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Les larmes noires sur la terre est un roman de Sandrine Collette paru chez Denoël dans la collection Sueurs Froides en 2017.

917auhogonlRésumé

Quelque part en France, dans un futur proche.
Moe est une jolie jeune femme originaire des îles. Elle y rencontre Rodolphe et le courant passe bien. Il voudrait la ramener en métropole et l’épouser. Il n’y a pas d’avenir pour elle sur l’île et Moe est amoureuse. Elle accepte. Mais peu à peu, Rodolphe change. Il boit. Il est violent. Sa mère, qui vit avec eux, laisse faire. De toute façon, elle n’aime pas cette colorée qu’a ramenée son fils. Et puis survient l’enfant. Mais Rodolphe ne touche plus Moe depuis longtemps, sauf avec ses poings. Il sait, il est aigri. Il boit, plus. Il tape, plus fort. Alors un jour, avant qu’il ne soit trop tard, Moe prend l’enfant avec elle. Elle part.

Mon avis

Qui a déjà lu Sandrine Collette sait que ses romans sont durs mais pas totalement désespérés. Les personnages sont généralement en proie à de grandes difficultés, pour ne pas dire des horreurs, mais tiennent debout, vaille que vaille. Les Larmes noires sur la terre en est la parfaite illustration.
Moe pensait fuir l’enfer, mais elle est vite rattrapée par les autorités et envoyée à la Casse. Ce camp de malheur où l’on parque les marginaux et les délinquants, qui se voient attribuer une vieille voiture comme unique logement – une caravane pour les plus chanceux. Un lieu dont on ne ressort que les pieds en avant ou moyennant une somme d’argent impossible à amasser. Il faut travailler à la Casse, des heures durant le dos plié dans les champs, pour un salaire de misère. Bien qu’elle peine à l’aimer, Moe ne veut pas abandonner l’enfant. Mais travailler avec lui n’est pas permis. Heureusement, dans ce microcosme où prévalent la loi de la jungle et les coups fourrés, il se trouve quelques belles âmes. Et lorsqu’on lui a imposé cet emplacement, la jeune femme aurait pu plus mal tomber. Elles sont cinq : Ada, Jaja, Marie-Thé, Poule et Nini. Cinq femmes à se serrer les coudes, à partager leur pécule, leur repas, leur journées. Elles acceptent Moe et l’enfant.
Cette galerie de femmes, debout malgré l’adversité, est rendue avec une grande bienveillance par Sandrine Collette. Difficile de ne pas les prendre en affection malgré leurs défauts, mais qui n’en a pas. Les épreuves ne manqueront pas pour Moe et ses compagnes d’infortunes.
L’auteur est peu diserte concernant l’origine de cette « Casse ». Quand est-ce arrivé ? Qui l’a mise en place ? Pourquoi ? Le roman apporte en vérité plus de questions que de véritables réponses, mais c’est là aussi que réside tout son intérêt.

Dur mais profondément humain, Les larmes noires sur la terre – roman davantage dystopique que policier soyons clairs – est une nouvelle réussite à mettre au crédit de Sandrine Collette, qui parvient à garder une constance dans ses textes tout en se renouvelant à chaque fois. Une gageure.

Les larmes noires sur la terre, de Sandrine Collette, Denoël/Sueurs froides (2017), 302 pages

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Juste après la vague, qui paraît aujourd’hui chez Denoël, est le sixième roman de Sandrine Collette.

51uvt2pq1llRésumé

Six jours plus tôt, un flanc du volcan s’est effondré dans l’océan provoquant un gigantesque tsunami et une montée du niveau de la mer jamais vue de mémoire d’homme. Une famille nombreuse, résidant sur une colline, est encore saine et sauve. Clairement, le promontoire où se trouve leur maison leur a sauvé la vie. Mais la butte est devenue une île où viennent s’échouer au gré des vagues débris et corps. À cause du déluge, l’eau ne cesse de monter. Pata et Madie observent, angoissés, l’avancée inéluctable de la mer sur leurs terres. Ils ont bien une barque qui pourrait, avec de la chance, leur permettre d’atteindre les terres hautes. Mais elle ne peut accueillir, au mieux, que huit personnes. Seulement, le problème, c’est qu’ils ont neuf enfants…

Mon avis

Juste après la vague est le sixième roman de Sandrine Collette. Contrairement à certains auteurs, on ne peut absolument pas lui reprocher de nous proposer une sempiternelle resucée du même texte. Après s’être fait connaître avec un huis clos miseryesque, Des noeuds d’acier, elle nous a entraînés vers les sommets escarpés des Alpes dinariques (Six fourmis blanches), guidés à travers les steppes arides de Patagonie (Il reste la poussière) ou, plus proche de nous, confrontés à la rudesse d’une casse francilienne (Les larmes noires sur la terre). Ici, elle se renouvelle encore, nous proposant un suspense psychologique qui, par bien des aspects, tient de la robinsonnade.

