. Si on leur demande, les quatre jeunes Noirs sont cousins et vont à une réunion de famille. Comme dans toute famille, les relations ne sont pas toujours au beau fixe et dans le minibus, entre désaccords mineurs et caractères pourris, la tension devient palpable, l’ambiance explosive.
Dans ce road trip funèbre où tout ne peut aller que de mal en pis, Bill Beverly, qui signe là son premier roman, fait la part belle à ces enfants des rues grandis trop vite, entre violence et trafic de drogue. Tandis que ses collègues sont souvent assez bas du front, East semble échapper à cette règle, et tente difficilement, comme un héros de tragédie grecque, d’échapper à un destin qui aurait déjà été écrit pour lui. Un beau personnage, tourmenté, bien travaillé.

Sans réelles surprises ni innovations mais assez brillant dans son genre, on passe un très bon moment de lecture en compagnie de la team de losers de ce Dodgers. Qui donne sacrément envie de reprendre la route avec Bill Beverly.

Dodgers (Dodgers, 2016), de Bill Beverly, Seuil/Policiers (2016). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd, 352 pages.