Articles Tagués ‘roman historique’

Les coiffes rouges est un roman historique de Daniel Cario, publié aux Presses de la cité en janvier.
Il m’a été proposé par l’éditeur par l’intermédiaire d’une « Masse critique » organisée par le site Babelio.
Finistérien depuis une bonne quinzaine d’années, j’aime l’Histoire et je connais un peu Douarnenez, où j’ai passé quelques soirées mémorables. D’où ma curiosité pour ce roman qui sort un peu du cadre de ce que je lis d’ordinaire.

Résumé

Douarnenez, 1924.
Dolorès Marques, 17 ans, se fait embaucher comme sardinière chez Guéret, l’une des nombreuses conserveries de ce port breton spécialisé dans la sardine. D’abord ravie d’avoir un travail, elle va vite déchanter en se rendant compte de l’écart entre la rudesse du travail et le maigre salaire que les patrons consentent à verser aux « penn-sardin ».
Diego, son père, d’origine espagnole, est patron-pêcheur sur un modeste navire. L’un de ses mousses, surnommé Glazig, ne laisse pas Dolorès insensible.

Mon avis

Le point fort de ce texte que l’éditeur qualifie de « roman vrai » est assurément l’important travail de documentation mené par Daniel Cario pour coller au plus près des faits. Ainsi, sa « fiction » est fortement ancrée dans le réel et les protagonistes croisent de nombreux personnages qui ont réellement existé, comme Sébastien Velly, l’un des premiers maires communistes de France, le député Charles Tillon ou encore la syndicaliste Lucie Colliard. Pour autant, l’auteur ne nous abreuve pas de données historiques superflues. La ville de Douarnenez et les conditions de travail des « penn-sardin » sont bien décrites.

Les personnages sont globalement intéressants, pour ce qu’ils représentent surtout. La jeune sardinière qui vire pasionaria (tiens, elle se prénomme Dolorès, comme c’est curieux !). L’immigré espagnol devenu patron-pêcheur. Clopine, l’ouvrière boiteuse renvoyée à cause de son infirmité et qui garde depuis une dent contre son ex-employeur. Alcide Guéret, le patron bedonnant qui se prend d’affection pour Dolorès. Mais aussi : les impitoyables contremaîtresses, le commissaire de droite effrayé par la poussée « coco » dans sa ville, le petit mousse, etc. On peut comprendre la volonté de Daniel Cario de grossir les traits pour rendre son propos plus intelligible mais ce faisant, il tombe parfois dans la caricature un peu facile.

Les développements de l’histoire se laissent suivre agréablement bien qu’ils soient dans l’ensemble très prévisibles. Mais pouvait-il en être autrement s’agissant d’un roman historique dont on connaît la « fin » ? On se doute bien que tout cela va se terminer par la grande grève de 1924, qui a pris une ampleur nationale et aura vu défiler dans les rues de Douarnenez plusieurs milliers d’ouvrières réclamant, sabots aux pieds et drapeaux rouges en main, une augmentation significative de leur maigre salaire. Et pour peu qu’on en connaisse un peu les détails, on ne s’étonnera pas de certains rebondissements de l’intrigue, qui sont eux aussi véridiques.
Seule la bluette entre Dolorès et Glazig, particulièrement mièvre, m’a semblé de trop, ou tout du moins prendre une part conséquente part rapport au reste.

Avec Les coiffes rouges, Daniel Cario signe un honnête roman historique, fort intéressant, ainsi qu’un bel hommage à l’une des rares révoltes ouvrières menées par des femmes, les courageuses « penn-sardin » de Douarnenez.

Les coiffes rouges, de Daniel Cario, Presses de la cité (2014), 437 pages.

En complément de cette chronique vous pourrez lire cet intéressant article de L’Humanité résumant la grève douarneniste de 1924 ou encore cette interview sur le site de l’éditeur où Daniel Cario nous parle de son roman.

Monsieur le commandant est un roman de Romain Slocombe paru en 2011 chez Nil.

Résumé

Andigny, département de l’Eure, 1942
Paul-Jean Husson est un écrivain réputé, également académicien. Il est marié et a deux grands enfants : une fille, Jeanne, et un fils, Olivier, qui s’est lui-même marié en 1934 avec une jeune allemande. Ilse, c’est son prénom, ayant mis au monde une petite Hermione, il est donc désormais grand-père.
Profondément antisémite et pétainiste convaincu, Paul-Jean Husson n’a pas mis longtemps à choisir son camp au début de la guerre. Pour lui, les Allemands vont aider la France à se redresser en éradiquant la vermine juive. Olivier étant parti défendre la patrie au front, les ennuis de Paul-Jean vont commencer en même temps qu’il va se rapprocher dangereusement d’Ilse, découvrant par la même occasion des vérités cachées qu’il aurait mieux fait d’ignorer.

Mon avis

Monsieur le Commandant est paru dans la collection « Les Affranchis » aux éditions du Nil, dont le principe est le suivant. Il est demandé aux auteurs souhaitant l’intégrer d’écrire « la lettre que vous n’avez jamais écrite ». Bien qu’il ne s’agisse pas d’une correspondance mais d’un seul courrier, on peut dire que ce titre est d’une certaine manière un roman épistolaire. Destinataire, lieu, date, puis apostrophe « Monsieur le commandant, » : il s’agit bien d’un long courrier (divisé en chapitres pour faciliter la lecture) qui se termine par la signature du « narrateur » à la page 232.

Au fil des pages, Paul-Jean Husson n’a de cesse de raconter sa vie au Sturmbannführer Schöllenhammer. Il lui parle un peu de son métier d’écrivain et de l’Académie française et ne se prive pas de lui donner sa vision de la France. Mais surtout, il lui parle de sa famille, des relations qu’il entretient avec son fils, avec sa petite-fille, et surtout avec sa bru. Il lui décrit les bouleversements qu’Ilse a peu à peu amenés dans sa vie, elle qui a bousculé tous ses repères et l’amène à se poser des questions existentielles.

A travers ces quelques personnages bien dépeints, Romain Slocombe nous raconte une partie de la Seconde Guerre mondiale : collaboration, antisémitisme, occupation, incertitudes du quotidien. Sans avoir l’air d’y toucher, l’auteur parvient à accrocher son lecteur, distillant petit à petit de nouveaux éléments qui vont peu à peu changer la donne, et ce jusqu’au final très réussi.

Monsieur le Commandant est un roman étonnant et abouti qui devrait plaire à ceux qui aiment les fictions ancrées dans la réalité historique (l’intrigue s’inspire d’ailleurs largement de faits réels).
Romain Slocombe, qui est loin d’être un débutant – on lui doit de nombreux romans, nouvelles, scénarii de films et de bandes dessinées… – a peut-être été surpris par le parcours de ce livre. En effet, il a été largement salué par la critique et présélectionné pour certains prix littéraires dont le Goncourt ! Enfin, il vient de remporter le Trophée 813 du meilleur roman francophone.

 



Monsieur le commandant
de Romain Slocombe, Nil (2011), 260 pages.