Les conditions – exceptionnelles – exposées et les personnages brossés, le cœur de l’intrigue, à savoir ce dilemme atroce de parents qui doivent abandonner certains de leurs enfants pour espérer sauver les autres, intervient assez vite. Nous n’en dirons pas beaucoup plus pour ne pas déflorer l’intrigue.

L’écriture de Sandrine Collette est redoutable d’efficacité tout en laissant affleurer les sentiments des personnages. On ressent leurs atermoiements et on est comme eux, déboussolés et paniqués, sans qu’elle ait besoin d’en faire des tonnes.
Si le potentiel de départ était énorme, on a parfois l’impression qu’il n’a pas été exploité au mieux. L’intrigue pêche parfois un peu par facilité. Plutôt linéaire, la seconde partie du roman manque de rebondissements et les quelques péripéties proposées par l’auteur sont globalement si téléphonées qu’elles ne surprendront guère les lecteurs aguerris, qui resteront peut-être sur leur faim.

Il n’en demeure pas moins que grâce à l’écriture de l’auteur et au charisme de certains personnages – on pense à Louie notamment – on est vite embarqués dans cet univers post-apocalyptique aussi singulier qu’universel. Une fois ferré, Juste après la vague – pageturner efficace et non dénué de sentiments – ne relâchera pas le lecteur, prisonnier des rets tressés par Sandrine Collette.

Juste après la vague, de Sandrine Collette, Denoël / Sueurs froides (2018), 304 pages.

Des nœuds d’acier, paru chez Denoël en 2013, est le premier roman de Sandrine Collette.

Finaliste du Prix Polars Pourpres dans la catégorie Découverte et du Prix SNCF du polar (qui sera remis mi-mai), il a surtout remporté l’an dernier le Grand prix de littérature policière

Résumé

Théo a pris 19 mois fermes pour avoir passé son frère à tabac après avoir découvert qu’il avait fricoté avec sa femme. N’ayant pu s’empêcher de retourner le voir à sa sortie de prison alors que cela lui était formellement interdit, il décide de se mettre au vert. Il loue une chambre dans un gîte rural bien perdu et passe son temps entre repos et randonnée. C’est durant l’une de ses promenades qu’il est enlevé par deux types, qui vont le séquestrer dans leur maison isolée de tout. Le début de l’enfer…

Mon avis

Le huis clos centré sur un personnage enfermé à qui ses geôliers font vivre des horreurs, c’est vu et revu, ne peut-on s’empêcher de penser. On songe immédiatement au Misery du grand Stephen King (de nombreux lecteurs se souviennent encore de l’écrivain Paul Sheldon et de la terrible Annie Wilkes). Les Français ne sont pas en reste, de La forêt des ombres de Franck Thilliez aux Morsures de l’ombre de Karine Giebel.

Sans non plus révolutionner le genre, Sandrine Collette, qui signe là son premier roman, parvient à accrocher le lecteur, notamment par le choix de son personnage principal, qui n’est pas non plus exempt de tout reproche.

Persuadé de pouvoir s’échapper facilement et rapidement, Théo fait d’abord preuve de courage. Traité comme un chien par ses « maîtres », deux vieux frères pas tout à fait sains d’esprit, qui le font travailler jusqu’à l’extrême, l’attachent en permanence et lui donnent pour seule nourriture les restes de leurs repas, il sombre peu à peu psychologiquement et physiquement. Sans en faire trop (pas de scènes de violence gratuite ni de gore superflu), l’auteur parvient à nous rendre finalement plutôt sympathique ce quadragénaire pourtant monstrueux à certains égards.

Des nœuds d’acier n’est pas exceptionnel en ce qu’il n’est pas particulièrement original. Pour autant, il s’agit d’un bon thriller psychologique sur le thème rebattu de l’enfermement contraint. Bouclant son récit en quelque 250 pages qui se lisent d’une traite, Sandrine Collette ne tombe pas dans la mode du premier roman « pavé ». C’est sans doute en partie cette efficacité qui a été saluée par le jury du Grand prix de littérature policière, qui lui a décerné l’an dernier cette récompense convoitée. Depuis, Des nœuds d’acier est disponible en poche et l’auteur a poursuivi sur sa lancée avec Un vent de cendres, paru le mois dernier, toujours chez Denoël.

Des nœuds d’acier, de Sandrine Collette, Denoël (2013), 272 pages.
Sorti depuis en Livre de poche (2014), 264 pages.